Skip to main content

Full text of "Le mystère de la Passion en France du XIVe au XVIe siècle : étude sur les sources et le classement des mystères de la Passion ; accompagnée de textes inédits.."

See other formats


Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/lemystredelapa02roy 



REVUE 

BOURGUIGNONNE 



■l'BLIKK l'Ait 



L'UNIVERSITÉ DE DIJON 



REVUE BOURGUIGNONNE 



l'I lU.IKK I' \l< 



UNIVERSITE DE DIJON 

19m. - TOME XIV. — V 3-4 



LE 



MYSTÈRE DE LÀ PASSION EN FRANCE 

III XIV" AU \VI'- SIÈCLE 



ÉTUDE SU! LES SOURCES ET [.H CLASSEMENT DES MYSTÈEES DE LA PASSION' 

Accompagnée de textes inédits 

l'Ail 

Emile ROY 

Professeur à lTniversilé de Dijon 



DEUXIEME PARTIE 




LIBRAIRES DÉPOSITAIRES DE LA REVUE 

DIJON 

DAMIDOT Frères, rue des Forges l Félix KF.V, rue de la Liberté, 2t> 



NOURRY, place St-Etienne 



\ ENOT. place d'Armes 



PARIS 



II. CHAMPION, librairie spéciale pour l'histoire de la France 
et île ses anciennes provinces, '.*, quai Voltaire. 

A. ROUSSEAU, rue souflloi, 14 



Prix exceptionnel de ce numéro : 6 fr. 



NBUOTHtCA 
Ottav\«oS^* 



II 



LA THÉOLOGIE 



DÉVELOPPEMENT DU MYSTÈRE DE LA PASSION 



AU XV e SIECLE 



LES 

SOURCES DES PASSIONS DU XV- SIÈCLE 



C'est au xv siècle que les mystères de la Passion ont acquis tout 
leur développement. Aux compilations de pièces détachées succè- 
dent les pièces d'une seule teneur et d'un seul auteur, et pour la 
bourgeoisie plus riche les poètes se mettent plus en frais. Nous 
avons dit comment ces grandes Passions dramatiques se reliaient 
à la Passion de Semur. Reste à voir en quoi elles en diffèrent et. 
ce que les nouveaux dramaturges apportent de nouveau. Cette 
étude peut se ramener à deux propositions. 

i° De même que la Passion de Semur dérive de la Passion 
Sainte-Geneviève, ainsi toutes les grandes Passions du Nord, sauf 
une, dérivent de la Passion d'Arras. A vrai dire, cette démonstra- 
tion est surtout importante pour la Passion de Greban, mais elle 
ne donnerait aucune sécurité si elle se bornait à relever de vagues 
ressemblances de plans, de situations, et même d'expressions. 
Elle ne peut ressortir que d'épisodes particuliers, de détails pré- 
cis, absolument étrangers à l'histoire sainte. Nous admettrons pro- 
visoirement que Greban a lu et imité la Passion d'Arras, quitte à 
en donner la preuve matérielle plus loin. 

2° Dans toutes ces Passions du xv e siècle ce qui domine c'est la 
théologie et l'érudition. Si l'on peut indiquer exactement les sour- 
ces théologiques et livresques de la Passion d'Arras et des pièces 
de Greban et de J. Michel pour des épisodes déterminés, dont les 
origines sont actuellement reconstituées par hypothèse à l'aide de 
rapprochements avec « les Passions allemandes du Rhin », ces 
hypothèses deviendront inutiles. Or la Passion de Greban repose 
en partie sur les mêmes textes que celle d'Arras, qui est très pro- 
bablement l'œuvre d'un poète connu, Eustache Mercadé, mort, au 
commencement de l'année i44°» doyen de la Faculté de décret île 



Paris, et clic utilise par surcroit un commentaire théologique nou- 
veau. Pour abréger on peut donc se borner à énumérer les sources 
de Greban, en indiquant sur quels points il se sépare de son de- 
vancier. 

A ces commentaires théologiques il convient d'ajouter l'influence 
du dialogue apocryphe de Saint Anselme et des Meditationes 
Vitae Christi qui a déjà été déterminée par des citations précises 
pour toutes les Passions '. Nous n'y reviendrons que pour deux 
scènes de Greban, les plus connues de son drame et qui suffiront à 
rappeler la complexité de cette imitation. La première de ces scè- 
nes (l'apparition de Jésus à sa mère après la Résurrection) n'est 
qu'une réminiscence ou une imitation très vague, mais d'autant 
plus curieuse qu'elle montre comment Greban peut rester l'obligé 
du pseudo-Bonaventure, alors même qu'il le cite de mémoire ou 
indirectement. La seconde (les quatre requêtes de la Vierge) est 
au contraire une imitation très précise, une traduction. Elle nous 
donnera l'occasion de classer les traductions et imitations fran- 
çaises des Meditationes et de relier le théâtre du Nord à celui du 
Midi à l'aide d'une de ces imitations, la Passion française de 
i3 9 8. 

Ainsi, avant toute discussion sur le développement du mystère 
de la Passion au xv" siècle, nous allons d'abord énumérer les sour- 
ces et les textes à commenter. 

i. P. 92 à 99 de ce livre. 



LA 



PASSION D'ARNOUL GREBAN 



PASTILLES DE NICOLAS DE LIRE 



LA 

PASSION D'ARNOUL GREBAN 

ET LES 

POSTULES DE NICOLAS DE LIRE 



La Passion d'Arnoul Greban n'est autre chose que la Passion 
d'Arras (éd. J.-M. Richard. Paris. Picard. 1893). refaite à l'aide : 

i° Des Evangiles : 

2 Du commentaire de Nicolas de Lire sur ces Evangiles; 

3° Du récit de la Passion en prose, composé en 1398 pour la 
reine Isabeau de Bavière. 

La part des emprunts faits par Greban à d'autres livres {Somme 
de saint Thomas d'Aquin. Légende dorée, Histoire scholas- 
li'/ue, etc.) est insignifiante. 

On s'est borné à indiquer les premiers vers des principaux pas- 
sages de la Passion de Greban (éd. G. Paris et G. Raynaud. Paris, 
Yieweg, 1878) directement tirés du commentaire de Nicolas de 
Lire. Les chiffres renvoient à l'édition suivante, désignée en 
abrégé par X. L. 

Biblia sacra j cum | glossa ordinaria : | et Postilla Nicolai Lirani 
Franciscani nec non | Additionibus Pauli Burgensis Episcopi | opéra et 
studio Theologorura Duacensium | Tomus Quinlus | Antverpiae apud 
Joannem Meursium. I anno M. DC. XXXIV. in-folio. 



1. - PROCÈS DE JUSTICE ET DE MISÉRICORDE 
{Passion d'Arras, pages ia-i5 > 

Greban a emprunté ce procès, p. 29-43, à la Passion d'Arras; il l'a 
complété par deux emprunts à la Somme de saint Thomas d'Aquin. 

1 Summa P. I. Q. LXIV. Art. II. éd. Migne, p. 990 : t L'trum volunt&s 
daemonum ait obstinata in malo. » 

Gkeban, p. 35, v. 2620 et sq. Comparaison de l'homme et des démons. 



208 LA PASSION 

2° Summa P. III. Q. III. Art. VIII, p. 54 : « Utrum fuerit magis conve- 
niens quod persona Filii assumeret humanam naturam quam alia persona 
divina. » 

Greban, p. 40. A quelle personne est mieulx deue 
Ceste incarnacion emprendre 
Se le Père ou Filz la doit prendre (v. 3100-3260). 



2. — LES VŒUX DES DEUX ÉPOUX, JOSEPH ET MARIE 
(Matth. I, iS. « De spiritu sancto. ») 

Nicolas de Lire, p. 44. — t Dicendum quod modus erat justorum non 
perficere matrimonium per carnalem copulam nisi prius vacarent ora- 
tioni per aliquod tempus implorando misericordiam divinam, ut patet 
Tobiae 8. Et tune creditur revelatum esseipsi Joseph propositum Mariae 
de observanda virginitate. Licet enim cogeretur ad matrimonium con- 
trahendum secundum temporis illius modum, propter rationes praedictas, 
tamen habebat virginatatem in desiderio et proposito, sed votam non 
expressit. Contraxit igitur matrimonium committens se divinae volun- 
tati, et tune ex revelatione divina creditur quod Joseph cognovit pro- 
positum Mariae et tune ex communi consensu voverunt virginitatem, 
quia ut creditur Joseph adhuc virgo erat. » 



Greban, p. 43-46, vers 3395-3590 — ; p. 44, vers 3407. — Joseph 



Or savez-vous, notable dame, 

Que la loy baille par usage, 

Quand deuz gens viennent en mesnage 

Avant qu'ils conviengnent ensemble, 

Doyvent vacquer, comme il me sarnble, 

En oroyson ung certain temps 



3. - LE VOYAGE A BETHLÉEM 

(Luc. II, p. ~j- « Et reclinavit eum in praesepio. ») 

N. L., p. 709. — « Joseph enim in illo itinere adduxerat secum asinum 
ad portandum uxorem praegnantem etbovem advendendum in Bethléem 
ubi erat congregatio populi magna, ut de precio solveret expensas in via, 



d'aRNOUL GRE BAN 2 9 

et illis duobus animalibus fecit praesepium juxta se, in quo beata virgo 
reclinavit filium natum, secundum quod fuerat predictum Habacuch 3, 
secundum translationem LXX, quatn sequitur officium ecclesiasticum : 
« Domine, audivi auditurn tuum et timui. Consideravi opéra tua et expavi, 
in medio duorum animalium. » 

(Luc. II, 7. « Quia non crut eis loctis in diversorio. ») 
N. L., p. 709. — « Est enini diversorium hospitalaria ad quam diver- 
tunt venientes ab extra. Joseph erat de nobili génère, non tamen erat de 
divitibus. » 

Greban, p. 56, v. 4395 et sq — ; it v. 5421. — Joseph : 

Chère espeuze, puisqu'ainsi est, 
Mener nostre asne convendra 

Pour vous porter quand la vendra 

Et pour ce que nous n'avons pas 

Tant d'argent qu'il nous fault despendre, 

Nous preurons ce beuf cy pour vendre 



4. — LA NAISSANCE DE JÉSUS 

Rejet par Greban de la légende de Salomé et Zebel suivie dans 

la Passion d'Arras. 

[Luc. II, 7 « Et pannis eum involvit. »> 

.Y. L., p. 709 : « Per se ipsam. Ex hoc patet falsitas quae scribitur in 
libro de lnjantia Salcatoris, scilicet ipsam obstetrices habuisse inpartu, 
quae non requiruntur nisi propter afflictionem matris in partu, quae non 
habuit locum in virgine, quia peperit sine dolore, imo cum maximo 
gaudio. » 

Greban, p. 64, v. 49JS0 et sq. — Makie : 

Yirginalmcnt t'ay enffanté sans peine, etc. 



5. — LA CIRCONCISION 

Tout le début de la scène de la Passion d'Arras. p. 29, v. 2483-2539, 
est traduit presque littéralement de la Somme de saint Thomas d'Aquin 
(P. III, Q. XXXVII, éd. Migne, 1. IV, p. 537). 

14 



210 LA PASSION 

Greban a supprimé ce début et développé, p. 75-76. une « opinion » 
qui est encore mentionnée plus tard par Suarez, Comm. in III. p. D. 
Thomae, bisp. XV, Sect. I (Paris, Vives, t. XIX, p. 253) : « Josephus, 
ut aliqui volunt, circumcisionis etiam ipse minister fuit. » 



6. — L'ETOILE DES MAGES 

(Matth. II, 9. « Et ecce Stella... ») 

N. L., p. 62. — « Ex praedictis patet quod illa Stella non erat de stellis 
existentibus in orbe, nec de stellis cometis quae aliquando apparent in 
suprema aeris parte, quia illae lucent tantum de nocte, ista autem de 
die. Item ex motu quia illae revolvuntur secundum motum mobilis primi 
in die naturalis, ista autem movebatur secundum quod expediebat Mago- 
rum itinerationi. unde in tredecim diebus non est mota, nisi a terra in 
qua babitabant Magi usque ad civitatem Bethléem. Tertio hoc apparet 
ex situ, quia si fuisset sita in orbe seu etiam in suprema aeris parte, ubi 
generantur cometae, non potuisset determinatum locum ubi erat puer 
ostendere, et ideo patet quod erat in propinqua aeris parte. » 



Greban, p. 67, v. 5255 et sq. ; item, p. 79, v. 6129; it., p. 83, v. 6480 
et sq. ; p. 67, v. 5254. — Jaspar : 

Cette estoille que j'apperçoy 
Dessoubz le cerne de la lune ; 
Ce n'est pas estoille commune, 
Car les autres de commun cour 
Luysent de nuyt non point de jour 



7. — L'ÉTOILE DES MAGES (suite). 

(Matth. II, i3. « Qui cum recessissent. — Del'uncto Herode. v) 

N. L., p. 64. — « Ad cujus intellectuni notandum quod Ilerodes credi- 
dit primo Magos fuisse delusos ea apparitione stellae phantasticae, et 
ideo non curavit tune de pueri inquisitione, sed postea oblato puero in 
trinplo et a Simeone justo praedicato et manifestato et similiter ab Anna 
prophetissa coram toto populo ut habetur Luc 2 c. Sed Matthaeus illud 
demittit. Tune fama pueri crescente, voluit Herodes ipsum perdere, sed 
iterum portatus est per Joseph in Aegyplum. » 



d'arnodl greban 21 1 

Greban. p. 89. Herode-Hermogenes, v. 6948-6967. — Hermogenes : 

Je double, sire, qu'ilz ne soient 

Deceus de leur advision, 

Et n'estoit qu'une illusion 

De leur estelle et de leur compte. 

Item, 7209-7280, p. 9:3. — Herode, v. 7227 : 

De paour que ne feussious surpris 
De quelque folle fantaisie. 



8. — LE RETOUR DES MAGES PAR MER 
(Addition à la « Passion » d'Arras.) 

(Matth. II. 12. « Per aliara viam. ») 

N. L., p. 63. — « Peracto scilicet obsequio ; quia descenderunt ad 
mare, et inde per navem transfretantem in Tharsis abierunt ; propter 
quod Herodes iratus postea naves Tharsensium incendit, secundum 
quod fuerat prophetatum per David : « In spiritu vehementi eonteret 
naves Tharsis. » 

Greban, p. 87-88; p. 88, v. 6835. — Le Matelot : 
Nous serons en Thars»' singles. 



9. - LE MASSACRE DES INNOCENTS « A BIMATU » 
au retour du voyage d'Hérode à Rome, voyage qui dure deux ans. 

(Matth. II, n. « Tune Herodes videns. » 

N. L., p. 65-66. — « Hic ponitur ipsa persecutio. Herodes videns se 
esse illusum a inagis ppr famam pueri crescentem iniratus est valde, 
timens principatum suum perdere, et ideo tune occasione ipsius voluit 
oinnes pueros de Bethléem interficere ne puer sibi incognitus evaderet, 
sed fuit impeditus ab exequutione hujus facti quia otatus est ad euriam 
Homanam ad petitionem suorum tiliorum ipsum accusantiuin, et ideo 
non fuit ausus tune pueros interficere, ne cum aliis facinoribus suis 
accusaretur de tanta crudelitate. Eundo autem Romani, et remanendo in 
caria, et redeundo in Judaea apposuit annum et plus, et ideo, fere post 
duos annos ad regnum reversus, et in regno confirmatus, quia senten- 
tiam pro se contra tilios habebat, tune adimplevit de nece puerorum 
quod prius conceperat, et hoc est quod dicit. » 



212 LA PASSION 

Greban, p. 92-94-97-98 ; p. 93, v. 7264. — Hérode 

A Rom me nous fault comparoir 
Pour raison et justice avoir 
De nos filz. 

P. 97. v. 7530. — Hérode : 

Or avons contirmacion 

En nostre royalme haultain 

De par l'imperateur romain. 



10. — LA FUITE EN EGYPTE, 
la légende du palmier et de la chute des idoles. 

Episodes tirés par la Passion d'Arras, p. 56-57, de la Légende dorée 
(Saints Innocents). 

Greban, p. 96, rejette la première légende ef conserve la deuxième 
qui s'appuie sur une interprétation ancienne d'un verset d'Isaïe(XIX, 1). 



11. — UN DES FILS D'HÉRODE TUÉ PAR MÉGARDE AVEC LES 
SAINTS INNOCENTS. 

Cet épisode de la Passion d'Arras, p. 57, 60-62, est emprunté à la 
Légende dorée (les Saints Innocents). 

Greban, p. 101-102, s'est contenté d'abréger la version du poète 
d'Arras. 

12. — LE TESTAMENT D HÉRODE. 
(Matth. II, 22. « Audiens autem. ») 

N. L., p. 67. — Ad evidenliam hujus notandum, secundum quod refert 
Josephus Antiquit. 17. ca. 10, Herodes moriens condidit testamentum in 
<]uo ordinavit Arcbelaum lilium regni sui successorem, ita tamen quod 
coronam sibi non imponeret, nisi per Romanum imperatorem ad acci- 
piendum igitur diadema venit Iiomam, sed et fratres ejus, Philippus et 
Herodes illuc venerunt petentes pateraœ hœreditatis partem. 



Greban, p. 102-103; p. 102, v. 7915. Hérode : 

Ja ne vendront a nostre règne : 
Nous le mettons en mains du jesne 
Voire, mes par condicion 



d'arnoui. greban 213 

Que jamès par presumpcion 

Ne se face couronner d'homme 

Se n'est par l'empereur de Romme. 



13. — LA MORT D'HÉRODE SE TUANT D'UN COUTEAU. 

Le poète d'Arras a tiré cette scène (p. 63-65) de la Légende dorée 
(les Saints Innocents). 

Greban l'a complétée par un nouvel emprunt à la Légende dorée, ibi- 
dem, où il a pris le rôle de Salomé, p. 103, v. 7938-7970. 



14. - LES FÊTES DE PAQUES : 
Jésus perdu par ses parents ;à Jérusalem. 

(Luc. II, 43. « Et non... ») 

N. L., p. 724. — « Ad solennitatem vero Pascha viri ibant seorsum 
a mulieribus in uno comitatu et mulieres in alio et simititer rever- 
tebantur ut magis religiose solemnisarent festum ab uxoribus conti- 
nentes, sicut et in datione legis preceptum fuit quod continereni per 
très dies ab uxoribus se, prout habetur Exo 19. Pueri autem indifferenter 
poterant ire in comitatu virorum aut mulierum, et ideo Joseph quando 
non vidit puerum Jesum in comitatu virorum existimavit eum esse cum 
Maria in comitatu mulierum, et eodem modo Maria credidit eum esse in 
comitatu virorum. » 

Greban, p. 104-129 , p. 109. v. 8032 et sq. perte de Jésus ; p. 195, v. 
8084. Eliachin : 

Mes dames, cheminez en voye, 
Tirés vous a part, s'il vous plest ; 
Vous savez que la coutume est, 
Et la loy fait enseignement 
Que pour aller plus chastement 
A ceste souveraine feste 
Et mener vie plus honneste, 
Les femmes par elles s'en vont 
Et les hommes d'autre part sont 
Sans aller en leur compaignie. 



214 LA PASSION 

15. - DISCUSSION DE JÉSUS AVEC LES DOCTEURS DU TEMPLE 
A L'EFFET DE SAVOIR SI CHRISTUS EST DÉJÀ NÉ. 

Greban, p. 109-118, 123-129. 

Les principaux arguments de cette discussion sont énumérés par X. 
de Lire, p. 57 in Matth., II, 1. « In diebus Herodis régis »; p. 81, in 
Matth. IV, 1. « Et accedens tentator » ; et surtout p. 711, in Luc. II, 12. 
« Et hoc vobis signum ». — Aux princes nés dans l'obscurité, Moïse et 
Cyrus. figures du Christ citées par N. de Lire, Greban a substitué 
(p. 111) des noms plus connus, Romulus et Rémus, et Alexandre, pro- 
bablement d'après le Spec. historicum de Vincent de Beauvais, 1. II, 
cap. 96 et 1. IV, cap. i-v, mais il a usé du même raisonnement que 
N. de L. 

16. — L'AGE DE JÉSUS QUAND IL VA SE FAIRE BAPTISER 

PAR JEHAN BAPTISTE. 

(Matth. cap. III, i : « In diebus autem illis.») 

N. L., p. 70. — « In diebus Christi. Nec est hoc référendum ad dies 
Christi prodictos immédiate, scilicet ad dies pueritie, quando fuit repor- 
tatus de yEgypto, tum enim erat in quinto anno a sua nativitate. sed 
référendum est ad dies Christi, quando fuit aetatis perfectae. Erat enim 
incipiens trigesimum annum quando venit ad baptismum de quo hic 
agitur. » 

Greban, Seconde Journée, p. 134 : Jhesus, homme, v. 10281 : 

Ma mère, vous entenderez, 

S'il vous plaist, mon intencion : 

J'ay attaint la perfection 

D'aage d'homme, a ce que je vois, 

Car sur mon an trentième vois. 



17. — LES CONSEILS TENUS PAR LES DIABLES AU SUJET 

DE LA DIVINITÉ DU CHRIST 

(Matth. IV, i. « Et accedens tentator. ») 

A". /,., p. 82. — « Ad evidentiam bujus tentationis advertendum quod 
diabolus sciebat praedictum per prophetas quod Christus futurus erat 
virus bomo et verus Dcus... 'suivent ces prophéties^, sed nesciebat cer- 



D ARNOUL GREBAN 'J I . > 

titudinaliter quod Jésus Nazarenus esset ipse Christus de quo talia fue- 
rant dicta. Verum ta mer propter eminentiam sanctitatis ejus et propter 
completionem temporis Christi adventus habebat quamdam conjectura m 
quod ipse esset vere Cbristus, et ideo de hoc voluit experimentam acci- 
pere per tentationcm. » 



Greban, 2 e journée, p. 137-138. — Sathan : 

Et me doubte d'une aultre somme 
Qu'il ne soit Dieu en forme d'homme, 
Veue la sainteté qu'il tient (v. 10508). 

It., 3 e journée, p. 305, v. 23310 et sq. 



18. — LE JEUNE DE QUARANTE JOURS 
(Matth. IV. a. « Quadraginta diebus. ») 

N. L., p. 81. — Non ultra transiit, ut virtus divinitatis diabolo cela- 
retur, quia Moyses et Elias jejunaverunt tôt diebus. » 



Greban, p. 136. — Jhesus : 

Si jeuneray la quarantaine 

Comme fit le prophète Helie (v. 10447). 



19. — LES VOCATIONS DES APOTRES 

Réunies en un seul épisode dans la Passion d'Arras, p. 87-<S8. 
Développées par Greban, p. 142-145, qui intercale dans un long mono- 
logue la légende de Judas, d'après la Légende dorée. 



20. - HÉRODE, HÉRODIADE ET JEAN-BAPTISTE 
Subterfuge de la reine et tristesse simulée du roi qui s'est entendu 

avec elle. 
(Matth. XIV. (i. « Saltavit filia Berodiadis. ») 

N. L., p. 252. — « Id est tripudiavit et hoc fuit ex dispositione matris 
et ipsius Herodis. » 



216 LA PASSION 

(Matth. XIV, 9. « Et contristatus est rex. ») 
A. L.. p. 253. — « Hoc tantum fuit secundum apparentiam ad repri- 
mendum populi seditionem. Quod patet primo, quia voluit eum primo 
occidere, sed retardatus fuit tantum ex populi timoré. Secundo quia si 
vellet eum vivere, non interfecisset eum propter juramentum, quia in 
promissione facta in generali etiam eum juramento non intelligitur ali— 
quid illicitum sub obligatione cadere cujus modi erat interfectio Joannis. 
Tertio quia non est verisimile quod propter saltationem unius puellae 
promisisset sub juramento etiam medietatem regni sui dare, ut habetur 
Marc. 6. Et ideo credendum est quod totum fuit fictitium ut haberet occa- 
sionem apparentem interliciendi Joannem. Ita enim ardebat libidine in 
Herodiadem quod voluit fingere tantam malitiam. Et ideo quod sequitur. 
Et contristatus est rex propter jusjur, totum est intelligendum secun- 
dum apparentiam, ad reprimendum populi seditionem. Et eodem modo 
exponendum est de ista materia quod dicitur Mare. 6. » 

(Marc. VI, 20. '< Et libenter eum audiebat. ») 

N. L., p. 544. — « Totum istud erat simulatorium, etc Hanc sen- 

tentiam tenet Beda super locum islum et quod subditur. » 



Le poète d'Arras avait dépeint Hérode sincèrement « attristé » ; p. 85, 
v. 7225 ; Greban suit la version de N. de Lire. 
Greban, p. 156-160, v. 11985-1229. — Herode : 

.... Je craings, se je traictoie 

Son mal, ou a mort le mettoye, 

Qu'il n'en sourdist sédition, (v. 12000). 



HERODIADE 

Sire roy, j'avoie songé 

Ung moien assés convenable : 

Que tantost que serez a table, 

Ma fille qui est bien mobille 

Venist faire un esbatement. 

Et lors, quand l'esbat ara fait, 

Ainsi comme ignorant du fait, 

Vous la mettrez a l'abandon 

De vous demander quelque don... etc. (v. 12025). 



d'arnoui, greban 217 

21. - LA FEMME ADULTÈRE 
(Joann. VIII, t>. « Il<><- autem dicebant tentantes eum. ») 

N. L.. p. 1144. — « Ad capiendum ipsuni ex responsione, ut possent 
aceusare eum. Videbant enim tantam ejus mansuetudinem et misericor- 
diam, quod probabiliter credebant eum indicare ipsam dimitti, et sic 
accusaretur ab eis ut trangressor legis, propter quod reduxeruut legem 
ad memoriam ne posset excusari per legis oblivionem. Si autem a con- 
trario diceret eam lapidandam, videretur dicere contra alia sua dicta et 
facta quae erant de pietate et inisericordia. » 



Greban, p. 177. v. 136G5. — Naasox : 

S'il dist qu'elle a mort desservye 
Ou doit souffrir lapidement. 
Il se desdit et se desment : 
Car en ses sermons ne recorde 
Que doulceur et miséricorde. 



22. — LA FEMME ADULTÈRE (Suite.) 

(Joann. VIII. io. « Erigens autem. \> 

N. D., p. 1144. — « Circa primum sciendum quod suam sententiam 
secundum modum judicialem primo scripsit, postea protulit, boc est quod 
dicitur. Jésus autem inclinans se deorsum digito scribebat illud quod 
postea protulit ad majore m certitudinem. » 

(Joann. VIII, S. « Et iterum inclinans se, ») 

N. L. — « Dicunt aliqui quod scribebat idem quod prius ad ostenden- 
dum majorem firmitatem sententiae. Alii dicunt, et melius ut videtur, 
quod scribebat eorum peccata ut eos ostenderet ineptos ad accusationem 
bujus foeminae. » 

Greban. p. 177 à 17!), v. I:5(i75-13756. 



2:\. - LE REPAS CHEZ SIMON LE PHARISIEN ET LA FEMME 
PÉCHERESSE. 

Dans la Passion d'Arias, la scène décrite dans YErangile de Sainl 
Luc, VII, 36-50, et la scène analogue décrite par les autres évangélistes 



21 S LA PASSION 

(Matth. XXVI. 6-14 ; Mare. XIV, 3-13 ; Joann. XII, 1-9), sont fondues 
dans un épisode unique, p. 116-122. 

Au contraire, suivant N. de Lire, il y aurait eu là deux scènes dis- 
tinctes qui se seraient passées toutes deux à Béthanie, dans la maison 
du même Simon, mais à un long intervalle. N. de Lire avait noté aussi, 
p. 659, 795, 1187, mais sans prendre parti, les divergences des inter- 
prètes au sujet de l'identification de la femme pécheresse, et de la ou 
plutôt des Madeleines. 

Greban a choisi dans ces opinions ; il a identifié comme le poète 
d'Arras la pécheresse de Saint-Luc et la sœur de Lazare, et il l'a fait 
paraître deux fois chez Simon, p. 179. p. 206, suivant le commentaire de 
N. de Lire, p. 796 et 1203. 



24. — L'ALLÉGORIE DES DOUZE HEURES. 

(Joann. XI, 9. « Nonne duodecim horae snnt diei ? ») 

N. L., p. 1189. — « Q. d. si voluntatem hahebant tune me lapidandi, 
modo tamen non facient, quia mutato tempore potest voluntas mutari. 
Erat enim proverbium apud Judaeos, et adhuc est apud nos, quod 
loquendo de mutatione propositi dicitur, duodecim horae sunt diei, et 
ideo Salvator usus est tali modo loquendi. Et ostendit ulterius quod 
deberent esse securi, dicens : Si quis ambulaverit in die, etc. 

A cette interprétation de X. de Lire, le poète d'Arras en avait ajouté, 
p. 107, une seconde tirée de la Glose ordinaire, Patr. Migne, t. 114, 
p. 399 : « Illos autem dicit [Jésus] esse horas quae diem sequuntur, non 

dies eas 

Je suis le jour, vous les XII heures (v. 9129). 

Greban ne conserve que l'interprétation de N. de Lire, p. 193. Jhesus, 

v. 14892 : 

N'est il pas douze heures au jour 

Qui en plusieurs lieux et parties 

Ne sont pas égalaient parties ? 

S'en l'une ont aucun mal songé, 

En l'aultre ont leur vouloir changé, etc. 



25. — LA RÉSURRECTION DE LAZARE. 

(Joann. XI, 36. « Dixerunt ergo Judaei. » 

N. L., p. 1194. — Hic ex aftectu Christi ostenditur sequens murmura- 
tio. .Indaei enim viderunt Christum tristari et per consequens arguebant 



d'aRNOUI, GREHAN 219 

quod mors illa contra voluntatem Christi simpliciter 'accidisset, quia 
tristitia est de his quae nobis nolentibus acciderunt, ut dicit Aug. 14, 
de Civ. Dei, et per consequens concludebant quod non potuissftt Laza- 
rurn praeservasse a morte, ethoc est quod dicitur. Dixerunt ergo Judœi: 
Quia videbant evidens signum, invenientes per hoc quod libenter si pos- 
set prœservasset eum a morte, et ex hoc ulterius miraculum caeco nato 
illuminato volebant annihilare et in alium retorquere, dicentes : Non 

poterat hic qui aperuit oculos 

A r . L. « Quasi dicat ex quo non potest hoc, nec illud potest, nec fecit. 
Isti non expectabant sufficienter, sed indicabant ante tempus, quia Chris- 
tus plus fecit. Plus enim est mortuum suscitare quam mortem infir- 
mantis impedire. 

Dans la Passion d'Arras, p. 108, la remarque désobligeante « Non 
poterat » est prêtée à l'apôtre Saint-Bartholomieu, à contre-sens ; dans 
Greban, p. 195, v. 15024, à un Juif ^Tubal), suivant le comment, de N. de 
Lire. 



26. — LE REPAS A BÉTHANIE, CHEZ SIMON LE LEPREUX. 
(Joann. XII, 2. * Fecerunt autem ei coenam. »> 

X. L., p. 1203. — « Et fuit haec coena in domo Simonis leprosi, ut 
communiter tenent doctores, fuerat tamen prius a Christo curatus, sed 
nomen remanserat ad memoriam miraculi. Origenes autem dicit quod 
illa cœna fuerat in domo Marthae, quod probat ex eo quod subditur : Et 
Martha ministrabat. Sed potest dici quod iste Simon erat vicinus Mar- 
thae et propter hoc ipsa ministrabat in domo ejus, sicut homines soient 
facere in domibus amicorum suorum ». 

Greban, p. 204-208 ; p. 206. — Simon à Marthe : 

Voisine, la vostre mercy, 

Que pour moy tant vous occupez (v. 15887). 



27. — LE CALCUL DE JUDAS POUR RECOUVRER LA DIME. 
(Matth. XXVI, i5. « Et triginta argentcos. ») 

N. L., [i. 422.— « Argenteus nummus valebat decem nummos usuales 
et per consequens triginta argentei valebant trecentos de uuniinis usjua- 
libus, ut patet manifeste si multiplicentur triginta per decem etc.-, sic 
in venditione Christi recuperavit vaiorem predicti unguenti. 



220 LA PASSION 

(It. Luc. XXII, 4. « Et abiit. ») 

A*. L., p. 960. — Motivum autem Judae hic tacetur, sed exprimitur 
Matt. 26 et Joann. 12. a. scilicet ut recuperaret valorem unguenti 
preciosi effusi super Christum a sorore Lazari. 

Greban, p. 208. Judas : 

J'exploiteray 
De faire telle trahison 
Que je raray ma porcion 
Que j'ay pardu a ceste fois (v. 16016). 



28. — LA DESCRIPTION DES PEINES DE L'ENFER. 

Greban, p. 205. — Cet épisode provient d'un sermon apocryphe de 
Saint-Augustin déjà cité dans l'Histoire scholastique, Patr. Migne, t. 
198, p. cap. CXVT,coï. 1597), et il est développé dans la plupart des mys- 
tères, notamment dans la Passion Sainte-Geneviève et dans la Passion 
de Semur, toutes deux antérieures à celles de Greban, avec un grand 
luxe de détails. A ces descriptions de l'enfer, Greban a substitué une des- 
cription plus conforme aux traités de théologie scholastique (voir notam- 
ment saint Thomas d'Aquin, Somme passim, et du Cange, t. IV, p. 117, 
v° Limbus) c. a. d. uq enfer divisé en quatre parties. 



29. — LES DEUX ENTRÉES A JÉRUSALEM 

Une seule entrée dans la Passion d'Arras, p. 124 et sq., suivant 
Joann XII, 12. 

Deux entrées séparées par un long intervalle dans la Passion de 
Greban. La l rc , p. 149, d'après Joann, II, 13 (N. L., p. 1050), et ÏHist. 
seholastica, cap. XL (Patr. Migne, t. 198, p. 1560). La 2% p. 208-211, 
d'après Joann., XII, 12 (N. L. p. 1206;, les autres Evangélistes et YHist. 
srhol., cap. CXVIII, p. 1599. 



30. — LES DEUX MALÉDICTIONS DU FIGUIER 

l'ne seule malédiction dans la Passion d'Arras, p. 127, qui place la 
scène le soir, quand Jésus et ses disciples retournent à Béthanie, vers 
lhôtel de Marthe. 



d'arnoul greban 221 

Deux malédictions du figuier dans la Passion de Greban : la 1", p. 216, 
le matin, quand Jésus vient de quitter l'hôtel de Marthe, à Béthanie. 
C'est l'explication de N. de Lire, p. 349, in Matth. XXI, 18 (Esuriit).— 
Ista autem esuries non fuit naturalis quia in sero praecedeti comederat, 
nec erat adhuc hora comedendi. » 

La 2", p. 223, le soir, au retour de Jérusalem, suivant X. L., p. 601; in 
Marc, XI, 17. Et cum vespera esset. » 



31. — LES QUATRE REQUÊTES DE NOSTRE DAME A JÉSUS 

Empruntées par Greban, p. 213-215. à la Passion française, composée 
en 1398 pour Isabeau de Bavière. (Voir plus loin.) 



32. — JUDAS INDIQUE LA RETRAITE DE JÉSUS 

AU JARDIN DES OLIVIERS 

(Luc XXII, 39. « Ibat secundum consuetudinem in montem Olivarum. » 

N. L., p. 967. — « Quia assuetus erat illuc ire de nocte causa ora- 
tionis. » 

Greban, p. 227. — Judas : 

Il a de coustume et d'usage 

De hanter sur le tardivet 

Vers la montagne d'Olivet (v. 17585.) 



33. - LA CÈNE, LE LAVEMENT DES PIEDS 

1° De ablutione pedum (fait partie des petits traités d'Arnold de Char- 
tres, De Cardinalibus opcribus Christi. imprimés parmi les apocryphes 
de saint Cyprien, p. 78, éd. Pearson. Amsterdam, 1700. et cités par Cor- 
nélius à Lapide, p. 445 : « Jam sacramentum corporis sui Apostolis 
Dominus distribuerai, jam exierat Judas, cum repente de mensa surgens 
linteo se praecinxit et ad genua Pétri Làvaturus pedes ejus ipse Dominus 

obtulit famulatum » — C'est la tradition suivie dans la Passion 

d'Arras). 

2" (Joann. XIII, a. « El coena facta. ») 

.Y. /.., p. 1220. — « Non est intelligendum quod esset totaliter com- 
pleta quia postea dicitur Et cum rccubuisset ; sed erat facta quantum ad 



222 LA PASSION 

hoc quod comederant agnum Paschalem, et tune surrexit ad lavandum 
pedes discindlorum suorum, antequam daret eis sui corporis sacramen- 

tum » 

L'opinion de N. de Lire est suivre par Greban, p. 233 : Icy menjuen t 
tous en ung plat l'aigneau de Pasques. — Icy se lieve Jhesus de la table 
et se çaint d'une touaille. 



34. — LA CÈNE : JÉSUS ANNONCE LA TRAHISON DE JUDAS 
(Math. XXVI, 21 « At ipse respondit. ») 

N. L., p. 425. — « Per hoc non poterant perpendere quis esset deter- 
minate quia omnes comedebant in eodem vase, in quo erant carnes agni 
paschalis positae. » 

Greban, p. 235 : « Et notez ici que tous les apostres ont main dedans 
le plat et menjue Jhesus et Judas aussi. » 



35. - LE SOMMEIL ET LES RÉVÉLATIONS DE SAINT JEAN 
PENDANT LA CÈNE 

Greban, p. 236, v. 18210-18219. 

Le sommeil de saint Jean et les révélations qu'il aurait eues en songe 
sont deux traditions originairement distinctes qui se sont facilement 
confondues. C'est Abdias (Hist. apostolique, I, 5, Dict. des Apocryphes, 
col. Migne. t. II, p. 327) qui semble avoir dit le premier que « à la dernière 
cène, lorsque le Seigneur établissait le Nouveau Testament de notre salut, 
(saint Jean) assis à côté du Chrisl, et reposant sur son sein, s'endor- 
mit ». L'Evangile (Joann. XIII) ne dit nullement qu'il s'endormit ; il fait 
simplement allusion à l'usage qu'avaient les anciens de prendre leur 
repas à demi étendus sur des lits, et il note que le disciple bien-aimé 
était couché, « discumbebat inclinatus ante pectus.Dormni », suivant la 
remarque de l'Histoire scholastique (cap. C, 41. Patr. Migne, t. 198, 
p. 1617). Mais, d'autre part, le sein, le cœur, ne renferme t-il pas les plus 
secrètes pensées. « Per sinum quippe quid significatur aliud quam 
secretum ? » Cette interprétation symbolique de saint Augustin (In. 
Joann. Expositio, cap. XIII, Patr. Migne, t. 35, p. 1301) a passé dans 
Grégoire de Tours (Aliraculorum, I, 30, Patr. Migne, t. 71, p. 730) : 

« Johannes quem Dominus plus quam caeteros dilexit apostolos ut 

super ipsum sacri corporis pectus accumbens mysteriorum cœlestium 



d'arnoux greban 223 

hauriret arcana <>, dans Bède et dans la Glose ordinaire (P. Migne, 
t. 11 i. p. 426). Elle s'est rattachée tout naturellement à la Légende du som- 
meil, et nous la trouvons ainsi exposée dans la Passion romane de Cler- 
mont-Ferrand (v. 28), dans la Bible d'Herman de Valenciennes, et dans 
la plupart des Vies françaises de Jésus-Christ, en vers et en prose. 
Greban n'a donc fait que recueillir ici une légende des plus populaires. 



36. - LA LÉGENDE DES ÉPÉES ACHETÉES PAR LES APOTRES 
AU « FOURBISSEUR » 

Cette légende de la Passion d'Arras, p. 130-131. est déjà dans un ancien 
poème de la Passion (B. de l'Arsenal, Ms. 5201, p. U2j. Elle est rejetée 
par Greban. p. 2i0, v. 18528 et sq.. suivant le comm. de N. de Lire, in 
Joann. XVIII, 10 « Simon ergo », p. 1285 : « Dicunt hic aliqui quod dis- 
cipuli emerant gladios de praecepto Domini, secundum quod habetur. 
Luc, 22. Sed non est veiisimilo quia ibidem dicil'ur quod Apostoli statim 
responderunt. Ecce duo gladii hic, etc. » 



37. - LE SIGNE DONNE PAR JUDAS 
(Luc, XXII. 47- « Ut oscularetur eum. ») 

N. L., p. 969. — Dederat enim Judas comprebensoribus istud signum 
ne pro Jesu caperent Jacobum fratrem Domini, qui fuit ei valde similis 
ut dictum fuit. Mat. 27. » 

Greban, p. 241. — Judas : 

Pour ce, seigneurs 
Qu'il a des disciples plusieurs. 
Et l'ung d'iceulx qui sont ensemble 
Si très proprement luy ressemble 
Que vous ne sçariez distinguer. 

Ilem, p. 24(i, v. 19G58. — Judas : 

Or vous souviengne donc du signe 
Que je vous baillay au partir. 



38. — LE JEUNE HOMME AU MANTEAU 
(Marc. XIV . Si. « Adolescens. ») 

.Y. /.., p. 6.'!5. — o Quia iste non nominatur hic. ideo dicunt aliqui quod 
fuit Jacobus fjraler Domini. Alii autem quod fuit Joannes Evangelisla qui 



'■d2i LA PASSION 

junior erat inter Apostolos. Alii autera dicunt quoci fuit juvenis de illa 
domo in qua comederant pascha. » 



Greban, p. 249-250, v. 19305. — S. Jaques Alphey : 

J'ayme mieulx a laisser la chappe 
Que mon corps y soit retenu. 

DRAGON 

Ha ! le ribaut s'en fuit tout nu. 



39. - SAINT JEAN INTRODUIT SAINT PIERRE DANS LA COUR 

DU PONTIFE ANNE 

(Joann. XVIII, io. « Discipulus autem ille erat notiis pontifici. ») 

N. L., p. 1^87. — « Dicunt aliqui quod Joannes erat peritus in lege et 
propter hoc habebat noticiam cum pontifice. Sed hoc non est verisimile 
quia piscator erat et de navi a Christo vocatus fuerat, ut habetur Mat. 4 
d. unde dicit Hier, in epist sua ad Paulinum » Joannes rusticus piscator 
indoctus etc. » ; ideo alia fuit causa suae notitiae cum pontifice quia forte 
missus a pâtre suo pluries portaverat pisces ad domum pontificis et vel 
forte quia aliquis de cognatione ejus ibidem serviebat, vel aliqua alia 
causa quam aliqui assignant, quia descenderat de David et sacerdotes 
habebant istas genealogias. » 



Greban, p. 850. — Saint Jehan : 

J'ay esté des fois plus de cent 

Leans pour porter du poisson : 

Anne et tous ceulx de sa maison 

Me corgnoissent par tel manière (v. 10360.) 

Qu'il n'y a porte ne barrière 

Qu'il/ ne m'oeuvrent ysnel le pas (v. 19361.) 



40. — L'INTERROGATOIRE ET LE SUPPLICE DE JÉSUS 

DIRIGÉS PAR LE PONTIFE ANNE 

{Matth., XXVI, ;. « At illi tenentes. ») 

N. L., p. 437. — « Licet enim primo fuerit ductus ad Annam ut dicitur 
Joann. 18 ; tamen Matthaeus de hoc non facit mentionem quia non fuit 



li ARNOUL GRBBAN Si.) 

ibi ductus nisi propter quamdam reverentiam quia erat socer Caipbe, ut 
ibidem dicitur. » 

(Item, /oann, XVIIJ. « Kr.it enlm. ») — .V. L. p. 128O. 
(Joann, XVIII, 19. « Pontifex ergo interrogavit Jesum de discipulis suis. ») 

N. L., p. 1288.— « Dicitur autem Anuas pontifex non quia esset actu, 
sed quia an te fuerat, et quia socer erat pontificis ut dictum est. » 

[Matth. XXVII, 1. « Mane autem facto. y>) 

X. L., p. . — « Quia a média nocle usque ad illam horarn illuse- 

runt eum conspuendo et palmis caedendo, ut visuin est. » 



C est en suivant ce commentaire de N. de Lire que Greban a placé 
chez le pontife Anne, p. 250-263, toutes les scènes qui, dans la Passion 
d'Arras, p. 139-149, étaient placées chez le pontife Caiphe. 



41. - LA COLONNE DANS LA MAISON D'ANNE. 

Pseudo-Bonaventurae Meditationes Vitae Christi, cap. LXXV. — 
« Ligaverunt Jesum ad quamdam columnam lapideam, cujus pars postea 
comminuta est, et adhuc apparet, ut habeo ex fratre nostro qui vidit. 

« Dimiserunt nihilominus aliquos armatos ad tutiorem custodiam qui 
eum totam noctem residuam vexaverunt. 

« Et sic stetit rectiis ad illam columnam ligatus usque ad mane. 3 

Cf. Vie de Jesu Crist, imprimée par Rob. Foucquet, 1485, p. IIIIxx y"; 
(Passion de 1398, B. Nat. ms. fr. 24438, fol. 35 v°), etc. 



fireban, p. 254-259; p. 254, Anne : 

Votez ceste colompne haulte, 

Qui soustient au milieu la vaulte'; 

Mrnez l'i tost comment qu'il soit (v. 19628). 



42 - LES RENIEMENTS DE SAINT PIERRE. 
(Matth., XXVI, tiij. « Et accessit ad eum una ancilla. ») 

.V. L.. p. 440. — « De istis negationibus Pétri videntur Evangelistae 
diversimode scribere maxime de secunda el tertia, quia de secunda dici- 
tur hic quod fuit ad vocem ancillae, Lucas autem dicil quod fuil ad vocem 

1.". 



226 LA PASSION 

hominis, Joannes autem dicit quod fuit ad vocem plurium. Similiter de 
tertia dicit Joannes quod fuit ad vocem unius qui erat cognatus illius 
cujus Petrus abscidit auriculam. Matheus autem hic dicit quod fuit ad 
vocem illorum qui astabant. Dicendum igitur quod principalis intentio 
Evangelistarum erat negationem trinam Pétri exprimere et in hoc con- 
veniunt omnes Evangelistae. Exprimere autem personas accusantes 
Petrum non erat principalis intentio eorum, sed tantum ex accidenti. 
Tamen non contrariantur in hoc quia verisimile quod multi ad ista verba 
concurrebant circa Petrum et consimilia verba proferebant ipsum accu- 
sando, et sic unus Evangelista unam personam nominat, alius aliam, 
unam vel plures, nec est ibi falsitas ratiône dicta. Videtur autem secun- 
dum veritatem historiae quod prima negatio sit facta ad vocem ostiariae 
principaliter. Secunda ad vocem illorum qui stabant ad ignem, fuerunt 
tamen excitati ab alia ancilla, propter quod Matheus illam exprimit hic 
et de aliis tacet. Quod autem hic dicitur quod facta est Petro exeunle 
janua, intelligendum se disponente ad exitum, quia adhuc erat propter 
ignem, ut dicit Joannes, sed timens ne perciperetur exire. Tertia autem 
negatio facta est multis eum accusantibus inter quos principalis erat 
cognatus illius cujus Petrus abscidit auriculam, propter quod exprimit 
illum Joannes de aliis tacendo. » 

(Item, Luc, XXII, 34- « Non cantabit hodie gallus. ») 
N. L., p. 966. — « Post binam autem negationem Pétri. » 
(Item, Joann., XVIII, 2;.)— N. L., p. 1290. 



Greban, p. 252-255, v. 10484-19700. — Greban a suivi l'explication de 
Nicolas de Lire et placé dans la cour du pontife Anne la scène qui, dans 
la Passion d'Arras. p. 139, était placée chez le pontife Caiphe. 



43. — LA MORT DE JUDAS. 

A l'épisode de la Passion d'Arras, p. 153, Greban ajoute un trait tiré 
de ïllist. scholast. — In Actus Apost., cap. IX. (Patr. Migne, t. 198, 
p. 1650.) — « Et suspensus crepuit médius. Et « diffusa sunt viscera 
ejus », sed non per os ejus ut sic parceretur ori, quo Salvatorem oscu- 
latus fuerat. Non enim tam viliter debuit inquinari, quod tam gloriosum, 
scilicet os Christi, contigerat. » 



1) \RNOUL GREBAN 227 



Greban (3' journée), p. 288. — Désespérance : 

Il vint et son maistre bais;i, 

Et par cette bouche maligne, 

Qui toucha a chose tant digne 

L'ame ne doit ne peust passer (v. 22023.; 



tt. - LE PREMIER INTERROGATOIRE DE JÉSUS PAR PILATE. 
(Joann., XVIII, Tî. « Introivil ergo iterum in praetorium Pilât us. » 

N. L., p. 1292. — a Hic ponitur examinatio Christi in secreto. Et divi- 
ditur in très, quia primo ponitur Pilati interrogatio, secundo Christi 
responsio, ibi : Respondit Jésus. Tertio Pilati objectio, ibi : Dixit itaque. 
Circa primum sciendum quod Judaei cum tumultu irrationabili petebant 
mortem Christi. propter quod Christus non respondebat, secundum illud 
Eccl. 32. a. Ubi non est auditus non effundas sermonem. Propter hoc 
Matthaeus et Marcus dicunt quod, cum accusaretur a principibus sacer- 
dotum, nihil respondit, propter quod Pila'us intravit praetorium quod 
erat in domo sua ut ibi Christum magis pacifiée examinaret extra tumul- 
tum Judaeorum qui non audebant intrare praetorium, ut dictum est 
Christus autem de tribus fuerat accusatus coram eo, ut habetur Luc. 23. 
Hune incenimus subcertentem gentem nostram. Pilatus autem de duo- 
bus primis non curavit inquirere quia de primo, scilicet de subversione 
observationum legalium, non curavit utrum esset verum vel falsum, quia 
non erat Judaeus, sed gentilis. Secundum cognovit esse falsum per fa- 
mam publicam, quia audierat Christi responsionem qua Judaeis de hac 
materia responderat Mat. 22. C. Reddite que sunt Caesaris Caesari, etc. 
Sed de tertio quod videbatur esse contra honorem Imperatoris, inquisi- 
vit, scilicet de regno, quia Imperatores Romani omen regium a Judaeis 
abstulerant, ut frangèrent eorum superbiam et tollerent rebellandi occa- 
sionem, et ideo quaesivit a Christo, etc. » 



Greban, p. 279-281 ; p. 280 : Icy interrogue Pilate Jhesus a part au 
prétoire : 

Se tu presches ou pervertis 

Se tu as usé mal ou bien, 

Penser dois que je n'en sçay rien : 

Juif ne suis pas de naissance (v. 21455, etc.) 



228 



LA PASSION 



45. — JÉSUS ENVOYÉ A HÉRODE. 
(Luc, XXIII, 7. « Herodes qui et ipse Jerosolimis erat his diebus. ») 

A . L., p. 976. — « Scilicet Paschalibus, propter solennitatem, quia 
Judaeus erat. Pater enim suus fecit se circumcidi, transiens ad ritum 
Judaismi, secundum quod dicit Josephus. » 



Greban, p. 282. — Claquedext : 

Où pourrons-nous trouver Ilerode ? 

IMLATE 

Il est venu en la cité 

Pour voir la feste solennelle (v. 21,597.) 



46. - JÉSUS RENVOYÉ PAR HÉRODE AVEC UNE ROBE DE FOU. 
(Luc, XXIII. 11. « Sprevit autem illum Herodes. » 

•N. L., p. 977. — « Reputain eum idiotam et fatuum. Et illusit indu- 
tum veste alba. Sic enim illudebatur tune fatuus. Et remisit ad Pilatum. 
Ut eum honoraret sicut et Pilatus ei detulerat. » 



Greban, p. 293. — Herode : 

Prends l'habillement 
D'ung de mes sos le plus cornu (22,399.) 



47. - RECONCILIATION D'HÉRODE ET DE PILATE. 
(Luc, XXIII, i3. « Nara antea inimici. ») 

A'. L., p. 978. — « Propter Galilaeos quos Pilatus occiderat, miscens 
sanguinem eorum eum sacrifîciis, ut dictum est supra. 13 C. » 

(Ibid., Luc, XIII, 1. » Aderant autem quidam. ») 

N. L., p. 869. — « De Galilaeis a Pilato interfectis, dum actu essent 
occupati in sacrificiis de quibus duplex est opinio. Dicit enim Cyrillus 
quod isti fuerunt sequaces Judae Galilaei de quo dicitur Act. 5. g. quod 
avertit populum in die professionis, quia dum Judaei profîterentur se esse 
subditos Romano imperio, ut dictum est supra 2 cap., iste Judas Galilaeus 



d'arnoul grbban 229 

dicebat quod hoc erat eis illicitum, scilicet recognoscere aliquem domi- 
num praeter Deum qui eos eduxerat de .Egypto et fecerat sibi populum 
peculiarem, et multi consenserunt ei in tantum quod postea probibebant 
oblationes fieri pro salute iraperii Romani, de quo Pilatus indignatus re- 
pente cum multitudine Romanorum venit super eos sacrificantes secun- 
dum ritum suum et interfecit eos, ita quod sanguis interfectorum fuit 
mixtus cum sanguine sacrificiorum. In Scholastica vero historia dicitur 
quod fuit quidam magus de Galilaea qui dicebat se esse filium Dei, et 
dum multos seduxisset, et secum duxisset in montrem Garizim, promit- 
tens inde se ascensurum in caelum, et dum illi sacrificarent ei sicut filio 
Dei, Pilatus superveniens eos cum armis interfecit ne major seductio 
ficret. » 

Greban, p. 290. — Herodes : 

Non obstant la perte et dommage 

Que jadis Pilate me fit 

Quand mes gens destruit et occist, 

Joyeulx suis pour l'heure présente 

De cest homme qu'il me présente (v. 22204.) 

L'explication développée de Cyrille sur les sacrifices de Judas de 
Galilée a été recueillie par Jean Michel et lui a servi pour une de ses 
additions à la Passion de Greban. 



48. — LE SONGE DE LA FEMME DE PILATE. 
(Matth. XXVII, 19. « Sedente »). 

N. L., p. 451. — « Hic declaratur innocentia Christi per testimonium 
uxoris Pilati. Ad cujus evidentiam sciendum quod diabolus qui captio- 
nem Christi procuraverat per Judaeos, per aliqua signa perpendit quod 
ipse esset vere Christus et per consequens quod per ejus mortem spo- 
liaretur infernus ; hoc autem perpendit per ejus patientiam et per scrip- 
turarum impletionem et forte per sanctorum patrum in lymbo existen- 
tium exultationem, et ideo mortem Christi impedire volebat per uxorem 
Pilati, cujus preces efficaces credebat in conspectu viri sui. 

« MÙlta rnim passa ». 

N. L. — Quia diabolus apparuerat ei movens eam terroribus ad bbe- 
rationem Christi. Utrum autem talis apparitio fuerit ei facta in somno 
vel vigilia expresse non habelur hic, videtur tamen quod fuerit in somno 
per hoc quod hic dicitur per visurn. Christus enim praesentatus Pilato 
valde mane ut dictum est in principio hujus cap. Et ideo probabile 



230 LA PASSION 

est quod uxor ejus jacebat adhuc in lecto, quia dominae non soient ita 
mane surgere sicut viri sui ». 



Passion d'Arras, p. 165. — Version adoptée par Greban, p. 306-308, 
comme approuvée par N. de L., p. 451. 



49. - LA LÉGENDE DU BOIS DE LA CROIX ET LA LÉGENDE 
DES CLOUS FORGÉS PAR LA FEMME DU FORGERON. 

1° Poème de la Passion (B. de l'Arsenal, ms. 5201, p. 124-125). 
2° Passion d'Arras, p. 180-181. 

3° Légendes empruntée à la Passion d'Arras et abrégées dans la 
Passion de Greban, p. 311-312. 



50. — ON REMET A JÉSUS SES VÊTEMENTS POUR LE FAIRE 
RECONNAITRE SUR LE CHEMIN DU CALVAIRE. 

iMatth. XXVII, il, « Et induerunt eum vestimentis suis »). 

N. L., p. 455. — Quibus spoliaverunt eum ut praedictum est, et hoc 
fecerunt ut ductus ad mortem magis cognosceretur in propria veste 
quam aliéna ». 

Greban, p. 313, Ca'ïphe : 

Ostons luy cet abit de roy, 

Et le vestons en tel arroy 

Qu'il souloit aller par la voye, 

Affin que chacun si le voye 

En ses habis accoustumés (v. 23867). 



51. — SIMON DE CYRÈNE. 
{Lue, XXIII, 2(5. « et eum durèrent eum ». 

.Y. L. p. 979. — « 111e autem invite portabat, tum quia hoc erat turpe, 
tum quia forsitan erat discipulus Iesu, occultus tamen. » 



d'arnoul greban 231 

Greban. p. 319-320. — Simon, y. 24,430 et sq. ; it. : 

Car tant reproché en seroye. 

Que james jour n'aroye honneur (v. 24407). 



52. - LES DÉTAILS DE LA CRUCIFIXION, LE VOILE, LES CORDES, ETC. 

Dialogus b. Mariae et Anselmi de Passione Domini (Patr. Migne, 
t. 159, p. 271-290;. 

« Nudaverunt Jesum unicum tilium meum totaliter vestibus suis et 
et ego exanimis facta fui ; tanien velamen capitis mei accipiens circum- 
ligavi lumbis suis... Post hoc deposuerunt crucem super terrain et eum 
desuper extenderunt, el incutiebant primo unum clavum adeo spissum 
quod tune sanguis non potuit emanare, ita vulnus clavo replebatur. Acce- 
perunt postea funes et traxerunt aliud brachium lilii mei Iesu et clavum 
secundum ei incusserunt. Postea pedes funibus traxerunt, et clavum 
acutissimum incutiebant, et adeo tensns fuit ut omnia ossa sua et mem- 
bra apparent, ita ut impleretur illuu Psalmi ; Dinumeraverunt omnia 
ossa mea. XXI. 18.... Post haec erexerunt eum magno labore, p. 283. » 

Cf. les Meditationes ritae Çhristi (cap. lxxviii) du pseudo-Bonaven- 
ture : la Vita Christi de Ludolphe le Chartreux, la Passion de 1398, la 
Passion de Gerson (ad Deum vadit), etc, 



Passion d'Arras, p. 187-188. 

Légendes empruntées à la Passion d'Arras et abrégées par Greban, 
p. 322-327. 

53. - LA PROMESSE DE JÉSUS AU BON LARRON ET LE SENS DU 
MOT PARADIS D APRÈS NICOLAS DE LIRE. 
(Luc, WIII. i> Bodie mecuna eris va paradiso 

X. L.. p. 983. — Non accipitur hic paradisus pro horto voluptatis, 
nec jjro cœlo empireo, sed pro fruitione beata quam habuerunt sancti 
patres in morte Christi, qui erant in limbo detenti, statim eum ejus 

anima descendit ad eos, et eadem die illuc descendit anima illius latro- 
nis, facta particeps beatae fruitionis ». 



Suivant l'interprétation de X. de Lire, dans la Passion de Greban. les 
âmes des Pères que Jésus arrache à l'Enfer sont mises simplement 



232 I.A PASSION 

« en quelque lieu déterminé ». p. 343; tandis que dans la Passion d'Ar- 
ras, p. 244, elles étaient conduites au Paradis terrestrs d'après l'Evan- 
gile de Nicodème, XXVI. 

54. - SATAN GUETTANT L'AME DE JÉSUS EN CROIX. 

Episode emprunté par Greban, p. 327. au poète d'Arras, p. 181, qui 
avait pu trouver lui-même l'idée dans VHistoria scholastica, cap. 
clxii, p. 1630. — Vinc. Bell. Spec. Hist., VII, cap. xliii; Passion de 
Gerson, etc. 



55. - L'INVENTION DU JEU DE DÉS PAR SATHAN. 

Epis, emprunté par Greban, p. 335-336, à la Passion d'Arras, p. 191 
et sq. 



56. - JÉSUS APPELANT HELY. 
(Matth. XXYII, 47- « Quidam autem illic stantes et audientes dicebant, Eliam vocat 

iste »). 

1° Interprétation de la Glose ordinaire (Patrol. Migne, t. 114, p. 239 : 
« Sin autem Judaeos qui hoc dixerint intelligere volueris, et hoc more 
sibi solito faciunt, ut Dominum imbecillitate infament qui Eliae auxilium 
deprecetur ». — Cette interprétation est suivie dans la Passion d'Arras, 
p. 200. 

2° Interpr. de Nie. de Lire, p. 460 : « Scilicet milites ipsum custo- 
dientes, qui erant gentiles. propter quod linguam Hebraicam ignorabant, 
dicebant. 

Greban, p. 337. Le soldat romain Broyefort aux Juifs : 
Ouez, seigneurs, il a huchié 
Hplias, ung de vos prophètes (v. 25905). 



57. — LE CRI DE JESUS EXPIRANT. 
(Lui-. X.XIII, 47- « Videns, Centurio... quod factum fuerat »). 

A. L., p, 9S4. — « Scilicet miracula in Chiisti passione facta, utpote 
terrae motus, petrarum scissio. obscuritas solis supernaturalis. Et quod 
cum clamore magno expirasset quod non poterat fieri virtute naturali ».. 



d'arnoul greban 233 



Greban, p. 339 : Centurio : 

Esmerveillié très fort je suis 

De ce Ihesus qui en mourant 

A geste un cry si puissant 

Yt'u la foiblesse de son corps (v. 26023;. 



58. — L'ÉCLIPSÉ ET S. DENIS D'ATHÈNES. 

Emprunté par Greban. p. 340-341 à la Légende dorée (Hist. de S. 
Denis) et à N. de Lire. p. 459 in Matth., XXVII, 45. « A sexta ». 
Cf. Passion d'Arras, p. 199-200, même source. 



59. — SAINT MICHEL EMPORTANT L'AME DU BON LARRON 
ET SATAN CELLE DU MAUVAIS LARRON. 

Passion d'Arras, p. 204, v. 17557-17730. — Légende abrégée par Gre- 
ban, p. 347, v. 26609-26616. 



60. — LE « MISTERE » DU SANG ET DE L'EAU. 
(Joann., XIX, 34. « Et continue exivit sanguis et aqua. ») 

N. L., p. 1307. — « Sanguis ad nostram redemptionem, aqua ad pec- 
catorum ablutionem. Sciendum tamon quod ista aqua miraculose exivit, 
quia non fuit humor phlegmaticus, ut dicunt aliqui, sed aqua pura ad 
ostendendum quod corpus Christi erat ex veris elementis compositum, 
contra errorem eorum qui rlixerunt eum habere corpus cœleste, sicut 
dixit Valentinus et sequaces sui, et eorum qui dixerunt eum habere cor- 
pus phantasticum. sicut Manichaei. » 



Greban, p. 348. — Centurion : 

Il n'y a pas sang seulement, 

Mes avec le sang eaue Hère, 

Qui signifie aucun mislere 

Dont nous n'avons pas la science (v. 2(>t5(i7.) 



234 LA PASSION 

61. — LES APPARITIONS DE JÉSUS APRÈS LA RÉSURRECTION. 

L'ordre chronologique et le détail des diverses apparitions de Jésus 
après la Résurrection présentent dans la Passion d'Arras et dans la 
Passion de Greban des différences considérables. 

Ces différences tiennent à ce fait que le poète d'Arras a suivi exacte- 
ment l'ordre des apparitions tel qu'il est donné par Honorius d'Autun 
(ou d'Augsbourg) dans YElucidarium, I, 24 (Patr. Migne, 1. 172, p. 1127). 
Mais de ces douze apparitions il a supprimé la seconde « Secundo matri 
suae, ut Sedulius manifestât » et la cinquième à l'apôtre saint Jacques. 
Restent dix. 

Au contraire, Greban dans sa «quarte journée » a suivi un ordre diffé- 
rent, celui que son guide ordinaire N. de Lire (in Matth., XXVIII, 16. 
In montera, p. 469) avait emprunté lui-même à YHistoire scholastique, 
Act. I. (Patr. Migne, t. 198, p. 1615.) Seulement, aux dix apparitions 
mentionnées par N. L., ilfna ajouté trois mentionnées dans la Légende 
dorée (De Resurrectione Domini), les Meditationes Vitae Christi du 
pseudo-Ronaventure (en. 87, voir plus loin) et beaucoup d'autres ou- 
vrages. 

1° 11 a placé en tète une apparition à la Vierge ; 2° après l'apparition à 
saint Pierre (n° 3 de N. de Lire), il a intercalé les apparitions à l'apôtre 
saint Jacques et à Joseph d'Arimathie. Total, treize. 

Pour le reste et dans les moindres détails, Greban a suivi scrupuleu- 
sement les Postilles de N. L. ; il suffira d'en donner quelques exem- 
ples. 

62. — SAINT PIERRE RETOURNE AU CÉNACLE. 
{Marc, XIV, i5. « Vobis demonstrabit. ») 

.V. I., p. 628. — « In illo coenaculo comederunt et in illo post resur- 
rectionem latuerunt discipuli propter metum Judaeorum et in illo Spiri- 
tum Sanctum receperunt in die Pentecostes ut habetur. Act. 2. » 



Greban, p. 375. — Saint Pierre : 

Mes chiers frères, doneques querray 
Ne scay ou ja les trouveray, 
N'en quel lieu est leur tabernacle 
Se ce n'est au lieu de cénacle 
Auquel Jhesus sa cène fit (v. 28605.) 



d'arnoul grkban 235 



63. - L'APPARITION A MADELEINE. 
(Joann.. \.\, 16. « Dicit ci Rabboni. ») 

N. L.. p. 1314. — « Sic enim consueverat eum appellare ante passio- 
nem quia doctores apud Judaeos vocantur magistri. » 

(l)icit ei Jcsus : Noli me tangere.) 

N. L. - « Illa enim ex devotione voluit statim osculari pedes ejus, sed 
prohibita est secundum Auguslinuin, quia erat indigna propter fidei de- 
fectum,ideo subditur : « Non enim ascendi ad patrem meum. » Id est, in 
corde tuo non credis me pervenisse ad aequalitatem patris. Aliter expo- 
nitur secundum Chrisostomum, et melius ut videtur, ad cujus intellectum 
sciendum quod apparuit Mariae in consimili corpore secundum appa- 
rentiam, quale habebat ante passionem et non in illa claritate, quae est 
proprietas corporis gloriosi, et ideo Maria credebat ipsum resurrexisse 
ad vitam communem cura discipulis ducendam sicut ante, et ideo volebat 
eum familiariter tangere sicut prius. Hanc autem opinionem Dominus 
voluit ab ea removere dicens : Noli me tangere. Quasi dicat non credas 
me inter vos babitaturum sicut prius et hoc est quod dicitur. Xon enim 
enim ascendi ad patrem meum. Est assignatio causae quare apparebat 
in simili corpore sicut et ante passionem, et non in claritate corporis 
erloriosi. etc » 



Greban, p. 386-387. — Madelaine, p. 387 : 

O mon maistre, etc (v. 29503.) 

JHESUS <v. 29507). 
Cesse, Marie, ne m'atoucbe, 
Et vueilles ton cueur appaissier 
De ceste heure mes pies baisier, 
Car encor n'ay pas monté 
A la haultaine majesté 
De la dextre de Dieu ; mon père, 
Car puisque ce divin mistere 
De mon hault ressuscitement 
Ne crois pas en cueur fermement, 
Foible loy te veult empescher 
Que ne me peus ne dois toucher. 



2:>fi LA PASSION 



64. - L'APPARITION A L'APOTRE SAINT PIERRE. 
(Luc, XXIV, %. « Apparuit Simoni. ») 

N. L.. p. 993. — « Quando autem ista apparitio fuerit, non legitur ex- 
presse, sed tune creditur fuisse facta quando Petrus cucurrerat ad 
monumentum, et viderai linteamina posita, abiit mirans secum quod fac- 
tum fuerat, ut dictum est infra. » 

{Luc, XXIV, 12. « Et abiit secum mirans. ») 

N. L., p. 990. — « Id est cogitans de Christi resurrectione. » 



Greban, p. 386, 388-9. — Saint Pierre : 

Il n'y a mes que les linsseux 

Et le suaire précieux (v. 29447]. 

(Icy s'en va S. Jehan aux apostres. S. Pierre demeure derrière.) 
Ibid., p. 388, v. 29602 et sq. 



65. - JÉSUS ERISE LE PAIN DEVANT LES PÈLERINS D'ÈMMAUS. 
(Luc, XXIV. 3o. « Et accepit panem et l'regit. ») 

A . L., p. 1323. — « Id est eo modo dividebat eis et distribuebat sicut 
ante passionem ad declarandum suam resurrectionem. Dicunt enim ali- 
qui doctores et satis probabiliter quod sic dividebat cibaria sola manu, 
sicut alii cum cultello, et hoc cognoverunt eum cum aliis signis. » 



Greban, p. 408. — « Isy brise Jhesus le pain tellement qu'il semble 
estre coppé. » 

66. - LES APOTRES REPRENNENT LEURS OCCUPATIONS : 

LA PÊCHE DANS LE LAC DE TIRÉRIADE. 

(Joann. XXI, 3. « Dicit eis Simon Petrus : Vado piscari »). 

.Y. L., p. 1320. — « Erant enim pauperes et ideo ad procurandum 
necessaria vitae licite poterant ad exercendum negocium quod sine pec- 
cato poterat exerceri. Mathaeus autem non rediit ad tractandum nego- 
cium telonaei quia vix aut nunquam potest sine peccato fieri ». 



d'arnoul greban 23" 

Greban, p. 377, S. Bkrthelemy : 

Or, mes frères, il nous convient 

Icy secrètement tenir, 

Et pour nos vies soustenir 

Ensemble nos mestiers ferons (v. 28753). 



S. MATHIEU 
En tant qu'il touche mon mestier 
Qui estoit de change et de compte, 
Quant est a moy, je n'en tien compte : 
James je n'y retournerai (v. 28761). 

Item, p. 415, v. 31703, etc., S. Pierre : 
J'iray pescher 

S. BERTHELEMY 

A l'aventure 
Je suis tout prest de commancer, 
Car aussi nous fault il penser 
De soustenir la pauvre vie. 



67. — S. PIERRE MARCHE SUR LE LAC DE TIBÉRIADE 

A LA RENCONTRE DE JÉSUS. 

(Joann. XXI, J. « El mi>it se in marc o), 

N. L., p. 1322. — Ut cilius veniret ad Christum ex devotione. Hic 
dicit Beda quod tune non venit ad Christum supra aquas ambulando 
sicut fecerat prius, sed magis peditando vel natando, sed rationabilius 
videtur contrarium. Non enim videtur quod natando venerit, quia tune 
tunica succinxit se ut ad Christum veniret, quod non fecisset si natando 
venire vellet, nec etiam peditando pei profunium aquae, quia distabat a 

terra quasi cubitis ducentis : 

propter quod magis videtur quod Petrus domini memor quem ferventer 
diligebat, et pristine ambulationis super aquas, quando ad Christum 
venerat, quod simile hoc fecerit. 



i ' irebnn, p. 448, S. Pierre, v. 31859. 

Il me fault ma robe lever 
Et moy aventurer tout oultre. 

Icy s'en va S. Pierre tout teul sur là mer au port ou J/>esus est. 



23S LA PASSION 



68. - L'APPARITION SUR LE MONT THABOR 

(manque dans la « Passion » d'Arras). 

(Matth. XXVIII, 16. « In montem »). 

N. L., p. 469. — « Scilicet Thabor in quo transfiguratus fuit coram 
Jacobo, Petro et Joanne, ut habitum est supra, cap. 17. Ibi enim paucis 
ostenderat gloriam suae resurrectionis, ut ibidem dictum est, et ideo ibi 
resurrectionem completam manifestavit omnibus discipulis suis. Unde 
probabiliter creditur quod illa fuit manifestatio de qua scribit Apostolus 
I, Cor. 15 : « Deinde visus est plus quam quingentis fratribus simul, 
hic tamen non exprimuntur nisi undecim Apostoli qui erant principales 
Christi discipuli ». 

Greban, p. 420-423, S. Andry : 

Frères, entendez moi parler. 
Chacun ses compaignons assemble 
Et nous en allons tous ensemble 
Sur la montagne en Galillée 
Laquelle est Thabor appelée (v. 32008). 



69. — LA DERNIÈRE APPARITION DE JÉSUS A JÉRUSALEM 

ET L'ASCENSION SUR LE MONT D'OLIVET. 

(Matth. XXVIII, ië. a In montem »). 

N. L., p. 469. — Liste détaillae des apparitions... Et iterum bis appa- 
ruit in die ascensionis semel in Jérusalem ipsis convescentibus, et 
semel in monte Olive ti horae suae ascensionis ut habetur Marci ultimo 
et Lucae ultimo et Act. I. 

(Marc. XVI, i4- « Novissime recumbentibus »). 

N. L., p. 660. — « Ista apparitio facta immédiate ante ascensionem 
suam ». 



Ces deux épisodes sont à peu près semblables dans la Passion d'Arras 
et dans celle de Greban parce que le comm. de N. de Lire sur le verset de 
Marc. XVI, 14, coïncide avec la Glose ordinaire (Patr. Migne, t. 114, 
p. 243), suivie dans la Passion d'Arras. Mais le poète d'Arras (p. 276 
v. 24100) fait prononcer les paroles : « Vos autem sedetein civitate, Luc. 
XXIV, 49 », par Jésus sur le mont d'Olivet, et Greban les lui fait dire 



d'arnoul greban 239 

(p. 12N, v. 32, 636) à Jérusalem, dans le dernier repas, suivant le com- 
mentaire de N. de Lire in Luc. XXIV, 49, p. 9i)f>. 



70. — SAINT MATHIAS ELU AU SORT, COMME DANS L'ANCIEN 

TESTAMENT. 

Ilist. Scholast., Act. Apost., cap. XI, Patr. Migne, t. 198, p. 1651. 

« Et dederunt eis sortes. I't cecidit sors super Mathiam, et annume- 
ratus est cum undecim. Non est modo utendum sortibus, ut tradit Hie- 
ronymus pro liac auctoritate, quia privilégia pancorum non faciunt legem 
communem. Xondum tamen missus est Spiritus sanctus, necdum figu- 
rae légales penitus cessaverant. Ideo adhuc positae sunt sortes, sicut in 
Veteri Testamento saepe factum legitur ». 



Greban, p. 440. 

Faisons pour estre plus seurs 

Comme nos bons prédécesseurs 

En l'ancien testament faisoient (v. 33637). 



LES 

MEDITATIONES VITAE CHRISTI 

ET 

LA PASSION DE 1398 



16 



LES 



MEDITATION ES ET LÀ PASSION DE GREBAN 



Si Greban est avant tout un théologien, il n'en a pas moins pro- 
fité des légendes du pseudo-Bonaventure ou des Meditationes 
Vitae Christi précédemment signalées. Pas plus que pour le poète 
d'Arras, nous ne savons si Greban a consulté directement le texte 
latin, ou une traduction française, mais nous savons qu'il a connu 
l'ouvrage tout entier, et de plus une de ses imitations françaises 
partielles. Il serait inutile d'étudier en détail tous les emprunts 
signalés plus haut 1 , toutes les réminiscences tantôt fidèles et pré- 
cises, tantôt modifiées. Pour abréger, on ne donnera qu'un exem- 
ple des unes et des autres dans les deux scènes les plus connues 
du mystère. 

Voici d'abord une légende très ancienne que l'on a déjà rencon- 
trée dans la Passion des Jongleurs, l'apparition de Jésus à sa mère 
après la Résurrection. Si on prend la peine de suivre cette légende 
depuis ses origines, on reconnaîtra qu'elle pouvait très facilement 
être mise en scène sans les Meditationes, puisqu'en fait elle y a été 
mise sans elles ; mais on reconnaîtra également qu'à cette légende 
connue les Meditationes ont ajouté des détails nouveaux, et ce 
sont précisément ces détails qui reparaissent, d'ailleurs très modi- 
fiés, dans le drame de Greban. Cette scène peut donc servir de 
spécimen pour les imitations les [tins éloignées «les Méditations. 

La légende de l'apparition de Jésus à sa mère, en opposition 
avec le verset bien connu de l'Evangile de saint Marc X\ I. 9, se 
présente à nous smis <l<-u\ formes distinctes : 

i° La Vierge accompagne les Saintes Femmes au sépulcre, et 

1 Page 93 de ce livre. 



2ii LA PASSION 

c'est là qu'elle retrouve la première son fils. Telle est la version 
adoptée par quelques Pères de l'Eglise grecque et par l'auteur du 
drame bysantin, Christus patiens. Dans l'Eglise latine, on la 
retrouve dans le Carmen Paschale de Sedulius (1. V. , v. 322 et 36i, 
Patr. Migne, t. 19, col. ;38 et yfô) et dans YElucidarium d'Hono- 
rius d'Autun (1. I, ch. 24, P. Migne, t. 172. col. 1127). 

2 Les saintes Femmes vont seules au sépulchre, et la Vierge, 
qui a foi en la Résurrection, reste en prières dans sa maison. Jésus 
vient l'y visiter la première au sortir des Limbes, puis retourne 
consoler Madeleine. Cette version a été beaucoup plus répandue 
que la précédente en Terre-Sainte (d*après le Saint Voyage en 
Hierusalem de Saladin d'Anglure, i3o,5, éd. Bonnardot et Lon- 
gnon, p. 27-28), en France et en Italie. Les représentations artisti- 
ques (vitrail de Chartres, xm e siècle, clôture du chœur de Notre- 
Dame de Paris, xiv e siècle), etc., ont été récemment décrites par 
M. Emile Mâle (LArt religieux, etc., p. 29,5). Quant aux textes 
des théologiens du moyen-àge, on les trouvera à peu près tous réu- 
nis par Suarès(éd. Vives, t. 19, p. 8^5). Ils dérivent en majorité 
d'un contre-sens sur un passage célèbre de saint Ambi'oise, De 
Virginitate (1. I, ch. 3, Patr. Migne, t. 16, col. 283). Les textes 
français sont plus rares. On peut rappeler cependant la Passion 
des Jongleurs et le Ci nous dit déjà reproduit in extenso, et sur- 
tout le poème inédit de Jean de Venelle (i35;) sur les trois Maries, 
dont suit un extrait largement suffisant (Bib. Nat. ms. fr. 12,4^8). 

F. 86 v°, col. 1. « Comment nostre sire Jesu Christ s'apparu ressuscité 
a la Vierge Marie, sa mère doulce, et tout premièrement, selon les doc- 
teurs, combien que l'evangille n'en face nulle mencion et pour cause 

Mieulx deûst estre premeraine Et saint Ambroise s'i acorde 

Que ne feûst la Magdalaine, Qui bien le dit et si accorde 

Mais qui a droit y pensera Qu'elle le vit premièrement 

Ja de ce ne se doubtera Ressusciter nouvellement, 

Qu'a li ne soit sans arester Mais l'euvangille si s'en taist 

Premier venu manifester : Car tesmoignaige de la mère 

Devant doit estre confortée Envers son fils n'envers son père 

Celle qui tant desconfortee N'est pas reçeu communément. 

Fu pour son fils l'autre sepmaine, 



D ARNOUL GREBAN 245 

87 r°, col. 2 : « Comment la Vierge prie Dieu le Père qu'il lui doint 
aucune revelacion de son fils Jesu Crist, et lors, comme en la fin de son 
oroison J. Crist lui apparu resuscité a grant joie et a grant clarté, ende- 
mentiers que les deux suers et la Magdeleine estoient aleez au sépul- 
cre. » 

87 v° et 88 r° : Interminable prière de la Vierge à Dieu le Père. 

88 v°, col. 2 : Jésus apparait a sa mère et retourne ensuite vers la 
Madeleine. 

Avec le texte très connu de Saint Ambroise et surtout avec l'ou- 
vrage extrêmement répandu de Jean de Venette on peut déjà 
expliquer les mentions rapides de l'apparition chez les sermon- 
naires de la fin du xiv e siècle (Ex.: Gerson éd. Ellies Du Pin, t. III, 
p. 1206, Sermo in Festo Paschae, Pax vobis : Nec etiam dubium 
est quin apparuerit gloriosae Mariae. Et hoc modo dicit sanctus 
Ambrosius...). La même explication vaut pour les brèves allu- 
sions à la légende de l'apparition dans la Résurrection de la B. 
Sainte Geneviève (éd. Jubinal, t. 2, p. 3^8), dans la Passion de 
Semur (v. 8825), et même pour l'apparition longuement dévelop- 
pée, mais banale, sans citations latines, de la Résurrection d'An- 
gers, i456, (Bib. Nat. Réserve Yf i5, cahier fiiii, fol. 4 v°. — Ex- 
traits dans Frères Parfait, t. II, 5i2), si longtemps attribuée par 
erreur à Jean Michel, et qui est probablement de Jehan de Prier, 
dit le Prieur (Romania, 1898, p.G23)'. Mais on n'expliquera nulle- 
ment de cette façon les détails précis de la même scène dansla Pas- 
sion de Greban, p. 882, où la Vierge non seulement prie, mais récite 
des versets des psaumes faciles à identifier : Essurg-e, gloria 
mea... psalterium et cithara. — Exsurg-am diluculo, v. 2<j,i55. 

Nulle part, à ma connaissance, dans aucun des commentateurs 
des psaumes imprimés dans les Patrologies latine et grecque de 
Migne, ces deux versets ne sont mis dans la bouche de la Vierge. 
Celte adaptation je ne l'ai pas rencontrée avant les Meditationes 
du pseudo-Bonaventure, tandis qu'il est relativement facile de la 
retrouver plus lard. Je me bornerai à citer in extenso, en raison 



1. (tu peut ajouter L'apparition «lu Christ à sa mère dans la Résurrection comique. 
>\ Norris, The ancient cornish Drama, Oxford, iSSg, t. II, i>. 35.) 11 <'st possible et 
même probable que le9 drames comiques sont imites plus ou moins directement des 
m\ stères français. 



246 LA PASSION 

de la rareté de cet imprimé, un passage d'un sermon de Saint Vin- 
cent Ferrer qui fut prononcé à Toulouse, le jour de Pâques 1^16, 
et qui fit grand bruit, suivant la curieuse déposition de Jean de 
Saxis dans le procès de canonisation — «J'assistais à ce sermon. .. 
Le soir il me prit fantaisie d'aller entendre un autre sermon prê- 
ché par un Religieux d'un autre Ordre. Il prononça d'abord son 
texte sur un ton plein de suffisance, puis dès le début rappelant 
certaines paroles dites par Maître Vincent, mais sans le nommer, 
il dit que ce qui avait été prêché le matin même par quelqu'un 
était apocryphe et devait s'entendre différemment, comme il se 
faisait fort de le démontrer sans plus tarder,..». — Usera très facile 
de voir que ce sermon « apocryphe » de Saint Vincent Ferrer 
est composé avec les chapitres 87 et 9- des Meditationes ' ; plus 
facile encore de constater que le passage correspondant du sermon 
de Barelette ~ sur la Résurrection est copié littéralement dans celui 
de saint Vincent. 

Sermones H. Vincentii, elc. Estivales, etc. (Lugduni, Trechsel, 1493, 
in-4°, f. aa ij, r°, col. 2); sermo : « Surrexit, non est hic. Marc XVI, 6 ». 

« Virgo... Maria certissima erat quod Filius suus resurgeret die tertia 
ut ipse praedixerat ; sed forte nesciebat horam suae resurrectionis, quia 
non legitur quod Christus dixerit horam suae resurrectionis, si hora 
prima, etc. Ideo Virgo Maria in nocte praesenti, quae sibi fuit longa nox, 
expectabat resurrectionem Filii sui ; et coepit cogitare qua hora surge- 



1. Ch. 8;. De Resurrectione Domini et quomodo primo apparuit Matri, Dominica die. 
Veniens Dorainus Jésus cum honorabili multitudine Angeloruni, ad monuraentum, 
die Dominica, suramo mane, et reaccipiens corpus istud sanctissiinum, ex ipso mo- 
numento clauso processit, propria virtute resurgendo. Eadera auteni hora, scilicet 
sumino mane, Maria Magdalene et Jacobi et Salome, licentia petita prius a Domina 
coeperunt ire cum unguentis ad monumentum. Domina autem domi remansit et ora- 
bat dicens : « Pater clementissime... rogo m aj es ta te m vestram ut lilium mihi redda- 
tis... O tîli mi dulcissime, quid est de te, quid agis?... Est hodie tertia dies : Exsnrge 
ergo gloria mea et omne bonum meum ». 

Ch. 07 : « Et etiam forte ipsi sancti Patres, maxime Abraham et David veniebant 
cum [Christel] ad videndum illam suam excellentissimam filiam niatrem Domini y. 

2. Les éditions de Barelette sont nombreuses et communes, donc inutiles à repro- 
duire. — Sermones fr. G. Barelete. . . tam quadragesimales quam de sanctis. . . Lyon, 
Jacques Myt., 1024: Feria, I Resurrectionis.. . p. ig5 r°col. 1: Contemplari possumus 
quod [VirgoJ expectabat resurrectionem sed ignorabat horam... Invenit psalmum 
LXl.. ..Exsurge gloria mea, etc. » — Barelette a souvent pillé S. Vincent Ferrer, 
après avoir prononcé son panégyrique. 



d'arnoul greban 247 

ret et iiescivit. Et sciens quod inter alios Prophetas David plus locutus 
fuit de Christi passione et resurrectione, posuit se ad legendum psalte- 

rium, ut inveniret si aliquid dixisset de hora Tandem legendo fuit in 

psalrao 56, ubi loquitur David in persona Patris ad filium dicens : Exurge 
gloria mea, exurge psalterium et cithara. Et responsio Filii ad Patrem : 
Exurgam diluculo. Nota quod Pater vocat Filium tripliciter, scilicet 
gloriam, psalterium et citharam propter tria quae Christus habuit in 
hac vita. 1° Deus Pater vocat Christum gloriam suam, et hoc quia Chris- 
tus in sua vita in omnibus quae fecit et dixit diligebat et proeurabat 
honorem Patris. Ideo dicebat : Ego gloriam meam non quaero, sed hono- 
rifico Patrem meum. Joan , 8. Ideo Pater dixit : Exurge gloria mea. 

Respondit Filius Patri : Exurgam diluculo 

Cogitate, quando Virgo Maria scivit horam resurrectionis, quomodo 

surrexit de oratione ad visendum si erat aurora et vidit quod non Et 

perfecit psalterium. Deinde voluit videre si aliquis aliorum prophetaruin 
aliquid dixisset de hora resurrectionis ; et invenit in Osée, 6 ; qui loqui- 
tur in persona apostolorum : Vivijîcabit nos post duos dies, et tertia die 

suscitabit nos Tune Virgo Maria surrexit dicens : sufficit mihi habere 

très testes de hora resurrectionis et paravit cameram et cathedram pro 

Filio dicens : hic sedebit Filius meus et hic loquar ei Et respexit per 

fenestram et vidit incipere auroram et gavisa est Et Christus misit 

statim Virgini Mariae Gabiielem nuntium Etstatim post venitad eam 

Filius benedictus cum omnibus sanctis Patribus Christus autem 

dixit matri ea quae egit in inferno, quomodo ligaverunt diabolum, et os- 
tendit sibi sanctos Patres quos inde extraxerat qui fecerunt Virgini 
Mariae magnam reverentiam. Cogitate quomodo Adam et Eva dixerunt 
Virgini Mariae : Benedicta vos estis filia nostra et Domina, etc. » 

Que conclure de ces textes? Si Saint Vincent Ferrer a certaine- 
ment imité les chapitres 87 et 97 des Meditationes, il est beaucoup 
moins certain que Greban ait imité directement le seul chapitre 87, 
et, en tout cas, les deux imitations ne se ressemblent guère. Le 
grand prédicateur Valencien prodigue le merveilleux ; le drama- 
turge le restreint, le prépare et, à force d'art et d'ingéniosité, le 
rend presque vraisemblable. Dans la douleur et dans l'espérance, 
la Vierge attend la Résurrection de son fds en récitant des versets 
du Psautier : 

Exsurge, gloria mea. 

Et voici qu'aux premières clartés du jour, le Christ apparaît, 

seul : le dialogue ne dure qu'un instant; c'est un rêve, c'esl une 



248 LA PASSION 

ombre qui brille et qui s'évanouit. Ainsi conduite la scène est très 
supérieure au chapitre 87 des Meditationes , long, traînant, et il 
semble bien que Greban n'ait emprunté en somme qu'une in- 
terprétation ou glose des psaumes qui paraît avoir été ima- 
ginée par le pseudo-Bonaventure. Rien ne prouve d'ailleurs que 
ledit Greban l'ait empruntée directement aux Meditationes, le con- 
texte très différent de ces Meditationes et du mystère indiquerait 
plutôt le contraire. La glose était sans doute devenue populaire, 
et il a pu la recueillir dans renseignement de l'école. Nous allons 
proposer une explication analogue pour la scène suivante, qui, 
elle non plus, ne vient pas directement des Meditationes ; mais ici 
limitation plus longue et mieux caractérisée permettra d'arriver à 
plus de précision. 



LA PASSION 

COMPOSÉE POUR ISABEAU DE BAVIÈRE EN 1 398 

ET LA 

GRANDE SCÈNE D'ARNOUL GREBAN 



Le texte latin des Meditationes n'a été utilisé directement à 
notre connaissance que dans le mystère de V Incarnacion et Nati- 
vité, ' joué à Rouen en 1474 '• mais deux des nombreuses imitations 
françaises des Meditationes, la Passion de 1398 et la Vie de 
Jésus Christ imprimée en i486, ont influé directement ou indirec- 
tement sur la Passion de Greban et sur les mystères méridionaux 
de Rouergue. 

Avant d'aborder la Passion de i3o,8etla Vie de Jésus Christ. 
le plus simple, pour prévenir toute confusion, c'est de décrire 
sommairement le petit groupe d'imitations dont elles font partie. 
Ces imitations se distinguent très nettement : i° des traductions 
pures et simples 5 , complètes ou partielles des Meditationes dont 
les manuscrits sont si nombreux ; 2 des traductions 3 et des para- 



1. L'auteur eu cite des chapitres entiers dans ses notes. 

a. « Le livre doré des Méditations.. », traduct. française de Jehan Galopes dit le 
Galoys, dédiée « a très hault, 1res fort et très victorieux prince Henri quint de ce 
nom » roi de France et d'Angleterre (Bib. Nat. fr. g23; id. 921 et 93a; n. a. fr. 6,539). 

Viennent ensuite les traductions anonymes, faciles à reconnaître parce qu'elles 
commencent toutes par la première phrase du Prologue, où la première phrase du 
premier chapitre des Meditationes : Bibl. Nat. fr. 980 et 98i : fr. 99a : IV. 9,589; fr. 
17.11(1 toi. 70: Mazarine, y-t>: Arsenal 2, 0*36 f. 33o (traduction et non sermon, titre 
inexact 1 ; Rennes, 2O2. 

Enfin L'ouvrage non identifié et intit nié « Le Mistere de lu Résurrection •• n'est encore 
autre chose qu'une traduction partielle des derniers chapitres des Meditationes 
à partir du chap. 84 « Mane autem sabbati ■< : Rome. Vat., Christ. [328, 1. a4; Paris, 
B. N. fr, 968 f. 102; fr, [918, f. 61 : Besançon, a5j f. \s- 

$. Traductions françaises anonymes : n. X. fr. 133-139 (id. Cambrai, 858 : B. X. fr. 
(03-408; Cambrai, 8i3. 
Traduct. signées : i" par Jehan Aubert i<:r. Romania 1883, p. 169): a* B. X. fr, 30,096- 



250 LA PASSION 

phrases de la Vita Christi composée sur le modèle des Medita- 
tiones, par Lupold le Chartreux, prieur de la Chartreuse de 
Strasbourg, vers i33o. 

Les seuls ouvrages semblables que nous ayons à classer et à 
discerner sont donc les suivants, du xiv e au xv e siècle : 

Imitations françaises des « Meditationes » 

i° Année i38o, — Traduction abrégée faite par Tordre du duc 
de Berry. — Le manuscrit original est à la Bibliothèque de Darin- 
stadt, n° 18 ; un autre ms. à la B. de Carpentras, n° 28. 

L'ouvrage a été imprimé sous ce titre : 

Cy commence une || moult belle et || moult notable || deuote matière 
qui est || moult prof'fitable a tou || te créature hu || maine || C'est la vie de 
nostre benoît sauueur ihesuscrist ordonnée en brief langaige, etc 

In-fol. de 63 f. non chiffrés, sig. ai-hv. Car. goth., a 2 col. — 
Edition imprimée d'après Brunet, avec les gros caractères de Guil. 
Leroy à Lyon. — Exemplaire à la B. Nat. Béserve, H i55 (1). 

Cet exemplaire contient en tète une table des chapitres écrite 
par l'ancien propriétaire, le bibliophile de Cangé. — Le I er chapi- 
tre correspond au chap. I des Meditationes : 

Nature humaine par l'espace de cinq mille ans demoura en grand 
misère, tant que pour le pechié d'Adam nul ne pouoit monter en paradis, 
dont les benoîts anges en eurent grand pitié, et si furent desirans de 
veoir Nature bumaine empivs eulx, es sièges de Paradis. 

Le récit poursuit jusqu'à la fuite en Egypte, Ch. 10, p. 43 (jolie 
légende du semeur). — Suivent dans le Chap. 11, p. 45 à 58, les 



12 1.1»);;, traduction de fr. Guil. Le Menand, imprimée à Lyon par J. Buyer et Mathis 
Husz, 1487. et souvent réimprimée. 
La Vita Christi a inspiré deux paraphrases ou imitations libres: 
1° Une traduction abrégée, intéressante, qui contient à la fin quelques légendes 
anciennes sur Judas, Pilate, et la destruction de Jérusalem : B. N. fr. 181, (exemplaire 
de Louis de Bruges, sgr., de la Gruthuyse), publié, mais écourté et rajeuni par A. Lecoy 
de la Marche, Paris, G. Hurtrel, 1830. 

2° Une longue paraphrase par Jehan Mansel de Hesdin (cf. Journal des Savans, 
1903, p. 13), conservée à l'Arsenal, n° 52o5-52o6. Ces manuscrits, aussi beaux qu'en- 
nuyeux ne valent que par les miniatures. 



d'arxoul greban 25i 

Miracles de N. S., qui suivant la remarque de Cangé, sonl une 
traduction libre de l'apocryphe Evangélium Infantiae (Tischen- 
dorll'. Ev. dpocrjypha, 1876, p. 5o et suiv.). — Les Chap. 12 à 43, 
p. 118, depuis le retour de la sainte famille à Bethléem jusqu'à la 
Cène, sont de nouveau une imitation libre des Meditationes. Ce 
petit livre est d'une naïveté charmante comme l'original. 

2 Année i3o8. — La Passion translatée par ordre d'Isabeau de 
Bavière, qui sera étudiée plus loin avec ses trois suites : 

a) La Passion « selon la sentence du philosophe Aristote », 
vers 1 4 •")»). 

b) La Passion moult piteuse etc. (1490). 

c) La Passion « Secundu/n legem débet niori ». imprimée par 
Denis Roce. 

3° Année 1462. — Bib. Nat. fr., 9, 58- : 

S'ensieult la Vie de N. S. J. Christ abrégée et compilée par ung 
Religieux Celestin. l'an 1462. 

Au texte des Meditationes le R. Celestin a ajouté divers souve- 
nirs de ses lectures: fol. 3 r°, allusion au livre de Planctu Xaturae 
du grand Alain [de Lille]; fol. i5i, une traduction en méchants 
vers français de la plainte connue de la Vierge au pied de la Croix 
[Quis dabit capiti rneo aquani) '; fol. 2o3, résumé de la légende de 
Joseph d'Arimathie. — L'ouvrage médiocre se termine par un 
« notable dictier des louenges et privilèges de Mgr. Saint Joseph » 
par maistre Jehan Ramesson, qui est probablement distinct du 
Celestin. 

4° Année i4#5. — La Vie de Jesu crist. imprimée par Robin 
Foucquet. 

Cette compilation se compose essentiellement : i° de l'Enfance 
et de la vie publique de Jésus, composées à l'aide de chapitres 
détachés de Meditationes; ■> d'une légende de Judas; '] d'une 
version en prose (xiv c siècle) d'un ancien poème français tiré de 
l'Evangile de Nicodème, version qui a reçu ici diverses interpola- 
tions empruntées elles-mêmes à la Passion de 1398. Les diverses 



1. Sur «r petit traité apocryphe, attribué tantôt à saint Augustin, tantôt à saint 
Anselme <>n à saint Bernard, voir P. Meyer. Bulletin de lu Soc. des une textes fran- 
çais, i,s-.">. p. iii — Il y en a uni' autre traduction dans la Passion de i3q8 



252 LA PASSION 

parties de cette compilation ont paru à part plus ou moins rema- 
niées sous des titres divers, et l'ensemble a été réimprimé jusqu'au 
dix-neuvième siècle. — Ce livre sera étudié à pai*t avec les mys- 
tères rouergats auxquels il se rattache étroitement. 

5° Année i499- — Bib. Nat. n. a. fi.*., 4,164 : 

La vraye fleur et myolle de la vie très saincte de nostre très doulx 
sauveur Dieu Jhesucrist et de sa Virge Mère. 

Compilation insipide de 691 f. qui remplace les légendes par 
d'interminables dialogues entre les personnes de la Trinité. 

Toutes ces imitations des Meditationes classées, nous pouvons 
reprendre en détail la Passion composée pour Isabeau de Bavièi^e, 
et montrer son influence sur les mystères du Nord et du Midi. 

La scène la plus célèbre de la Passion de Greban (et de tout le 
théâtre religieux du moyen âge) a été tirée, comme on va le voir, 
d'un long récit en prose de la Passion, composé en i3o,8, qui com- 
mence ainsi : 

« A la loenge de Dieu et de la Vierge souveraine et de tous sains et 
et saintes de Paradis, a la requeste de très excellente et redoubtee dame 
et puissante princesse, dame Isabel de Bavière, parla grâce de Dieu 
royne de France, j'ay translaté ceste passion de Ihesu Crist nostre sau- 
veur, de latin en français, sans y ajouster moralité/, hystoires, exemples 
ou figures, l'an mil CCC. IIII XU et dix-huit, prenant mon commence- 
ment de la suscitation du ladre, pour ce que icellui miracle avecques les 
autres par avant faits par Ihesus, furent occasion aux Juifs de machiner 
et traitt.ier la mort et passion de Ihesu », 

et qui finit ainsi, après l'ensevelissement, quand la Vierge est 
retournée avec ses amis à Jérusalem : 

« Et lors restraigny ses doulleurs en espérance certaine d'estre prou- 
chainement consolée de la résurrection de son filz de laquelle résurrec- 
tion nous veulle faire participer le Père et le Fils et le Saint Esperit, 
ung Dieu en Trinité. Amen. » 

L'ouvrage n'a pas été imprimé à ma connaissance, mais les ma- 
nuscrits en sont extrêmement nombreux en France et à l'étranger. 

B. de Besançon n° 257, f. 77-185 ; Bouen, n° 1430 ; Troyesi Ane. Catal. 
gr. in-4\ Coll. des Doc. inédits sur l'Hist. de France, n» 1257 et 1311); 
Bib. Mazarine, 949; Arsenal, 2038, 2075, 2386; B. Nation., 966, 978, 
1917, 1918. 2454, 13095. 24438, fol. 1 à 82 r"; n. a. fr. 10059, p. 145 r° ; 



li AKNOUI. GUE BAN 



M. de Chantilly, n° 860 et 654; — Bruxelles, ms. de la B. de Bour- 
gogne, 9303; Munich (cf. Hennin. Mon. de l'Hist. de France, 17); British 
Muséum, Ms. addit. 9288, etc. 

L'ouvrage est attribué tantôt et par erreur à Jean Gerson. tantôt 
(B. de Besançon, n° 25;) au P. Henri de la Balme, cordelier, con- 
fesseur de Ste Colette, lequel en a peut-être simplement pris copie; 
le plus souvent il est anonyme et. en réalité, L'auteur en est 
inconnu. Quoi qu'il en soit, cet auteur ne tient nullement les pro- 
messes de son titre, et il s'est inspiré de son imagination ou de 
légendaires connus beaucoup plus que des évangiles canoniques. 
Nous nous bornerons à analyser en détail la i re partie de l'ouvrage. 
Aussitôt après la « suscitation du Ladre », c'est-à-dire quinze 
jours avant la Passion. Jésus se dérobe à ses ennemis et s'en va 
prêcher en Galilée. Le samedi de Pâques fleuries, il est de retour 
à Béthanie auprès de sa mère, et il s'assied à la table de Simon le 
lépreux, où Lazare décrit longuement les peines d'enfer, au dire 
de saint Augustin. Le lendemain, Jésus fait son entrée à Jérusalem, 
renverse les tables des changeurs, et prêche toute la journée sans 
que personne ne songe à le recevoir. Il rentre à jeun chez ses amis 
de Béthanie, et à sa mère qui le conjure de ne plus retourner au 
milieu d'un peuple indifférent ou ennemi, il objecte sa mission 
divine et le verset d'Isaïe : Hosfilios ennlriin, ipsi autem spreve- 
runt me. Le lundi, il retourne à Jérusalem, délivre la femme 
adultère et prêche au temple jusqu'à ce que les prêtres se mettent 
en devoir de le lapider ; alors il disparait, guérit sur son chemin 
l'Avcugle-Xé qu'il envoie à la fontaine de Siloé, et revient à Bé- 
thanie consoler sa mère qui s'étonne de le retrouver toujours 
« disetteux et affamé ». Le mardi, nouvelle prédication à Jérusa- 
lem (le tribut de César, la femme aux sept maris, le plus grand 
commandement, parabole du banquet de noces et des ouvriers de 
la vigne, annonce la destruction de Jérusalem). Quand il repart 
à la nuit, les prêtres veulent le saisir, mais il se rend invisible. 
« Et veullent dire aucuns que une grant pierre apeilee 1<- saut de 
David se ouvri par le milieu et se parti en pièces... » et protégea 
la retraite de Jésus, « de laquelle pierre restent encore les ensein- 
gnes ». En revenant vers le mont d'Olivet, il annonce à ses dis- 
ciples les signes de la lin du monde « l du jugement dernier. 
La Vierge impatiente vient à leur rencontre et « cheoit comme 



LA PASSION 



morte » quand les disciples lui apprennent les dangers que son 
fils a courus. Celui-ci la réconforte en lui promettant que le len- 
demain il ne la quittera pas. et tous regagnent Béthanie où Judas, 
le traître futur, reçoit la place d'honneur au souper. Le lende- 
main, mercredi, la Vierge supplie vainement Jésus d'éviter la 
Passion (c'est le dialogue célèbre que nous avons reproduit in 
extenso), et le jeudi, Jésus envoie Pierre, Jacques et Jehan 1 , 
« ses plus espéciaulx secrétaires » à Jérusalem préparer la Cène. 
La suite n'est plus guère que la traduction libre ou la paraphrase 
du récit de la Passion tel qu'il se trouve dans les Meditationes 
(chapitres 73-83), avec l'addition de quelques anecdotes, et de la 
traduction d'un apoci'yphe déjà vu (Quis dabit capiti meo aquam) 
attribué ici à Saint Augustin. Malgré ces additions, les Medita- 
tiones restent la source principale de la Passion de i3g8, et cette 
source était si bien connue jadis que dans quelques copies de cette 
Passion, à la suite de Yexplicit primitif indiqué précédemment 
p. 202, on a ajouté sous le titre de « Mystère de la Résurrection » 
la traduction d'un nouveau chapitre des Meditationes (chap. 84, 
Mane au te/11, etc.). 

De ce qui précède on conclura que la Passion de i3q8 ne res- 
semble que de loin au mystère de Greban ; l'ordre et le choix des 
épisodes y sont très différents. Le dramaturge ne s'en est pas 
moins souvenu des entretiens de Jésus avec sa mère, plusieurs 
détails, en particulier la citation commune d'Isaïe : <( Hos filins 
enutriçi » i le prouvent. Seulement. Greban a su dégager la scène 
principale des redites, et il lui a donné toute sa valeur. A vrai dire, 
cette scène principale ou cet épisode de la Passion de i3o,8 était 
lui-même inspiré par le 72 e chapitre des Meditationes ; l'idée 
n'était pas neuve, mais le développement en est original et ajoute 
beaucoup au modèle. C'est, somme toute, ce qu'il y a de mieux 
dans le récit. Aussi Greban a-t-il reproduit le passage souvent 
littéralement 3 . 

Le récit de i3o,8, inspiré en grande partie par les Meditationes 
Vitae Christi a été lui-même souvent mis à contribution : 

i° Dans la compilation intitulée La Vie de Iesucrist.... impri- 

1. Cf. Greban, p. 228, v. i-,6i3-5. 

2. Cf. Greban, p. 214, v. 16,430. — 3. It. p. 214, v. 16,019. 






I) ARNOUI. GREBAX 1'.',.", 

mée par Robin Foucquet, etc., i485 (H. Nationale Réserve II. .">o<> 
(i) qui sera décrite et « extraite plus loin. 

•2° Dans une autre Passion en prose de la première moitié du x\° 
siècle qui commence ainsi : « Selon la sentence du philosophe 
Aristote mi son premier livre, de physique ». et dont les manus- 
crits sont également nombreux: B. Nat. g()S, 969, <)~3. gj5, loi. 26; 
B. de l'Arsenal, 20-6, 6869, fol. ni à 192; B. municip. de Lyon, 
864 (exemplaire copié en 1400). 

La citation d' Aristote est suivie de beaucoup d'autres du même 
goût, détachées en belles lettres rondes. C'est à peu près tout ce 
que le nouveau compilateur a ajouté à la compilation de 1398, 
et son imitation est si servile qu'elle ne mérite pas d'être analysée 
à part : la précédente analyse peut servir pour les deux ouvrages. 
Ajoutez de nouvelles citations et force anecdotes et historiettes 
(par exemple, fol. d recto de l'imprimé, le vieux conte des Fem- 
mes et du secret à propos de la Cène et de la trahison de Judas!), 
et vous aurez l'incunable suivant qui n'a pas encore été identifié, 
à notre connaissance : 

La Passion de notre saulueur et redem\\pteur ihesucrist moult piteuse 
moralisee Jîgu\\ree et hystoriee par auctoritez et exemples, \\ laquelle 
il souffrit pour l'umain lignaige ». — Au verso du dernier feuillet : 
« Cy finist la passion de nostre seigneur ihesu crit (sic) imprimé l'an de 
grâce mil. cccc.lxxxx (1490), le xvi" d'aoust, — (S. 1..; in-fol. car. goth. 
de 89 ff. non chiffrés a longues lignes, au nombre de 35 sur la page, 
signât, a — o iiij, avec fig. sur bois (B. Nat. Réserve, H 1106, exemplaire 
bien complet, et B. de l'Arsenal, Théologie, 1445 A, ex. incomplet du 
titre et de quelques feuillets); Brunet (5 e édit.), t. IV, p. 423. 

Même ouvrage imprimé à Lyon le vi c jour de janvier, l'an M.CCCC. 
XCIX (1499), in-4° goth., tig. sur bois {Brunet, t. IV, p. 424). 

Le troisième rédacteur ou compilateur ne cherche pas. du reste. 
à donner le change, pas plus que ne l'avait l'ait son prédécesseur; 
la phrase finale de l'imprimé le prouve : 

« Et pourtant celluy qui ceste euvre si a acomplie de divers livres 
e.xtraictz prie a eeulx qui ceste présente passion liront qu'il/, ayenl mé- 
moire des choses qui dedens sont contenues a l'honni'in île Dieu qui 
sans fin règne et régnera in secula seculorum, Amen. manus- 

crits conse» vée). Item celluy qui ceste présente passion si a en ce poinl 
reduicte a l'instance du noble roy de France prie a tous et a imites qui 



256 LA PASSION 

ceste présente passion verront et lire orront si prient Dieu pour les 
âmes des dictz roys et extracteurs en disant Pater noster, Ave Maria 
(ajouté par l'imprimé). 

Les manuscrits et les éditions imprimées de la Passion « selon 
la sentence du philosophe Aristote » furent plus d'une fois mis à 
contribution parles prédicateurs français du xv e siècle : plus d'un, 
notamment Olivier Maillard ', vint y copier en les abrégeant les 
« requêtes de Notre Dame à son fds ». Cependant le texte primitif 
ou la Passion composée en i3o,8 pour Isabeau de Bavière ne fut 
pas oublié, et les manuscrits s'en multiplièrent jusque dans la pre- 
mière moitié du seizième siècle (exemple : B. Nationale, ms. 1918). 
11 vaut la peine de le noter dès à présent, car c'est la Passion 
de 1398 et non la Passion « selon la sentence du philosophe Aris- 
tote » que nous retrouverons librement imitée (et quelquefois 
copiée) dans un sermon sur la Passion, imprimé par Denis Roce *, 
lequel a inspiré lui-même un des mystères rouergats. le Jutga- 
men de Jésus. 

Pour qu'on puisse suivre la filière de tous ces emprunts, nous 
allons reproduire : 

i° Le chapitre LXXII des Meditationes Vitae Christi du pseudo- 
Bonaventure. On verra combien il diffère du texte français de 
1398. L'auteur français a laissé Notre Dame et son fds seuls en 
présence dans cette entrevue suprême, et il a supprimé avec rai- 
son Marie-Madeleine vraiment faite pour gêner toute effusion. 
Greban et plus tard Jean Michel ont fait de même. 

2" Le texte des quatre requêtes de Notre Dame, dans la Passion 
de i3g8. Pour ce texte, on a suivi les manuscrits 2o38, fol. 16 r° ; 
2o;5, fol. 28 v°, et 2386. fol. 6 r°, de l'Arsenal, comparés avec les 
ms. 1917, fol. 22 v° à 24 v° ; 1918, fol. 11 r° à 12 r° ; 26,438, 
fol. 1 3 r" ; n. a. fr., 10,069, fol. 100 v°, de la Bibl. Nationale, et le 
ms. 949, fol. 20 r', de la Mazarine. Au reste les différences des 



1. (Jtiadragcsimale opus, Paris, Phil. Pigouchct. juin i.">26 (B. >»*at., Réserve, D. 42, 
606;. — Feria 1 1 1 1 ebdomade sancte, Sermo LXI fol. CX recto : Post rnultos fletus bea- 
tissima virgo fecit sibi très sic) requestas. Prima quod si reparatio generis humani pos- 
set fieri sine morte, etc. ». 

3. Ce sermon sera réimprime plus loin comme une des sources des Mystères 
Rouergats. 



d'arnoui. gheban 257 

manuscrits pour ce passage important sont insignifiantes et ne 
portent guère que sur L'orthographe. 

3° Le texte différent des mêmes requêtes dans la Passion « selon 
la sentence du philosophe Aristote », d'après les manuscrits de la 
Bibl. Nationale IV. 968, fol. 10 r° ; 969, fol. 12 v° ; 97*3. 14 r°; 9?5, 
fol. 38 v°, comparés à L'imprimé : La Passion de notre saulueur.... 
moult piteuse, moralisee, figurée et hystoriee (i49°) 5 (13. Nat: 
Réserve, H. 1106). 

Si cet imprimé est souvent différent des manuscrits et s'il y fait, 
comme nous l'avons dit, de notables additions, il n'ajoute absolu- 
ment rien au texte des requêtes et le reproduit tel quel. La citation 
in extenso est assez longue pour permettre à tous de juger que 
l'auteur du sermon imprimé par Denis Roce a bien copié non 
cette Passion « selon la sentence du philosophe Aristote », mais 
la Passion de 1398, et cette distinction a son importance. 



MEDITATIONES VITAE ClIMSTI 

(Cap. lxxii). 

Quando cominus Jésus mortem suam praedixit matri. 

Hic potest intei-poni nieditatio valde pulchra, de qua tamen scriptura 
non loquitur. Coenante namque Domino Iesu die Mercurii cum discipu- 
lis suis in domo Marie et Marthe, et eliam matre ejus cum mulieribus 
in alia parte domus : Magdalena ministrans rogavit Dominum, dicens : 
Magister sitis memor, quod facietis pascha nobiscum, rogo vos ut hoc 
non denegetis mihi. » (Juo nullalenus acquiescente, sed dicenle quod in 
Hierusalem faceret pascha: illo recedens miro cum fletu et lacrymis. 
vadit ad Dominam et liis ci narratis rogat, ut ipsa eum ibi in pascha 
teneat. Coena igitur i'acta, vadit Dominus Iesus ad matrem, et sedet 
cum ea seorsum colloiiuens cum ea, et copiam ei suae praesentiae pi 
bens quam in brevi subtracturus erat ab ea. Conspice nunc bene ipsos 
sedentes, et ([uomodo Domina reverenter eum suscipit, el cum eo ai 
tuose moratur, et similiter quomodo Dominus reverenter se babet ad 
eum. Ipsis igitur sic colloquentihus, Magdalena vadit ad eus, el ad pedea 

17 



258 LA PASSION 

eorum sedens, dicit : Domina, ego invitabam magistrum ut hic faceret 
pascha, ipse vero videtur voile ire Hierusalem ad paschandum, ut capia- 
tur ibi ; rogo vos ut non permittatis eum ire. Ad quem mater : Fili mi, 
rogo te ut non sic fiât, sed faciamus hic pascha. Scis enim quod insidiae 
ad te capiendum ordinatae sunt. Et Dominus ad eam : Mater charissima, 
voluntas patris est, ut ibi faciam pascha, quia tempus redemptionis 
advenit. modo implebuntur omnia quae de me scripta sunt, et facient in 
me quidquid volent ». At illae cum ingenti doloie haec audierunt, quia 
bene inteJlexerunt quod de morte sua dicebat. Dicit igitur mater vix 
valens verba formata proferre : Fili mi, tota concussa sum ad vocem 
istam et cor meum dereliquit me. Provideat pater quia nescio quid 
dicam. Nolo sibi contradicere, sed, si ipsi placeret, roga eum ut différât 
ad praesens, et faciamus hic pascha cum istis amicis noslris. Ipse vero, 
si tibi placebit, poterit de alio modo redemptionis sine morte tua provi- 
dere quia omnia possibilia sunt ei ». 

O si videres inter haec verba Dominam plorantem modeste tamen et 
placide, et Magdalenam, tanquam ebriam, de magistro suo largiter et 
magnis singultihus flentem, forte nec tu posses lacrymas continere. 
Considéra in quo statu esse poterant, quando haec tractabantur. Dixit 
enim Dominus bîande consolans eas : Xolite flere, scitis quod obedien- 
tiam Patris me implere oportet, sed pro certo confidite, quia cito re- 
vertar ad vos, et tertia die resurgam incolumis. In monte igitur Sion 
secundum voluntatem Patris faciam pascha ». Dixit autem Magdalena : 
Ex quo non possumus eum hic tenere, siinus et nos in domo nostra in 
Hierusalem, sed credo quod nunquam habuit pascha sic amarum ». Ac- 
quievit Dominus, quod et ipsae in dicta domo facerent pascha'. 



i. Ce chapitre du pseudo-Bonaventure a naturellement été très souvent imité en 
Italie, et il est devenu un lieu commun du théâtre et de la chaire, cf. notamment 
Al. d'Ancona, Sacre rappresentazione (délia Cena e Passione. di Mess. Castellano Cas- 
tellani, i5i9, t. I, p. 3o6) et Barelette (Sermones Jratris Gabrielis Barelete : In die paras- 
seeves, Sermo de passione (dans Tédition commune, p. 180 col. i recto à 191, col 2 recto : 
Cena facta vadit Jésus ad matrem, etc. — Les premières lignes du pseudo-Bonaven- 
ture sont copiées littéralement par Barelette, puis Jésus et sa mère argumentent en 
citant le Digeste et Aristote. 



D'ARNOUL OKEBAN 259 

PASSION FRANÇAISE l)K 1398 

(B. de l'Arsenal, 2038, fol. 16, r°, etc.. voir p. 256). 
Les quatre requestes de Nostre Dame a Jésus. f 

Cf. Greban, p. 213-215, v. 16423-16638. 

Mercredi demoura Jhesus en Bethanie en celle maison de Marthe 
avecque sa tendre mère, si comme le jour devant promis lui avoit en la 
consolant et reconfortant snr le mistere de sa glorieuse passion. Et 
croiez que celui jour ilz dirent l'un a l'autre moult de douces et piteuses 
paroles que l'en ne treuve pas escriptes. Touttesfois entre les autres l'en 
trouve escriptes aucunes parolles et requestes que la Vierge Marie dist 
celui jour a son tresdoulz et amé tilz, disant en ceste manière : 

a Beau filz, je sçay que la fin pour quoy tu as en moy prins char hu- 
mainne ce a esté pour racheter humainne lignée, et je ne vueil pas ce em- 
pescher, comme autresfois je l'a y dit et aussi tu le scés bien, qui le secret 
de tous cueurs congnois clerement. Mais considère que vecy le ventre 
qui t'a porté; vecy la poitrine dont tu as esté alaicté. Vecy la mère quy 
pour toy garder, tant en l'aler et retourner d'Egipte pour le temps que 
l'ange me commanda de fuir la fureur de Herode comme depuis, a souffert 
tant de labours, de paours et de doullours qu'il te plaise de moy octroier 
à tout le moins l'une des quatre choses que ie te vueil humblement 
requerre. 

La première chose est que ce rachat qu'ijl] te plaist a faire de L'umain 
lignage tu le faces sans mort souffrir et endurer, considéré que tu le 
peulx faire. La seconde chose que je te requier si est, se autrement ne 
peult estre qu'il ne te eonviengne mort et passion souffrir, au moins que 
celle mort soit sans doulleur el affliction. La tierce chose si est, se tu ne 
veulx ce fere. que ne seuffres mort douloureuse, fay moy ceste grâce 
que je meure avant que je voye ta mort. La quarte si est, se tout [ce] ne 
me veulx octroyer, ne aucune des choses dessus dictes, a tout le moins 
fay pour celui temps que je soye insensible comme une pierre, et que je 
n'aye connaissance ne aucun sentiment de ta mort et passion. Ile! mon 
tresdoulx enflant, je n'ay pas desservi, s'il te plcsl, que au moings je n'aye 
par ta bonne grâce et pitié l'une de ces quatre choses ou demandes qui 
toutes te sont possibles ». 

Rcspondit son doulx Slz Jhesu très humblement et lui dist : « Ma 1res 

i. 'lit re ajouté par l'éditeur. 



260 LA PASSION 

doulce et tendre mère, il est vray que chascune des quatre demandes 
m'est possible, mais ne te doyt troubler se ne te les vueil octroyer, car il 
n'y a aucunes d'icelles qui n'enclouent 1 en leur octroy aucun inconvé- 
nient, ou, a tout le moins, ce n'est pas chose convenable. Ma doulce mère, 
tu scés bien que, toutes les escriptures escriptes parlans de la mort de 
l'Aignel et [de] autres choses qui ont esté dictes de moy, que il fault 
qu'elles soient en moy acomplies. C'est aussi chose convenable que 
moy qui suis vraye vye doye souffrir une mort,affin que humainne lignée 
soit de -moy rachetée. Le second n'affiert- a octroyer, car ainssi comme 
depuis Adam ont tous péché, aussi appartient il que moy, qui dois porter 
la peine du péché pour homme saulver, soye pugnis en tous mes mem-- 
bres et tous mes os, et, autant comme il y a des os en mon corps d'omme, 
autant me convient il souffrir de playes principalles pour faire satisfa- 
cion. Le tiers ne loist 3 -a octroier, car, ma tendre mère, je ne te garderoye 
pas Tonneui* naturelle 4 , car si tu mouroies avant ma mort, il fauldroit ton 
ame desscndre ou limbe avec les âmes des patriarches et sains pères 
pour atendre mon assension ou ciel, avant que tu peusses entrer ou 
royaume de paradis, ce que je ne vueil souffrir; ains, ma tresdoulce 
mère, quant l'eure de ton trespas sera venue, je vienderay prendre ton 
ame et la remecteray en ton précieux corps et, ainsy ressuscitee, je t'em- 
porterai avec grant multitude de mes angelz laissus en mon royaume et 
te mecteray a ma dextre, royne pardurablement couronnée. 

Ne le quart ne doy [ge] octroyer, car que toy qui es mère tant amou- 
reuse et sur moi piteuse, ne doyes partir a mes doulleurs, ce ne seroit pas 
droicture de nature, mais, en ce prens reconfort, car ceste doulleur que 
tu avras de ma mort et passion te sera récompensée en la tienne, tu ne 
sentiras ne mal ne doulleur, néant plus que une personne qui s'endort 
paisiblement. » 

Et en icelles semblables parolles occupperent celuy mercredy. car 
celuy mercredi Jhesu se tint avec sa mère douleureuse, comme promis 
lui avoit et ne ala point ou temple de Iherusalem, comme il avoit fait les 
autres jours de par avant. Les princes des faulx prestres doubterent que 
Ihesus ne s'en voulsist aller en autres contrées; par la doubte d'iceulx, 
Juifs s'en assemblèrent celui mercredi et firent le tiers conseil qui fut 
moult grant et gênerai. 



i . Ne renferment. 
2. convient. 

'5. est permis. 

4. Variante. (15. Nat. IV. , içii;, I'. 11 v , maternelle; 1918, I'. 'i\ r, maternelle 



d'arnoul greban 261 

LA PASSION 

« SELON LA SENTENCE DU PHILOSOPHE ARISTOTE )) 



Les quatre requestes de Nostre Dame a Jésus. 

(Bib. Nat. Ms. fr. 968 f. 10 r. à 11 r°; 969 f. 12 V à 1320.— Nous repro- 
duirons le texte de la Passion... hystoriée, 1490 (B. Xat. Réserve, H 
1106 fol. b. iu r°) entièrement conforme pour ce passage aux manus- 
crits précités). 

i Mon tresdoulz filz, tu scèz ' que tu as prins chair huinainne en moy 
pour racheter l'umain lignaige, et ce ne vueil je pas empescher. Mais je 
te prie que une petite demande me vueilles octroyer. Tu scèz que veez 
cy le ventre qui t'a porté, veez cy les mamelles qui t'ont alaicté. Veez cy 
la femme qui t'a en ton enfance si soigneusement gardé et a toy gardera 
moult labouré. Tu scèz que corporellement - avec toy m'en fuys en 
Egypte. Et pour la paour du roy Ilerode. nous nous despartismes, et que 
j'ay tousjours esté participante de ta joye et de ta tristesse. Et pourtant 
doncques, je te requier, mon très doulx enfant, que tu me octroyés l'une 
de ces demandes. C'est assavoir que tu faces tant que sans mourir tu 
rachetés l'umain lignaige. Ou, s'il est ainsi que tu vueilles mourir, que 
ta mort ne soit si cruelle ne de si grant peine. Ou que tu me faces mou- 
rir devant que je te voye ainsi mourir. Ou, s'il est ainsi qu'il conviengne 
que je te voye mourir, que je n'aye ne sens ne entendement non plus que 
une pierre, atlin que je ne puisse sentir ta grande et inestimable dou- 
leur, ou aultrement je mourray a grant martire. » 

L'enfant en très grande révérence respondii a sa très doulce mère en 
ceste manière : « Mère très chiere, ge concède très bien que toutes ces 
choses cy que tu m'as demandées, si elles m'estoyent possibles, très 
voulentiers et de bon cueur le feroye. Mais pour certain, ce ne seroit 
chose convenable a moy de le te octroyer. Et tant que a la première de- 
mande, c'est certain que je dois souffrir mort. Car ainsi estoit ordonné 
avant que je devenisse homme. Après tous les prophètes ont dit que je 
devoye mort souffrir; et ce n'est pas chose raisonnable que je voys 



i. Les Ms. et l'imprimé donnent tous : fu scèz, au lieu de je scay, comme la Passion 
de i3g8 

■•. Ms. g68, fol to v, a que corporellement avec toy je fu en Egypte quand pour la 
paour du roy Herode ...» 



262 LA PASSION 

rencontre des escriptures. Car Isaye ' si a dit que je dois estre mené au 
maiscau pour estre occis et estre mis a mort comme une brebis et que 
je ne dois dire mot non plus que ung aignel. Et en après, tant que a la 
seconde demande, c'est chose convenable que je souffre mort très an- 
goisseuse. Car, comme qu'il soit ainsi que ung chascun par son péché 
aye desservi peyne et mort, moy qui vueil souffrir mort non pas pour le 
péché d'ung, ne de deux, mais pour le péché de tous, c'est chose conve- 
nable que ma mort pardessus toutes les aultres mors soit douloureuse 
et de grant peyne. En après, quant a la tierce demande, saches, dame, 
que ce n'est pas raison que tu meures devant moy. Mais je doy entrer 
le premier en ma gloire pour l'Escripture acomplir. Et, tantost que je 
seray venu avec mon père, je appareilleray ton lieu a ma dextre, et seras 
eslpvee au trosne de Dieu. Et tant comme a la quarte demande, dame, 
ce n'est pas raison que une si digne créature comme vous estes, que je 
luy oste les perfections de son ame, c'est assavoir son sens et son en- 
tendement. Mais sachez, mère, que se en ma mort vous souffres aucune 
douleur et peyne, que a la vostre, elle vous sera rémunérée, car vous n'y 
souffrerés pas douleur comme les aultres. » 

Et ainsi le benoist Ihesus saulveur de tout le monde reconforta sa be- 
noiste et doulce mère. 

Comment les Juifz cuydoient que Ihesus s'en fust fouy, pour tant que 
il ne alla peu le mercredi a lherusalem. 



i. Cette citation d'Isaye, lui, 7: Sicut ovis ad occisioncm ducetar, manque clans le 
texte de i3g8 et esl pourtant donnée par Greban, p. 210, v. 16554. mais elle est extrê- 
mement commune, et il a pu la trouver partout, à la différence de la première cita- 
tion, Ilos Jilios enutriei, expliquée plus haut, p. 25i. 



LE DEVELOPPEMENT DU MYSTERE DELA PASSION 

AU XV e SIÈCLE 



LA PASSION DARRAS. — LA PASSION DE GREIJAN 



LA PASSION DE JEAN MICHEL 



LES DEUX PASSIONS INEDITES DE VALENGIENNES 

ETC. 



LE 

DÉVELOPPEMENT DU MYSTÈRE DE LA PASSION 

Ai XV e SIÈCLE 



La Passion d'Arras. - La Passion d Arnoul Greban. — La Passion de 
Jean Michel et ses suites. — La Passion bretonne. — Les deux 
Passions inédites de Valenciennes. — La Passion dAmboise et de 
Chàteaudun, etc. 

Les principaux textes, théologiques ou autres, utiles à cette 
étude, ont été énumérés. Avant d'analyser des ouvrages aussi sou- 
vent étudiés que les Passions du quinzième siècle, on a essayé 
d'apporter à la discussion quelques faits nouveaux. Ces faits 
exposés, il faut maintenant les reprendre, les classer, et montrer 
dans quelle mesure la Passion la plus importante, celle d'Arnoul 
Greban. dépend de la tradition antérieure, de même quelle a 
influé sur les Passions qui l'ont suivie. 

Les .Mystères Sainte-Geneviève et la Passion de Semur étaient, 
nous l'avons vu. de- compilations factices de pièces isolées : la 
première grande Passion du xv siècle ou la Passion d'Arras est 
l'œuvre d'un auteur unique qui a représenté d'un trait toute l'his- 
toire de la Rédemption, depuis l'Incarnation du Fils jusqu'à son 
Ascension. L'unité de composition qui semblait perdue ou mor- 
celée depuis |r Paaschpel de Maestricht est donc- retrouvée, mais 
c'est une unité plu- savante, plus complexe, et le drame a pris un 
développement inusité. La Passion d'Arras comprend 24,943 vers, 
el cette longueur est certainement une nouveauté puisque le poète 
-'eu excuse à diverses reprises. G'esl la première fois (pie nous 

\ o\ ons développer avec celte profusion les diableries et le- berge- 
ries, les scène- de mœurs populaires cl les délibérations «le la 
Synagogue, les facéties des bourreaux et les interminables tor- 
tures du Christ. La pièce elle-même e-t la parapli ra-e a--e/. terne 

des Evangiles canoniques et apocryphes, des hymnes liturgiques 
et des légendes populaires plus ou moins anciennes. A ces sources 



266 LA passion 

faciles à reconnaître, il convient d'ajouter divers commentaires 
théologiques plus malaisés à discerner, parce que le dramaturge 
en a suivi plusieurs et qu'il passe de l'un à l'autre capricieusement. 
Mais, si complexe que soit ici l'influence des livres scolastiques, 
elle nous parait pourtant plus facile à déterminer avec précision ' 
que celle des pièces de théâtre antérieures, et elle se manifeste dés 
le déhut. 

Si le poète d'Arras a trouvé chez ses prédécesseurs le célèbre 
Procès de Justice et de Miséricorde, il ne lui a certainement pas 
laissé la forme simple qu'il avait jadis 2 . Il l'a modifié et amplifié 
en s'inspirant de la III e partie de la Somme de saint Thomas 
d'Aquin, laquelle établit comme la pièce une très longue distinc- 
tion entre le péché de l'homme et celui des démons, complices de 
Lucifer. Les réminiscences de la Somme sont ici d'autant plus 
faciles à identifier que d'autres dramaturges. Grehan et l'auteur de 
la Nativité de Rouen (i4"4) sont venus l'un après l'autre, pour 
développer ce Procès, consulter le même texte latin, et nous y ont 
expressément renvoyés 3 . De plus, dans la Passion d'Arras nous 
voyons les Anges se joindre aux Vertus pour demander à Dieu la 
rédemption de l'homme. Cette addition est encore si l'on veut un 
lieu commun, mais elle provient probablement du sermon de saint 
Bernard De Annuntiatione, copié dans le prologue des Meclita- 
tiones Vitae Christi du pseudo-Bonaventure, et d'ailleurs connu 
partout. Toute l'histoire cîc la Nativité et des Rois Mages, avec 
tous les traits ajoutés aux Evangiles (proclamation de l'Empereur, 
légende de Salomé et Zebel. voyage des Mages en treize jours, 
présents symboliques, meurtre du fils d'Hérode enveloppé dans le 
massacre des Innocents, fuite en Egypte, miracle du palmier et de 
la chute des Idoles), toutes ces histoires sont prises directement 
dans la Légende dorée de Jacques de Yaraggio, comme le prouve 



i. Les sources de la Passion d'Arras et ses différences avec celle de Greban ont été 
indiquées en détail dans le chapitre précédent : Les Postilles de Nicolas de Lire. p. 207, 
auquel on es! prié de se reporter, une h>is pour toutes. Nous ne reprendrons ici que 
quelques particularités. 

2. Cf. ce procès dans le Paaschspet de Maastricht, éd. Haupt (1842), p. 3o6 à 3o8. 

3. Les sources de La Passion d'Arras sont ici les mêmes que celles de Greban indi- 
quées p.207, <■! de l'auteur de la Nativité de Rouen, éd 1". Le Verdier, qui a copié, t. 
I, p. i33, la Somme, in extenso. 



H A.RRAS 



267 



la longue traduction littérale de l'édil impérial 1 , Le même qui a 
déjà été traduit par le même procédé dans la Passion de Semur. 
A peine si l'on peut ajouter un chiffre légendaire, bien connu, dans 
l'épisode «les Innocents \ et une réminiscence 1res probable et 
importante du commentaire classique de Bède sur l'Evangile de 
saint Mathieu '. Quant à la longue scène de la circoncision, elle a 
été tirée de la Somme de saint Thomas avec une naïveté' qui écarte 
tous les doutes : le dramaturge s'est contenté de répartir entre ses 
personnages les arguments du théologien, il n'y a l'ait que quelques 
additions, pour la description même de la cérémonie au temple'. 



Summae Theologiae. P. III. 
Quaestio XXX VU (éd. Migne, 
t. IV, p. 337) De legalibus eirca 
puerum Jesum ser isatis : 

Art. I. — Atl primum sic proce- 
ditur. 1° Videtur quod Christus 
non debuerit circumeidi 



Passion cl'Arras, p. 29 : 

.lltSEPH 

Dame de grant auctorité, 
Vous me dites une merveille 
Par laquelle je m'esmerveille, 
De dire que vostre enfançon 
Reçoive circoncision. 
Je ne sçay pus raison pour quoy, 
Car vous sçavez que nostre loy 



Estably ce fait gênerai 

Praeterea circumeisio est Pour le pechiet original. 



i. Passion d'Arras, \>. i-. v. i r« i < > - 1 r> — i . 

2 Il>i<l.. p. 5g, v. 5ii2: «Cent quarante-q 

i. Beda in Matth. (Patr. Migne, t. 92, 
col. ip : Tune Herodes: Verisimile est 
quod postquam Magi nihil renuntiave- 
rimt Herodi, eum putasse Lllos, fallacis 
stellae visione deceptos, ad se, non in- 
vente rege nato. erubuisse revertere, et 
ita timoré depulso, aliquod temporis 
quievisse de persequendo puero, etc » — 
Cette longue glose <lc Bède, <l<<ni nous 
ne donnons que le début, n'a pas été co- 
piée dans la Glossa Ordinaria, elle ex- 
plique tout le développement de laPas- 
sion d'Arras, |>. {g, la place de l'épisode 

de Sym t d'Anne, et la réplique de 

Galoppin, p. • >> 

\. Dana la Buite de la scène de la / 
femme qui s'appelle Sephora, comme celle 
la relique singulière conservée à Invei 
(Patr. Migne, t. 198, p, i54i, cap, vi, addit 



uatre milliers [d'Innocents <>nt recupl mort. 
Passion d'Arras, p. {9, \ . !■>!:: Herode : 

Seigneurs, je suis tous esbahis 

Que ers rois ne viennent vers moy. 

Ils ne m'ont pas tenu leur foy. 

Science les a abusés, 

Ou ils ont tout leur t<-m|>s usé, 

Car ils n'ont sceu trouver cellui 

Dont ils me parlèrent droit <\ 

( '.c n'a esté qu'a"busion, 

De leur imagination, 

Pour quoy ils n'onl osé tenir 

( Ihemin vers moy ne iv\ enir 



'assion d'Arras, noter l'emploi de la 
de VExode, <•! p •;(,,,. l'allusion à 

> et mentionnée dans i'Hist. scholastiquc . 



268 



LA PASSION 



ordinata in remedium originalis 
peccati. 

Sed Christus non contraxit ori- 
ginale peccatum ut ex supra dictis 
patet, quaest. 16. art. 1 et 2. 

Ergo Christus non debuit cir- 
cumcidi. 

Respondeo dicendum quod plu- 
ribus de causis Christus debuit 
circumcidi 

Secundo ut approbaret circum- 
eisionem quam olim Deus insti- 
tuerai 

Tertio ut comprobaret se esse 
de génère Abrahae qui circumci- 
sionis mandatum acceperat in sig- 
num fidei quam de ipso habuerat. 

Quarto ut Judaeis excusationem 
tolleret, ne eum reciperent. si 
esset incircumcisus. 



Or est ordonné de long temps 
Qu'on doit circoncire ses enfans, 
Mais c'est pour estre despechié 
Dudit original pechié 
Qui ton fil oncques n'empêcha. 
Est il doncques nécessité 
Que l'enfant plain de dignité 
De quoy nous faisons mention 
Reçoive circoncision ? 
Xennil. en mon entendement, 
Car il est nez très parement. 

MARIE 

Mais je respons que non obstant 

Toutes les choses devant dittes, 

Je dis ainsi que mon enfant, 

Que sur tous humains est puis- 
sant, 

N'est pas venu ça jus au monde, 

Ou toute pestilence habonde, 

Pour la loy Moyse amenrir, 

Mais pour le du tout acomplir. 

Que diroyent ja les Juys 

Se mon fils n'estoit circoncis '? 

(v. 2527.) 



Cet emprunt bien établi permettait de supposer que le poète 
d'Arras consulterait assidûment un autre ouvrage de Saint Tho- 
mas aussi célèbre au moyen âge, la Catena Aurea ou le commen- 
taire perpétuel des quatre Evangiles. En réalité rien ne prouve 
qu'il ait pris cette peine ; il n'a pas même utilisé régulièrement les 
explications beaucoup moins longues de Bède, il en a négligé de 
très importantes ' ou, ce qui revient au même, il a quelquefois 



i. Exemples : i° pour L'histoire d'Hérode et d'Hérodiade ; a pour l'histoire de la 
femme adultère. 3° pour la Cène où le Lavement des pieds qui est placé par lui après 
et non avant la Communion, c'est l'ancienne tradition d'Arnould de Chartres, telle 
qu'on la voit encore aujourd'hui sculptée sur la clôture du chœur (xiv« siècle) de Notre- 
Dame de Paris, et dans la Passion comique (Edw. Norris, The ancient Comish Draina, 
t. I, p. 287). î" (- ' principalement pour l'histoire de la Madeleine et du banquet chez 



d'aruas 269 

suivi des indications manifestement opposées. En général, il n'a 
reproduit que les gloses de Bède qui avaient déjà passé dans la 
Glose ordinaire de Walafried le Louche. Malgré ces réserves 1 , 
c'est bien le commentaire de Bède qui semble avoir fourni directe- 
ment ou indirectement nombre de détails du draine, par exemple 
les particularités de la tentation au désert, l'explication de la para- 
bole des douze heures-, et les allées <i venues de Jésus qui de Jé- 
rusalem revient demander l'hospitalité à ses amis de Béthanie^. 
C'est avec Bède que le porte d'Arras nous a montré Jésus gardé et 
interrogé uniquement par Caiphe ', et qu'il a placé les trois renie- 
ments de Pierre dans la cour du même pontife '. 

Pour les interrogatoires dirigés par Pilate et par Hérode et pour 
la suite du drame, il a de plus utilisé (certains noms propres de 
son texte. Othiarius, Sîminiele prouvent), une ancienne traduction 
française de l'Evangile de Nicodème 6 , et diverses légendes populai- 
res, mais les réminiscences de Bède sont toujours visibles et se con- 
tinuent jusqu'à la fin notamment dans le tableau de la mort de Jésus, 
l'explication des mots Helj'. Hely par les soldats romains 7 , les der- 
nières paroles : Consummâtum est 8 , la résurrection caractéristi- 



SiiiKin. L'explication spéciale suivie par le poète d'Arras reparaît dans les Mystères 
rouergats. C'est dune là que nous L'étudierous, avec quelques autres communs à la 
Passion d'Arras el à ces mystères. 

i. A cause de la longue glose de Bède sur Hérode el les Mages (voir plus haut, p. 
it\-. note 3), qui n'est pas reproduite dans la Glose ordinaire, et de divers détails, 
nous pensons que le poète d'Arras a consulte directement Bède, mais nous n'oserions 
rien affirmer sur ce point, el nous avons cite la Glose ordinaire quand il y avait lieu, 

2 On a vu p. 318, n a4, de ce livre, que le poète d'Arras avait réuni ici deux expli- 
cations distinctes dont l'une esl citée par N. de Lire Malheureusement elle l'est aussi 
par beaucoup d'autres, el cet exemple unique ne prouve pas que les Postilles aient été 
utilisées pour la Passion d'Arras. 

i P. d'Arras, p. 126, v. toïio el suiv. Cf, Beda in Marc, XI, ri, p. 244; manque dans 
la Glose. 

î et 5. /'. d'Arras, p. r ! !i-<i"> Cf. Beda in Math., WV1. p, ns, n9; et surtout in 
Marc, XIV. v. 53, p 279-280: » Summum sacerdotem Caipham significal etc.; il. in 
Luc, p. 606. Ces détails ont passé dans la Glose ordinaire.— Le poète d'Arras a laissé 
de côté les gloses complémentaires de Bède in Joann., XVIII. 

ti. Ces noms des membres de la Synagogue viennent d'une traductiou Française 
déterminée (B. N. ms fr 6447, fol. 113) sur laquelle on reviendra en étudiant dans le 
chapitre de la Passion d'Auvergne les diverses versions de l'Evangile de Nicodème. 

-. I'. 2'i2. n" 56 de ce livre; /' d'Arras, p 200. — Cf. Beda m Marc. (Patr, Migne, 
1. 92, p 291 : 1/. Glossa ordinaria, I 11 j. p. 23g. 

s. /'. d'Arras, p 201 * Or est t'ait l'accomplissement ». v . 1 7 , " > 1 < > » • t suiv. — Les ver- 



2~0 LA PASSION 

que des Corps Saints 1 . Pour toute cette partie la Légende dorée 
n*a guère fourni que les scènes classiques de l'Eclipsé de soleil ob- 
servée par Saint Denis et le miracle de l'aveugle Longis. 

De toutes les additions au texte des Evangiles canoniques et 
apocryphes les plus importantes sont celles qui concernent le sup- 
plice même de la crucifixion. Ee Christ dépouillé violemment de 
ses vêtements et étendu sur une croix de quinze pieds, la Vierge 
couvrant la nudité de son fils avec son voile et repoussée par les 
soldats, le détail atroce des cordes employées pour le supplice, 
enfin l'érection même de la croix que les bourreaux soulèvent à 
grand" peine avec force invectives, tous ces détails qui modifient 
profondément l'aspect de la Passion viennent, on le sait, d'un 
livre ancien 2 , le Dialogue apocryphe de Saint-Anselme (de pas- 
sione Domîni) , mais n'ont été transportés au théâtre qu'au 
commencement du xv siècle. Nous en avons déjà vu un premier 
exemple moins complet, moins caractéristique dans la Passion de 
Semur, et le poète d'Arras a pu trouver ces scènes toutes faites 
dans la tradition dramatique. Il est probable cependant que cet 
homme instruit a relu directement le texte apocryphe de S. An- 
selme qui est cité sans cesse par Menot, Maillard et tous les prédi- 
cateurs du xv e siècle. 

C'est la quatrième journée de la Passion d'Arras qui offre le 
plus de différences avec les Passions antérieures. L'Evangile de 
Nicodème qui a déjà fourni le miracle des bannières est employé à 
peu près tout entier ; outre la traduction française, le poète con- 
sulte un texte latin \ L'ordre des diverses apparitions du Christ 
est celui du Lucidaire* d'Honorius d'Autuii (ou d'Augsbourg) 
avec quelques additions. Certains épisodes particulièrement soi- 
gnés ont été visiblement étudiés dans les livres. C'est ainsi que la 
résurrection même du Christ et les apparitions à Marie-Made- 
leine, puis aux saintes Femmes, qui offrent tant de divergences 

sets de saint Luc, XXIII, 4*J. et de saint Jean, XIX, 'io. sont réunis dans cette réplique 
exactement comme dans Bède, in Mur,-. XV, î;, p. 291, copié dans la Glose, p. aiy. 

1. P. d'Arras. p. 201. Cf. Beda in Molli., p. 125. et Glossa ord., p. 1711. 

2. Cité p. a3i, n 52 de ce livre 

'3. /'. d'Arras, p. "242, v. 21006. Benedictus qui eenit et p. 24'i v. 21092. Advenisti 
redemptor. — Citations de PEv. de Nicodème^ éd. Tischendorff, 1836, P. II. ch. vin, 
p. $o3 et Jo4 . 

1 Voir]). 2J4. n" 6i de ce livre. 



d'arras 271 

dans les Evangiles sont exposées ici d'après un commentaire sub- 
til, analogue à celui qui figure dans le Miroir historique (1. VII. 
ch. LIV), de Vincent de Beauvais, sinon d'après ce commentaire 1 
lui-même. L'interprétation' dn Xoli me tan gère, l'apparition à 
l'apôtre Saint Thomas 1 , les discours du matin de l'Ascension*, 
viennent encore du commentaire de Bède. Enfin la rédaction du 
Credo et l'attribution de ses divers articles aux différents Apô- 
tres, est encore une tradition fort ancienne que le dramaturge n'a 
pas inventée, mais qu'il a copiée toute faite dans un manuscrit '. 
comme devait le faire encore une fois plus tard fauteur de la Ré- 
surrection d'Angers (i456), inexactement attribuée à J. Michel. 
En résumé les livres liturgiques, les Evangiles canoniques, deux 
textes de l'Evangile de Nicodème, la Somme de Saint Thomas 
d'Aquin, les commentaires de Bède et la Légende dorée, tels sont 
les livres que le poète d'Arras a certainement consultés. 11 en a 
connu d'autres, mais rien ne nous a prouvé qu'il ait utilisé la Cate- 
na Aurea. pas plus que les commentaires moins connus d'Albert-le- 
Grand et de Saint-Bonaventure ; les célèbres Postilles de Nicolas 
de Lire en particulier n'ont laissé aucune trace dans son œuvre. 

A côte de ces souvenirs livresques très précis, on remarque, dis- 
séminées dans tout le cours de la pièce, un grand nombre de tradi- 
tions savantes ou populaires, mais la plupart de ces légendes, no- 
tamment celles qui dérivent du vieux poème des bateleurs sur la 
Passion (apparition du diable et songe de la femme de Pilate, lé- 
gende du bois de la croix et de la tèvresse) la plupart, dis-je, ont 



i. /'• d'Arras, 25oet suiv. - Vinc Bell. (éd. de Douai, |>. 241). De diversitate adoen- 
lus Malierum «■/ numéro Angelorum ».— ('.<• commentaire parait venir de saint Augus- 
tin. De consensu Evangelistarum, III. >.\ (Patr Migne, t. \\ p. ini.'.i 

a. P. d'Arras, p. 253, v 21,985 : Cf. //>■</</ in .l<><u>n. XX, 1;. p 920 Manque dans la Glose. 

3. /'. d'Arras, p. 269-231. — Cf. Oeda in Lui-, XXIV, 36, p. 628. Glose, p. 353. 

\. Voir p. 2'5S de ce livre, n" 69. 

.">. H. Nat.j n. a IV i",'>ïî et IV. 1 3,5o8 f. 27. Ci enseigne que li douze Apostre tirent la 
Credo el combien chascun en ili-i <!<• sa partie. >< — Les Ms. <\r cette espèce ue sont 
pas rares, mais l'attribution d<-s divers articles aux divers apôtres, y varie, <-t je n'en 
connais pas où cette attribution soil exactement la même que dans la Passion d'Arras 
et dans la Résurrection d'Angers, où elle n'est d'ailleurs pas identique. — Sur les ori- 
gines <ln Symbole des Apôtres, cf. Reçue des deux historiques, [899, p. 3ag. 

n. Pour l'origine «lu bois <!<• la croix, \ i.">.j i;, l'emploi des m<>i> latins la probalica 
piscina indique plutôt que le poète d" V.rras a dil tirer cette légende d'un texte latin 
comme la Légende dorée. 



LA PASSION 



déjà été vulgarisées par tant de récits intermédiaires qu'il parait 
impossible de dire au juste où le dramaturge les a prises. Il faut 
en dire autant de l'invention du jeu de dés par le diable, qui se 
trouve dans un ancien fabliau publié par Jubinal. mais avant dans 
le Cy nous dit ou la Composition de Sainte Ecriture 1 , plus tard 
dans les sermons de l'Italien Barelette i et ailleurs: autant de la 
légende qui identifie Simon le Lépreux et Simon de Cyrène 3 , autant 
encore de la dispute du Bon et du Mauvais ange pour les âmes du 
Bon et du Mauvais Larron, laquelle apparaît plus d'une fois sur 
les tombeaux du xiv e siècle 4 , et de maintes autres particularités \ 
On perdrait son temps à raisonner sur de pareils lieux communs, 
et d'autres recherches sur les sources dramatiques proprement 
dites ne seraient pas plus utiles. Sans doute il est évident que le 
poète d'Arras a connu des pièces antérieures. D'aussi vastes com- 
positions sont toujours en quelque sorte un travail de fusion où 
beaucoup de drames ou d'épisodes particuliers sont venus se per- 



i. B. N'ai. l'r. 425, p. 38 i". s Cy nous dist comment uns ennemis bailla à unj; cheva- 
lier de Rome deux dez d'or pour aprendre li et ses compaignons a joer, et li devisa 
les pointures, le premier point en despit de Dieu. .. ». 

2. Feria II. quarte hebdomade quadragesime. de ludis fortune, Sermo XXXIIII. . . . 
« Sicut Deus invenit xxj. literas alphabeti; alic autem postea sunt superaddite ad 
componendum Bibliam ubi est omnis sapientia revelata, ita diabolus invenit Bibliam 
scu datos iihi posuit xxj. puncta tanquam literas nigras... ». 

3. P. d'Arras, p. 186, v. i5.9'3S : même identification dans la Passion comique 
(Edw. Norris, Theancient Cornish Drama, t. I. p. 4 2 9)- 

4 Voir notamment la tombe en cuivre doré de Philippe Adam, chancelier des 
Célestins (xiv e s.) reproduite par A. Lenoir, Statistique monumentale de Paris,, p. 181 
et planche IX. 

5. a) P. d'Arras. p. .V3 : .Joseph mettant « V pieches d'argent sur l'autel entre les 
tourterelles lors de la présentation au temple. Usage également cité d'après Josèphe 
dans la Yita Christi de Ludolphe le Chartreux, I, ia. 

b) P. d'Arras, v. 7310. Hérodiadc frappant d'un coutel le chef de saint Jean-Baptiste. 
Allusion à la célèbre relique d'Amiens. 

c) P. i r Arrns. p. lis. Les soldats trois fois renversés avant d'arrêter Jésus. Cf. la 
Passion Romane de Clermont-Ferrand, p. 43o, v. 34; item la Passion de Francfort, 
i493, éd. Froning, t. II. p. 460. 

d) P. d'Arras, p. 164, v. 14.060-G."). L'usage de délivrer un prisonnier à Pâques « en 
souvenir de la défaite de Pharaon et de la sortie d'Egypte ». Egalement mentionné 
pa.r l'Hist. scholasiirjuc. Patr. M igné, t. 198, p. 162;, cap. 166) par Vincent de Beau- 
vais. etc. 

c) /'. il'.lrras. p. 265, v. 23,o55, le huisson ardent de Moïse, note par l'éditeur p. xvi, 
figure déjà appliquée à la Vierge dans Raban Maur, De Unirerso 1. XXIII (Patr. 
Mignc, t. III, col. îi'ii. Etc.. etc. 



i'Ait ras -i~: ; 

dre et s'absorber. Mais Le moyen de reconstituer ces drames ou 
ces « prototypes » ignorés, et comment mesurer la pari des em- 
prunts à ce que nous ignorons? En fait, toutes les recherches sur 

« les Passions allemandes du Rhin » n'ont guère éclairci les ori- 
gines de la Passion d'Arras, et elles ne pouvaient y réussir, 
parce que comparaison n'est pas raison. Ces origines, on ne les 
trouvera pas davantage en imaginant une ancienne Passion fran- 
çaise du Nord qui aurait servi de modèle commun à la Passion 
Didot. à la Passion d'Arras et aux mystères Rouergats. Pour écar- 
ter cette autre hypothèse, il suffira encore de déterminer les véri- 
tables sources des mystères Rouergats. 

A des théories très savante-, mais sans résultats pratiques, 
nous avons préféré des recherches de détail qui n'expliquent pas 
tout, il s'en faut, mais qui ne laissent pas d'expliquer quelques 
faits précis. La même méthode nous aidera à déterminer les rela- 
tions entre la Passion d'Arras et celle de Greban. Du jour où la 
Passion d'Arras a été imprimée in extenso, tout le monde a re- 
connu sans peine que par le style et la versification elle était 
antérieure à celle de Greban ; mais Greban a-t-il connu l'œuvre 
de son prédécesseur, c'est toute la question que l'éditeur de la 
Passion d'Arras a discutée avec soin, sans se prononcer 1 . Les 
divers critiques qui ont analysé cette édition \ les éditeurs même 
de Greban qui en ont parlé à deux reprises ' ne se sont pas pro- 
noncés davantage, el la question ne [tarait pas résolue par une 
affirmation isolée 4 qui d'ailleurs n'a pas donné ses preuves. Et sur 
quelles preuves en enel raisonner? Sur la ressemblance de- plans 
ou des cadres, des situations ou des développements ? Mais ces 
ressemblances peuvent tenir à l'identité des sujets ou des source-. 
et les différences sont encore plus toiles. Sur l'analogie plus ou 
moins curieuse de quelques expressions, «le quelques vers isoles 
communs aux deux pièces? Indice bien faillie, d'autant [dus trom- 
peur qu'il ne trompe pas toujours, signal»'' el écarté avec raison 

i Introduction, \> su, xih. 

2. Ex. : M Sepet, /' de l'Ecole des Chartes, 1894, p. 536; \\ . Creizenach, Geschichte 
des Veuerens Dramas, r8Q3, p. aô^ 
';. Romania, 189a p. ij': Journal des Savants, [90a, p, ;84, noie i. 
J M Stcrgel Zeitschrifl fur franzôsische spraehe etc . 1 s ;. i XVII, a p.,p 

18 



LA PASSION 



par l'éditeur de la Passion d'Arras. Admettons même que ces rap- 
prochements soient un peu plus nombreux qu'il ne l'ait dit 1 , 
qu'est-ce qu'ils prouvent pour une masse de 2^94^ vers d'un 
côté el 34,57Z| de l'autre, sur le même sujet ? C'est pour d'autres 
raisons apparemment qu'il faut prendre parti. 

Ouvrons la Passion inédite de la Bibliothèque de Yalenciennes. 
Elle contient à la fin de la neuvième Journée une scène fort 
curieuse. Trois brigands en disponibilité. Barrabas, Dismas et 
(icsia^ se rencontrent sur le pavé de Jérusalem et font assaut de 
fanfaronnades. Passe une pauvre femme qui vient offrir au temple 
de- pigeons, et, la tentation est trop forte. Barrabas n'y résiste 
pas. il a vite fait d'arracher à la pauvresse son panier et son 
argent, elle a beau crier « a gueule bee » : 

Ahors! on m'a bien desrobé! 
Je l'iray coûter b Pilate. 

Le bon larron Dismas trouve les pigeons trop « maigres » et. 
peut-être déjà pris de remords salutaires, il y renonce, mais Bar- 
rabas et (lestas se les disputent ; ils sont « bons pour souper ». 
Pendant la dispute, le guet arrive et Emilion, le chevalier de 
Pilate. emmène nos trois bandits en prison. Ils y resteront à l'om- 
bre, à la disposition du poète qui veut évidemment justifier leur 
présence dans les scènes du prétoire et de la Passion. 

Cette jolie scène de la Passion inédite de Yalenciennes n'est pas 
originale, elle a été copiée textuellement '- dans la Passion d'Arras 
(p. 89-90, v. 7618-7712), mais pour une raison ou une autre, elle ne 
figure [tas dans la Passion de Greban. Est-ce à dire qu'elle n'a pas 
attiré son attention aussi bien que l'épisode fameux du Jeu de dés, 
ou bien trouvait-il lui aussi ces pigeons « trop maigres » trop indi- 
gnes de la gravité de son mystère ? Il y a plus d'apparence, et 



1. Ibidem — M. Stenjrel l'assure, niais il n'en cite pas de nouveaux, et il use du 
même indice mi des analogies d'expressions pour conclure à « l'étroite parenté » de 
la Passion d'Arras el de la Passion Didot qui n'est nullement démontrée. Cet indice 

ne suffit d • pas plus dan- un cas que dans l'autre, mais il convient de noter 

toutes tes heureuses corrections laites par M. Stengel au texte d'Arras. 

2. Avec plusieurs autres, ce qui prouve que la Passion d'Arras a été aussi con- 
nue, aussi répandue que la Vengeance contenue dans le même manuscrit de la Biblio- 
thèque d'Arras. Nous y reviendrons plus loin. 



voici pourquoi. On a remarqué que le ehevalier de Pilate qui 
arrête les voleurs de pigeons s'appelle Emilion, el par une coïnci- 
dence singulière un des marchands <lu temple de Greban s'appelle 
aussi Emilius* : c'est précisément un marchand d'oiseaux ou de 
pigeons. Le même nom dUEmilion reparaît dans la Passion de 
Greban, porté par un autre personnage qui est bien cette t'ois che- 
valier de Pilate -, et un second chevalier de Pilate dans la même 
Passion s'appelle encore Marc Antoine 3 , comme dans la pièce 
d'Arras. Comment donc ces coïncidences seraient-elles fortuites et 
le moyen d'admettre que Greban ait retrouve par hasard juste les 
mêmes noms que son prédécesseur pour de- rôles aussi nettement 
déterminés? Il n'y a pas ici un simple hasard, il y a une réminis- 
cence directe qui prouve que Greban a bien connu la Passion 
d'Arras, et ce petit t'ait certain entraine ou confirme d'autres pro- 
babilités. 

La Passion d'Arras n'est pas signée, et la Vengeance qui la 
suit dans le manuscrit d'Arras est seule expressément attribuée à 
Eustache Mercadé. Comment expliquer pourtant que dans deux 
pièces consécutives aussi longues, il n'y ait aucune disparate dans 
les rôles et les emplois de personnages si variés, et qu'où retrouve 
clans la seconde les noms les plus insignifiants el les [dus signifi- 
catifs de la première, tels que Maitre Antitus et Metelle 4 ? Si la 
Passion et la Vengeance n'étaient pas parties de la même main. 
n'y aurait-il pas entre elles des discordances analogues à celles 
qui ont été relevées dans la Passion composite de Semur ? Mais 
de plus et surtout pourquoi Greban aurait-il pris la peine délire 



i. Greban, p. ijn. v. 11,35g, Emilius vendeur d'oiseaux. 

i et 3. Greban, p. 3i4, Marc Anthoine, deuxième chevalier, Emilion, troisième che- 
valier. 

j. Sur le sobriquet <•( le personnage grotesque de Maitre Antitus voir Romania, 
e88i, i>. 284. 

Ce sobriquet grotesque est appliqué a Jésus dans un vers altéré de la /'<issi<m 
d'Arras, |>. [ja, vers 14,317, qu'il faut rétablir ainsi : 

Et ravisez, maistre Antitus (et noi aistre, a Titus, 

Le même sobriquet est donné dans la Vengeance a un médecin ridicule — Le clic 
valier Metelle qui gagne aux dés la robe de Jésus dans la Passion d'Arras, p. n,r>. 
reparaît dans la Vengeance pour céder ladite robe a Pilate. On pourrait multiplier 
ces rapprochements. 



276 I^A. PASSION 

cette Passion d'Arras plutôtquetelleautrePassion de Nevers, d'Or- 
léans, de Semur, de Metz. d'Angers ou d'ailleurs? Apparemment 
la pièce d'Arras était connue, attribuée à un « facteur » réputé. Et 
en réalité la réputation et les œuvres du « grand facteur », Eusta- 
che Mercadé, arrivèrent d'autant plus facilement à Paris que 
ce Mercadé ne fut pas seulement officiai de Corbie et de Ham, 
comme on le savait déjà, mais qu'il joua un rôle important 
dans l'Université, et qu'à sa mort, en i44°> ^ était doyen de la 
Faculté de décret de Paris, comme on Fa démontré ailleurs 1 . 
Quel que soit l'auteur de la Passion d'Arras, il est certain que 
Greban l'a lue. Avant de se mettre à l'œuvre, « à la requête d'au- 
cuns de Paris » c'est-à-dire vraisemblablement des Confrères delà 
Passion, il a voulu consulter la pièce la plus célèbre de son temps, 
et il lui a emprunté son cadre qu'il a rempli autrement. Ce que le 
style a gagné et comment les scènes et même les journées sont à la 
fois mieux liées et mieux coupées^ c'est ce qui n'a pas besoin de 
démonstration. Les changements matériels sont si nombreux 
qu'ils ont abouti à une refonte complet- de l'œuvre primitive, et 
qu'il a fallu en somme démontrer l'imitation. Quels sont donc ces 
changements? Suffirait-il de constater que Greban rejette ou res- 
treint certaines légendes apocryphes (mais pourquoi celles-ci plu- 
tôt que celles-là, et pourquoi en ajoute-t-il de nouvelles?) 2 . Les 
suppressions ou les additions matérielles de ce genre, les inser- 
tions de nouvelles scènes tirées des Evangiles 8 , sont beaucoup 
moins intéressantes que les scènes mêmes de la Passion d'Arras que 
Greban a refaites de toutes pièces et la manière dont il les a refaites. 
Si l'on entre dans le détail, on s'aperçoit bien vile qu'il n'est pas 
seulement guidé par des raisons littéraires de vraisemblance ou 



i. Voir notre édition de la Comédie sans litre, p. r.xxxin. 

a. Nouveaux détails sur la mort d'Hérode, histoire d'Hérodiade, récit des peines 
d'enfer par le Lazare, légende «lu sommeil de saint Jean. Désespérance et Judas, 
apparition de Jésus a la Vierge, etc.. ete 

■j. Ces insertions ou additions sont surtout nombreuses dans la deuxième Journée 
de Greban : noces de Cana, entrevue de Jésus et de Nicodème, la Samaritaine, résur- 
rections delà tille dlsmahel (Jairus) et de l'enfant de la veuve de Naim, nombreux 
sermons et paraboles, etc. Eu revanche il supprime nombre de scènes de la Passion 
d'Arras qui auraient gêné ou ralenti sa marche, qu'elles soient tirées ou non des 
Evangiles canoniques, exemples : la guérison des dix ladres. Zaehée a Jéricho., etc. 
Col une refonte complète. 



1) AHNOl'I. (JKEBAN 



d'intérêt. A la différence du poète d'Arras dont l'érudition capri- 
cieuse est si pénible à suivre (et elle l'esl plus encore qu'on ne l'a 
dit), Greban n'a qu'un maître, toujours le même. Ce maître n'est 
autre que Nicolas de Lire, dont les réminiscences ou les traduc- 
tions littérales se retrouvenl chez lui ù chaque page, si bien que 
les célèbres Postilles sont toutes ou presque toutes l'explication 
de la nouvelle Passion. Il sullil d'en rappeler brièvement les 
preuves matérielles. 

dette influence ne se montre pas encore au début. Dans son Pro- 
logue ou sa « Gréacion abrégée » qui n'était pas destinée à la re- 
présentation, Greban parait avoir résumé une de ss anciennes 
pièces qui nous est conservée aujourd'hui en tête du Mystère du 
ciel Testament 1 . Les lamentations des Pères dans les limbes, qui 
ouvrent l'action proprement dite, paraissent avoir été imitées de la 
Nativité Sainte-< î-eneviève. Le Procès de Justice et de Miséricorde 
qui suit diffère encore de la Passion d'Arras parce que dan- ce 
Procès, Greban, il nous le dit lui-même *, a traduit [dus longue- 
ment (pie son prédécesseur la Somme de Saint Thomas. Mais, ces 
prémisses une Ibis posées, Greban prend en main Nicolas de Lire 
et ne le quitte plus. Le mariage de la Vierge et le vœu de virginité 
des deux époux, le voyage a Bethléem et la naissance miraculeuse 
du Christ, les raisonnements des mages sur l'étoile mystérieuse 
qui n'est ni une comète ni une planète, et le retour de ces Mages 
pai- mer sur l'invitation de l'Ange, la manière dont Hérode ap- 
prend la Présentation au Temple, le voyage de cet Hérode lui- 
même à Home où il reste deux ans ci d'où il revient juste pour 
massacrer les Innocents qui auront cet âge (a bimatu), son testa- 
ment et le règlement de sa succession, tous ces détails nouveaux 
ajoutés à la Passion d'Arras viennent non certes d'un « prototype 
perdu h. mais des Postilles bien conservées, (/est avec ces Pos- 
tilles que Greban a rejeté l'épisode apocryphe de Salomé et de 

Zehel et plus lard le miracle du palmier, tandis qu'il a conservé la 

chute de- idoles, lors de l'entrée de la Sainte Famille en Egypte. 



i l .ut signalé par les «-<lii»-ii i— de Greban, |> \\\ . 

9 Greban, p. 5. ï i8| : 

< lomme sain) Thomas l'a i raid ié 
Soubtillemenl en bi »n i raicl ié 
Sur le i iei - livre 'l sentences 



278 I.A PASSION 

C'est que de ces deux premiers épisodes l'un est expressément re- 
jeté, et l'autre omis par N. de Lire, tandis que le troisième passe 
pour annoncé par un verset d'Isaïe. Le même Nicolas de Lire lui 
indiquera dans tous les détails comment Joseph et Marie perdent 
Jésus au temple et lui fournira presque toute l'argumentation des 
docteurs de la Synagogue sur la question de savoir si le Christ est 
né. comme en général l'interprétation de tous les versets de l'Ecri- 
ture si souvent cités dans la pièce. Dans le cas particulier, c'est-à- 
dire de l'argumentation au Temple, il a suffi à Greban de réunir 
deux passages des Postilles, le premier, en tète, contenant toutes 
les prophéties sur la naissance du Christ et l'état de la Judée au 
moment de son apparition ', le second d'un caractère encore plus 
spécial. Il s'agit de savoir comment si le Christ, le roi divin, est 
né. il a pu naître dans l'obscurité, des parents les plus humbles. 
Comme exemple de ces naissances princières mystérieuses, N. de 
Lire cite Moïse et le petit-fils d'Astyage. Cyrus. Greban rem- 
place ces noms par d'autres qu'il trouve plus expressifs et dont il 
a pu trouver l'histoire dans Vincent de Beauvais, Alexandre, Ro- 
mulus et Remus, mais il conserve identiquement le raisonne- 
ment, et la juxtaposition des Postilles est facile à suivre. 

Les réminiscences ne sont ni moins nombreuses ni moins frap- 
pantes dans la seconde journée. Après avoir fixé « avec son guide 
ordinaire 1 "âge parfait » et l'entrée du Christ dans la vie publique, 
Greban développe d'une manière très curieuse l'histoire de saint 
Jean-Baptiste et celle du roi Hérode Antipas. Tandis que dans les 
Evangiles et dans la Passion d'Arras, le roi Hérode est réellement 
attristé « contristatus » de sacrifier sa victime, et qu'il regrette 
sincèrement sa cruauté, dans la nouvelle Passion il joint l'hypo- 
crisie à la lâcheté, et il se concerte avec sa femme pour perdre le 
prophète, sans crainte des séditions populaires. C'est l'explication 
compliquée empruntée par Nicolas de Lire à Bède et négligée par 
le poète d'Arras, mais soigneusement reprise et développée par 
Greban. Nous retrouvons encore l'influence de Nicolas de Lire 
dans certains traits de la résurrection du Lazare comme dans le 
tableau des deux repas offerts l'un par Simon le Pharisien, l'autre 

i. Greban, p. m— Dans ce livre, p.214, n° i5. Il est possible que Greban ait encore 
consulté, par surcroît, un ouvrage bien connu, YHist. ecclésiastique d'Eusèbe, I, 5, 6. 



d'arnoul greban 279 

par Simon le Lépreux, et qui sont soigneusemenl séparés au lieu 
d'être confondus comme dans la Passion d'Arras. L'épisode de la 
femme adultère est traduil Littéralement des Postilles '. >-ans 
compter maints détails des épisodes suivants, les deux scènes du 
figuier, le Cénacle, la Crue et le Lavement des pieds, les instruc- 
tions de Judas à ses complices, l'histoire » 1 « - l'apôtre saint Jacques 
ou « du jeune homme au manteau », et celle de saint Jean reconnu 
par la servante du pontife, parce qu'il avait L'habitude de lui ven- 
dre du poisson. 

Il suffit de noter à la lin de cette journée deux particularités bien 
précises. Si le premier interrogatoire de Jésus a lieu tout entier 
chez Anne qui le l'ait garder et outrager toute la nuit, si les trois 
reniements de Pierre sont clairement expliqués et placés tous les 
trois dans la cour du même pontife Anne, à la différence de la 
Passion d'Arras, c'est toujours X. de Lire que Greban a consulté. 

L'histoire de la Passion est si connue dans le détail et si Longue- 
ment développée dans la Passion d'Arras qu'on ne voit pas de 
[•rime abord la place de nouvelles additions ou modifications. Et 
pourtant Greban prend encore dans les Postilles tout le détail de 
l'interrogatoire chez Pilate et de la présentation à Hérode : il 
explique de même leur brouille à la suite du massacre des Gali- 
Léens*, puis leur réconciliation. Il conserve de même les réflexions 
aussi justes (pie naïves de N. de Lire sur le songe de la femme de 
Pilate qui se lève tard comme une grande dame. La condamnation 
même, la honte de la crucifixion, les sentiments de Simon de 
Gyrène, l'explication de L'écriteau trilingue. Le grand cri de Jésus 
mourant recueilli par le Centurion, le sort du bon larron que (ire- 
ban n'a garde d'envoyer au Paradis terrestre connue le poète 
d'Arras L'avait l'ail d'après l'Evangile de Nicodème, tous ces détails 
et bien d'autres viennent toujours des Postilles. 

Celle imitation se poursuit dans la quatrième journée qui pré- 
sente tant de différences avec la Passion d'Arras, pour les mêmes 
raisons. Tout l'ordre des apparitions de Jésus est modifié suivant 



i Voir p ai j de ce livre. L'exactitude de cette traduction esl particulièrement 
curieuse. 

9 L'explication des Postilles citée p aaS, n }j de ce livre, el résumée par Greban 
sera reprise a la même source el longuement développée par J. Michel 



iNO LA PASSION 

N. de Lire, et les traductions des Postilles se succèdent pour les 
moindres détails, tandis que les emprunts à l'Evangile de Nicodè- 
me 1 qui n*est pas autorise par N. de Lire sont réduits à leur plus 
simple expression. 

Est-ce à dire que Greban a utilisé toutes les Postilles sans 
exception et qu'il n*a jamais recueilli ailleurs tel ou tel détail 
de sa pièce? Evidemment non, et la Somme de Saint Thomas, 
l'Histoire schot 'astique, la Légende dorée, les Distiques de 
Caton, YEthique d'Aristote, les Meditationes Vitae Christi, les 
traditions populaires ou dramatiques lui ont fourni de-ci de-là 
plusieurs indications que nous avons relevées en partie. La Pas- 
sion française composée en i3t)8 pour Isabeau de Bavière lui a 
même donné plus qu'une indication, puisqu'il y a trouvé, comme 
nous l'avons vu, la scène la plus belle de son drame, et même de 
tout l'ancien théâtre français, le dialogue célèbre où la Vierge 
supplie son fds d'éloigner d'elle el de lui les souffrances de la Pas- 
sion. Mais si intéressantes que soient ces additions à la pièce 
d'Arras, que sont-elles en comparaison de l'influence prolongée, 
constante, d'un livre de chevet que le dramaturge a feuilleté page 
par page, et qui a réglé tous ses développements? Quand on a 
pris la peine, comme lui, de réunir toutes les indications disper- 
sées dans le vieil in-folio et d'en faire la somme, on est bien 
tenté de dire que la Passion de Greban. c'est la Passion d'Arras 
refaite par Nicolas de Lire. 

Si Greban a bien emprunté le cadre de la Passion d'Arras, il 
n'en a reproduit littéralement que quelques hémistiches, quelques 
vers isolés de-ci de-là et par hasard, jamais deux vers entiers con- 
sécutifs 2 . 11 n'en est pas de même de Jean Michel qui dans sa nou- 
velle Passion en quatre journées jouée à Angers à la fin d'août 



i. Il a cependant ((insulté de nouveau le texte latin (Evang. Xicod , p. II, ch. i, 3, 5), 
et en a tin', p. >' ( 'j, 34'}, des citations latines qui ne sont pas dans la Passion d'Arras. 

2. Voici peut -etic le rapprochement le plus significatif à signaler; il est singulier 
qu'il n'y eu ait pas davantage, ou plutôt le fait s'explique très bien, Greban lit la 
Passion d'Arras, il ne la copie pas comme un écolier. 

Passion d'Arras, p. 79, v. 6754. S. Jehan. Greban, p. i^o, v. io,;38. — Abras. 

Tu tiens la femme de ton frère La chose est clere 

Philippe qui esj vitupère. Qu'il tient la femme de son frère. 



DE JEAN MICHEL 281 

i486, a amplifié deux journées de la Passion de Greban 1 . Il a con- 
servé, lui. presque tous 1rs vers de son prédécesseur et s"est con- 
tenté d'y interpoler les siens. Si Greban avait des scrupules d'or- 
thodoxie et se vantait « de poursuivre l'Evangile, sans apocryphe 
recevoir ». J. Michel n'a pas cette prétention. Sa pièce, il nous le 

dit 

N'est seulement qu'un motif 

Non répugnant a vérité, 

Qui sera escript et dicté 

Pour esmouvoir les simples gens, 

Les ignorans, les negligens. 

C'est-à-dire que les développements de pure imagination et les 
légendes populaires reprennent chez lui la première place. Mais 
ces légendes, ces « addicions et corrections faictes par très élo- 
quent et scientifique docteur maistre Jehan Michel » comme dit 
l'édition d'Ant. Verard en r',<)o. d'où viennent-elles? Des livres 
ou du théâtre, de traités historiques et théologiques ou de pièces 
antérieures? Les deux opinions ont été successivement soutenues 
à un long intervalle. Suivant Louis Paris 4 qui se rencontre ici avec 
Peignot, la source principale de J. Michel ne serait autre que la 
Vie de Jesu Crist imprimée en i ' t S5 ' à laquelle il conviendrait 
d'ajouter un ouvrage très répandu au moyen âge. {'Histoire du 
combat apostolique d'Abdias, plus les commentaires de Nonnus 
et de quelques autres sur les Evangiles, cités d'après Toynard et 
doin Calmet*. Suivant d'autres, J. Michel n'aurait l'ail que repren- 



1. Plus exactement, la Passion >\<- .1 Michel commence avec la prédication de saint 
Jean-Baptiste (2« Journée il'- Greban, p i32), suivie d'un conseil des Juifs emprunté 
à la lin de la i" Journée «le Greban, p. i-.>» el suiv., et finii au même poinl que la tierce 
•Iniiriin- di- Greban, |>. '5às. 

a. !.. Paris, Toiles peintes et tapisseries de la ville de Reims, i843, t. I, cite tantôt, p. 
i wwi. [48, (5r, la Vita Xpristi (qui es! sous un autre titre la réimpression de la Vie 
de lésa Crist de i485), tantôt et plus souvent, p. 3o4, i '."- > si - i 1 "- ti7- , ' ,( ' " l'Evangile 
apocryphe du bon maistre Gamaliel, de Nycodemus son nepoeux et du l'on chevalier 
Joseph d'Abarimathie, etc » qui est inséré dans cette Vita Kpristi. Peignot, (Praedi- 
eatoriana, 1841, p. 396 et suiv.), cite el réimprime en partie la légende de Judas qui 
aurait été imitée par J. Michel d'après cette même Vita Ypristi, 

; Le rapport du texte de J. Michel à L'œuvre d'A Greban n'a pu être établi avec 

précision que par La publicati lu texte intégral de Greban, éd. G, Paris et <• 

Raynaud, i8j8 

1 es inciens critiques tels que L, Paris el Peignot n'ont naturellement pu <i<'\ iner ce 



282 LA PASSION 

dre son bien clans les pièces antérieures et son « addition » la plus 
connue en particulier. « la mondanité de la Madeleine » serait em- 
pruntée à d'anciennes Passions françaises déjà imitées antérieu- 
rement dans les Passions allemandes. L'une et l'autre de ces asser- 
tions est également gratuite. Il est facile de démontrer que J. Mi- 
chel n'a consulté aucun des ouvrages précités, en particulier la 
Vie de Jesu Crist signalée précédemment, mais qu'en revanche il 
a relu exactement les livres déjà utilisés par Greban, à savoir 
L'Evangile de Nicodème, Y Histoire scholastique, les Postilles de 
N. de Lire, l'abrégé latin de Josèphe mis sous le nom d'Hége- 
sippe. et la Légende dorée. Son seul livre vraiment nouveau est 
un sermon célèbre de Jean Gerson, la Passion « ad Deurn vadit », 
à laquelle il a ajouté quelques fables ou légendes tantôt très rares, 
le plus souvent très connues, et quelques scènes nouvelles tirées 
directement ou des Evangiles, ou de son imagination. Telles sont 
les conclusions auxquelles on arrive forcément si l'on recherche 
les sources de J. Michel en comparant son œuvre à celle de Gre- 
ban, comme les éditeurs de Greban l'ont depuis longtemps de- 
mandé'. Si la liste des emprunts se trouve ainsi épuisée, comme 
on va le voir en suivant le drame journée par journée, il est clair 
qu'il sera inutile de chercher plus loin ni ailleurs. 

Le premier fait qui frappe clans cette révision, c'est que J. Mi- 
chel n"a guère modifié les rôles des protagonistes, de Jésus et de la 
Vierge, mais qu'il s'est efforcé de compléter par tous les moyens 



rapport, mais ils n'ont pas laissé de donner des indications utiles qui conduisent à la 
vérité, et au surplus, leurs recherches sur les sources de J. Michel sont restées les 
seules jusqu'à celles de MM. G. Maçon (i&/<>. et Vilmotte n8<>8i. lesquels ont proposé 
comme mod les de la Passion de i486, le premier, une Passion perdue, jouée à Angers 
en i4Ji' : '<' second, d'anciens mystères français également perdus, mais qui auraient 
laissé des traces dans les Passions allemandes. 

Les i5 éditions connues de la Passion de J. Michel étant plus rares les unes que 
les autres, j'éviterai autant que possible de renvoyer à l'exemplaire dont je me suis 
servi [Bib. Nat., réserve, Vf. i3). Sauf exception, tous les renvois se rapporteront à 
l'excellente analyse, très détaillée, donnée par les frères Parfait (t. I, p. -'■•> a 4^6) et 
reproduite in extenso dans le Dictionnaire des Mystères du comte de Douhet, p. 663- 
819 Pour se servir de cette analyse en toute sécurité, il suffit d'en retrancher les par- 
ties i|ui ne sont pas de J. Michel, c'est-à-dire p 66'3 à ;o3, le Mystère de la Conception 
(auteur inconnu) suivi de la i« journée de Greban, et p. 798 à 819, la Résurrection pu 
la 1 Journée de Greban. 

1. Introduction, p. xx. 



DE .JEAN MICHEL 283 

l'histoire des personnages secondaires et qu'il a réuni sur eux une 
foule de détails nouveaux, jamais assez pour la curiosité de son 
auditoire. Voici (1rs le début un exemple de ces allongements faci- 
les dans les scènes de la Vocation ou de l'Evocation des Apôtres. 
Greban ne nous avait montré à l'œuvre que les pêcheurs avec 
leurs filets 1 , et s'était contenté pour les autres d'une rapide énumé- 
ration. .T. Michel complète le défilé*, il les reprend tous successi- 
vement avec leurs attributs légendaires, Saint Thomas avec ses 
instruments d'architecte ou de « charpentier », Saint Barthélémy 
« en habit de prince », égyptien ou syrien, peu importe, Saint Jac- 
ques Alphey. le cousin du Christ auquel il ressemble par les traits 
et le costume, le publicain Saint Mathieu, d'abord à son comptoir 
chargé de gros sacs d'argent 3 , puis à table, offrant un grand ban- 
quet ' à ses amis les changeurs et les marchands, lesquels seront 
bientôt après terrifiés et chassés du temple par le fouet de Jésus 5 . 
Il n'était guère besoin de livres pour les additions de ce genre : il 
suffisait de se rappeler l'Evangile et de regarder les vitraux des 
vieilles cathédrales ou les processions de la Fête-Dieu. Jusqu'à la 
fin du xvn e siècle et même bien plus tard, à Angers, à Paris', à 
Reims, partout, les Apôtres défilaient tous les ans. en bel ordre, 
avec ces attributs de leur profession. De même il n'était pas besoin 
de lire ['Histoire apostolique d'Abdias pour connaître la légende si 
répandue de l'apôtre Saint Jean devenu dans le drame l'époux des 

i. Greban, p. i4aetsuiv. 

2. Dict. des M., p. 721. — La Passion de .1. Michel (B. Nat. réserve, Yf. [3, cahier 
dii et BUÏV.), 
'}. Dict. (/es M , p. 721 . 
4. Ihiil-. p, - ■.'.:>. addition tirée par .1. Michel de L'Evangile de sainl Mathieu, [X, gel 

sllj\ 

.">. Tbid,, p. -•!-. — Tonte la scène «le Greban, p. [4g. est refaite et surchargée de détails 
nouveaux. Les détails sur l'éclat terrifiant du visage de Jésus et sur le fouet, sont 
pris aux Postules de Nicolas <lr Lire, in Joann, II. 17. p, io5i. • Ex oculis quidam ful- 
gur exibat virtute divina eos deterrens. Solel etiam quaeri ab aliquibus quomodo 
t'ecii Qagellum de funiculis, quia non vendebantur ibi funiculi. sed solum illa quae 
debebanl in templo offerri. El dicunt aliqui quod ipse Christus utebatur funiculo 
pro cingulo, et illuin funiculum accepit de quo eral praecinctus el ipsura duplicando 
iccit quasi Qagellum ». — Les mê s Postules, ont inspire directement la Passion alle- 
mande de Francfort, 1 (g3 (éd. Froning, 1 11, p (o5), surtout la Passion d'Alsfeld 
[éd Froning, t. III. p. 682), où on lit : » Salvator vadil ad templum in quo invenil 
ementes et vendentes et fàcil Qagellum de sona, cum qua precinctus est ». 

6. Sauvai, Antiquités de Paris, t II, p. <;•/{. 



284 LA PASSION 

noces de Cana. Elle est rapportée non seulement par Abdias 1 , mais 
par Rède, par Jacques de Varaggio, par Nicolas de Lire et par 
vingt autres, et la citation d' Abdias repose sur un rapprochement 
aussi ingénieux qu'inutile. Ce n'est pas non plus la Vie de Jesu 
Crist imprimée pour la première fois par Robin Foucquet en i486, 
ou la Vita Xpristi, qui ont fourni la légende de Judas, l'Œdipe 
chrétien, dont l'enfance, la jeunesse et tout le passé criminel sont 
longuement représentés sur la scène, au lieu d'être rappelés dans 
un simple monologue comme chez Greban. Un épisode suffira pour 
constater l'origine de tous ces développements. 

Judas a été exposé dès sa naissance sur les flots par ses parents 
Ruben et Cyborée et. après maintes aventures, il est devenu le ser- 
viteur de Pilate. Le vieux Ruben vient de quitter sa femme, tou- 
jours triste depuis la perte de leur enfant, et se rend vers son petit 
jardin « où il y a un pommier fort chargé de belles pomes ». Juste 
à ce moment Pilate passant près de la haie, aperçoit ce beau pom- 
mier et désire en avoir des fruits. Il charge son intendant Judas 
d'aller lui en acheter, et s'éloigne, mais pour aller plus vite, et par 
un raffinement de scélératesse, Judas abat les branches de l'arbre 
avec son épèe : 

Si je ne l'ay de ce revers, 

Si l'aurai -je de ceste tranche ! 

C'est un massacre. Ruben accourt. 

ruben -' Vie de Jesu Crist fol. lxiiii V. 

Et qui est ce la qui esbranche Comment Judaz tua son père. 

Mon arbre, et qui le veult coupper? y-,., , ,, T , , , . ,. . 

1 _ , Pilate appella Judas et lui dist : 

Sire, c'est bien mal faict d'abatre T , , ,> 

« Judas, mon bon amy, va t en 
Mon arbre par si grant oultrage ! , D , , , ' - , 

1 au vergier de Ruben et m aporte 

JUDAS des pommes qui sont en ung bel 

Taystoy,tays toi. S'il y a dommage, pommier qu'il y a, car je meurs si 

Tu en seras desdommagé. je n'en ay. » — Et adonc Judas 



i . L. Paris, p. ;3, notes : « Abdias que l'auteur du mystère nous semble avoir voulu 
mettre en scène sous le nom d*Abias ». — Abias est tout simplement le premier Juif 
converti par Jehan-Baptiste dans la Passion de Greban, p. i33. J. Michel l*a employé 
dans la même scène (Diet. des Myst., p. 708), et substitue plus tard à TAgrestin de 
de Greban dans les noces de Cana (lbid., p. 724). 

•2. Dict. des M., p. ;hi<B Nat. Y f. i3, cahier c.iiii, fol. 4 v °)- 



DE JEAN MICHEL 



28J 



RUBEN prit son espee et s'en ala au ver- 

Quand vostre saoul eussiez mangé gier de Ruben son père, et com- 

Ou tout le fruit de l'arbre prins, mença de couper les branches du 

De moy n'eussiez esté reprins pommier avecques son espee. Et 

Mais pensez que trop me desplait Ruben qui estoit en son hostel oyt 

De rompre l'arbre tel qu'il est, les cops ferir quant Judas copoit 



Sans besoing qu'il en soit ! 
JUDAS 

Villain, 

S'il faultqueje mette la main 
Sur ta teste, il y aura bruit. 

RUBEN 

Rompre l'arbre et embler le fruit 
N'est pas t'ait d'uug homme de bien. 

Icy s'entrebatent et enfin Judas 



les branches du pommier et vint 
acourant celle part pour cuider 
garder de gasler son pommier, et 
se courrouça moult fort a Judas 
pour ce qu'il rompoit le pommier, 
car Ruben voloit bien que Judas 
print des pommes, mais il estoit 
mal content et fort triste de ce 
qu'il copoit les branches de l'arbre. 
Si se dirent de moult grans outrai- 
ges l'ung a l'autre tellement que 



frappe si grand coup sur la teste Judas se desfendit et se bâtirent 
de Ruben qu'il l'abat a terre et le moult si que Judas tua son père de 
tue ». son espee ». 

Il le tue, et Pilate lui fait épouser sa veuve, la riche Cyborée 1 . 

Sans doute un détail précis (celui de l'arbre rompu ou des 
branches coupées) permet, semble-t-il, de penser que J. Michel a 
consulté non telle ou telle des nombreuses versions latines ou 
françaises de la Légende de Judas, mais exactement la version 
française développée qui est imprimée dans les diverses éditions 
de la Vie <lc Jesu Crist et signalée par Peignot\ Mais il est clair 
qu'avant d'être imprimée, celte légende circulait manuscrite et. 

i. Cette particularité qui esl déjà dans la Légende dorée (art. saint Matin.-- n< 
devait pas surpendre outre mesure les spectateurs du xv» siècle L'historien J, du 
Clercq c<l Michaud et Poujoulat, ]» 620) nous a montré une veuve qui vient d'en- 
terrer son mari, Bançant H épousant le lendemain un jeune homme de vingt ans. 
et il rappelle que le duc de Bourgogne, Philippe le l!<>n. forçait souvent les riches 
veuves d'épouser les officiers de sa cour et de leur assurer leur fortune 

■■ Praedicatoriana \< 3g6. 

La Légende dorée (art sainl Mathias) d'où dérivent toutes les versions en prose 
ei en vers de cette légende de Judas (cf. <;. Paris, Revue criVque, 1869, I. ji3), «lit sim- 
plement In pomoerium insiiiii et velocius mala carpil «. La légende en prose de 
Judas qui ligure à la lin du manuscrit fr. [81 delà Bibl. Nat. déjà décrit, p. a5o, n. 1. 
n'est elle-même qu'un abrégé de la version imprimée pour la première fois dans la 
l ie de Jesu Crisi de 1 {83 



2S6 LA PASSION 

comme tous les autres rapprochements avec la Vie de Jesu Crist 
vont être éliminés, il n'y a pas de raison de conserver celui-là. 
Il n'y a pas à s'inquiéter non plus pourquoi ce Judas recevra plus 
tard des mains du pontife Anne : 

Trente deniers d'argent 

Qui ont nasse par mainte gent 

Dont Joseph fut jadis vendu.... 

La légende des trente deniers et de leurs pérégrinations est 
racontée partout depuis Godefroy de Viterbe qui ne l'avait pas 
inventée. 

Des observations analogues s'imposent pour l'histoire du pro- 
tecteur de Judas, Pilate, dont les sévices et les dissensions avec 
Hérode Antipas, brièvement indiqués par Greban, sont longue- 
ment développés dans la nouvelle pièce. Le gouverneur Pilate, à 
son arrivée en Judée, disserte sur le caractère des princes qui se 
partagent la province, il rappelle la mauvaise « justice » de son 
prédécesseur Yalère qui a fait mettre aux enchères « l'évesché de 
Judée », et dont l'administration a été faible 1 . La sienne sera forte. 
Il commence par lancer deux édits pour obliger tous les Juifs à 
venir saluer l'image de l'empereur, et pour augmenter les impôts 2 . 
Lorsque les Juifs se réunissent à Jérusalem pour « sacrifier des 
bêtes 3 » malgré ses ordres, il les fait envelopper par ses soudards, 
il les massacre, et les survivants vont se plaindre au roi Hérode 
qui devient dès lors l'ennemi mortel d'un si grossier personnage 
et de si basse extraction, de cet intrus : 

Fils de la fille d'ung Monnier, 

comme il dit dédaigneusement. Hérode a emprunté ce trait aux 
légendes populaires sur Pilate 4 , et Pilate lui-même a appris 



i et 2. Dict. des M.. p. 712714- Origine: ['Histoire schoïastique (Patr . Mignc, t. 19S, 
j>. i55i)chap. 2; et 2S légèrement modifiés. 

3. Dict. des M. (a* Journée), p. ;4"- I e ' ' a version de VHist. schoïastique, ch. xciv, 
p. i585. diffère du texte de J. Michel qui a suivi une Postille de X. de Lire imprimée 
in extenso dans ce livre 11° 4T- p. 228. 

4. lue des nombreuses légendes latines de Pilate a été reproduite par L. Paris, 
t. II, p. 7(i5.— Ed. du Meril, Poésies pop. latines du M. âge. 1847, p. 35g (Cf. P. Meyer, 
II. île ht S. des anciens textes />■., i8;r>, p. 02, et S. Berger, La Bible française au Moyen 



DE JEAN MICHEL 

tous les détails de son rôle dans VHistoire scholastique, dans 1rs 
Postilles de N. de Lire, et dans l'abrégé latin de Josèphe m i > sous 
lcjnom d'Hégésippe, mais qui est probablement de St. Ambroise. 
Il n'a certainement pus pris la peine de lire les ouvrages de 
Josèphe lui-même, bien que les traductions latines et même fran- 
çaises n'en lussent pas rares «lès le commencement du quinzième 
siècle '. 

Ce qui le prouve, ce ne sont pas seulement tous les détails qui 
concordent dans les ouvrages précités et dans le drame de J. Mi- 
chel, taudis qu'ils diffèrent quelque peu dans Josèphe \ mais 
encore le début de l'histoire «le cet Hérode Antipas. «Fier comme 
le roi Hérode » disait un vieux proverbe qui faisait allusion soit 
au massacre des Innocents par le premier Hérode (férus, crudelis), 
soit à une étymologie fantastique des anciens commentateurs '. 
Hérode Antipas a hérité de la fierté de son homonyme, mais ce 
matamore tremble devant sa maîtresse Hérodias qui l'a séduit 
dans un de ses voyages à Rome et qui a évincé la femme légitime, 
laquelle s'est réfugiée clandestinement dans les états de son père, 
Arethe. le roy d'Arabie. De cette histoire longuement déduite par 
Hégésippe, J, Michel n'a pas manqué de tirer toute une scène 
d'explications conjugales entre Hérode et Hérodias menacée par 
St Jean-Baptiste : 

BÉRODIADE » S. Ambrosh 

De exeidio urbis Hierosol, lib. II, 
Ha ! monseigneur, ne luy desplaise, X.II (Patr. Migne, t. 15, col. 

Je suis aussi bonne et bonneste *15i i. 

Que la fille du roy Arethe 

Qui fut vostre première femme ! Cujus causa necis libertas, quod 

âge, p. i85), a imprimé une ancienne version française : « si ci un un- PyJates fu engen- 
rés en le lill«' un mannier » - Pilate, soi-disant originaire du diocèse de Mayence el 
gouverneur de l'île de Pons ou Pontos, n'étail pas moins connu en Allemagne : et la 
Passion de Francfort (éd. Proning, t . II. p. fao), n'a pas manqué de faire allusion aux 
mêmes fables populaires 

i. Sur ces traductions de Josèphe et les manuscrits, voir Coquillart, éd. d'Héri- 
cault, Bibl elzé> irienne, t . II. p. 398. 

2. En particulier pour l'histoire des sacrifices el du massacre des Galiléens 

3 Cornélius à Lapide in Luc 1. p. 63 : « Uebraice Herodes idem esl quod pelliceus 
vel gloriosus, art. s. Isidorus 1>I> ~ Elymol cap. io >. 

;. B. N. Y 1 ri. cahier fiiii, fol. ."> \ . 



288 



LA PASslON 



Et suis aussi puissante dame perpeti nequivit ab Herode fraterni 

Et d'aussi notable lignie violata connubii jura, germanoque 

Que Arelhe, le roy d'Arabie, abductam conjugem. Nam cum 

Dont vous espousates la fille. idem Herodes Romam pergeret, 

Faut-il donc qu'ung fol me exille hospitii causa, fratris ingressus 

D'unhonneur qui bien m'appartient'.' domum, cui erat uxor Herodias, 

Je ne sçay pas dont il luy vient Arislobuli filia régis, Agrippae 

D'entretenir si longue riole, soror, ausus est eam, naturae im- 

Et, si fault déclarer la note memor, sollicitare ut, relicto fratre, 

Du départ de vostre aultre femme, sibi nuberet : cum de urbe Roma 

Cbose seroit laide et infâme revertisset, ex consensu mulieris 

A vous, de la reprendre, en somme! inita incesti pactio est. Cujus indi- 

Cependant que vous fustes a Rom- cium rei pervenit ad Aretae filiam, 

[me, in conjugio adhuc Herodis manen- 

Ou vostre frère et moy estions tem. Ea rivalem indigna[ta], re- 

Et que nous ensemble traictions deunti marito insinuavit ut ad Ma- 

De nos affaires, de par delà, cherunla 2 oppidumdirigereturquod 

Vostre aultre femme ' s'en alla, erat in confinio Petraei régis et 

Pleine de reproche et de honte, Heris ; ille qui nihil suspicaretur, 

Faignant aller en Macheronte, simul quia omnem jam circa eam- 

Vostre chasteau, mais par cautelles dem imminuerat affectum, quo 

Fist escripre de ses nouvelles facilius Herodiadi pactionis fidem 

A son père Arethe qui tost praestaret, si ablegaret conjugem, 

Luy envoya de 3 gens grand ost acquievit ejus suggestioni. At il la 

Pour la ' mener en Arabie ; ubi patris regno appropinquavit, 

Touttefois vous ne sçaviez mie cognita patri Aretae prodidit, qui 

Sa malicieuse entreprinse. per insidias omnem exercitum 

Si doncques présent m'avez prinse Herodis bello lacessitum delevit, 

Pour vivre o vous sans reprocbe, proditione facta per eos, qui ex 

Et vostre frère a qui il touche Pbilippi Tetrarchae populo Herodi 

Le toleie, que a Jeban a faire sese associaverant 

Ne de moy, ne de vostre frère .' 

L'imitation est évidente, et si Hérodiade sait par cœur Hégesippe, 

son époux ne connaît pas moins bien la Légende dorée et l'His- 



i. L'imprimé contient une erreur évidente : Jrere pour femme. 

i. Remarquons que le texte correspondant de Jbsèphe (Anliquit. judaïc, xvm, 5(7), 
ne mentionne pas Jehan Baptiste tout au début, comme Hégesippe ; c'est donc bien 
Hégesippe qui est suivi par J. Michel 

j. Ip : de ses, — 4- Ip : '<'• 



DE JEAN MICHEL 

toire scholastique (chap. lxxiii). C'est là <[u'ils ont appris tous 
deux comment ils se débarrasseronl do saint Jean-Baptiste, après 
son exécution, et l'empêcheront bieu de recommencer ses sermons. 
Hérode le dit : 

Pour quoy, ma mve, Chronica et undecimus liber His- 

La teste nr*is séparerons tor,a f eeeleêùuHeae tradunt Joan- 

' nem in castello Arabiae trans Jor- 

Bienloing du corps et l'envoyrons dannem, dicto Macherunta, vinc- 

Eu terre en Hierusalem. tum p t truncatum. Corpus vero in 

.-. i.i ,-• i t i Sebaste urbe Palaestinae inter 

Quand est du corps d iceluy Jehan. E |j se um et Alllliam sepuItam , ca _ 

En Macheronte demourra, put autem Jérusalem humatum est 

Ainsi susciter ne pourra '. .J uxUl Herodis habitaculum. 

Restent dans la première journée déjà si chargée plusieurs épi- 
sodes nouveaux ou qui diffèrent entièrement de la version de (ire- 
ban. J. Michel a rétabli, d'après l'Evangile de Saint Lue le nom 
de Farchysynagogue Jairusque Greban semble avoir mal à propos 
identifié avec un des anciens pontifes. Tsmahel. nommé dans l'His- 
toire ecclésiastique d'Eusèbe s , et il a développé en vers touchants 
la maladie, la mort, puis la résurrection delà petite fille de douze 
ans rendue à l'affection de son père. Si les critiques -accordent 
pour louer la grâce et le naturel de cet épisode, la plupart aussi, 
depuis les frères Parfaict, constatent avec satisfaction que J. Mi- 
chel ignorait le syriaque (-i rép indu de notre temps), et qu'il a fait 
un gros contre-sens en voyant dans le verset de l'Evangile : Tabita 
CUmy, un nom de jeune fille : 

i. Suivent encore (voir Dict. des Myst., i>. -">\i des additions au texte 'le Greban, 
p. i5g: Chant «les anges après la décolacion — Descente de saini Jean-Baptiste aux 
enfers. — Joie des Pères; craintes des diables. — inhumation du corps de saint 
Jean-Baptiste par ses disciples — Ces banalités faciles à imaginer se retrouvent par- 
tout, notamment dans la Passion d'Auvergne analysée plus loin. 

2. Hist. ecelèsiasi . I. 1. chap à : « Valerius Gratus ôta la grande sacrificature à 
Anne et la donna a [smael, Ml- de Pabus qui fut bientôt après déposé pour mettre en 
Ba place Eleazar, Qls d' Inné ». — Les évangiles de saint Marc, V, ■•■•. et de saint Luc, 
VIII, Ji. nomment tous deux Jairus dans la Vulgate ; mais K de Lire ne lisait pas 
encore ce nom dan- -.uni Marc (Cf. la Postille in Luc, VIII, 41, p. 806. Istud nomen 
unii cxprimitur Mat. g et Muni. :>, et ideo lue suppletur) : saint Mathieu. IV 18. 
l'appelle simplement princeps anus. 

Greban, suivant saint Mathieu, aura identifié ce prince de la synagi - 
Capharnaum avec l'ancien pontife Ismahel .1. Michel a fait lui même nu.' confusion 
Bemblable en nous montrant* le maistrc archisynagogue » Jairus prenant part a 
toute- le- délibérations de la synagogue de Jérusalem .■ il l'a identifié uvec le Jairus 
qui ligure dan- le chap [«■ île l'Evangile de Nie idèmc. 

19 



290 LA PASSION 

TABITA CL'MÏ 
Entends ma parolle divine, 
Tabita, fille très bénigne ; 
Je vueil que mon vouloir achevés, 
Je commande que tu te lieves 1 . 

La critique s'est trompée d'adresse et doit être renvoyée en réa- 
lité à Nicolas de Lire 2 . 

Mais les parties les plus originales de la recension de J. Michel, 
celles «pic tout le monde connaît, ce sont l'histoire de Lazare, le beau 

chasseur, et surtout « la mondanité de la Magdaleine », la con- 
temporaine d'Agnès Sorel et de la « Dame des belles cousines ». la 
grande coquette du xv e siècle qui reçoit si allègrement les repro- 
ches de sa sœur, la sérieuse Marthe. — Tous ces personnages 
savent leur généalogie sur le bout des doigts. Ecoutons Made- 
leine : 

Si rus mon père tut yssu de noblesse, 

Aussi fut bien ma mère Eucharie, 

D'eulx laissée suis en ma fleur de jeunesse, 

Descendue de regalle lignie 

J'ay mon chasteau de Magdelon 
Dont l'on m'appelle Magdeleine, 
Ou le plus souvent nous allon 
Guaudir en toute joye mondaine :i . 

Elle y tient à son « beau château », elle ne cesse d'en parler : 

Le beau chasteau Magdelon je possède 
Dedans lequel nous menons gave vie. 
Nommée je suis d'aucunes pécheresse, 
Mais peu me chault s'ils ont sur moy envie ; 
Ma saiur Marthe possède Béthanie, 
Mon frère a eu, ainsi le fault entendre. 
Pour son partage, ou rien ne veulx prétendre, 



i. Dict. des M . ]>. 729. 

2. M.xr.c ... V. ji. Tfîabita cumi. — X. I... p. .VS7 : Duae *unt dictiones Ilehraicae : qua- 
rmii prima est nomen <'t secunda verbum, ut patet per interpretationem. Sciendum 
autem quod Thabita non est nomen commune, sed est proprium nomen illius puel- 
la<- quae fuit suscitata, et hoc patet per si mile Act. 9, ul>i dicitur : « In Ioppe fuit 
quaedam discipula nomine Thabita, el ideo Marcus pr<> nomine proprio posuit 
commune interpretando scilicet puella, ct<-, 

i. Dict. des M., p. j37(début <lr la 2 Journée). 



DE JEAN MICHEL 291 

Tout ce qu'avions en la noble cilé 
Hierusalem, ou tant suis renommée. 

Décidément, comme dil Molière, .1. Michel connaît toute la pa- 
renté, et ii n'est pas inoins bien renseigné sur les faits el gestes de 
Lazare. — « Icy, nous dit-il, se approche Lazare devers la cité de 
Naïm [tour veoir le miracle que Jésus fera, et commence le miracle 
comme Jésus ressuscita l'adolescent, seul filz de la veufve, ainsi 
comme il est escript en l'Evangile Saint Luc en son septième cha- 
pitre, et y esloit Lazare présent, par quoy il se convertist a Nostre 
Seigneur, comme nous lisons en la légende (le saine t Lazare 1 )). — 
Saint Luc ne dit rien de pareil, mais a-t-il existé véritablement une 
légende de cette sorte qui amenait Lazare à Naïm et qui dévelop- 
pait un de ces contrastes si chers au moyen âge. la jeunesse, la 
force, la beauté frappées par la vision subite de la mort? (le n est 
l>as impossible et bon conçoit très bien comment elle a pu être 
écrite. Les commentateurs ont si souvent rapproché les trois résur- 
rections de la tille de Jairus. du fils de la veuve de Naïm et de 
Lazare lui-même' qu'un jour ou l'autre quelqu'un devait imaginer 
de nouveaux liens entre ces personnages similaires. El au sur- 
plus, cette légende d'invention très récente, la voici, conservée 
peut-être dans un manuscrit unique 3 . 

« Au temps de la passion nostro saulveur et rédempteur Ihesus, es 
toit vivant uns homme nommé Lazaron de noble et royalle extraction, 
frère de Marthe et Marie Magdalene, tous trois enffans de Sirus el Eu- 
charie. Icellui Lazaron et ses deux sœurs ouïrent par succession mater- 
nelle trois grandes signouries. C'est assavoir, partage entre eulx l'ail, 
Lazaron possedoit tout ce qui leur appartenoit en la cité de Iherusalem, 
Marie Magdalene ung château nommé Magdalon avec les appendences 
tenoit, duquel chasteau fut dénommée Magdaleine, et Marthe pour sa 
porciori la ville de Bethanie occupoit. Et pourtant que Marthe estoil la 
plus active en la temporalité, toutes les seignouries dessus dictes es- 
taient de par elle principallement maintenues. Car Marie Magdalene 
son temps demenoit en ambicion el delectacion corporelle, et Lazaron en 
t'ait de chevalerie et de venuion. 



i Dici desM.,y j3i. — B. Nut. Y f. i3, cahier f iiii, fol a v< col. 1 
■•. Exemple : Glossa ordinaria (Patr, Migne, t. n4, p. 169-270). 

i. I?i lit. Nation. i!<-, IV. '.r>. fol. ni recto. (Ms non .laïc, de la lin du xv« siècle 



292 LA. PASSION 

Et, comme ledit Lazaron alloit à la chasse, passant par emprès la porte 
de la cité de Naym, advint que nostre seigneur Ihesucrist accompaigné 
de ses disciples et amis rencontra a la ditte porte une vefve et pluseurs 
gens de la ville, qui moult pleuroit pour le trespas de son seul filz, le- 
quel on portoit pour ensevelir, et, nieu de pitié et compassion, dist a 
icelle vefve « Ne pleure plus » ; et, incontinent après qu'il eult touché la 
placette ou le corps estoit et que ceulx qui le portoient se feussent ar- 
restez, dist a l'enfant mort « Enffant, lieve toy! ». Icelluy obéissant a la 
voix de Dieu se leva et parla, et ainssi fu resuscité de mort a vie et rendu 
a sa mère. 

Voyant ledit Lazaron la puissance et vertu de Ihesus tant en ce mira- 
cle qu'en plusieurs dont il avoit esté informé aultrefois, regardant nos- 
tre Seigneur de l'œil corporel et espirituel, il creut en luy et eult ferme 
foy et espérance, moyennant la grâce de Dieu, et en grande amour et 
fervente devocion se getta aux piez de' Nostre Seigneur, et humblement 
les baisa et luy pria qu'il luy pleust venir prendre refeccion et repos a 
l'ostel de Marthe sa sœur. Alors Nostre Seigneur voyant la bonne 
devocion et voulenté luy accorda sa peticion et le receut a diciple et 
a m y. 

Et de ce très joyeulx s'en vint par devers sa sœur, qui l'atteudoit es- 
pérant avoir de la venoison 1 . Luy dist : « Ma cbiere sœur, je vous salue, 
et sachiez que j'ay prinse la plus belle et précieuse venoison qui oneques 
fut ne qui jamais sera, car j'ay prins en la suscitacion du seul fils d'une 
vefve citoyenne de Naym. nostre saulveur et rédempteur Ihesus, lequel 
l'a ressuscité de mort a vie, et fait plusieurs aultres miracles, et par ce 
j'ay creu et croy fermement qu'il est le vray Messias et la précieuse 
venoison qui sera pour nous et pour nostre rodempeion chassée jusques 
a la mort-. Et m'a promis de venir prendre sa réfection en nostre mai- 



i. Dicl . des M ., \>. j32. — B. X. V f. i3, cahier fiiii. toi. 3 et suiv. 

MARTHE MARTHE 

Et avez vous rien prius V Et que avez vous prins? 

■ » 7ARF LAZARE 

'• A/Am - ., . Le lion, 

Oui 

Ma sœur Marthe la débonnaire, Lp lion f I ue ses laons susci,e ' 

J'ay prins venavson salutaire, Le Hon <* ni tout cuer incite : 

Venayson moult délicieuse. ... Lc lio " 'I" 1 subjuguera 

Le dragon un jour qui viendra, etc. 

2. Folio n5 r". On reconnaît ici une allégorie familière aux prédicateurs «lu xv 

siècle. Plusieurs, notamment le prédicateur du roi René, Pierre Marini, et un autre 

plus connu, Mcnot. oui longuement décrit et développé la Passion du Christ sous la 

forme et dans le cadre d'une chasse au cerf. 



DE JEAN MICHEL 

son ». Et incontinent Marthe, ouyant les bonnes nouvelles et doulces 
paroles que son frère lui disoit, toutes aultres choses délaissées, (il pré- 
paration a son pouoir pertinente a la réception de si granl seigneur, 
priant a sa sœur Magdaleine que pour icelluy recepvoir plus dignement 
elle amendas! sa conscience, et, sans dilaeion, obéissant à Marthe, 
moyennant la grâce de Dieu prévenante et gratifiante, ici Ile Magdaleine 
eult de ses péchiez contrition, confessant de cœur et de bouche avoir 
grandement offensé son Créateur, proposant de jamais plus retourner a 
son pechïé el île l'aire satisfaction au plaisir de Ibesu. Et en icellefoyet 
bonne voulenté luy fut donnée grâce par vertu de laquelle fut faite gra- 
cieuse, plaisante et amie a Ihesu Christ et linablement tresglorieuse au 

reaulme de Paradis ». 

Gomment donc? Une conversion aussi brusque, sans retard, 
a sans dilaeion »? Quelle invraisemblance! Et que deviendrait la 
pièce? .1. Michel abandonne sans regret la légende qui l'a inspiré 
jusqu'ici '. 11 trouvera le reste dans son imagination et n'aura pas 
de peine à nous décrire la vie brillante d'une femme à la mode, 
de ses soubrettes et de son soupirant, jusqu'au jour où la parole 
sainte entrera comme un trait dans cette âme mobile et légère. 
Mais d'autre part, on l'a déjà reconnu, la légende française qu'il a 
suivie n'était, sauf quelques additions, qu'un simple développe- 
ment d'un ouvrage connu et pillé dans toute l'Europe, de la 
Légende dorée de Jacques de Varaggio, lequel avait pillé lui- 
même la biographie fantaisiste de Marie-Madeleine par l'évêque 
allemand. Rabanus Maurus. el y avait introduit un amusant 
contre-sens * (d'ailleurs fidèlement reproduit par.). Michel). Cette 
biographie une lois donnée, toute « la mondanité de la Madeleine 

i. La Légende continue par un récit de la visite tic Jésus chez Marthe, puis par une 
intéressante description des peines (renier par le Lazare dans le banque! de Simon 

'<• Lépreux i s y ve\ iendr.uo dans la Passion bretonne). Enfin, le narrateur pour 

suit rhistoire de ses personnages el les conduit tous, Lazare, ses sœurs, Madeleine. 
Marthe, sa servante Marcelle el l'Aveugle ne appelé Cedonius eu Gelidonius, jusqu'à 
Marseille. — A pari quelques traits, cette légende très moderne esl donc une simple 
compilation des récits détachés de la Légende dorée (Lazare, Marie-Madeleine el 

Marthe,. 

•- Rabanus Waurus d'air. M igné, i tia, p [ia) cap. I. « Mater ejus Magdalenae] 
nobilissima nomine Bûchai la, ex gentis Esraeliticae regali prosapia inclytum genus 
duxit, Pater ejus Theophilus, natione Syrus, non solum génère illustrem, ver uni 

elium titulO speetahileui et ad mi nist rai h me elari-^imam QobilitatiS lineani dUXÏI ■ 

la- mut Theophilus étant supprimé ou perdu, Syrus esl devenu un m, m propre dans 
la Légende dorée, ses dérivés ci la Passion de .1 Michel, 



294 LA PASSION 

s'en suit nécessairement et peut être développée avec plus ou 
moins de talent par les auteurs les plus divers, sans qu'ils soient 
le moins du monde obligés de s'emprunter les uns aux autres les 
moindres détails. Qu'importe en effet que la Madeleine de J. 
Michel dise une chanson comme dans la Passion de Maestricht, 
ou qu'elle ait une suivante comme dans la Passion de Francfort, 
un miroir comme dans la Passion d'Alsfeld, un amant comme 
dans la Passion de Vienne 1 , qu'importe tout cela, si de tradition 
elle est jeune et coquette? Aucun de ces rapprochements ne 
prouve donc ce qu'on a voulu lui faire dire ; les étymologics 2 et 
les expressions communes signalées sont encore plus discutables, 
et l'on trouverait sans peine ailleurs des coïncidences plus cu- 
rieuses. Dans la pièce de J. Michel. Madeleine, lorsqu'elle entend 
parler de Jésus et de ses miracles s'informe avec curiosité de 
l'apparence du prophète et de ses avantages physiques 3 : quel 
visage, quel âge. quelle couleur de cheveux, quel teint? — Et les 
yeux? — « Clairs comme une belle lune ». — Et les mains? — 
« Belles, droites et longues » 4 . — Que si elle se décide à aller 

i. Wilmotte, Les Passions allemandes des bords du Rhin, p. 85, 81. 

2. Les Passions allemandes, etc., p. 88: P. de .Maestricht, v. 8;6-8;8: Marie-Made- 
leine appelée Maria qui signifierait « Mar i a, malheur à toi » et ne pourrait s'expli- 
quer que par une source française. — Etymologie déjà écartée avec Bède : Maria, 
amarum mare. 

P. Si. « Madeleine et la suivante (Xareilla déjà dans Francfort) : item, p. 92, note 1, 
Narcilla, Heidelberg, a33;, etc : Francfort, i49"3, v. 1066 sq.) qui est la servante de Marthe 
et qui rappelle Marcelle, la servante de Cayphe dans Greban, i9,38o ». — Aucun rap- 
port. Le nom de Narcilla vient simplement de la Légende dorée. 

P. 89. L'Invocation de Madeleine à Jésus « fontaine de grâce » dans la Passion 
d'Arras, « rivière «le miséricorde » dans Greban, « brunnen aller gnadv dans la Passion 
de Donaueschingen. - Analogie insignifiante, car les expressions /"on.s misericordiae } 
pietatis, etc . reviennent à peu prés invariablement dans tous les serinons sur la 
Madeleine au moins depuis Grégoire-le-Grand (Patr. Migne, t. ;6. p. ioio. Hom. VIII ; 
it. ]). i2'3i). Hom. XXIII). 

P. (|3. Marie-Madeleine allant se lamenter sur le tombeau de son frère. La scène 
prouverait absolument l'étroite parente des Passions françaises et des Passions de 
Maestricht et Heidelberg, M. Stengel (Zeitschrift fur Jranzôs. Sprache* 1900, p. i3o), 
adopte et confirme cette argumentation. — La scène se trouve partout, notamment 
dans la Sascitatio Lazari de St-Benoit-sur-Loire (éd. Ed. du Meril, p. *>3). dans laPas- 
sion d'Arras, p. 108, v 9230. dans la Rappresentazibne délia conversione di .S'. Maria 
Maddalena (éd. A. d'Ancona, 1832, t. I, p. au;,, etc .et vient tout simplement de l'Evan- 
gile de St. Jean, XI. 3i : Qui 1 vadit ad monumentum. 

3. J. Michel. 13. X. VI'. i3 cahier i.iiii. fol. 3 verso. 

4. Tous ces détails sur la personne de Jésus sont tirés d'une lettre apocryphe d'un 



DE JEAN MIGHEL 295 

entendre son sermon c'est qu'elle veut, dit-elle, « contempler sa 
beaulté » et « veoir s'il la regardera de quelque regard amyable ». 
C'est donc la coquetterie qui la conduit vers Jésus-Christ, e1 la 
même situation' se retrouve dans diverses Passions françaises el 
italiennes, elle se retrouve également dans un ancien sermon 
français pour le jour de sainte Madeleine. Lorsque la grande 
dame pécheresse est allée écouter Jésus par désœuvrement, elle 
se dit en elle-même : « Ses regards tendres et divins m'ont mille 

t'ois démêlée dans la foule il n'a, ee me semble, parlé que pour 

moi seule ». Et la voilà, elle aussi à demi gagnée, sa coquetterie 
même sert à sa conversion. Serait-ce donc l'ancien sermon fran- 
çais (cité par Sainte-Beuve) qui serait le « prototype » de toutes 
les pièces précédentes? Mais il est de Massillon qui. heureuse- 
ment pour lui. ne lisait pas les mystères. 

Les additions que l'ont vient de signaler sont les plus importan- 
tes et il n'importe guère de savoir pourquoi l'Aveugle-Né est con- 
fondu avec l'aveugle de Jéricho. Bartimée, ni encore pourquoi le 
père de famille, chez lequel on célèbre la Cène à Jérusalem, est 
identifié avec le publicain Zachée, qui a trouvé dans le paralytique 
guéri à « la fontaine probatique* » un valet fort actif. Toutes ces 
retouches au texte de Greban n'ont évidemment pas d'autre but que 
de suppléer au silence des Lvangiles et de compléter la biographie 
trop sommaire de personnages inconnus. Sur deux ou trois points 
-eu Ici nent les modifications du texte primitif sont plus raisonnées, 
parlant plus instructives. Dans la Passion de Greban les apôtres 
chargés d'amener l'ânesse et l'ânon sont trois : Saint Lierre. Saint 
Jean. Saint Jacques Zebedey : . et. lors de l'arrestation de Jésus, le 
jeune homme au manteau. « adolescens cum syndone », esl l'apôtre 
Saint Jacques Alphey. Ces détails sont un peu modifiés par Jean 



certain Lentulus, vice-consul romain au pays de Judée, lettre célèbre qu'on retrouve 

également traduite ri pil] lans les traductions françaises de la Vita Christi de 

Lupold ri encore réimprimée in extenso par le prédicateur « »li\ ici- Maillard (cf. Dict. 
des Apocryphes, col. Migne, l II. p. i">j> 

i Passion d'Auvergne, 1 177 : -.<ti le Menol sur la Madeleine; délia conversi 

ili .s Maria \faddalena déjà citée (d'Ancona, S. B 1 [, p. aj3), etc. 

9 Lcdil paralytique n'étanl nomme ni par les Evangiles, ni par Greban, •' Michel 
lui a donné le nom d'un personnage quelconque de Greban, p. 164, Tubal. 

5. Ces noms viennent comme on l'a vu de la Passion de [SgS, II- seronl expliqués 
dans !'•- Mj stères pi iuerg ats. 



296 LA PASSION 

Michel qui supprime Saint Jacques Zebedey dans la première 
scène et substitue Saint Jean dans la seconde. Pourquoi? Tout sim- 
plement parce qu*il vient de voir ces modifications et d'autres dans 
la célèbre Passion de Gerson « Ad Deum vadit. Joann. XIII, 3 ». 
C'est là qu'il les a prises 1 , c'est là qu'il a vu la Vierge, au moment 
du départ pour Jérusalem, recommander Jésus au traître Judas * ; 
c'est là qu'il a vu encore Saint Jean, le disciple bien aimé, dé- 
pouillé de sou manteau et accourant, transi de froid, auprès de la 
Vierge, de Marthe et de Marie pour leur annoncer l'arrestation de 
Jésus. Marthe toujours prévoyante le revêt d'une nouvelle « robe 
de Damas », mais la Vierge éperdue ne songe qu'à aller chercher 
son fils au milieu des bourreaux. Saint Jean ne parvient à l'arrêter 
qu'en lui remontrant l'inutilité et l'inconvenance d'une telle dé- 
marche : 

Pas n'est licite ne honneste 

A preudes femmes de renom 

D'aller de nuyt. 

Marie ne se rend qu'avec peine à ces raisons, et à la seule condi- 
tion que son neveu retournera voir de ses yeux ce que devient 



i. Les manuscrits de la Passion française « ad Deum vadit », sont très communs. 
(Ex. : Bib. Nat. fr. 44s. 9;;. 990, 245'L etc.) Elle a même été imprimée, d'après un ms. 
médiocre, sous le titre de : « Contemplations hystoriez sur la Passion, composées 
par maistre Jehan Gerson, etc. » à Paris, le 20 mars iSoj, pour Antoine Verard 
(13. Nat. Réserve, vélins 949). Mais le plus simple est de renvoyer à la traduction 
latine publiée dans l'édition commune de Gerson. par Ellies-Dupin, t. III, p. 11 53 et 
suiv. — Ce qui prome que .1. Michel s'est bien inspiré de cette Passion, c'est que 
presque tous les détails ici signalés reparaîtront dans le sermon sur la Passion de N. 
S. Jhesucrist prêché en 1490, à Laval, par Olivier Maillard, lequel renvoie bien direc- 
tement et expressément a Gerson. 

Les coïncidences ou concordances de Gerson dans l'Expositio in passionem Domi- 
nicam : Ad deum vadit, du théologien allemand, Nicolas de Dinkelsbûhl (Concordaniia 
dominical- passionù 1 et des mystères allemands .«•ur la Passion ont été relevées depuis 
longtemps par Keppler, Histor. Iahrb. de Gôrresgesellsch, III. 2S9 et suiv. 

2. Gerson, éd. Ellies-Dupin, t. III. p. 1 1 54 " Audebas ne, [Juda], intueri ac salutare 
optimam tua m Bdissimam et benignissimam Magistram ! Erat ne tanta tibi audacia, 
ut ei valediceres, cum tibi eouipertuni esset quod spécial) proditione tua Filii sui 
amissura erat conspectum ! Eras profecto, Juda, potius commendandus diabolo, etc.». 

Passion de ,1. Michel (I!. \ . Yf. [3, cahier I.iii, loi. 1 r° : 

.MUAS NOSTRE-DAME 

Adieu, ma maistresse et ma dame Or adieu, Judas, mon amy, 
Sers ton maistre. etc. 



DE JEAN Mh'.HF.I. 297 

Jésus et qu'il reviendra lui en rendre compte 1 . — «Icy s'en retourne 
sainct .Jehan en Hierusalem » dit le texte de J. Michel qui se 
raccorde avec celui de Greban, mais toujours en observant les 
inclines différences du sermon de Gerson et de l'Histoire scholas- 
tique (Cap. CLVIIIet CLIX). L'interrogatoire de Jésus commencé 
chez le pontife Anne est repris chez Caïphe, les deux premières 
négations de Pierre sont placées dans la cour du pontife Anne et 
la troisième seulement dans la cour de Caïphe. D'autre part la 
vieille ' servante du pontife Anne qui a ouvert en maugréant la 
porte aux apôtres et provoqué le premier reniement de Pierre, 
cette vieille servante Hedroit sera chargée un peu plus tard de for- 
ger les trois clous de la croix à défaut du forgeron Mascheclou *. 
Jean Michel a tenu absolument à réintroduire l'ancienne légende 
populaire de la fevresse qui venait d'être consacrée par le pinceau 
du giand peintre de miniatures. Jean Fouequet. et il l'a ramenée, 
comme il a pu. avec une de ces identifications faciles de person- 
nages qui abondent dans sa pièce. 

(Test dans la quatrième journée ou dans le jugement de Pilate 
que Jean Michel a ajouté ses plus longues additions, lesquelles 
ont semblé aux anciens critiques tirées de la Vie de Jesu Crist de 
/ 485, et qui ont été en réalité empruntées directement à l'Evan- 
gile de Nicodème, d'après une indication de Gerson 5 . Ces addi- 
tions sont si nombreuses qu'elles recouvrent pour ainsi dire l'an- 
cien texte de Greban, mais toutes, ou peu s'en faut, viennent delà 
même source, du vieil évangile apocryphe. C'est d'abord le servi- 
teur ou le courrier de Pilate, Barraquin, qui fait à Jésus un tapis 



i et ■!. Dut des M., |> 369, .1. Michel, B. N. Vt ri. cahier E iiii loi. 2 \ à '> 

Cf. Gerson, t III. p. uns Joannes : » . . Vos vero diem expectabitis, quoniam nec 
securum est, nec decens lilù. bona Magistra h tuae societati, noctu per urbem ince- 
dere. 

Cf Maillard, éd Peignot, Paris, Crapelet, 1828, p 36. 

'5 Pourquoi vieille ? Encore une ancienne tradition populaire déjà consignée dans 
un sermon apocryphe de SI Augustin: De l'assione Domini sermo CL (Patr. Vligni 
t 'i<.(. ci>1 ao3j) : [Petrus] negat territus Christ um : Prostravit eum anicula decrepita, 
quasi grai is rebricula ». 

4. Dict des 1/.. [■ -x- ( J journée). 

'1. Gerson, 1. [II, |>. 1 i8a. Eranl .h ni. ici aliqui sicut Nicodemus e< ;ilii quos cura> eral 

Jésus ijiii desiderassenl Jesu liberationem neque consenseranl ii irtem ejus, sed 

major pars adeo inclamabal ut victoriam obtinerent. 



298 LA PASSION 

de son manteau, à la grande colère de Caïphe. Le grand pontife 
ne désarme ni devant le miracle des lances ou des étendards qui 
par deux fois s'inclinent devant l'Homme-Dieu, ni devant les plai- 
doyers passionnés de Lazare et de Nicodème, et il ne cesse d'exci- 
ter contre l'accusé ses faux témoins. Mais Pilate veut interroger 
les autres. Et Lazare, et l' Aveugle-né, et Simon le Lépreux, et 
Jayrus, et le démoniacle, et la femme courbe, et Yéronne, jadis 
guérie d'un flux de sang, tous ceux que Jésus a sauvés ou comblés 
de bienfaits, prennent tour à tour sa défense 1 . L'interrogatoire se 
prolonge indéfiniment, et les détails prouvent qu'il est fourni à 
peu près tout entier directement par l'Evangile de Nicodème que 
J. Michel s'est borné à mettre en vers, et où il a trouvé un peu plus 
loin le nom de la femme de Pilate, Progilla ou Procula. Il a encore 
développé les remords et le supplice de Judas, multiplié les appa- 
ritions des archanges Gabriel et Michel qui viennent réconforter 
la Vierge et le Christ 2 , ajouté quelques intermèdes burlesques de 
« tyrans », ramené sur le chemin du Calvaire tous les personnages 
de la pièce qui viennent saluer Une dernière fois leur maître bien 
aimé, transformé de son autorité privée la veuve de Xaïm en mar- 
chande de suaires : mais toutes ces additions n'ont guère d'impor- 
tance et toute la fin de cette quatrième journée est empruntée pres- 



i. Ce défilé a trompe L. Paris (Toiles peintes, 1. p. {5i) qui a cru qu'il était emprunté 
à la Vita Xpristi ou à la Passion selon Gamaliel, etc. Cette Passion inspirée par l'Evan- 
gile de Nicodème ne donne pas de nom à la femme de Pilate, Progilla on Procula. 

L'Evang-ile de Nicodème a été également consulté directement par les dramaturges 
allemands chez qui nous retrouvons les mêmes scènes (.Miracle des bannières, défilé 
des témoins, etc » Ce qui le prouve, c'est dans la Passion de Francfort (iïo'3) éd. Fro- 
ning, t II, p. \-6, la traduction littérale de cet évangile (cf. éd. Tischendorff, 1876, 
p. %ç) cap IV). 

Pu. mis. — Nu sage mir, was ist die wahrheit? 

Salvatoi! dioit. — Die wahrheit ist vom himinel gegeben, etc.. etc. 

Les Passions françaises n'ont encore rien a taire ici. 

2. Les apparitions de l'archange Gabriel a la Vierge pendant la Passion de son tils 
ont ete imaginées par les Contemplatifs, Jet sont extrêment communes dans la litté- 
rature religieuse du \i\ siècle. Révélations de Ste Brigide, Passion française de i3i»s, 
Gerson, 111. ci6i, etc.j etc.) — C'est encore un lieu commun des Passions françaises 
et allemandes qui ne prouve rien pour la parente des deux théâtres, pas plus que 
d'autres scènes communes: détails de la crucifixion (Origine, le dialogue apocryphe 
de St Anselme, Vita Christi, de Lupold le Chartreux, etc). l'apparition du diable 
guettant l'âme de Jésus (Histoire schol. et Glose ordinaire), l'éclipsé, le miracle de 
Longis, et même le jeu de dés Passion de Francfort, i{i|3>. 



DE JEAN MICHEL 299 

que textuellement à Greban. Si nous ne retrouvons plus l'éclipsé 
de soleil observée par Saint Denys, c'est une raison de plus pour 
croire que cette scène légendaire qui manque dans le meilleur 
manuscrit de Greban n'était en réalité pas de sa main, et qu'elle 
manquait également dans le manuscrit de J. Michel, lui somme 
son procède'- est des plus simples : il ajoute toujours et n'efface 
jamais. 

Telles sont les additions et corrections principales de « très clo- 
quent et scientifique docteur » J. Michel : inutile de compter au 
juste combien d'anges, de diables, de truands et de soudards il a 
ajoutés au personnel déjà si nombreux de son prédécesseur. 
Il vaudrait mieux, si l'on en avait le loisir, noter les indications 
si curieuses de la mise en scène, les essais de couleur locale et les 
allusions hébraïques ' pour la plupart empruntées aux Postilles de 
N. de Lire, et, inversement, les anachronisines voulus, le tableau 
pittoresque et incessamment renouvelé de toutes les conditions. 
Les exemples abondent. Telle scène de pêche insignifiante dans le 
modèle 4 , est allongée du double ou du triple et hérissée de termes 
techniques : 

SAINT PIERRE 

Or sus, sus, André, hardiment, 
Besongnons, jectons a senestre 
Car a ce que je puis cognoistre 



i. Bornons-nous à deux traits. Pour la Cène de Jésus (Dict. des M., p. 761) «SI Pierre 
et St Jehan dressent la table et la touaille et des fouasses dessus, avecques des lai- 
tues vertes en «les plats turquins, et abillent L'Aigneau Pascal. » — Comparer la 
description <!<• ces » 1 » 1 ;> t ~. turquins » dans 1rs Postilles, in Marc XI et in Joann. . \l\ . 
20: in catino, p. 63o : Vas esl fictile ad refrigerandum vinum et in ill<> eral ju^ lactu- 
carum agrestium cum q arnes agni debebant coraedi ut dicitur Exodi, ta ». 

La didascalie ou La description <ln prétoire « parquet tout dos en carré » n'en Bnil 
l>;is, et Pilate Lui-même décrit une seconde lois son siège en s'j asseyant : 
( >r suis-je assis en majesté 
An siège dit l.\ cnsi ratos, 
< ralbata ilii en d'aull res mots. 

Cf. N. de Lire in Joann., \I\. i'i. « In loco qui dicitur Lithostratos, Uebraice aulera 
gabatha », p. 1393 — i. lapidum stratura <-i dicitur a lithos quod esl lapis el stratos 
quod esl pavimentura Bive stratura el esl m mien graecum ; Hebraice autem Gabatha... 
llle locus erat ante domum Pilati . Ante enira domos magna torum solet esse locus 
de lapidibus praeparatus ». 

a. Greba n. ]> 1 i 3 



30(3 LA PASSION 

Le poisson s'approche du bort, 

Et a stribort et a babort * ! 



Quelle science, quel vocabulaire pillé à la hâte dans un Glos- 
saire naval du xv e siècle ! mais c'est l'auditoire qui doit être con- 
tent, les bons « terriens » d'Anjou qui n'ont jamais vu la mer, et 
aussi le « rhétoricien » qui, dans le Jardin de plaisance, fait si 
bien la leçon aux compositeurs d' « histoires » ou de mystères : 

Se mariniers viennent en jeu 
Propre est a leur faire nommer 
Maint pays d'eaue, aussi maint lieu, 
Les ostanculet[s] renommer. 

Même procédé dans la scène de la folle ou de la Chananée que 
sa femme de chambre, sa garde, bat comme plâtre pendant l'accès 
(percutit). Ici le médecin J. Michel n'a eu qu'à se souvenir de sa 
pratique ou du traitement qu'il appliquait aux fous de sa clientèle, 
et l'on pourrait multiplier ces exemples. Il serait injuste d'ailleurs 
de trop insister sur ces détails matériels, et, ce qu'il y a de plus 
intéressant au point de vue littéraire, toutes les retouches de la 
composition et du style ne peuvent naturellement être indiquées 
avec cette minutie. Tel déplacement ou telle modification met 
mieux en relief une situation, un personnage; telle autre rend une 
réplique plus nette, un dialogue plus expressif. Nulle part ce tra- 
vail délicat n'apparaît mieux que dans l'entretien suprême du 
Christ et de sa mère qui reçoit ici sa forme définitive. Ce morceau 
suffirait pour prouver que J. Michel est un habile écrivain, quand 
il veut s'en donner la peine. Somme toute, pourtant, c'est avant 
tout un habile metteur en scène. La foi du peuple est toujours 
vivace, toujours profonde, et la seule histoire vraiment intéres- 
sante pour tous, c'est l'histoire du Christ. Mais le vieux drame 
tant de fois joué ne réunirait plus un tel public sans de nouvelles 
attractions. Ces attractions et « additions », J. Michel s'est chargé 
de les lui donner. Entre ses mains, le mystère de la Passion est 
devenu ce qu'il restera, un grand spectacle forain où la curiosité 
trouve son compte autant et plus que la piété. 

i. Dict. des M., p. 720. — J. Michel. B. >', Yf 13, cahier dii, v. 



DE JEAN MICHEL 301 

Complication du décor et complication des légendes, telle est 
l'impression que nous ;i laissée la dernière grande Passion du 
c|iii ii>^i«"'iii<* siècle. Si singulières que nous paraissent les amplifica- 
tions, les broderies de J. Michel, elles ne tranchenl pas. au con- 
traire, avec l'esprit contemporain, avec l'érudition des prédicateurs 
qui devient, elle aussi, de plus en plus toullïïe. Tout de même au 
théâtre où les commentaires théologiques se sont ajoutés les uns 
aux autres, où Bède a été complété par Nicolas de Lire renforcé 
lui-même par Gerson. sans compter tous les légendaires. Ce sont 
là les sources, de plus en plus abondantes et plus mêlées, des 
Passions dramatiques. L'érudition de Jean Michel en particulier 
a été examinée d'assez près pourrendre d'autres recherches super- 
flues. Si Ton ne voit pas ce qu'il aurait pu tirer de la Passion 
perdue, jouée à Angers en i44^, à fortiori ne doit-il rien à des 
prédécesseurs encore plus lointains et plus problématiques. Il se 
rattache directement à Greban, comme celui-ci se rattachait lui- 
même au poète d'Arras. 

Les trois grands dramaturges du xv e siècle ainsi reliés entre eux 
vont inspirer à leur tour la plupart des pièces qui suivront, et la 
part de Greban restera la plus forte, on le sait d'avance, dans ces 
imitations partielles ou totales, libres ou serviles. Mais aussi et 
jusqu'au bout, il est bon de le noter, le poète d'Arras conservera 
ses fidèles au moins dans la région du Nord. C'est ce qui reste à 
démontrer dans une récapitulation rapide. 

El d'abord les imitations de Greban et, en particulier, celles du 
célèbre Procès de Justice et de Miséricorde, Vérité, Paix et 
Sapience, qui ouvre sa pièce. Non seulement la vieille allégorie 
inspira jusqu'au dix-septième siècle des pièces françaises particu- 
lières, mais elle fut introduite dans le Mislrrr du Y ici Testament* 
où Justice et Miséricorde sont sans cesse aux prises, à chaque faute 

nouvelle que commettent les hommes. Dans les éditions impri- 
mées du 1 ici Testament, le débat est réduit invariablement aux deux 
premiers personnages, mais il est probable que l'on a représenté 



i Voir l.i pièce bien connue, /.<■ procès '/"<' n fait Miséricorde contre Justice, citée el 
analysée par P. de Jullevillc ; Les Mystères, II, p. i aa Pour les autres imitations, 
le Mistère du Viel Testament, I I, p. txij, et >ui\ .— Le Proc - est encore imité 
dans la tragi-comédie de l'Amour divin par Jean Gaulché de Troyes. 



302 



LA PASSION 



des pièces où l'imitation de Greban était plus complète. La perte 
complète de ces pièces donne quelque valeur aux fragments infor- 
mes d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale qui nous a con- 
servé par hasard un de ces procès 1 . Si l'on examine ces pages déta- 



i. B. N. 11. a. fr. <)34, fragments retires d'anciennes reliures.— Le Fragment fol. 33, 
commence par la lin d'une tirade de Justice dont le nom est facile à suppléer. Suit 
une tirade de Patx, plaignant le sort futur de Jérusalem. (Le texte est fort abîmé, on 
n"a reproduit que les débris de vers suffisants pour indiquer le sens général). Enfin 

de nouvelles répliques de Justice (le début manque), de Vérité (complète), et de Misé- 
ricorde (coupée par la fin du feuillet).— L'écriture paraît de la 2* moitié du xv siècle, 

comme celle des fragments qui suivent et qui sont tirés du Chevalier délibéré d'O. 
de la Marche. 

[JUSTICE] PAIX 

O Jherusalem, cité saincte, 

Bouster hors de son héritage Cilè d'onneur especiale, 

A tousjours en payne et ahan ? Hostel de paix, ebambre reial 

Vous promistes a Abraham Réceptacle de prophecie 

Que toutes gens de sa servance Maison de. ! 

Aroyent des biens et finance Le chois du 

Et bénédiction ne ... . , . . Te veult-on ad ce . . . . 

Helas ! et vecy dure entrée Que tu demeures .... 

Quant Justice a leur destourbier Et comme maison .... 

Leur procure tel enconbrier ! 

Quant la loy premier leur donnastes, O cité de Dieu visitée 

Moult long temps vous les governastes Qui as fait de 

Sans roy qui sur eulx eust maistrise. De haultes bénédictions 

Pour demonstrer les grans franchises Plus que cité qui .... 

Ou les vouliez pous[sjer et mectre; Jadis David de toy [chanta?] 

Or les veult Justice soubzmectre Lauda Iherusalem Dominum 

A tous leurs plus fors adversaires Lauda Deum tuuiii. 

A jamais serfs et tributaires. 

Quelz crudelitez non pareilles ! 

O pasteur, se sont vos cailles: 

Les habandonrés vous aux champ[s] L« - ■ J 

En la main des loups ravissans? 

C'est vostre gendre bien amé, En leur maulvaistié bastissent. 

Vostre cher peuple renommé. Pour quoy, hault juge tout puissant, 

Vostre vigne, vostre facture, .... sen tin dure, 

A qui la divine Escripture Je demende vengence dure: 

A tribué tant de beaux noms Sans remission et sans grâce 

Et de haulx biens en ses sermons : Je vueil que vengence s'en face, 

Souffrerés vous esclandre tel Car les faulx chiens au droit venir 

En vostre maison d'Israël, Sont indignes de l'obtenir, 

Ou vous avez passé maynt jour, Et selon les drois costumiers, 

Monstre si grand signe d'amour, Je requiers mes trois poins premiers, 

Par dileclion bien emprainetc ? Comme ma requeste le perte. 



I)E JEAN MICHEL 



303 



chées, en grande partit- effacées, ou coupées par Le couteau «lu 
relieur, il semblera l>i<'ii difficile de les attribuer à un mystère 
perdu de la Passion : au contraire elle s'expliqueront facilement si 
l'on place le débat dans un mystère perdu du Viel T-estament, 
avant la destruction de Jérusalem et la captivité de Babylone (??). 

Suivant une hypothèse extrêmement vraisemblable déjà citée 1 , 
Greban aurait lui-même collaboré au Viel Testament et composé 
la Creacion ou la première pièce qui ouvre celle compilai ion. 
La Creacion abrégée qu'il plaça plue tard en tête de sa Passion 
ne devait pas être représentée sur le théâtre : elle n'était dans sa 
pensée qu'un prologue ou une explication théologique de la 
Rédemption à l'adresse des lecteurs. Il est curieux de noter que 
sur ce point la province résista à l'exemple imposé par Greban 
aux Parisiens. L'idée de donner comme prologue au drame de la 
rédemption celui de la chute était si ancienne, si fortement enraci- 
née que la plupart des Passions provinciales continuèrent de 
s'ouvrir par une Création, mais le plus souvent cette Création fut 
empruntée telle quelle au Viel Testament, c'est-à-dire à Greban. 

La Nativité qui suit fut elle-même souvent jouée, et il nous 
semble bien qu'elle est encore visiblement imitée dans la jolie 
petite pièce -, sur le même sujet, réimprimée de nos jours dans la 
collection Silvéstre (n° 7). 



VERITE 

Miséricorde s'est fuit forte 
Que 1rs impugner el espondre 
Sera merveille de respondre : 
Mais je la voj toute confuse : 
Je croy aussi qu'elle s'abuse. 
et salvacion . 

MISERICORDE 
Si esse bien mon intencion 
Que ces trois poins soienl espons. 
Et quanl au premier je respons 
Que trop forl les voulez pugnir 
Que requérez de 1rs bannir 
1. La Passion de Greban éd. ('• Paris 
1. I. |>. XIV. Cette création est en pai 
d' Vdam Cf Revue critique, 1866, p. 233. 
•2. Nativité de Nostre Seigneur lesus t 
l. I, p. \i.i\. imprimée vers 1" — Il a 



De leur terre et leur nacion, 

La terre de promission, 

Qui es1 le droict milieu du monde, 

El esl terre doulce et féconde 

lui qui tous biens humains son! mis, 

Qu'ordonna Dieu pour ses amis : 

A Abraham sou hou servant 

La promis! il long temps devant 

Pour luy el toute sa lignée, 

\ \ .mi qu'il j ssisl île Caldée, 

Tant ost a luy grant amvlie ! 

< t 1 resbon juge, quel pitié 

Seroil <le si noble ligna ig< 

el 1; Raynaud, p. \w : M. <lu V. Testament, 
lie tirée „du récit fabuleux de la Pénitence 

'hrisl par personnages avci la digne accu 
utiii «le comparer les chant s des bergi 



304 LA PASSION 

Vers la fin du xv siècle un auteur inconnu eut encore l"idée 
d'amplifier celle Nativité de Greban en insérant, avant le mariage 
de la Vierge, celui de ses parents. Joachim et Anne. Ainsi dans 
les vieilles chansons de geste, et même dans certains romans très 
modernes on remonte des fds aux pères ou inversement, La pre- 
mière partie de la nouvelle pièce, imprimée sous le titre de Mys- 
tère de la Conception*..., est empruntée tout entière aux ouvrages 
que nous avons déjà si souvent rencontrés, aux Meditationes 
Vitae Ghristi (chap. I) 2 , à l'abrégé d'Hégésippe et à l'Histoire 
scholastique 3 , et surtout à l'Evangile apocryphe de la Nativité de 
Marie et de l'Enfance du Sauveur 4 ; la seconde est la reproduction 
du texte de Greban additionné de bergeries très libres. Cette Con- 
ception n'est donc qu'un développement de la première Journée 
de Greban, de même que la Passion de J. Michel est un dévelop- 
pement des deux suivantes, et la Résurrection inédite d'Eloi du 
Mont : ' une imitation libre de la quatrième. 

Si cette quatrième Journée ou la Résurrection de Greban fut la 
seule imprimée au xvi e siècle, l'œuvre entière, depuis longtemps 
divulguée, était utilisée couramment dans les régions les plus di- 
verses. Dès i^vi. un bourgeois d'Abbeville, Guillaume deBonneuil 
avait acheté à Greban lui-même, pour dix écus d'or, un texte au- 
thentique qui lui fut racheté par la ville et servit, suivant toute 
apparence, aux représentations locales depuis i455 fi . Un manus- 
crit analogue, conservé encore aujourd'hui dans la bibliothèque 
municipale du Mans \ la patrie des Greban, y rendit les mêmes 

Greban, p. 60. NATIVITÉ 

Bergier qui ha pennetiere Pasteur qui a six tournoys, 

Bien cloant, ferme et entière Sa gaule a abatre noN. 

C'est ung petit roy ; etc. Et ses gros sabotz de boys 

C'est ung- capitaine, etc. 

1. Voir l'analyse détaillée du Dict. des Mystères, p. G64. 

2. Imite dans la Supplicacion pour la rédemption humaine, p. 664. fil». 

3 Ces livres ont fourni tous les détails sur Herode Ascalonite, p. 665 3 1Î71, 636. 

4- L'histoire d'Anne et de Joachin, de Marie, etc. vient de cet Evangile apocryphe du 
pseudo-Mathieu qui a déjà élé imite dans la Passion de Semur et le sera encore dans 
la Nativité de Rouen f 1 4 r ï ■ 

.'). Emprunt signalé par I'. de Julleville, les Mystères, t. II, p. 4"!), 6<w. 

ii. Item. Les Mystères, II. p. aô. 

-. Ms. n° 6. — Ce manuscrit oublie du w s., qui provient de l'abbaye bénédictine de 
Saint-Vincent, ne comprend que la i" journée de Greban, mais avec de nombreuses 



11E JEAN MICHEL 305 

services. La ville de Troyes possède également encore le manus- 
crit qui lui servit pour les représentations de la Passion en i/j;)" 
et 1497 '■ G'esl L'œuvre de Greban quelque peu modifiée et rajeu- 
nie, augmentée en tête de la Création et des premières histoires 
du 17c/ Testament et munie plus tard d'un rôle de fou, d'ailleurs 
insignifiant. Une partie au moins de ces remaniements a été attri- 
buée avec vraisemblance à un fécond compilateur Iroyen. qui avait 
pour spécialité de rajeunir les vieilles éditions, Pierre Desrey. 
lui i4'.)7- il joua le rôle du Père éternel, et sa devise authentique 
« Tout par honneur » se lit encore à la fin du troisième volume 
manuscrit i de la Passion troyenne. 

L'œuvre de Greban était encore jouée en province qu'elle était 
déjà supplantée à Paris par la Passion de J. Michel, jouée à An- 
gers « moult triumphamment et sumptueusement en l'an mil 
quatre cens quatre vingtz et six, en la fin daouSt ». et attirée dans 
la capitale par son succès même. En réunissant le mystère de la 
Conception, la Passion de J. Michel et la Résurrection de Gre- 
ban, les Confrères Parisiens fabriquèrent une volumineuse compi- 
lation qui fut imprimée dès l'an i5o", et qui servit à leurs repré- 
sentations jusqu'à l'interdiction du Parlement, le i5 novembre 
i548. L'histoire de cette compilation, des manuscrits et éditions 
séparées de J. Michel a été faite si souvent qu'il ne reste plus 
guère à y glaner 1 . Comme celle de Greban, la Passion de J. Mi- 
chel fit son tour de France et fut jouée dans les villes du Nord, à 



indications scéniques. Il a été signalé et décrit par .M. II. Chardon, Ree. hist. et 
archéol. du Maine, V. iS;'i. p. \:>\. 

1 Greban, éd. ('.. Paris, etc., p. xxv, x.wi. — Peut-être déjà pour celle de i;s> 
(ei Romania, 1890, p. 261). 

2. Cette remarque est de M. II. Monceaux, Les Le Rouge de Chablis, is«,:». p. 241 
(II. île la s. des. .sv. hist. de l'Yonne). 

'5. M. !.. Delisle a pourtant publié (.1/. de lu s. de VHist. de Paris, 1. XXIII (i8g6), 
p. • I7, de curieux extraits du livre de raison d'un bourgeois parisien, Jacques Legros, 
dont h- lils avait joué trois rôles dans les représentations <\>- la Passion par les 
Confrères en i5 lg 

In manuscrit de .1 Michel, vendu a la salle Sj Ivestrc vers i^>" (la date précise m'é. 
chappe) et intitulé « Comédie de la Passion ".a du passer jadis sous les yeux des frères 
Parfait et leur inspirer une partie de leur-- réflexions sur celle expression « Comédie 
de 1.1 i'a, -i, m „ q U j subsistait encore île leur temps. 

2d 



306 LA PASSION 

Bourges 1 , à Grenoble 2 , à Saint-Jean-cle-Maurienne ', en Breta- 
gne, dans les régions les plus diverses, avec plus ou moins de mo- 
difications. 

La plus curieuse de ces « refaçons » est certainement le 
Grand mystère de Jésus ou la Passion bretonne qui, bien 
qu'imprimée en i53o\fut longtemps attribuée au xiv e siècle, « aux 
environs de l'an i365 » pour le moins, jusqu'au jour où M. P. Meyer 
démontra que la petite pièce bretonne, fort courte malgré son 
titre, n'était qu'une traduction abrégée de la grande pièce de J. 
Michel 5 . Ainsi déchue de son antique origine, la Passion bre. 
tonne n'en conserve pas moins de curieuses particularités. Rappe- 
lons-nous la légende manuscrite de Lazare que, pour diverses rai- 
sons, le docteur J. Michel avait abandonnée au milieu de son récit. 
S'il en avait continué la lecture, il n'aurait pas manqué d'y trouver 
une nouvelle version du banquet de Simon le Lépreux, et des pei- 
nes d'enfer, celle même qui est restée populaire jusqu'à nos jours, 
mais dont les origines et la date étaient restées insuffisamment 
éclaircies 6 . Simon doute que le Lazare, assis à sa table, soit réelle_ 
ment [ressuscité de l'autre monde. Sur l'ordre de Jésus, Lazare se 
lève et énumère aux convives tous les tourments des damnés aux- 
quels il vient d'assister 7 . L'idée n'est pas neuve, on le sait, les tour- 
ments ou les supplices ne le sont guère non plus. Ce qui est nouveau, 
c'est le nombre même de ces supplices (sept), exactement appropriés 



i. Bibl. de Bourges. — Ms. n° 328: Table et sommaire de la représentation de la 
Passation (sic) faicte à la fosse des arènes par les bourgeois de Bourges en l'an i53o, 
(16e siècle, parchemin, 5o t., archiv. de Bourges ancien n° 346).— Ce Ms. que je n'ai pu 
vérifier serait aussi curieux, à ce que l'on m'assure, que la relation si souvent com- 
mentée de la représentation des Actes des Apôtres à Bourges, en i536. 

2-3. Romania, 1890, p. 261, n° 5. 

4. Antérieurement, la Passion avait été représentée à Bennes, en i43o (cf. P. de Julie- 
ville, t. 11. p. in, et encore en 1 456 et 1492. — De même à Nantes, en 1460, 1462, i4;o, 
1492 (Voir les Archives communales de la V. de Xantes par M. S. de la Nicollière- 
Teyero). Les textes employés dans ces représentations étaient vraisemblablement 
français. 

J'ai déjà cité une confrérie de la Passion fondée à Xantes bien antérieurement, 
en 1 3;i, mais elle ne paraît dans aucun de ces spectacles. 

5. Revue critique, 1866, p. 219. 

6. Cf. G. Paris. Journal des Savants, 1S8S, p. 5i6, note 4- 
;. Légende de Lazare, B. Nat. fr. 923, fol. 116 r" et suiv. 



BRETONNE 307 

aux Sept Péchés Capitaux. La légende de Lazare paraît être le plus 
ancien texte qui nous ait conservé cette description. De là elle passe 
dans divers manuscrits 1 , puis dans un poème bien oublié, le Ba- 
ratre Infernal (1480) de Regnauld le Queux 2 , ensuite dans le 
Traité des peines d 'enfer et de purgatoire *, imprimé pour An- 
toine Verard en 1492, et plus tard seulement dans les diverses édi- 
tions du fameux Calendrier des Bergers qui la consacrent et la 
popularisent à l'aide de gravures aussi naïves qu'effrayantes. Cette 
nouvelle description inaugurée par la légende de Lazare, le doc- 
teur J. Michel n'avait pas jugé à propos de l'utiliser. Il ménageait 
sa peine et il s'était borné à copier textuellement l'Enfer à quatre 
étages des Scolastiques. tel que le théologien Greban l'avait repré- 
senté en vers excellents : 



Au plus bas est le hideux gouffre 
Tout de désespérance teint, 
Ou sans fin art l'éternel souffre 
De feu qui jamès n'est estaint '. 

Mais le poêle breton ne fut pas de cet avis, et à la description 
de Greban copiée par J. Michel, il substitua " le récit plus moderne 
popularisé par le Calendrier des Bergers. 

Du docteur J. Michel et du poète breton, il nous faut revenir 
maintenant au porte d'Arras que nous avons essayé d'identifier 
avec Eustache Mercadé. Le texte de la Passion et de la Ycn- 

1. B. Nat. n. a. fr. io.o32 (fin du xv' s.i fol. i<> « (Premièrement, disl le Lazare, j'ay 
vni des rocs <'n énfér 1res haultes en une montaigne, etc (Supplice des orgueilleux). 
— Ici. ibidem, IV. 20,103 ' x Vl s.), fol. 11 à 18, miniatures. 

2. Musée de Chantilly. n'ÔoSet B. Nat. fr. \->». fol. cxxi v el suiv. « La révélation 
du Ladre ». - Cette méchante compilation moitié en vers, moitié en prose, d'un poète 
ami de Meschinol cite, fol, ag v*, « Dante le tusque » ce qui est très rare à cette date. 

3. Texte signalé el reproduil par H. Monceaux, Les Le Rouge de Chablis (B. de la 
S. <le^ Se. hist . de i'Yonne, 1895, p. i5o el suiv.), 

J. Greban, p. ao4, v. 15,83? el p. 220, n 28 de ce livre. — Cf. la Passion de J. Michel, 
M. N., réserve Yr. r>. cahier n.iii, recto. 

5. Le grand Mystère de Jésus, éd. de la Villemarqué (i865), |>. 10. — Il est probable 
qne le même Calendrier des Bergers a inspiré la moralité perdue ■ Les Paynes 
d'Enfer*, jouée à Andouiller dans le Maine, en i53o, suivant la chronique versifiée 
iln notaire Le Doyen. 



308 LA PASSION 

geance conservé dans la Bibliothèque d'Arras et qui provient de 
l'ancienne abbaye de Saint- Vaast a dû vraisemblablement servir 
dans des représentations locales, mais on n'en a pas encore 
signalé 1 . Peut-être serons-nous plus heureux dans d'autres villes 
du Nord. 

Rappelons-nous l'importante mention déjà signalée précédem- 
ment dans les Registres de l'échevinage d'Amiens au mois de 
mai 1/401. 

« CC 19 fol. 58 (Ip. fol. 38) : « As compaignons qui a voient joué 
le jeu de Dieu )>. 

Les compaignons qui avoient joué « le jeu de Dieu » ou la Pas- 
sion étaient probablement les Confrères du Saint-Sacrement, les 
mêmes qui organisèrent les représentations depuis longtemps 
connues 2 de la Passion et Résurrection en i4i3 et 1427 et la plu- 
part des suivantes. Quel était le texte suivi dans ces jeux, nous 
l'ignorons. Une mention nouvelle nous apprend seulement que les 
jeux de 1427 étaient précédés d'une Création' et vraisemblable- 
ment d'un Déluge comme l'étaient encore les jeux de i5oo 4 , et, sui- 
vant toute vraisemblance, tous les jeux intermédiaires. 

En l'an 1429, nous trouvons dans les mêmes comptes municipaux 
une mention nouvelle à ajouter à la biographie d'Kustache Mer- 
cadé. 

On savait déjà 5 qu'en 1427, E. Mercadé, alors officiai de Corbye, 

1. Ce l'ait tient sans doute à ce que les comptes municipaux d'Arras ne sont pas 
encore publiés in extenso : on ne possède qu'une médiocre histoire du théâtre à 
Arras, par A. de Carde vacque. 

2. Par les notices de Dusevel. reproduites par P. de Jullcville, les Mystères, t. II, 
p. 9 et suiv. : mais toutes ces notices sont à compléter depuis la publication intégrale 
en une dizaine de gros volumes in-4° des comptes de la V. d Amiens qui, non seule- 
ment ajoutent trois ou quatre textes nouveaux en moyenne pour les représentations 
connues de la Passion, mais en signalent d'autres de cette même Passion en 1401, i458, 
146), 1469, 1498, i5o6, j.Yïi. i54o, i.">49, iT)5o. 

3. CC. ai, fol. (>(> v "(]>• 1 10, col. 2). « Pour paier le pain, vin, char et autres vivres 
despencés par pluiséurs dudit esclicvinagc, conseilliers et officiers de la dicte ville, 
les lundi et mardi lestes de Pcntecouste deerrain passés (142;)) qui furent veir es 
fourbourgs d'icelle ville les misteres de la Création du Monde, la Nativité et l'assion 
de Jhesucrist. » 

4. BB. 19, fol.6 (]).jS;,col. 1). Echcvinage du 3 sept. « Pour achever de payer les frais 
du jeu de Dieu, délibéré qu'on vendra les matères de bos et autres estaux du paradis, 
infer. le déluge et des hours du Roy et de la ville ». — Ibid. BB. 19, fol. Ci v» et 63 v°. 

5. Signalé par L. Delisle, B. de l'Ecole des Cfiartes, iS(io, p 4 2 °. 






DE VAI.ENCIENNES 309 

fut dénoncé aux Anglais comme criminel de lèse-majesté, empri- 
sonné au beffroi d'Amiens par ordre du bailli, et dépouillé de su 
charge, qu'il unit par récupérer après un long procès. Le texte sui- 
vant prouve que les Amiénois ne lui tenaient nullement rigueur. 

CG a3, fol. 74-ia5, col. '2 (juillet) : « A dampt Witasse Marcadé, 
religieux de Gorbye, quivenoit de court de Rome, et qui avoit esté 
traveillié au dit lieu de Rome, pour proches que le ville d'Amiens 
a contre Messieurs de chapitre. » 

Si les services d'Eustache Mercadé étaient ainsi appréciés dans 
la ville d'Amiens, n'esl-il pas à croire que ses œuvres y jouissaient 
de la même laveur et n'est-il pas permis de supposer que le texte 
de la Passion d'Arras. plus ou moins augmenté et remanié, a pu 
servir pour les représentations d'Amiens qui se sont succédé beau- 
coup plus nombreuses qu'on ne pouvait le supposer d'après les 
anciennes notices de Dusevel ? Ce qu'il y a de certain, c'est que 
c'est bien la Vengeance de Mercadé qui fut jouée à Amiens en 
i446. Pour s'en assurer, il suffît de comparer les personnages de la 
pièce qui figurent dans les comptes d'Amiens ' à ceux du texte de 
Mercadé. La même pièce y fut encore reprise en i5oi \ soit d'a- 
près l'ancien texte manuscrit, soit d'après le texte imprimé en 
1 '(<|i par Antoine Yérard : mais cet imprimé lui-même, le fait est 
aujourd'hui démontré ', n'est qu'une simple amplification de 



1 . BB. <i fol . 5 ( roi <■<>! n. Echevinage du 2 juin 14+'* : 

Quant au fait < l<-s jeux de la Vengance qui doivenl estre faix es festes de Pente- 
coustes prochain venans, ung hourt sera fait des deniers de la villr, comme L'année 

passée queonjua la Passion Nostre Seigneur Pour le Vengance.... Sur ce que 

Thite, Néron, Othe, Vaspasien, pareillement Caypbas, Zorobabel,. .. generalment tous 
les aliez et... (lacune du texte) a intention de juer avoient présenté en l'eschevinage 
une supplicacion contenant que on leur voulsist donner des deniers de la ville 
aucune chose pour supporter les Irais qu'ilz aroient au dit jeu » délibère qu'on s'en- 
tendra avec l'évêque et le chapitre.... Il leur est alloué cent livres. 

■j. BB. n.i fol. 23(2&S, col. n. Keliev. du 12 janvier [5oi. « Pour jouer la Vengeance de 
X. s. ,1 C. qui, des longtemps ne fut jouée en ceste ville d'Amiens, crédit pour ce 
de aoo 1. » Les kayers des î journées du mistère copiés par Jehan le Tonnelier, prestre, 
moyennant xx escus furent ensuite mis en garde en la trésorerie de l'Hôtel de ville 
(BB. 19 toi. 3a, I. 288). 

'{. Par M. J. M. Richard, éditeur de la Passion d'Arras, p. xxr, xxir, qui énumère 
el complète les représentations connues de '" Vengeance. 11 est donc probable que 
c'est l'œuvre de Mercadé qui a seivi. plus ou moins modifiée, dans toutes ces repré- 
sentations. Il m- reste guère à pari que la Vengeance jouée a Nevers en i3g6. Vous j 
re\ tendrons à propos de la Vie de Jesu Crisi de 1 [85. 



310 LA PASSION 

l'œuvre de Mercadë, et reste toujours en quelque sorte sa pro- 
priété. 

Si l'on a proposé, sous toutes réserves, quelques conjectures 
sur les Passions d'Amiens, c'est en raison non seulement des faits 
précités, mais d'autres analogues. Le texte de la Passion d'Arras 
a été certainement mis à contribution, comme on va le démontrer, 
dans les deux Passions inédites très différentes, toutes deux dites 
de Valenciennes, dont l'une est conservée à la Bibliothèque de la 
ville de Valenciennes et l'autre à Paris, à la Bibliothèque Natio- 
nale. 

La première de ces Passions a été décrite dès 1816 dans une 
analyse extrêmement détaillée, qui est un modèle 1 . Elle comprend 
en vingt journées toute l'histoire sainte depuis la création du 
monde jusqu'à l'Assomption de la Vierge. Ce n'est au fond qu'un 
remaniement du mystère de la Conception combiné avec la Pas- 
sion d'Arras et celle de Jean Michel, et renforcé de diverses addi- 
tions dont un petit nombre est vraiment original. Ainsi la première 
journée qui va de la Création au Déluge est visiblement imitée des 
premières histoires du Viel Testament \ La deuxième journée, 
inspirée, comme la troisième, du mystère de la Conception, a été 
munie en outre d'une petite farce 2 qui d'ailleurs ne manque pas 
d'esprit. Dans les journée suivantes, à coté des emprunts directs à 
la Légende dorée, et à d'autres textes sur les Sybilles 3 , la Passion 
d'Arras fournit entre autres les scènes de la Circoncision et du 
massacre des Innocents ordonné par Hérode sur le rapport de 
Galoppin (5 e journée) *. 

Si la longue série des journées qui suivent (6 à i5), ou des 
tableaux de la Passion proprement dits est empruntée en grande 
partie à la Passion de J. Michel \ l'ancienne Passion d'Arras 
n'est pourtant pas oubliée et elle a fourni en particulier (dans la 



1. Hécart, Recherches sur le théâtre de Valenciennes, jsi6, p. i65. — Le résumé de 
cette analyse de Hécart est beaucoup trop écourté dans Les Mystères de P. de Julie- 
ville, t. II, p. 4'2i, de telle sorte que les emprunts faits a la Passion d'Arras ont passé 
complètement inaperçus. 

2. Cf. Misteredu Viel Testament, t. I, p. lxxvnj 

3. Ibid., t. VI, p. lxix. 

4- Cf. Passion d'Arras, v Journée, p. 53. 

5. Avec des développements ou plutôt des allongements. 



DE VALENCIENNES 311 

9 e journée) la scène des voleurs de pigeons précédemment décrite '. 
La seizième journée ou la Résurrection est encore tirée presque 
totalement de la Passion d'Arras, en particulier l'interminable 
discussion des docteurs juifs avec Joseph d"Ariiuatliie que le pon- 
tife Caïphe exhorte « a ne pas entrer en hérésie » \ Le reste (ou la 
fin) n'est guère plus original et provient encore d'emprunts à des 
textes connus, qui n'apppartiennent plus à notre sujet. 

Ladite « Passion de Jesu-Crist en rime franchoise » de la Biblio- 
thèque de Valenciennes (n° \^), ancien 4 21 ) appartenait vers le 
milieu du xvi e siècle à « Baudin de Vermelle, marchand demeurant 
en la Ricque, rue au Laingnies, en la ville de Douay », lecpiel 
Bauduin le transmit à l'abbaye de Saint-Amand, dont les livres 
ne furent versés dans la Bibliothèque de Valenciennes qu'à la Ré- 
volution. Si donc il a été utilisé quelque part, c'est tout d'abord 
à Douai, et s'il a jamais servi ailleurs, c'est à titre de prêt. Il n'est 
nullement certain qu'il ait jamais passé sous les yeux des trois 
« originateurs » de Valenciennes, lesquels se chargèrent en i.Vj; de 
compiler une nouvelle pièce, en a5 journées, très différente de la 
précédente, et actuellement conservée au Cabinet des manuscrits 3 
de la Bibliothèque Nationale (fr. 12.536). La pièce, qui com- 
mence avec l'histoire de Joachim et Anne pour finir à la Descente 
du Saint-Esprit sur les Apôtres, est faite d'après les mêmes pro- 
cédés que la précédente. Les deux premières journées sont tirées 
du Mystère de la Conception, les suivantes, ou la Nativité de 
Jésus, de la Passion d'Arras, le corps de la pièce, depuis la 
sixième journée, est pris dans la Passion de ,1. Michel. Les em- 
prunts à la Passion d'Arras en particulier se succéder.! pendant 
des pages, ou «les cahiers entiers, et la copie est si fidèle qu'elle 
aurait pu être reconnue depuis longtemps, même avant la publi- 
cation intégrale du manuscrit d'Arras '. Ces divers emprunts sont 



i. I'. -r\ île ce livre. 

■_> Cf. Passion il Axras, fil. .1 M. Richard, p. aa5, v. m.ï::- 

'5 Sur ce Ms. de la 15. Nat., et un autre Ms. analogue d'une Bibliothèque particu- 
lière, voir P. de Julie ville, t. II, p. .[•■■. et Romania, 1890, p. a63, note i 

\ \\<-i- l'analyse détaillée, munie d'extraits, publiée par Vallel <!<■ Viriville dès 
is;:>. B. de VE. des Chartes, i843, t. V, p. 3j. — Les compilateurs du Ms. [3,536 se sonl 
bornés a appeler l'Empereur Octovien el a ajouter la légende classique de la Sibylle; 
toutes les scènes suivantes, tous les noms, Bondésir, les bergers Robechon, • 



312 LA PASSION 

d'ailleurs entremêlés, capricieusement répartis, et les « origina- 
teurs » n'ont pas toujours été heureux dans leur choix. C'est 
ainsi, pour n'en donner qu'un exemple, qu'ils ont dédaigné la 
jolie scène des voleurs de pigeons du poète d'Arras, et reproduit 1 
une scène analogue, très inférieure, où J. Michel a représenté 
l'arrestation des trois larrons Dismas, Gestas et Barraban par 
les « tyrans » d'Anne et de Caiphe. Il est donc probable que si 
l'on retrouvait d'autres manuscrits de la région du Nord % on y 
constaterait la même bigarrure, et que jusqu'au bout le poète 
d'Arras a dû être mis à contribution, concurremment avec ses 
deux successeurs plus connus. Ainsi, du xiv e siècle au xvi e siècle, 
les quatre Passions françaises les plus connues, la Passion Sainte- 
Geneviève, la Passion d'Arras, la Passion de Greban et celle de 
J. Michel ont suffi avec plus ou moins de modifications aux repré- 
sentations de toute la France. Les remaniements ou les combi- 
naisons abondent, mais, nous l'avons vu. c'est moins une analyse 
littéraire qui leur convient qu'une analyse quantitative. 

En a-t-il toujours été ainsi et cette règle serait-elle absolue ? Evi- 
demment non. Sur tous les sujets énumérés on trouverait des tex- 
tes indépendants, manuscrits ou imprimés, plus ou moins curieux. 
Ainsi la longue Nativité de Bouen imprimée en i474 ne d°it rien 
ni au mystère de la Conception 3 ni à celui de Greban : l'au- 



rois mages, maistre Galien et M. Alphonse, Galoppin, Basacq, Cadoc, Sabaoth, 
Osanna, tout cela est copié littéralement (p. 48 à 69 du Ms.) dans la 1" journée de la 
Passion d'Arras. — La Nativité de Judas d'après J. Michel est fol. ;4 v °- 

1. B. N. fr. 12,536 loi. 126 r». — Cf. J. Michel, Dict. des Mystères, p. 744, La Prinse des 
Larrons. 

2. En particulier et en première ligne, le Ms. signalé par M. E. Picot, Romania, 1890, 
11° -, où la Passion du xv c siècle en sept journées qui faisait partie en 1840 de la 
collection de M. Vander Cruisse de Waziers à Lille. Il serait curieux de vérifier ce 
qu'en a dit Le Glay trop succinctement : « Ce volume contient évidemment une 
notable partie du Mystère de la Passion en vingt journées dont il existe un manus- 
crit à la Bibliothèque de Valenciennes et sur lequel M. O. Leroy a donné de précieux 
détails dans son Essai sur les Mystères. » 

2° Le Mystère de la Passion arrangé par un « rhétoricien » nommé Cuvelier et joué 
par la chambre de rhétorique de Bergues, concurremment avec une tragédie ou 
moralité la Mort de Boèce jusqu'à la lin du xvn" siècle (B. du Comité historique 1891, 

p. i4U- 

3. Les frères Parfait en ont pensé autrement; ils croyaient que l'auteur de la Nati- 
vité de Rouen avait imite l'auteur de la Conception à cause du Procès du Paradis ou 
des Vertus qu'ils ont développé tous les deux. Mais ce Procès, l'auteur de la Nativité 



d'amboise 343 

teur s'est inspiré directement «les livres latins qu'il cite en notes, 
notamment des Meditationes Vitae Christi, et des pièces loca- 
les. Les Jeux des Trois Rois ne sont pas rares 1 . En i456, un 
poète inconnu (probablement Jean du Perier ou le Prieur, valet 
de chambre du roi René), fit jouer à Angers une longue Résurrec- 
tion* en trois journées, copiée en grande partie dans l'Evangile Le 
Nicodème. Cette pièce très faible obtint jusqu'à six éditions 3 , 
grâce à la supercherie de l'imprimeur Antoine Verard qui la pu- 
blia avant l'année 1 1<)9, sous le nom populaire de Jean Michel. 
auquel d'autres libraires avisés, les Angeliers, attribuaient encore 
en 1 54 ï 11,u> édition des Actes des Apôtres''. Si nous n'avons pas 
conservé une seule de ces courtes Passions que les « beaux Pères » 
ou les prédicateurs du Carême emportaient dans leur valise et 
qu'ils faisaient représenter après leur sermon, le Vendredi Saint, 
par les jeunes gens de la localité '. en revanche il nous est resté un 
mystère représenté à Amboise vers la fin du xv 'siècle, qui diffère 

de Rouen l'a pris, il le dit lui-même en note, dans les Meditationes Vitae Christi ; il est 
même le seul dramaturge français qui cite directement le texte latin des Meditationes 
(Cf. p 249 de ce livre); les autres dramaturges, celui delà Conception en particulier, 
peuvent connaître les Meditationes par des traductions françaises et des imitations, 
comme on l'a déjà expliqué, ou les citer de mémoire. 

1. Musée de Chantilly N° 517, w s. : Jeu des trois rois de Neufchatel (Suisse) 
xvr s. et de Dijon xvi«-xvii' s. tous deux imprimés, etc. 

2. Déjà citée p. 245 de ce livre et longuement analysée dans le Dict. des Mystères, 
p. 869 à 870 (20,000 vers). Le même Du Périer est probablement aussi L'auteur de la 
Passion perdue, jouée a Angers, en ijjfi. — Sur les manuscrits de la Résurrection voir 
l'intéressante description de M. (i Maçon, Cat. du Musée tic Chantilly, t. 1, n i>'5'.>. 
p. 'iti'J. — Sur le texte i-\'. ('•■ Paris, Romania, 1898, p. <'>•.>■;, qui a le premier signalé la 
supercherie de Verard et retiré définitivement la Résurrection à .1. Michel. 

L'emploi du nom latin de Senephus (3' chevalier) qui correspond au Siminie de la 
Passion d'Arras semble indiquer que l'auteur de la Résurrection a consulté un texte 
latin de- l'Ei angile de Nicodème. 

Comme l'auteur des mystères rouergats il a insère dans sa pièce i\n<- traduction 
complète des lettres de Leucius et Carinus, et les deux traductions sont curieuses 
à comparer. 

'5. Enumérées par M. Denais, Bull, du Bibliophile, 1872, p. 367-8. 

4. Exemplaire de la bibliothèque d'Angers signalé, ibidem, p. 38S, S. J. 

à. Exemples : Arch. mun. de Bourg, BB ij p ">■■.« Le Vendredi saint 1479, la Pas- 
su m esi p r,i- her par le P. Chapon et ensuite jouée sur un théâtre par plusieurs jeunes 
gens. » 

Item. Ilpinal. ( ;< '. Jâ p. 337, an [5a3. 1 livre, (6 gros à ceux qui ont juer le misterc 
de la passion le jour du grand vendredi 



314 LA PASSION 

complètement des textes connus 1 . Le traître Judas compte ses 
trente deniers, pièce à pièce, pour ne pas être trompé, détail naïf 
qui reparait dans la Passion allemande d'Alsfeld, mais qui figurait 
antérieurement dans le vieux poème des bateleurs d'Autun 
et dans la Passion de Semur 2 , ce qui prouve qu'il a pu être 
plusieurs fois réinventé. D'autre part la scène capitale de la 
crucifixion, telle que fa connue tout le xv e siècle et dont nous 
avons indiqué les origines relativement modernes, cette scène est 
sensiblement modifiée 1 . Jésus n'est plus couché et cloué sur la 
croix posée à terre ; la croix est dressée, il y monte et s'adosse 
docilement à l'instrument de son supplice, ce qui est plus conforme 
à ce que les historiens anciens nous ont rapporté de la crucifixion, 
à ce que savaient les plus anciens auteurs du moyen âge, et à ce 
que réapprendront les auteurs de certaines Passions de la Renais- 
sance. 

A ces divers titres, la pièce d'Amboise est précieuse comme 
œuvre de transition, et nous savons qu'elle obtint un grand succès 
dans toute la région. Le duc de Longueville. François, écrivit de sa 
main au bailli de la ville au mois d'octobre i5o8, pou 1 * emprunter 
« le livre du mistère de la passion qui a esté jouée à Amboise qui 
est comme on dit le plus beau qu'on puisse trouver » ; il le fit reco- 
pier et jouer à grands frais dans sa ville de Chàteaudun le 26 mai 
i5io 4 ;et les représentations répétées se prolongèrent près d'un 
mois. Le mystère en 8 journées, comprenait en effet non seule- 
ment les fragments de la Passion qui nous sont parvenus, mais 
une Création et un Trébuchement des Anges qui furent corrigés 
par le fatiste « Maistre Aignen » mandé spécialement d'Evreux, 
une Nativité de Jésus, une Résurrection et une Ascension. Détail 



1. Publié et identifié dans la Romania, 1890, p. 264-2S2, p. M. Era. Picot. 

•1. Avec une petite différence, puisque dans ces pièces, un Juif compte Tardent à 
Judas, mais l'idée est la même. 

Noter aussi dans la Pasaion d'Amboise un intermède déjà signalé et plus déve- 
loppe dans la Passion de Semur et les mystères rouergats, la dispute des apôtres 
avec le paysan dont ils emmènent l'ànesse. 

3. Romania, 1890, p. 275. C'est ce qui ressort du vers 5;5 où le bourreau Jarpin 
u descend » de la croix après avoir t'ait son office. 

4- Les comptes de Chàteaudun ont été retrouvés et signalés dans le B. de la Soc 
archéol. de Touraine, 1900(1). I4U et 1901. 



DE TOURS 315 

curieux et qui prouve bien la persistance «les vieilles traditions, la 
Création figurait encore en tète des Passions et des pièces analo- 
gues une cinquantaine d'années plus tard. Dans la Décoration du 
pays de Touraine, Maître Thibaut Lépleigney nous apprend qu'à 
l'occasion de l'Entrée du Roi et du Dauphin à Tours en novembre 
i.V,3, on joua encore « le Mystère de la création de l'homme et de 
la femme, semblablement la Conception. Nativité, Mariage et 
Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie ». Ces mystères 
déjà discrédités furent les derniers représentés à Tours', car, sui- 
vant la remarque de Lépleigney, « aucuns fous prennent plus- 
tôt plaisir a regarder les fautes ou erreurs, plustôt que goûter et 
savourer en bonne dévotion, les faits et miracles du benoît Sau- 
veur ». L'avis de ces fous était déjà partagé par beaucoup de 
sages 2 , et nous touchons à la fin d'un genre : la Passion, devenue 
objet de dérision et de scandale, allait quitter définitivement les 
grandes villes, pour se réfugier dans les villages et les provinces 
éloignées. 



i. Pour les autres représentations de la Passion a Tours, i4i><>. ii~>~. [ 4 S "J> l ffl> 
(Résurrection), voir Guiraudet Hist. de Tours, et l'abbé Métais, B. de la S. d'archéol. 
de Touraine (1S89). 

1. Le témoignage peu connu et peu suspect du pieux L. Vives vaut pour la France, 
comme pour l'étranger ; le voici. — Saint Augustin, De In Cité de Dieu, illustrée des 
Ciimra. de Jean Loys Vives de Valence m dit. de Gentian Hervet, i584) livre VIII, chap. 
zxvii, p. 254. Scandale grand </<• représenter la passion de nostre Seigneur par person- 
nages... C'est maintenant la coustume.au temps qu'on célèbre la sainte l'esté de Jésus- 
Christ, qui a délivré le genre humain par sa mort, d'exhiber au peuple des jeux qui in- 
diffèrent presque rien de ces vieux jeux scéniques des païens Ht quand je ne dirais 
autre chose, quiconques orra dire qu'on l'ait des jeux en une chose tort sérieuse, 
il estimera que c'esl une chose assez laide el deshonneste. Là on se rit de Judas, qui 
>c vante des choses 1rs plus ineptes du monde, cependant qu'il trahit Jésus-Christ : 
laies disciples s'enfuyenl les gensdarmes, les poursuyvans, non pas sans une grande 
risée des joueurs, et des spectateurs. Là s. Pierre coupe l'oreille à Malchus : le peuple 
habillé de noir luy applaudissant, comme si la captivité de Jésus-Christ estoit ainsi 
vangée. Et un peu après luy qui avait combattu si vaillamment, estant espouventé à 
la demande d'une simple chambrière, renie son maistre, la multitude se riant de la 
chambrière qui luy demande, et sifflant Sainct Pierre qui le nie Entre tant de gens 
qui jouent, entre tant de risées tan! de folies, il n'y a que Jésus-Chrisl seul qui soil 
sérieux, et qui tienne aucune sévérité ; et la ou il s'efforce d'esmouvoir les passions 
de douleur et de tristesse, je ue scaj comment il refroidit, non pas seulement la, 
mais aussi aux choses sacrées el saintes, avec une grande meschanceté et impiété, 
non pas tanl de ceux qui regardent ou qui jouent, comme de ceux qui l'ont fain 
choses. Nous parlerons par aventure de ceci en un lien plus commode. » 



316 LA PASSION DE TOURS 

Si l'on réfléchit à tous ces textes et à tous ceux qui vont suivre 
pour le Centre et le Midi de la France, si l'on se rappelle toutes 
les représentations connues par de simples mentions — dont on 
peut d'ailleurs augmenter indéfiniment le nombre — on se con- 
vainct facilement que les Passions françaises sont trop multipliées 
pour être réduites à une unité systématique, mais plus facilement 
encore que les exceptions confirment la règle. Les pièces les plus 
importantes sont celles qui nous étaient depuis le plus longtemps 
connues : Passion Sainte-Geneviève, Passion d'Arras, Passion de 
Greban, Passion de J. Michel. Et, comme il arrive toujours, c'est 
sur les pièces les plus connues et les plus étudiées qu'il restait et 
qu'il reste le plus à dire. 



III 



LES 



MYSTÈRES DU CENTRE ET DU MIDI 



LES 

MYSTÈRES DU CENTRE ET DU MIDI 

LES IMITATIONS DE L'ÉVANGILE DE NICODÈME 

LA PASSION SELON GAMALIEL 
ET LA VIE DE JÉSUS-CHRIST DE i r ,s:> 



Entre les mystères du Nord et ceux du Midi, il y a une transi- 
tion toute naturelle, les mystères du Centre, peu nombreux, de date 
assez récente, et qui semblent au premier abord peu instructifs. 
Le plus long et le plus soigné est un Mystère encore inédit « de la 
Conception. Nativité. .Mariage et Annonciation de la Vierge »' qui 
fut représenté entre 1481 et 1496 devant la comtesse et le comte de 
Montpensier, daupbin d'Auvergne, et qui, de la « librairie » «le 
Moulins, a passé au Musée de Chantilly. Il est divisé en trois jour- 
nées et comprend environ douze mille vers. Cbaque journée com- 
mence et se termine par une allocution du messager, qui se 
présente d'abord pour saluer rassemblée et annoncer le jeu : 

Messagier courtoix venu suis 
De la boue cité de Pai i-. 

Assize en France la jolie 

Salut a la noblesse 

Laquelle icy est assamblée ; 

Premier, a la personne très redouptée, 

Et en noblesse haut belevée 

De Monpansier trespuissant conle 

1. Catal du Musée (I:- Chantilly, t. I. p. îi>;. Man. n 65^ — r journée Histoire de 
Joachin et d'Anne; naissance de la Vierge; 3 journée (la plus longue) enfance et 
éducation de la Vierge an temple, son mariage; > journée. • Non- voyons d'abord en 
scène les personnages qui figurent au début du Mystère </<■ lu Passion d'Arnoul 
Greban : Adam, Eve, Abel, Abraham, Isaac, Jacob, Sarah, \. ><■. David, Isaïe, Jérémie, 
Dieu, .lu-iicc. Vérité, Miséricorde, Paix Là cesse la ressemblance : le texte est entiè- 
rement différent : aucun emprunt n'a été l'ait aux autres mystères connus, dil la notice 
du Ms. que r«ui B'esl borné a résumer. 



320 LES MYSTÈRES 

Et a Madame 

Bel mistere ycy vous voyrrés 
Et silence vous nous donrez 

Afin que le jeu se parface 

Joachin, sa, de par Dieu, 
Comaneez nostre saint mistere. 

Ce début suffit. Ce n'est pas seulement le messager, mais le texte 
lui-même, qui est venu de Paris en droite ligne, et si le mystère, 
comme on nous le dit, diffère des « autres mystères connus », il 
est taillé absolument sur le même patron. D'autres pièces plus an- 
ciennes et plus intéressantes ne nous sont connues que par la 
simple mention de leur représentation. Nous ne savons rien par 
exemple de la Passion jouée à Saint-Flour, les 10, n, 12 juin i^q.5, 
rien, sinon qu'elle durait trois jours '. Il nous reste beureusement 
une Passion française inédite, jouée en Auvergne avant 1^77, qui 
se rattacbe tout naturellement au théâtre du Midi, puisque, nous 
le verrons, elle est prise aux mêmes sources que les mystères 
rouergats. 

Si nous n'avons conservé qu'un très petit nombre de pièces mé- 
ridionales, elles ont suffi pourtant, grâce à une ingénieuse inter- 
prétation 2 , pour retracer l'évolution du genre dramatique. A ses 
débuts, le théâtre méridional était loin d'être asservi à celui du 
Nord, et il s'en distinguait notamment par une grande variété de 
rythmes 3 ; graduellement il s'est laissé dominer par les modèles 
français, si bien qu'il a fini par perdre sa versification et sa langue 
propres. Toutes les œuvres que nous avons à énumérer, ou peu 
s'en faut, se ressentent déjà plus ou moins de cette influence fran- 
çaise, et ce n'est certainement pas dans les mystères consacrés a 
l'histoire du Christ que l'on trouvera grande originalité. Voici ceux 
qui nous sont parvenus. 

i° L'Esposalizi de Nostra Dona, de la fin du xm e ou du com- 
mencement du xiv e siècle, inspirée par un poème de bateleurs 

1. Signalée par A. Thomas, Bomania, 1892, p. 420. 

2. Romania, 1894, p. 5a5j A . Jeanroy, Observations sur le théâtre méridional du x\" 
siècle. 

3. Il serait intéressant de comparer à la Ste Agnès provençale la pièee lorraine sur 
le même sujet, jouée le 21 mai 1409, et signalée par M. Jacquot dans les comptes des 
ducs : « Et celuy jour on fit le jeu de Madame sainte Agnel. » 



DU MIM 321 

français, le même, qui a été copié plus tard dans la Nativité 
Sainte-Geneviève. La légende d'Anastayse qui figure dan- ces 
deux pièces reparaîtra encore dans la Nativité provençale perdue, 

jouée à Toulon en i33'3, et dans un petit jeu dos Trois Rois, en 
Vers français, composé eu Provence vers la fin du w siècle ' ; elle 
a complètement disparu dans ieJoieulx* mistere des Trois Rois, 
rimé en i.V,o par le basochien Jean d'Abondance, notaire royal à 
Pont-Saint-Esprit. Un « Rustique )) ou un Vilain est le seul per- 
sonnage «le la pièce qui parle encore ou plutôt qui écorche là 
langue du pays. 

2° La Passion gasconne ou catalane du manuscrit Didot ' daté 
de i345, qui nous offre la première réunion en une* seule pièce de la 
Passion et de la Résurrection. La pièce, très courte et presque tou- 
jours grave de ton. s'ouvre par la guérison de l' Aveugle-Né ; elle 
se continue par la résurrection du Ladre, l'expulsion des Vendeurs 
du temple, le pardon accordé à la femme adultère. l'Entrée triom- 
phale à Jérusalem, le Repas chez Simon où la profusion des par- 
fums par la pécheresse Madeleine provoque la trahison de Judas. 
l'envoi des apôtres Pierre et Jean vers l'homme au pot d'eau ou à 
la canne pour préparer la Cène, L'institution de l'Eucharistie, la 
veillée au Jardin des Oliviers, l'arrestation du Christ et ses divers 
interrogatoires, la condamnation et la crucifixion (sommairement 
représentée), la plainte de la Vierge au pied de la croix, la guérison 



1. Publié par M. Isnard, Coin, des trav, hist., Hist. et phil., [896, p. ;nj a jaa. — 
L'attribution snib réserves de ce petit mystère anonyme ;i un auteur connu. Jean de 
Perier, dit le Prieur, qui, suivant Lecoy de la Marche, </<■ Roi René, t. II, p. i44)j aurait 
composé ou retouché au goût de 9on patron, le Roi René, deux mystères, les Trois 
/{ois et In Nativité, cette attribution parait bien douteuse. Far la facture, la langue, 
la versification, ces Trois /lois ne ressemblent guère a une œuvre authentique de 
.1. du l'erirr, li- mystère inédit, mais souvent et longuement analysé, avec extraits, 
.lu Roy Advenir (et. 1'. de Julleville, les Mystères, p i;*> On ne parle pas de la Résur- 
rection anonyme d'Angers 1 1 {56) puisqulci l'attribution n'esl que probable ou possible. 

■1. Bib N'at . Ms. (réserve), n. a iv. {,oaa. — Epithète caractéristique, qui parait mal 
Interprétée par I*. de Julleville (Les Mystères, t I. p. 378); il y voit une «exception >> 
Unique, tardive, et l'explique par « les folies » du Vilain qui n'j -ont pour rien. 
L'Adoration des Rois Mages a toujours été un « joieux mystère «dans le- deux sens 
.lu mot mystère, et elle Bgure a ce titre dans les Quinze joies de Notre-Dame qui sont 
du mu siècle (6 joie). 

; aujourd'hui Bibl. Nat. Ms. n. a. iv ;.•■;•• - Pour abréger, nous la désignons 
■sou- le nom de Passion Didot. 

21 



322 LES MYSTERES 

deLongin,laDescente aux enfers, la Résurrection du tombeau gardé 
par les chevaliers de Centurion, et les apparitions du Christ jus- 
ques et y compris l'incrédulité et la conviction de Thomas. Le drame 
finit avec les Evangiles, et tous les acteurs entonnent le Te Deum. 
La première partie de la pièce n'est guère qu'une paraphrase des 
Evangiles canoniques, complétée par une longue légende de 
Judas ; la seconde offre des rapports manifestes avec les derniers 
drames liturgiques de la Résurrection, notamment celui de Tours 1 , 
mais s'inspire principalement de l'Evangile de Nicodème. Cette 
Passion si simple serait-elle originale, c'est-à-dire tirée directement 
des textes précités, ou bien celte simplicité même serait-elle déjà 
une imitation, un écho plus ou moins fidèle de Passions françaises 
perdues? C'est très possible, mais cette question, une des plus im- 
portantes que soulève le texte méridional, ne sera résolue que par la 
publication intégrale du manuscrit par le savant de notre temps 
le plus versé dans les études romanes. Ici comme précédemment, 
on n'a parlé de la Passion Didot que pour mémoire, uniquement 
parce qu'il était impossible d'étudier sans elle le développement 
du mystère de la Passion en France, et plus spécialement les mys- 
tères ronergats. Ce qu'on se propose de démontrer, c'est que ni 
cette Passion Didot, ni ces mystères rouergats ne présentent avec 
la Passion française d'Arras les « rapports étroits de parenté » ou 
de dérivation qui ont été signalés. 

3° De l'année i345 au commencement du seizième siècle, nous 
ne rencontrerons plus que de brèves mentions de spectacles 2 , et de 



i. Rapports signalés par M. Sepet dès 18S0 (art. reprod. dans les Origines catholiques 
du théâtre moderne, 190a, p. 23g). 

2. Parmi ces mentions qu'il est si facile «le réunir et d'augmenter avec les inventaires 
d'archives imprimés, rappelons-en seulement deux, dont la seconde est intéressante 
parce qu'elle montre nettement comment les prédicateurs du Midi comme ceux du 
Nord, fournissaient souvent les courtes Passions jouées le Vendredi-Saint: 

a. Arch. delà Drôme, t. VI, p. 170. Compte des syndics de Livron; Année 1484. 
« 4 llorins, 38 gros pour la despens « don joc de la Passion et de la Resurrexion : 16 
gros « per la despensa dou predicayre » — 1 gros a Escolenc « per certans abilhamens 
de diebles » — 1 gros « per una eyponge que se perde ». — 3 gros a Aspais « per un 
chapel per lo joc que fazia Nicodemus a la Passion ». — 5 gros à Danteville pour les 
rôles écrits. 

Item. Drôme, t. VI, Délib. consul, de Romans. Le 3o mai i4">3, le prédicateur Jean 
Alamaud, après son sermon du Vendredi saint, fait jouer la Passion sous les ormes du 



DU MIDI 

rares fragments, tantôt français, tantôt dialectaux : un feuillet <lc 
la 3' journée d'une Passion française de la fin du \v siècle, trouvé ' 
dans les archives de Reillanc (B. -Alpes), lequel contient la fin du 
rôle de l'apôtre Saint Simon et nous conduit jusqu'aux dernières 
apparitions du Chris! après la Résurrection; neuf vers d'une Pas- 
sion languedocienne jouée en i5io à Caylux* (Tarn-et-Garonne) ; 
entre les deux l'importante compilation des mystères rouergats, 
véritable cours d'histoire sainte qui va de la Création du monde 
au Jugement dernier et qui est l'objet principal de cette étude. 

Les sources de cette compilation sont très variées. La première 
de ces sources, signalée par M. A. Jeanroy, n'est autre que la Pas- 
sion Didot, qui reparait inopinément après deux siècles '. La se- 
conde peut être retrouvée par voie d'induction et d'élimination. 
En effet, les ouvrages ou les chapitres d'ouvrages méridionaux qui 
nous sont parvenus sur la vie de Jésus-Christ paraissent peu 
nombreux *, et ils n'ont rien de commun que le sujet avec la 
compilation roucrgale. Celle-ci parait inspirée en grande partie 
par l'Evangile de Nicodème. C'est donc à cet Evangile, à ses 
traductions et imitations qu'il faut nous attacher. Le problème 
des mystères rouergats n'est qu'un cas particulier d'un problème 
plus général et plus étendu. 

Dans tous les poèmes de jongleurs et tous les mystères du Nord 
sur la Passion, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents nous 
avons déjà reconnu des souvenirs plus ou moins prolongés du 
plus célèbre des apocryphes ou de l'Evangile de Nicodème. 
Tantôt, comme on l'a vu, ces poètes du Nord consultent directe- 
ment un texte latin, tantôt, c'est le cas du poète d' An-as ou d'Eus- 



cimetière des Frères Mineurs. Nombreuses mentions analogues jusqu'au \\i siècle : 
Ex. t. VI, 3io. Don de 20 florins « aux personnages qui l'ont le mistere (pic le pres- 
cheura baillié pour faire joyer If vendredi saint, [3 avril [53o ». 

i. Par-. M. I*. Meyer, Eomania, 1902, p. io5-ioG. 
a. P. dr Juileville, les Mystères, 1 . II. p pg 

3. Mystères provençaux du quinzième siècle publiés par \. Jeanroy <•! II. Teulié, 
Toulouse, Privai, îs.ji, [ntrod p. xvj. 

\. Exemples: Bibl. Nationale, f. espagnol, m- 636 Vie de Jésus légendaire; ibidem 
11, ci mis fr. 2g. Vie de Jésus de Fr E xi menez, surtout théologique, pour les frag 
ments ou chapitres détachés, B. N. n. a. Fr., j ■"»•"'. roi. [-8, ci Hist. littéraii 
France, t. 32, p. 3j, É 5S cl 10;. 



324 LES MYSTÈRES 

tache Mercadé, à ce texte latin ils joignent une ancienne tra- 
duction en prose française reconnaissable à des noms propres 
détermines ' (Othiarius, Simine, etc.). Le même fait a pu se repro- 
duire au Midi de la France et peut-être y retrouverons-nous une 
double imitation analogue du texte latin et de ses traductions et 
paraphrases. 

Un des ouvrages méridionaux les plus populaires est justement 
un Evangile de Nicodème en vers provençaux' , lequel a reçu au 
xiv e siècle une traduction partielle en vers français dans un poème 
manuscrit 3 de la Bibliothèque de Turin qui avait pour explieit : 
Liber de morte Christi. L'auteur français anonyme dont nous 
allons parler a-t-il eu à sa disposition une traduction en vers fran- 
çais analogue à celle de Turin, mais plus complète et correspon- 
dant non plus seulement « aux mille premiers vers 4 », à la pre- 
mière moitié de l'Evangile provençal, mais à son texte tout en- 
tier? Et se serait-il contenté, suivant un usage bien connu, de lui 
enlever ses rimes ? Cette hypothèse n'est pas impossible, elle sé- 
duit au premier abord, tant le style de cette composition en prose 
française du xiv e siècle est poétique. Cependant la collation atten- 
tive des textes et le relevé des chiffres et des contre-sens communs 
nous inclinent plutôt à penser que cet arrangeur a dû travailler 
sans intermédiaire, directement' sur \Evan gile de Nicodème en 
vers provençaux. Au reste, il ne s'est nullement borné à le tra- 
duire en prose française ; il en a plus d'une fois interverti les cha- 



i. Simine et Othiarius, noms qui ne se retrouvent tels quels clans aucun des Ms 
latins collationnés par Tischendorff (Eeang. apocrypha, éd. de iS;6, p. 336, note du 
chap. I), mais qui se retrouvent dans la Passion d'Arras. comme on l'a noté p. 269, 
note (> de ce livre. — Les Ms. de cette traduction française de l'Ev. de Nicodème ont 
été signalés par .M. P. Meyer, B. de la S. des anciens textes fr. i8S5, p. 49- — Ajouter 
Dijon, ms. 11° 298, f. 178 r°. 

2. Imprimé en partie par Raynouard {Lexique Roman, t. I, p. 5;;, et in extenso par 
Herm. Suchier, Denkmâler provenzalischer Lileratur, etc. Halle, i883, t. I, p. i-y3. 

Cf. YHist. littéraire de la France, t. 32, p. 102-10O. 

3. L. VI. 36 du Catalogue de Pasini, t. II, p. 499- Cette traduction aujourd'hui brûlée 
a été signalée par M. Herm. Suchier, Zcilsehrijt. fur roman. Philologie, 1884, p- 4 2 9- 

4. Fait signale par M. Herm. Suchier, l. e. 

5. C'est ce que l'on essaiera de démontrer en étudiant dans le détail la composi- 
tion de celte Passion selon Gamaliel comparée à celle des .Mystères rouergats, p. 3g5 
et suiv. de ce livre. 



DU MIDI 

pitres et doublé le lexte en y insérant divers récits tire'-- des Evan- 
giles canoniques, et diverses légendes qu'on retrouve dans dis 
poèmes connus. C'est donc un véritable roman ou mieux encore, 
qu'on nous [tasse cette expression, un véritable poème en prose, 
l'auteur est un pauvre poète, mais un poète plutôt qu'un roman- 
cier. En tout cas le nouvel ouvrage a été extrêmement populaire, 
à en juger par le nombre des manuscrits qui nous l'ont conservé 
et des transformations qu'il a subies jusqu'au xix siècle. 

Le dit poème en prose française du xiv" siècle est intitulé dans 
les manuscrits 1 soit : Le Procès de la Passion et de la résurrec- 
tion de le su Crist. soit : Le Procès et Romain (sic) de la mort et 
Passion de Xostre Seigneur Ihesus Crist; soit encore : Cj' 
s'ensuit la Passion de Nostre Seigneur Ihesus Crist selon Nicho- 
demus et Gamaliel son oncle. D'autres manuscrits n'ont pas de 
titre particulier. Pour abréger et éviter les confusions nous appel- 
lerons l'ouvrage : la Passion selon Gamaliel. Cette Passion selon 
Gamaliel a été elle-même traduite vers la fin du XIV e siècle en 
prose provençale, comme l'a signalé M. Paul Meyer*. D'autre 
paît, l'original français ou la Passion selon Gamaliel manus- 
crite a fini par être imprimée en Bretagne par Robin Fouequet. 
au beau milieu d'une compilation déjà plusieurs fois signalée, 
la Vie de Jesu Crist de i485. Elle y a reçu diverses additions 
ou interpolations empruntées en grande partie à la Passion 
française composée en i'iijH pour Isabeau de Bavière. Le vieux 
poème en prose française se présente donc à nous sous trois for- 
mes ou versions diverses, et, s'il a inspiré successivement la Pas- 
sion d'Auvergne et les Mystères rouergats, c'est dans «les condi- 
tions différentes qui doivent être examinées séparément. 



i. [.es principaux manuscrits onl été indiqués par M. P. Meyer {Romani 
p, .m,, : Bibliothèque de Grenoble, ms. 5o (xn siècle) : Rome, Y.it., Chrisl 
l'arN. Arsenai 5,366; Bib. Didot. Catal. des mss vendus en juin issi . n 

Ajouter encore Besançon, ms. 588, fol tàa5i ; Valenciennes, 54i ; Paris, B. N. iv. 
<i7'.i: ibid. IV. •!( [38, lui. i jn v* el suiv. ; n. a. IV. i,o85, fol. 83 à iji w\ Musée de 
Chantilly, 898. 

2. B. N. fr. 34,945, f. 9a à 106, traduction signalée par M. P Meyer (Romania 1898, 
p. 1 ».!. - Une autre traduction (B V ms. IV. 1,919 (xv« siècle) est incomplète au com- 
mencement et .1 la lin. m;ii> illustrée <!<■ curieux dessins <'t diffère très sensiblement 
de la précédente. 



326 LES MYSTÈRES DU MIDI 

Le manuscrit unique de la Passion d'Auvergne est daté de i4", 
mais la pièce même est antérieure. Il s'en suit que Fauteur auver- 
gnat a connu la Passion selon Gamaliel par un manuscrit. Ses 
emprunts sont assez nombreux et assez marqués pour qu'on puisse 
affirmer le fait. Rien ne montre qu'il ait profité des additions et 
interpolations de l'imprimé, lesquelles d'ailleurs ne sont peut être 
pas antérieures à l'impression (i485). 

Le problème est plus compliqué pour les Mystères rouergats 
qui, nous le savons par d'autres indices, sont au plus tôt des der- 
nières années du xv e siècle. Où l'auteur rouergat a-t-il lu la Pas- 
sion selon Gamaliel? Dans un manuscrit français, dans un manus- 
crit provençal, dans l'imprimé français de i485 ou dans l'une de 
ses nombreuses réimpi^essions? Pour le savoir, on est d'abord 
obligé de mesurer exactement les interpolations faites dans la 
Passion selon Gamaliel, telle qu'elle a été imprimée en i4H5. Non 
seulement il faut comparer cette Passion dans les manuscrits et 
dans l'imprimé, mais il faut examiner la Vie de lesu Crist ou la 
compilation imprimée tout entière, parce que la première partie 
de cette compilation développe déjà souvent les mêmes scènes que 
les Mystères rouergats. C'est après cette enquête seulement qu'on 
pourra reconnaître le véritable modèle de l'auteur rouergat. En 
réalité il a suivi un manuscrit, mais qui ne ressemble exactement 
à aucun des deux manuscrits provençaux qui nous sont parvenus 
et qui devait se rapprocber du manuscrit français employé par 
Robin Foucquet, abstraction faite des interpolations. De plus, par 
un singulier hasard, il semble bien que l'auteur rouergat ait en 
outre consulté Y Evangile de Nicodème en vers provençaux lui- 
même. 

Ces faits compliqués, mais que nous croyons certains, détermi- 
neront la marche de cette discussion. On examinera d'abord la 
Vie de Iesucrist de i485 tout entière et dans cette compilation on 
analysera en particulier la Passion selon Gamaliel. de telle sorte 
qu'il soit possible de discerner les interpolations et de voir ce que 
l'imprimé ajoute aux manuscrits français et provençaux. Comme 
pièces justificatives on donnera ensuite quelques extraits textuels 
de cette Vie de lesu Crist rapprochés des manuscrits, et qui per- 
mettront de suivre la série des emprunts signales pour l'Evangile 
de Nicodème en vers provençaux, la Passion d' Auvergne et les 



LA VIE DE JESU CRIST DE 1485 327 

Mystères rouergats. Le modèle bien connu, il ne restera plus qu'à 
reprendre en détail les imitations qui nous intéressent spéciale- 
ment, c'est-à-dire la Passion d'Auvergne précitée el Les Mystères 
rouergats avec leurs sources diverses. 

Voyons d'abord la Vie de Jesu Crist de i^S5. L'ouvrage a été 
maintes fois décrit par les bibliographes 1 , au point de vue des 
caractères, de la signature des cahiers, des erreurs dans la numé- 
rotation des feuillets, niais il ne semble pas qu'on en ait encore 
déterminé les sources et les manuscrits. En voici d'abord le titre : 

Fo! 1. sign. Aii. l'o) U nom de la benoiste et saincte trinite || Amen. 

A tous bons et vraiz crestiens || — A la fin :) Cy finist le liure 

nomme la rie de iesuerist ou || quel est comprinse la création de Adam 
de eue et || du mon || -do iusques a la passion et resurrectiou (s>ej || La 
vie nostre dame. La vie saint iehan baptiste. La vie de iudas et pluseurs 
aukres beaulx || histoires. Imprimé par- Robin Foucquet || et Iebau fsic) 
Cres. Le derrenier iour dapuril. Lan || mil iiih' iiii^x et cincq (1485). Deo 
giatias. || Robin Foucquet. || — S. 1. [Biehant-Loudeac ?] 1485. 

In-4° de i5a feuillets chiffrés, plus i f. préliminaire. Car. gothi- 
ques a longues lignes. (Bib. Nat. Réserve, H 5o6 (i) ; manque le 
frontispice.) 

Ce long titre donne déjà une idée du livre qui commence, en 
effet, après un court prologue, par la Création des Anges et la 
révolte de Lucifer, suivie de la création du monde et de nos pre- 
miers parents destinés à remplir les sièges vides du Paradis. La 
chute, l'origine de la pomme d'Adam qui se serre à la gorge dès 
qu'il a avalé un morceau «lu fruit fatal, l'expulsion du Paradis, le 
labeur d'Adam et d'Eve, le meurtre d'Abel el la malédiction de 
Caïn sont L'objet de récits aussi clairs que naïfs . Adam meurt à 
son tour non sans avoir envoyé son lils Setli demandera l'archange 



i . Voir en particulier la dernière description extrêmement détaillée, p. i'i à 55, dans 
l'Imprimerie en Bretagne au w s ècle, publiée [par \ de ta Borderie] pour la Société 
des Bibliophiles bretons. Nantes, 1838 

a. Cette « histoire sainte ». entremêlée de citations latines de la Genèse el de 
Légendes populaires, ressemble à beaucoup d'autres, notamment au débul de 
abrégée de Robert d'Argenteuil, mais je n'ai i>u l'identifier et n'en connais 
manuscrits. 



328 LA VIE DE JESU CRIST DE 1485 

du Paradis l'huile de miséricorde, c'est-à-dire trois pépins d'un 
arbre merveilleux qui seront plantés sur sa tombe et donneront 
plus tard naissance à l'arbre de la Croix '. Vient ensuite l'histoire 
du patriarche Xoé qui planta la vigne, et de ses trois fils qui fon- 
dèrent les trois ordres de l'Etat % de Moïse qui promulgue la loi 
écrite ou le Décalogue, de David qui fait le Psautier et commence 
le temple, de Salomon qui l'achève et fait recouvrir de lames 
d'argent la poutre merveilleuse destinée à la crucifixion du 
Christ, etc. 

De ces récits merveilleux qui sont évidemment destinés à figu- 
rer le Nouveau Testament, l'auteur passe brusquement au Christ 
lui-même et à sa famille. Il raconte successivement l'histoire 
d'Anne et de Joachim 3 , les parents de Marie, le mariage de la 
Vierge et la légende de la verge desséchée qui fleurit aux mains 
de Joseph, et il indique la nécessité de ce mariage, pour tromper 
la vigilance du diable, ut partus diabolo celaretur 4 ; il nous 
montre les anges suppliant Dieu en faveur du genre humain', et il 
se réjouit avec eux de l'Annonciation. Puis c'est le voyage à Beth- 
léem, la détresse de Joseph et de la Vierge dans la nuit noire, le 



i. Fol. ix recto (sign. Biii) et suiv., traduction abrégée de l'apocryphe déjà souvent 
cité de la Pénitence d'Adam; le l'ait a été signalé par l'éditeur du Mistere du Viel Tes- 
tament, t. I, p. lxxij, lequel renvoie à l'analyse donnée par M. P. Meyer (Revue cri- 
tique, I, i, p. 221). 

2. Fol. xiiii r*. Comment noblesse iint. — Légende populaire déjà étudiée dans la 
Passion de Semur. 

3. Fol. xviii v" à xxvi r*. Traduction libre et abrégée du Pseudo-Matthaei Evange- 
liurn ou liber de ortu B. Mariae (éd. Tischendorff, i8;(>, p. 5i à 112). — L'emprunt est 
encore marque p. xxv r' du texte français par la citation d'une phrase latine altérée 
du chap. VIII sur le mariage de la Vierge : Ex ea virga ex qua de cacumine egreditur 
Jlosipsi trade Mariam. — Cf. Tischendorff, p. 67, note 2, variantes. 

4. Fol. xxx. « Ut diabolo partus filii Dei occultaretur » disent les Meditatione.s 
Yitae Cltristi, ch. VI. — La phrase qui remonte à St. Jérôme (in Maith. I, 18) a été 
souvent copiée et citée plus ou moins exactement. 

5. Fol. xxxvi r-. a Comment les anges supplièrent a Dieu qu'il rachaptast Iumain 
lignaige », commence une traduction abrégée mais suivie des Meditationes Yitae 
Christi du pseudo-Bonaventure, et non de la Vita Christi de Lupold. Si. en effet, 
ces deux ouvrages se ressemblent fort, et si Lupold a souvent copié textuellement 
les Meditationes, la phrase latine que le compilateur français a insérée dans son 
texte, fol. xxxiii r° : « Ex ubere de celo pleno [Yirgo] edocta Spiritu Sancto Jesum 
lactauit et sub lacté per lotam corpus liniait, celte phrase se retrouve seulement 
dans les Meditationes (ch. VII, De nativitate Christi » et non dans la Vita Christi de 
Lupold. 



LA PASSION SELON GAMALIFI. 329 

prodige «les charbons ardents transformés en roses ', la naissance 
du Christ et La Légende connue d'Anastasie qui recouvre à point 
nommé ses mains-. L'ado ration des Mages, La colère d'Hérode el 
Le massacre des « cent quarante-quatre mille Innocents ». la fuite 
en Egypte el Le retour en Judée, la première prédication de Jésus 
au temple et son baptême dans Le Jourdain par saint Jean-Baptiste 
lequel sera bientôt après « décolé » sur l'ordre du fourbe Hérode 
d'intelligence avec sa femme \ la tentation au désert 4 , Les noces de 
Gana ou de St. Jean l'Evangéliste, enfin toute la vie publique du 
Christ et la suite de ses miracles depuis son entretien avec la Sa- 
maritaine jusqu'à son entrée triomphale à Jérusalem. Si l'on entre 
dans le détail, on reconnaît que cette singulière histoire sainte est 
une mosaïque compliquée de récits très divers : nous y retrouvons 
jusqu'à des légendes du vieux poème de bateleurs qui a inspiré 
YEsposalizi de Nostra Dona et la Nativité Sainte-Geneviève. Le 
fonds ou l'ouvrage le plus souvent mis à contribution, c'est le 
livre des Meditationes Vitae Christi, dont le compilateur trans- 
crit des chapitres entiers et qu'il complète finalement par une 
longue légende connue du traître Judas, fils de Ruben et de 
Gy borée '. Malgré quelques traits analogues, cette première par- 
tie, disons-le tout de suite, n'a rien de commun ni avec la Passion 
d'Auvergne, ni avec les Mystères Llouergats. Il n'en sera plus de 
même de la suite. 

La seconde partie de la Vie de Jesu Crist de i £85 est intitulée 
(p, LXV1I — 68 r°) : 

Cy commence la mort et la passion de Iesucrist laquelle fut faicte et 
traictee par le bon maistre Gamaliel et Nycodemus son nepveu et le bon 

i et •.! Fol. \wii r*. « Comment Joseph apporta le feu au diversoire el se trouvèrent 
roses». — Fol. xxxm v«. « Comment Joseph alla quérir Anastasie ». Légendes 
venues du Itnunin de l'Annonciation Nostre-Dame, etc., el déjà étudiées précédemment 
dans le chapitre des \fystères Sainte-Geneviève. 

ï. Fol. lu verso. C'est l'explication <• pliquée de Bède déjà étudiée dans la Passion 

de Greban, p, -jUi, n« ao el p. 278 de ce livre. Il est possible que le compilateur l'ail 
prise Mans le livre populaire <ln Ci nous dist (B. N. ms iv. ja5) où elle est reproduite 
fol . [58 v», col. a. 

\. Tous ces chapitres de la vie publique de Jésus sont de nouveau abrégés 'les 
Meditationes Vitae Christi. Cf notamment fol. xlviii r*. « Comment les angea de 
paradis ministroienl à Jesucristnet fol. lxi, épisode de la Samaritaine aux chap. 
Wll el \\\l de, Meditationes. 

.">. Légende citée et étudiée dans la Passion <!<• .1 Michel, p. a8B de ce livre. 



330 LA. PASSION SELON GAMALIEL 

chevalier Joseph d'Abarimathie, disciples secretz de nostre seigneur, 
laquelle s'ensuyt. » 

Ce récit n'est pas autre chose que la version en prose de l'ancien 
poème français inspiré par l'Evangile de Nicodème ] . L'auteur 
nous présente d'abord ses personnages « Pylate qui estoit senes- 
chal de Hierusalem pour Julius César empereur de Homme » ; 
puis les conseillers de Pilate, « Nicodemus, ung gentilhomme che- 
valier, lequel avoit cent chevaliers souhz soi qui estoient aux gages 
de l'empereur » ; puis l'oncle de Nicodemus « Gamaliel, un maistre 
a Hierusalem qui lisoit les loys de Moyse et qui estoit moult 
saige » ; enfin « ung prudhomme qui avoit nom Joseph Dabarima- 
thie qui estoit né naturellement à Barimathie et estoit Juif et dis- 
ciple de Ihesucrist secrètement ». La noblesse, la magistrature, le 
tiers état, voilà des témoins sérieux, il n'y a plus qu'à leur céder la 
parole et à écouter ce que « racontent Gamaliel » et ses amis qui 
ont suivi Jésus pas à pas. 

Jésus est parti de Betphagé un samedi, la veille de Pâques fleu- 
ries, pour aller « sermonner en Jérusalem ». Arrivé aux portes de 
la ville, il dit à ses apôtres saint Pierre et saint Philippe de lui 
amener une ànesse et son poulain que le propriétaire ne leur refu- 
sera pas. Les apôtres remplissent leur mission, et Jésus reçu en 
triomphe par les Juifs de Jérusalem se rend tout droit au temple 
de Salomon « ou il prêche moult amplement de la loy ». Les assis- 
tants sont émerveillés mais aucun ne lui ofl're l'hospitalité, si bien 
que Jésus est obligé d'aller loger « en la maison de Jacob, père de 
Marie Jacobi, et là menga et demeura celle journée ». Mais cette 
entrée triomphale a porté à son comble la colère de la Synagogue. 
Les évèques Anne et Cayphas convoquent leur conseil des 
« XII plus grans » prudhommes (Abderon, Neptalin, Boboan, 
Abraham, Benjamin, Jabes. Sentabay, Salubret, Manimilat, Leta- 
bitur, Daniazelot et Selomissabart) 2 , et la perte de Jésus est déci- 



i. Pour cette analyse, le plus court est encore de suivre la Vie de Jésu Crist ou 
l'imprimé de i485 (B. Nat. réserve, H. 5o6(i), en notant chemin faisant les principales 
modifications et additions qu'il fait subir aux manuscrits français et provençaux. 
Nous renverrons dune aux folios de Timprimé, et ne citerons les manuscrits que 
lorsqu'il y aura utilité, pour des variantes qui en vaillent la peine 

2. Vie de Jesu Crist de i485, fol. lxix ; item, édit. de Trepperel, 14O7 (B. N. réserve 
U, 5,692, fol. A nu v"). — On a reproduit le passage in extenso dans les Extraits de la 



LA PASSION SELON GAMALIEL 331 

dée. En vain Gamaliel et Nicodèmc tentenl-ils sa défense . ' m les 
injurie; Gayphas les traite de-faux excommuniés « qui ont le dia- 
ble au corps » : finalement on les expulse, et Abderon et Benjamin 
vont de la pari de l'assemblée prier Pilate de citer l'enchanteur à 
son prétoire. Pilate lui l'ait porter en effet une citation dans la 
maison de Jacob par son sergent « qui avoit nom Jlomain 2 ». et le 
lundi au matin. Jésus, prenant avec lui saint Pierre, saint Bar- 
nabe et saint Mathieu, se rend au palais du gouverneur où il 
attend « dans une chambre à part » qu'on l'appelle. Déjà Pilate est 
installe'' à son tribunal, entouré de ses chevaliers porte-étendards 
et de ses conseillers Gamaliel, Nicodemus, Joseph d'Abarimathie 
et « plusieurs autres saiges hommes». Sur un ordre, le sergent 
Romain va chercher Jésus et jette par respect son manteau sous 
ses pieds : par deux l'ois les étendards, les aigles impériales s'in- 
clinent devant lui. Ce miracle, le songe de « sa femme » '. qui bien 
qu'appartenant à « la loy juive ». lui fait mander d'épargner ce 
juste, les longs plaidoyers de ses conseillers Gamaliel et Nicode- 



Vie itr Jesu Crist, plus loin. — De ces noms rébarbatifs, 1rs cinq premiers sont le^ 
mêmes à peu près dans tous les manuscrits; tous les autres varient suivant [e m>. : 
Bornons-nous à citer le Ms provençal de la Bib. Nat. IV. 29.94s, fol. 8a r» col. i. 
■ Abderon, e Neptalim, Roboam, Abraam, Benjamin, .lalies. [zacpar, Salubet, Mani- 
lat, Jacoburt, Dampsel mu Danipsel), Zeromilasbal » 

L'énumération est très différente dans lems. provençal IV, 1,919, fol J, où Zeromi- 
lasbat a cédé la place à Josep. 

1 . Vie de 1 {85, fol. lxxii (r°). 

2. Le nom propre très important de Humain est donné par l'imprimé de i485 
(fol. Lxxm r' bas, i't lxxiiii r milieu «le la page), el par les réimpressions. 

Les manuscrits français donnent presque tous Borna (Besançon 588 f. à r» ; Paris, 
H. X. IV. 979 r. r, i- ri \ 0; f 24,438 l'. 1 i'i \ r\ r, : r>; n. a. (r. {,o85 f. s : v et 88 r" : 
Arsenal, 5,366 r. 6 v et ; v», item). 

I.a version provençale B. X. fr. 24. 945, fol. 96 r, col. 1. dit « Pilai apelel .1. servent 
que a via nom /lu/nu » ci au v • col . i [Pilât] sona I ii m h 1 (sic 1 ioi il- Roma) lo servent ». — 
I.a version prov du Ms fr 1919 donne f. 9 r- bas et [0 r (haut) Romas. 

Quanl à l'ancienne traduction française en prose de l'Evangile de Nicodème (B. N, 
IV. 6,447 etc I, citée p. 269 n. 6 de ce livre, elle ne donne p.i> de nom au sergent qui est 
Bimplemenl un courrier, et il en est de même dans la traduction fr. de l'Evangile de 
Nicodème, insérée dans le sixième livre du Perceforest. 

De ions 1rs .Ms. latins collationnéa par Tischendorff (Ev. apocrypha, éd. de isy\, 
p. 338, note a du ch, I), an seul, le Florentinas contient « cursorem Ananiam », mot 
qui, même défiguré, ne peut guère donner Roma. C'est donc très vraisemblablement 
une invention de l'auteur français de la Passion seh n Gamaliel. 

">. Cette « femme » n'est nommée ni dans l'imprimé de 1 (85, ni dans les Ms. 



332 LA PASSION SELON GAMALIEL 

mus, ses propres sympathies, tout décide Pilate à absoudre l'ac- 
cusé des crimes qu'on lui reproche, et à débouter les Juifs « crou- 
lant le chief et estraignant les dents comme forcenez ». 

Sur le conseil de son juge Pilate, Jésus se hâte de rentrer chez son 
hôte de Jérusalem. Jacob, où il retrouve sa mère et ses apôtres ; 
puis le lendemain, pour plus de sûreté, tous se rendent secrète- 
ment en Béthanie dans la maison de Lazare et de ses sœurs, mais 
ils sont suivis par le bon Gamaliel qui s'est déguisé de robes 
pour tout observer : — « Et atant furent les tables mises et alerent 
menger. Et le ladre se assist a table, et Marthe servoit et adminis- 
troit les viandes. Et Marie-Madeleine prit une boiste plaine de 
oignement moult précieux et en oignit les piez de Jesucrist ' », à la 
grande colère de Judas Scarioth que Jésus a grand peine à calmer. 
Cependant les Juifs de Jérusalem sont venus en grand nombre 
pour voir le Ladre ressuscité ; les uns songent à le tuer pour arrê- 
ter les progrès de la nouvelle doctrine ; les autres, au contraire, 
bénissent Jésus qu'une voix du ciel a glorifié au milieu de ses dis- 
ciples. Il annonce son jugement et sa passion prochaine, puis 
brusquement il disparaît, au grand regret du bon Gamaliel, lequel 
« s'avise pourtant qu'il s'est musse » par crainte de ses ennemis et 
ne reparaîtra plus avant que, de guerre lasse, ils ne soient 
repartis. 

Revenons donc à Jérusalem. Le départ de Jésus, absous par 
Pilate, a déconcerté un instant la Synagogue. Mais Annas et Caï- 
phas envoient un message à Hérode, le fils de Archilaus 2 , celui 
qui fit jadis égorger les Innocents. Us le prient de faire arrêter 
Jésus s'il se trouve sur ses Etats et d'intervenir auprès de Pilate. 
Le roi Hérode renvoie le messager avec une réponse favorable et 
commande aussitôt « à ses sénéchaux » de se mettre en campagne. 
Le cercle se resserre ; « l'enchanteur » ne peut plus échapper. 

Il se dérobe pourtant, le plus simplement du monde et, le terme 
de Pâque venu, il rentra inaperçu à Jérusalem avec sa mère, Marie- 
Madeleine, ses apôtres et tous ses disciples, excepté Lazare pour 



i. Imprimé de i48.">, loi. mi x * b. (85) r°. 

2. Irupr. de i485, fol. mixx xn (92, en réalité 8j r°) ; ibidem, f. nn x * vm r>. — Cet 
Hérode dit au Messagier : « Amis, les evesques me mandent que celluy pour qui mon 
père list tuer les enfans que ilz lont mené et cité devant Pilate etc. ». 



• LA PASSION SELON GAMALIEL 

lequel il a crainl la vengeance des Juifs et qu'il a fait rester à 
Béthanie. Tous vont prendre logis, près du palais de David, dans 

ta maison de Rutli. qui donne sur un petit jardin bordé par le 
Cédron. Judas l'économe est envoyé au marché pour acheter un 
agneau blanc et un poisson '. Mais, si secrète que soit cette rentrée 
des proscrits, elle n'a pas échappé à l'attention de Gamaliel qui 
« se déguise » encore une fois « de robes », si bien (pie Judas en le 
rencontrant le prend pour un pauvre, le prie de l'aider à trans- 
porter ses provisions et l'emmène avec lui mettre les tables et 
l'assister dan- le service. 

Bientôt après. Jésus laissant sa mère et Marie-Madeleine avec 
Ruth son hôte, monte au palais de David, se met à table avec ses 
apôtres, fait apporter l'agneau rôti pour la Cène et dit : « Mon père 
commanda a Abraham et a Moïse qu'ils fissent sacrifice d'ai- 
gneaulz : or est le temps qu'on sacrifiera le Fils de l'homme. » — 
Et tous les apôtres reçoivent une part de l'agneau, excepté Judas 
qui servait et qui reçoit l'ordre d'aller chercher le poisson. A ce 
moment. Jésus annonce qu'il est sur le point d'être trahi par l'un 
des siens. Saint Pierre le presse en vain de questions, mais à 
saint Jean incliné « sur son giron », il indique un moyen de recon- 
naître le traître 1 : c'est celui qui le premier recevra un morceau de 
sa main et qui lui essuiera la poitrine 2 . Presque aussitôt Judas se 
livre lui-même si naïvement que saint Jean propose de « le bou- 
ter » sur-le-champ de la compagnie, de peur qu'il ne surprenne 



i. Iinp. de i Js.". . fol. im x (90 r", en réalité 

2. L'imprimé de i485, fol. 1111 \i (en réalité 96») écourte et modifie ce ; 
important qui est une réminiscence de la Passion «les bateleurs du sein* s. . et qui \ arie 
également dans les Ms. Ainsi, dans le Ms. de l'Arsenal, 5,366, fol. 23 v ,« celui que je 
appariera y, etc. » <->i tronqué el à peine intelligible ; la version provençale, B. V. 
04945, fol. ' \ r» esl (hure mais incomplète. Le texte le meilleur et le plus détaillé 
parait être ici celui d'un manuscrit écrit à Autun en 1470 (B. N. n. a, l'r. [,o85, p. nu r*) 
que imiis reproduirons : 

« Et Jesucrist luy disl : Celuy que premier je pestray el a moy uectoyra la p«>i- 

trine, celuy la me trayra.» — El Jesu Christ appella Judas corne s'il luy vouloil 

donner [de] raignelel Judas Tint el se agenoilla, et J. Christ prinl ung morceaulx «le 

n. el ly mis! en la bouche, et Judas mil la main au tailloir de Jeshucrist et luy 

embla ung poisson ; el Jhesucrisl pi isl uneqouppe el list sémillant de boyre.el .lui la s 

un drap el luynectoya la poitrine, et luj embla ung poisson, el puis - 
pour administrer, etc. ■ 

On a reconnu la Passion du xin s. (copiée par G de Paris) déjà citée 1 



334 LA PASSION SELON GAMALIEL • 

ses secrets, mais Jésus l'arrête en disant « qu'il est juste qu'un 
homme meure pour le peuple » et rachète le péché d'Adam : la 
Gène continue. « Adonc saint Jehan s'endormit au giron de Jésus 
et en son dormant Jésus lui révéla les secrets du ciel » : puis à son 
réveil il institue « le sacrement de l'autel et fait nouveau testa- 
ment ». 

La Cène achevée, et la nuit déjà « moult obscure », tous retour- 
nent à la maison de Ruth ainsi que Judas qui, poussé par le diable, 
s'en va bientôt à la Synagogue perpétrer sa trahison. Jésus 
demande à son hôte « une plaine ydre d'eau et ung vaisseau » et 
lave les pieds des Apôtres en commençant par saint Pierre. Et 
quand il eut fini, « il vit Gamaliel ester derrière la porte. Molt 
simplement il y ala et luy dist : « Es tu le mien amy ? Bien me plaist 
que tu as voulu veoir et ouyr ce que j'ay faict, je te eslis de ma 
partie, et saiches que, quant je transmectray et envoieray le sainct 
esperit a mes apostres, je le te envoieray aussi, lequel te illumi- 
nera et te fera saige et te gardera de tout mal. — « Sire, se dist 
Gamaliel, soies de moi remembrant » ' , et il en reçoit l'assurance de 
son nouveau maître, lequel descend bientôt après avec ses apôtres 
au verger et se retire à part en prières. 

Déjà Judas a fait marché avec la Synagogue qui, sur la proposi- 
tion de Benjamin, lui a donné trente deniers d'argent. Il revient 
avec une bande de soldats qui fouillent en vain la maison de Ruth, 
puis descendent à grand bruit au jardin. Trois fois ils veulent 
arrêter Jésus, mais trois fois une force mystérieuse les renverse ' 
jusqu'à ce que la victime les laisse faire. D'un coup d'épée Pierre a 
tranché l'oreille du valet Malchus, mais Jésus le guérit et se laisse 
docilement emmener dans la maison d'Annas. Là les sergents le 
dépouillent de ses vêtements, le lient à un pilier au milieu d'une 

dans le chapitre I des Mystères Sainte Geneviève (Ms. de l'Arsenal 0021, fol. 109 V" et 

110 r°, col. 1). 

Judas ne s'essist pas derrier. Totans quant li sires bevoit, 

Car nostre sires moult lamoit : Il li ambloit corne gloton 

Toz jors avoecques lui maingoit, Le plus beau morsel du pois[s]on. 

Et li traïctes que façoit ? Ja Dex n'un feïst nul samblant. . . . 

1. Imprimé de i485 5 lui. ini**xn r" (en réalité 9;). 

2. On a déjà relevé cette triple chute dans la Passion romane de Clermont-Ferrand, 
v. 34 ; dans la Passion d"Arras et ailleurs, p. 272, note 4, c, de ce livre. 



LA PASSION SELON GAMALIEL 

salle, et le frappent et l'outragent pendant toute la nuit : Malens 
e>t le plus acharné de ses bourreaux. Au matin, l'évêque Ca\phas 
propose de ramener le prisonnier au gouverneur île la province 
qui, cette fois, n'osera plus le sauver. Pilate se proposait justement 
d'aller avec ses conseillers Gamaliel, Nicodemus et Joseph d'Aba- 
rimathie saluer le roi Hérode, arrivé de la veille à Jérusalem, 
quand les Juifs lui amènent Jésus « tout lié et sanglant »*. — « Je 
vous avoye dit et deffendu que vous ne luy feissiez nul mal ne vil- 
lennie, vous en serez tous bien pugniz. » — Et il s'indigne de cet 
acharnement, il repousse les faux témoins produits par Cayphas, 
il les récuse tous avec l'aide de Gamaliel, il l'ait défiler devant son 
tribunal le long cortège de ceux que l'enchanteur divin a guéris ou 
qui ont vu, comme les douze prudhommes, la résurrection de 
Lazare à Béthanie 1 , mais il n'en finit pas moins par céder à la 
foule menaçante. 

Sur un ordre. Centurion conduit l'accusé au roi Hérode au tem- 
ple « où il estoit venu pour adorer avecques Bardine sa femme » '. 
Mais Hérode, bien que touché de la déférence de Pilate. s'excuse 
et refuse de juger l'affaire : « il ne prendroit nul honneur en la 
mort de cest homme qui ne lui a de rien niellait » : il se rappelle 
combien le supplice d'un autre prophète, saint Jean-Baptiste, exé- 
cuté naguère dans son hôtel, lui a coûté cher, à lui et à sa famille. 
Aussi fait-il revêtir Jésus « honorablement de pourpre », et il le 
renvoie à Pilate, Lequel demande encore une fois conseil à Gama- 



i Imprimé de i485 fol. iiii x *x b i r» (toi). 

2. Imprimé de i J85 Col. imx*xix (eu réalité io4), réimprimé dans les Extraits de la 
Vie il'' Jesa Crist. 

'i. « Bardine sa femme qu'il avait prinse après la mort de Herodes ». 

Cette leçon de l'imprimé de i485 (fol. ci r*), est absurde, mais elle est donnée par 
divers Ms., donl quelques-uns seulement cherchent à l'expliquer par l'addition finale 
<lu mot « son frère » 

B. N. fr. 979, fol. a3 r° « Herodes, lequel estoit venuz veillier au temple avec sa 
Femme Gardiane, Laquelle il avoit prinse après la mort « 1 » - Herodes».— Arsenal 5,366 
p. 5a i - même Ire. m, mais Gardiane. 

li. N. IV •• j [>•, fol. is; r « Hérode qui estoit venu veiller avec sa femme, gardienne 

au temple qu'il avoit priuse après la i i de Herodes son frère. » — B. N. n. a. ir. 

J,ns;> fol. nia Bardiane..., Herodes son frère ». 

La leçon la |p1m> simple cl la meilleure est donnée ici par la version pro> en< 

I'. N. fr. 39,9{5 ï cm r- « Herodes que era vengut velhar al temple ara sa molher 
Gardian que avia preza après la mort de Erodias. » 



336 LA PASSION SELON* GAMALIEL 

liel, mais de guerre lasse est bien obligé de procéder, malgré lui, 
à la condamnation. Le bon Gamaliel proteste en pleurant que le 
condamné est vrai fils de Dieu, et que les prophéties sont accom- 
plies. 

Déjà le cortège est en route. Les Juifs vont prendre « ung grant 
tref qui ne pouvoit entrer en la place du temple de Salomon », le 
mettent sur le cou de Jésus et lui font porter ou traîner jusqu'au 
Golgotha où les deux larrons Gestas et Dismas l'ont précédé 4 . Là 
les sergents l'étendent sur la croix fabriquée à la hâte, en forme 
de T ou « de marteau ». et il y accomplit encore des miracles. La 
Véronique 2 baille à Notre Dame son « couvre-chef » ou une bande 
de sa coiffure, dont elle essuie le visage défiguré de son fils, et 
« après Véronique fut guérie de mesellerie » ; mais Nicodemus a 
grand'peine à la protéger des violences des bourreaux. Lorsque 
Jésus a été élevé sur « la croix la plus haute » en forme de mar- 
teau, le bon Nicodemus s'aperçoit encore qu'il ne peut soutenir sa 
tète, faute d'appui. Il retourne à Jérusalem chercher un ais 3 ouune 
planchette qu'il rapporte bientôt avec une inscription en grec, 
hébreu et latin, que Pilate lui a remise à son passage, et qui, 
clouée au-dessus de l'ais, provoque une nouvelle colère de l'assem- 
blée. Le lugubre supplice se prolonge interminablement : enfin 
Jésus recommande sa mère à saint Jean et expire au milieu des 
prodiges. Centurion le reconnaît pour le fils de Dieu et refuse aux 
pontifes Annas et Cayphas de l'outrager après sa mort et de lui 



i. L'imprimé de 14SÔ donne tantôt Drainas, tantôt Dismas : on retrouve les mêmes 
variantes d"orthographe dans eertains manuscrits. 

2. Imprimé de i485, fol. cv r' (m). Identique dans les Ms. : Arsenal, .">,366 p. 34 v° : 
B. IS*. fr. n. a. fr. 4"'»' J f - Ilf > v °- 2 44^8 p. 18; r'. — Ms. provençal 24,9^0 fol. 
cxii r°. 

On lit dans le Roman d'Arles (4^5) [Revue des langues romanes, i838, p. $2] : « Vezona, 
qui aportet la benda de Nostra Dona, que s'appella veroriea. de que l'on torcada la 
cara de Crist e esformat lo menton e tota la fazia de la profela Jésus ». « Je ne sais, 
dit M. Chabaneau, p. ai-, n. 4""4> si un autre texte que le nôtre donne cette origine 
au linge miraculeux. » — Les textes précités répondent à cette question. 

3. Même trait dans la Passion des bateleurs d'Autim (Bib. Nat. na. fr. 4j°85, v. 1014. 
p. 160 r'. 

Et la un prudomme il avoit Et ilec Pilate encontrit 

Qui en Ilierusalem aloit, Qui diligemment demandit 

Oui une ais aloit chercher Que de cela fere vouloit 

Pour la teste Ihcsu pouser, 



LA PASSION SELON GAMA.L1EL 337 

rompre Les jambes 1 . .Mais, à défaut de Centurion, un vieux cheva- 
lier aveugle, Longis, perce le côté du Christ d'une lance et recou- 
vre aussitôt la vue. Joseph d'Arimathie recueille le sang précieux 
dans un grand vaisseau et garde avec soin la lance-, puis ému par 
les longues plaintes de la Vierge 3 , il se rend auprès de Pilate 
pour lui demander le corps de son maître et l'ensevelir honorable- 
ment. 

Joseph se rencontre avec le sergent Malcus qui venait se plain- 
dre au gouverneur de ce que ses compagnons voulaient partager 
en pièces « la belle gonelle » ou la tunique sans couture de Jésus, 
au lieu de la tirer au sort. Pilate lui donne raison, et Malcus. favo- 
risé par le sort, vend la précieuse tunique à Pilate 4 , à la grande 
joie de Gamaliel qui rappelle à ce propos un verset du psautier de 
David. 

Cependant la Vierge qui est restée seule avec saint Jean et les 
saintes femmes au pied de la croix poursuit ses tristes plaintes. 
Elle obtient à force de larmes et de prières que les soldats envoyés 
pour briser les jambes des condamnés, et les jeter dans la fosse, 
respectent le corps de son fils. La nuit s'avance et les saintes fem- 



i. L'imprimé de i4<S5 dit, fol. cvn r « qu'il lui meist la lance au coté » et n'amène 
les soldats chargés de rompre les jambes des condamnés que bien plus loin, après de 
Longues interpolations. 

a. Imprimé de i4S5. fol cvn : item Ms. : Arsenal 5.3G6, f. 3; v : B. N. n. a. fr. 4.oS;>. 
I'. i [8 v- : 34,945 loi. 

on reconnaîl ici une variante de la célèbre légende du Saint Graal(èd. Fr. Michel). 
Nostres sires ba treit avant Que Joseph requeillu avoit, 

Le veissel precieus et grant Quant il jus de la crouiz l'osta 

Ou li saintimi ;s sans estoit Et il ses plaies li lava. 

3. Cette plainte est relativement courte dans les manuscrits français et dans la 
version provençale 24,945 fol. cxm v col. 1 ; dans l'imprimé de 1 (85 elle est allongée 
d'un > [ncidenl décrit plus loin ou de la requête de si Augustin. 

J Imprimé de i485 fol. exi (115); item. Ms.. B. N. fr. 939, fol. 29 v ; IV. •.>.;. ;;s. fol, 
[55 v: provençal H. .N. IV. 24,945 fol. cxim r- etc. 

Voilà enininent Pilate se procure le talisman qui le protégera plus tard contre la 
colère de Tibère Nous avons déjà cite p. 335, n. j de ce livre une variante de la 
même légende dans la Passion d Irras et la Vengeance de Mercadé L'origine com- 
mune de ces légendes est l'apocryphe: Mors Pilati Tischendorff, Evang. apocrypha, 
1875, p. j">; : Pilatus autera tunicam Jesu inconsutilem secum detulit), lequel apo- 
cryphe a inspiré en partie la chanson du Vespasien ou de la Prise de Jérusalem, 
c'est-à dire 1.1 Vengeance mise au théâtre par Mercadé (çf I' Meyer, />'. delà s. des 
Anciens textes Jr. i^;">. 1 



338 LA PASSION SELON GAMALIEL 

mes ont une nouvelle angoisse quand elles voient arriver Joseph 
d'Arimathie et Nieodemus, auxquels une femme de Galilée, l'Hé- 
morrohoïsse guérie, a donné gratuitement un beau suaire blanc * 
pour ensevelir le Christ, et qui viennent remplir leur pieuse mis- 
sion. Saint Jean va au devant d'eux, les reconnaît et les aide à 
détacher de la croix le corps de Jésus qu'ils déposent d'abord dans 
le giron de sa mère, et qu'ils vont ensuite ensevelir dans un sépul- 
cre neuf. Puis les fidèles désolés retournent à Jérusalem, et la 
Vierge suit docilement l'apôtre saint Jean 2 . 

Ainsi s'arrête une première fois le vieux poème français mis en 
prose dont il n'était pas besoin de souligner la naïveté archaïque, 
et dont on s'est borné à résumer la marche en saciùfiant le moins 
de détails possible. On a dû pourtant écourter la fin, où l'imprimé 
diffère le plus sensiblement des manuscrits. Si l'ancien poète fran- 
çais a réuni de nombreuses légendes de l'Evangile deNicodème, de 
la Passion romane de Glermont-Ferrand, de la Passion française 
des bateleurs du xm e siècle et de la Passion d'Autun, du Saint 
Graal, du Roman d'Arles et de la Vengeance, le compilateur de 
i485 y a encore ajouté de nouvelles légendes qu'il a insérées et en- 
chevêtrées au milieu des précédentes. Ainsi la plainte de la 
Vierge au pied de la Croix 3 , assez courte dans les Manuscrits 

i. Ms. B. N. 24438, fol. 100 r° « de Gallillée, etc. » ; provençal 24,945 f - cxmi v.— Le 
Ms. de l'Arsenal 5,366, fol. 39 v° contient une grosse faute : une femme qui estoit de 
Galice (sic). 

2. Toute cette lin est très allongée dans l'imprimé de i485 à l'aide d'emprunts aux 
Meditationes Vitae Christi. Les Ms. français et le Ms. provençal (B. N. fr. 24,940 fol. 
«xiiii v ) disent brièvement « qu'elle s'en va avec les autres dames et St Jean 
l'Evangéliste en Galilée ». 

3. Prenons la première « plainte » de l'imprimé de i485, p. cvm r Ha ! le mien cher 
filzje te eu de la bouche du Saint Esperit et te enfantay a grant joye. Et je te voy 
maintenant pendu et clavelé en l'arbre de la croix, etc. » Non seulement cette plainte 
se retrouve dans tous les Ms. français et provençaux de la version en prose, mais 
elle est très reconnaissable dans Y Evangile de Nicodème en vers provençaux, éd. 
Suchier, p. 2-, v. 913 : 

Vos mi trames lo rey del cel Del frugz santz esperitz vos aye, 

Per la boea san Gabriel, Car sol la vos de dieu mi plac, etc. 

Suit dans l'imprimé de i485 f. cvm v et suiv. ce qui n'est naturellement plus dans 
les Ms. français et provençaux : « Comment la Vierge Marie s'apparut à sainct Augus- 
tin et lui monstra toutes les grans douleurs et les grans gemissemens qu'elle eut a la 
passion de son filz ». 
« Comment sainct Augustin fist sa requeste ». 



LA PASSION SELON GAMALIEL 339 

français et provençaux, a été doublée par « un incident » ou 
une nouvelle Lamentation : c'est la reproduction textuelle de 
l'apocryphe attribué tantôt à saint Bernard , tantôt à saint 
Augustin, et que le bon moine Jean de Venette, [tour tran- 
cher la difficulté, attribuait à tous les deux 1 . De même le der- 
nier épisode, un peu développé dans le poème français et dans les 
manuscrits, était celui de la tunique gagnée par Malcus, et l'im- 
primé ajoute ici des pages, îles chapitres entiers d'ailleurs intéres- 
sants. La descente de croix notamment et la sépulture du Christ 
sont vraiment belles dans leur naïveté colorée : on dirait des frag- 
ments d'un vieux vitrail. Mais, au fait, ces pages, nous les connais- 
sons déjà: elles sont empruntées telles quelles aux Méditationes 
Vitac Ghristi. Non. pas même aux Méditationes, puisque ce livre 
latin, il aurait fallu prendre la peine de le traduire. A quoi bon. 
puisque le traité apocryphe de saint Augustin et les chapitres des 
Méditationes visés étaient déjà traduits dans la Passion française 
composée en i3p,8 pour la reine Isabeau de Bavière. C'est dans 
cette Passion de i3()8 que le compilateur de la Vie de Jesu Crist 
de i485 est allé les chercher 2 , et ce sont à peu près les seules 



i. B. N. ms. fr. 13,468, fol. 7Î i" col. 1 : 
Les complaintes et les faustins, Elle depuis leur révéla 

Ainsi com[me] saint Augustin Ci- qu'el souffri leur recompta, 

Et saint Bernard le nous recontent I.i dit en sont bien véritable 

<jui le plaint (ms. complaint) de la Vierge Et la matière bien pitable. 

[comptent. 

a. Sur la Passion de i'ijS. 9e reporter aux pages 252. 253 de ce volume. 

Exactement, le compilateur a ajoute dans l'imprime de i485 tous les chapitres 
depuis le t'ol. cxn r°. Comment la Vierge Marie estoit demourree a la croix, laquelle 
ploroit etc., jusqu'à et y compris fol. cxviv* a vi^v «Coin ment Joseph dabarimathie 
et Nicodemus descendirent notre seigneur de la croix.— Ces chapitres correspondent 
rigoureusement au chap. jg lin. s... 81, 8a, 83 des Méditationes, 

Pour la vérification des emprunts on n'a qu'à prendre un bon manuscrit de la 
Passion de [3g8, par exemple H. de l'Arsenal 9,038. La requeste de Si Augustin s'y 

trouve fol 53 r et suiv . la descente de croix, fol. 68 V <c Kl lors Se vont ordonner a 

despendre le corps de la croiz et vont drecier amont les eschelles, l'une sur le bras 
destre de la croix et sur ceste cy monta Joseph atout 1111- marteau ». Cf. Méditationes, 
ch. 81 : c Ponuntur duae scalae a lateribus crucis oppositae, Joseph ascendil super 

scalam laleris dextri » 

Il est encore plus Simple de prendre le mauvais manuscrit non identifié de la bililio- 

thèque Nationale fr. j î . "[ >s qui a l'avantage de contenir dans le même volume la 

Passion .ii- |-;.|.s eu teie (incomplète des premiers feuillets) ci plus loin(f. 1 i<> v)la Pas- 



340 LA PASSION SELON GAMALIEL 

additions qu'il ait faites au manuscrit, mais elles sont longues ! Il 
est vrai qu'il a pris moins de peine pour la suite. 

Dans les manuscrits, le récit reprend immédiatement après le 
retour à Jérusalem et continue sans interruption par l'histoire de 
Joseph d'Arimathie. Cette partie du vieux poème français n'a 
presque pas été remaniée dans l'imprimé (fol. vi xx verso), et, pour 
diverses raisons, peut être résumée beaucoup plus vite. 

La Synagogue s'est réunie en grande rumeur ' . Les princes effrayés 
par les menaces de Gamaliel et de Nicodemus, ont confié la garde du 
sépulchre de Jésus à Centurion, et ils ont fait mettre en prison 
le traître Joseph dAbarimathie. Ils sont fort effrayés le lendemain 
matin de ne plus retrouver leur prisonnier : déjà le Christ ressuscité 
l'a délivré. Centurion lui même qui a vu la résurrection du Christ 
serait fort embarrassé de faire son rapport à la Synagogue, si 
Gamaliel qu'il est allé consulter ne lui donnait un bon conseil : 
« Centurio, saichez que annuyt, environ le point du jour, Jesucrist 
vint a moy et me dist cpie je ne doubtasse de rien. Si les evesques 
vous demandent Jesucrist, vous leur direz qu'ilz vous rendent 
Joseph qu'ilz misdrent vendredi au soir en la tour 2 . » 

Cet argument désarme en effet la Synagogue qui n'a plus qu'à 
acheter le silence de Centurion et des gardes à prix d'argent. 
Argent perdu d'ailleurs, car les témoignages se multiplient. Le 
chapelain Abraham vient prévenir l'assemblée consternée que la 
courtine du temple de Salomon est déchirée et qu'il a trouvé sous 
ses plis les fils de Ruben morts depuis si longtemps, Carioth et 
Elion 3 , « avec leurs suaves blancs affublés ». Quand tous « les eves- 



sion selon Gamaliel qui nous occupe : Requête de St Augustin f. 58 v ; descente de 
croix fol. j5 r - ; item i56 v la descente de croix sommaire du vieux poème français, 
avant les additions de l'imprimé de i4S5. 
i. Imprimé de i485, fol. vi x * (en réalité 12;) v. 

2. Imprimé de 1480 f. vi*><vi v. 

3. Ibidem, fol. vi^vii. — L'orthographe de ces noms varie dans les Ms. français 
et provençaux. — Arsenal 5,366 44 v " et 45 v Carios ; B. N. fr. 959, fol. Sj r' Carios 
et Liseos, Cariotz et Lizeos ; 24,438 fol. 162 1" Carios et Lesios. 

Version provençale: lî. N. 24,945 fol. 117, Carias et Lezios. 

Cariotz, Cariot, Catios sont dos altérations anciennes du nom de Carinus dans le 
texte latin de l'Evangile de Nicodènie (éd. Tischendorff, 1876, P. II, eh. I (XVII) p. 390). 

L'Histoire scholastique, cap. clxxviii (Patr. Migne), t. 198, p. i653 dit : « Quod autem 
aliqui eoruin itcnim mortui sunt. postquam Dominuni surrexisse testiticati sunt, 



LA PASSION SELON GAMALIEL Ml 

ques » effrayés sonl venus constater avec précaution i;i présence 
des revenants, Carioth l'ait signe « qu'on lui apporte de l'encre et 
du papier pour escripre pourquoy il estoit venu avec Elion ». tous 
deux ('ciivcnl en même temps une longue déposition sur la des- 
cente de Jésus aux enfers, puis ils remettent aux assistants leurs 
chartes qui se trouvent être identiques, et disparaissent. Seul alors. 
Cayphas persiste encore à reconnaître dans tout ceci la main du 
diable, mais les Juifs déconcertés « plorant. ferant des pieds » se 
décident à envoyer un messager en Galilée pour ramener Josepb 
dÀbarimatbie. Quand celui-ci, de retour à Jérusalem, a raconté à 
la Synagogue et à Pilate convoqués tous les détails de sa déli- 
vrance, et déclaré comment le Christ vengerait bientôt « sa mort 
et passion' », l'assemblée se sépare, stupéfaite, et le conseil ne 
reprend que le lendemain au milieu des lamentations. L'affliction 
redouble quand trois pèlerins de Galilée viennent déclarer qu'ils 
ont vu Jésus Christ sur un puy, « séant sur une pierre de marbre 
et prêchant ses disciples ». Cette fois les Juifs chargent d'impréca- 
tions leurs évêques qui les ont trahis et qui se défendent très mal 
contre Nicodème. Pourtant il est décidé qu'on enverra un dernier 
messager à .billet, en Galilée, pour qu'il dépèche trois témoins 
irrécusables et qu'on soit enfin fixé. Les témoins arrivent, Abra- 
ham, Jacob et Hubeu. Abraham ne peut que confirmer l'Ascension 
du Christ et la descente du Saint Esprit sur les Apôtres auxquels 
il a donné le don des langues, et Gamaliel exhorte la Synagogue 
confuse à la pénitence *. 



scimus quia corpora quorumdam adhuc quiescunl in Jérusalem el sanctus tscarioth, 
iinn- eorum fuisse a quibusdam perhibetur. • Ce saint Tscarioth, dont on a l'ait plus 
tard un abbé, esl une altération analogue du mol de Carinus ; il est cité comme té- 
moin d<> peines d'enfer dans le Traité des peines d'enfer et de Purgatoire imprimé 
I »< » 1 1 1- Aiii . Verard en i [9a Ch. I. lin. 

1. Voici le texte exact de l'imprimé de l'imprimé de 1 ;sr> « [ u i ajoute aus manus- 
crits et provençaux la dernière phrase mise entre | I. — - Et puis Jesu Crisl me 

dist que ung li un- .le estrange terre vengeroit sa mort cl passion. l'A puis il me 

• list qu'il s'en aloit en Galilée a ses apostres pour les visiter et conforter, pour la 
grant douleur qu'ils ont eu de ma mort cl de ma passion. [Cestes choses me dist 
Jésus Crisl après sa résurrection et me dist qu'il aloit reconforter sa mère, laquelle 
m ■ l'avoit veu depuis qu'elle le tenoit en son giron] — après la descente de croix. 

a. Fin allongée d'une phrase dans l'imprimé de i485, fol. vu 6 verso — Cf la Un 
des M- français et provençaux, Romania 1898, p. tSo. 



342 LA PASSION SELON GAMALIEL 

Ici finit la version en prose du poème français dans les manus- 
crits. La Vie de Jesu Crist de i485, a reproduit cette fin à peu près 
sans changements. Elle se contente d'y ajouter deux morceaux dé- 
tachés qui sont en dehors de notre sujet. 

i° (fol. VII XX VI r°) Un court récit de la Mort et de l'Assomp- 
tion de la Vierge. Les citations latines insérées dans le texte per- 
mettent de reconnaître une traduction du petit traité de Meliton 
inséré dans la Légende dorée, qui a inspiré tous les mystères 
français et étrangers sur l'Assomption. 

2° (fol. VII XX r°) Des fragments décousus d'une légende d'ail- 
leurs connue des miracles de l'apôtre saint Jean. 

Tels sont les divers éléments de la compilation la plus compli- 
quée et la plus populaire du xv e siècle, laquelle n'a cessé d'être 
remaniée, corrigée, diminuée, augmentée, traduite, résumée et 
réimprimée sous des formes si variées qu'elles ont souvent dérouté 
les bibliographes. Il suffira de rappeler les principales. 

a) La première partie de la Vie de Jesu Crist (depuis la Créa- 
tion jusqu'à la légende de Judas) parut à part quelque peu rajeunie 
et corrigée par les soins du « simple orateur natif de Troyes en 
Champaigne » ou de Pierre Desrey, coutumier d'opérations de ce 
arenre ' . 



i. Sous un titre différent : fol. i r- (S)'Ensuyt la vie de Jesuchrist en fran\\coys 
Imprimée || a Paris nouuellement . A la vérité de la sainl|cte escripture. Concordee et 
assemblée au texte || des quatre Euangelistes Postillee et exposée || selon les gloses 
et concordances des excellens || et souuerains Docteurs de nostre mère saincte Eglise. 
|| On les vend a Paris en la rue neufue nostre Dame a l'ensei||gne de l'escu de France. 

Par Alain Lotrian ||. (A la fin) Gy linist i'ita Christi || en Francoys Nouuellement 

Impri-mé a Paris, s. d. 

In-4' de 54 f. non chiffrés, sign. Aii — Miii, Car. goth. à longues lignes, grav. sur 
bois. Titre en car. rouges et noirs (B. Nat., réserve H. 953). 

Le même ouvrage, A Paris H chez Simon Caluarin rue Sainct Jacques. . . Paris, s. d. 
in-4- de 44 ff. non chiffrés, sign. Aii— Liii, car. goth. à 2 col., grav. sur bois (B. Nat. 
Réserve, H. 606). 

Id. Paris, Bonfons, (B. de l'Arsenal, Théol. 3o;, Aï. 

Dans d'autres éditions, notamment dans la Yita Christi en francoys historié etc., 
imprimé à Troyes chez Jehan Lecoq. S. d. (1027. in-4- goth. 35 1. à la p., fig. en bois, 
(B. de Troyes n- I2,3S5) on a ajouté la légende de Judas. 

Toutes ces éditions sont omises par Brunet, et dans le relevé récent des publica- 
tions de Pierre Desrey par II. .Monceaux (Les Le Rouge de Chablis, 1895, p. 246). 

L'identification que l'on propose est d'ailleurs assurée puisque P. Desrey a signé, 
dans les mêmes termes, mais plus complets, le prologue d'un ouvrage connu : 



LA PASSION SELON GAMALIEL 313 

h) La seconde partie, ou « la benoiste passios et résurrection par 
Le bon maistre Gamaliel, Nicodemus, etc. », fut également réim- 
primée ii part sans changements par Le libraire Jehan Treperel, à 
Paris, en r J92 et i4<V~ '• 

c) Cette Passion selon Gamaliel, version en prose d'un ancien 
poème, est souvent suivie dans les manuscrits- de la version 
analogue du poème de la Vengeance de N. S. ou de la destruc- 
tion de Hierusalem 3 , qui fut mis au théâtre par Mercadé. Il n'est 
pas impossible qu'un manuscrit de ce genre (c'est-à-dire con- 
tenant la Passion suivie de la Vengeance) ait inspiré les « compa- 
gnons » qui dès i'3<,G jouaient à Nevers la Passion et la Ven- 
geance \ Quoi qu'il en soit, la Vengeance en prose ne tarda pas à 
être insérée dans les éditions nouvelles de la Vie de Jesu Crist, 
qui avait changé de nom et pris le titre équivoque île Vita Christi, 
dans le langage courant. 

Cette Vita Christi. augmentée île la Vengeance, obtint elle- 
même à Paris, à Lyon, à Poitiers, à Troyes. jusqu'au xvm e siècle, 
de nombreuses éditions b dont la nomenclature très incomplète 
remplit plusieurs colonnes de Brunet ". Au xvi e siècle (i544)- die 
fut de nouveau traduite en languedocien « al lengaget de Tholosa » 
et publiée chez le libraire J. Colomiès ; au xix e siècle, elle fournit 



Les Postules d expositions des Evangiles, etc., Troyes. G. Le Rouge, 3i mars i(«ia 
1 1 i'i l n. 9. Je, Pierre Desrey, simple orateur natif/, de Troyes en Champagne et bon 
françoys... 

1. Brunet, -V édition, t. 5, p. (■->; (Passion de Jésus-Christ). — La Bib. Nat. poss de 
l'édition de i493 : Réserve I). 5,692. 

•2. Besançon, 588, f. a."> v. Paris, l>. N. ms. fr. 93g f. 5o r : IV. 24.)?* f. -2112. Arsenal 
5,366. L64. 

i. Sur ce poème voir la notice de I'. Meyer, II. delà Soc. des anciens textes fr. 1830, 
p, 53-55. 

j. Cf. I'. de Julleville, Les Mystères, t. II. p. i;;; 

La mention dans les comptes originaux île la v. de Nevers u'esl pas assez explicite 
pour rien décider D'autre part, on trouve des M- où la Passion des bateleurs du 
xiu* s. esl égalemenl suivie à plus on moins de distance de la Vengeance en vers 
Exemples, Arsenal, N 5aoi, et le Ms. de Turin actuellement détruit, mais heureuse- 
ment décrit par M Stengel. (fr 36 (LIL 14.) Chi faut li roumans de nostre dame et la 
sonffranche Jhesucrist, si comraenche sa uenganche ». 

.">. Le9 dernières éditions populaires, notamment celle de 1706, vue et corrigée par 
C. Mallemans de de Soi- sonl .1 la lîil>. de Troyes 

il. Brunet, 5*édit. t. V. p. 1184 .1 1188, Vies de Jesu Crist. 



344 LA PASSION SELON GAMALIEL 

de longs extraits à plusieurs Dictionnaires de l'Encyclopédie 
Migne, et l'érudit Peignot en publia un résumé dans la Praedica- 
toj*iana(i8fî). Le vieux livre n'a donc cessé d"ètre réimprimé jus- 
qu'au xix c siècle, et il y a peu d'exemples d'une aussi longue 
popularité ; mais malheureusement ces réimpressions sont rares, 
et l'édition originale de I480 qui peut seule entrer en ligne de 
compte avec les manuscrits, est rarissime. Ce sera peut-être l'ex- 
cuse de cette longue analyse, sur laquelle reposent toutes les dis- 
cussions qui suivront. 

Les faits établis, et la comparaison de l'imprimé de i485 et des 
manuscrits terminée, nous n'avons plus qu'à justifier brièvement 
nos assertions précédentes et à démontrer par des indices très sim- 
ples comment, malgré des contradictions apparentes, la Passion 
d'Auvergne et les mystères rouergats sont tous deux tirés non 
d'imprimés, mais de manuscrits que nous ne connaissons plus. 

i° La Passion d'Auvergne est antérieure à i4~7- et le courrier 
de Pilate s'y appelle Romain. Or tous les manuscrits français et 
provençaux de la version en prose du poème français que nous 
avons consultés donnent Roma, un seul Ronias. Romain n'appa- 
raît que dans l'imprimé de i485 et ses réimpressions. Cela prouve 
simplement que le compilateur de i485 a copié Romain dans un 
manuscrit analogue à celui qu'avait employé le poète d'Auvergne. 

2 Dans les mystères rouergats, le courrier de Pilate s'appelle 
Roma comme dans les manuscrits, et il est nommé ailleurs Roman 
(sic. non pas Romain) dans une table des matières l . Cela prouve : 

i° Que ladite table des matières est probablement d'un autre 
auteur que le reste de la compilation (??). 

2° Que toute la compilation a été prise dans un manuscrit. 
Ce manuscrit ressemblait d'ailleurs à celui qui a été reproduit 
dans l'imprimé de i485. En effet, le commencement de la déposi- 
tion de Cariot et d'Elion. traduit dans les mystères rouergats, 
contient des additions qui ne se trouvent dans aucun des manus- 
crits français et provençaux, et cette première phi*ase du texte 
rouergat coïncide au contraire avec le texte de l'imprimé de i485. 
Il est d'ailleurs facile de distinguer dans cette traduction rouergate 



1. H. X. 11. a. fr. 6.252 fol. 3o v. 



LA PASSION SELON (1AMALIEL 

textuelle un ou deux détails parasites qui ne sont ni dans l'im- 
primé, ni dans les manuscrits, et que l'auteur rouergat a ajoutés 
de son chef. Donc il était bon, nécessaire de comparer l'imprimé 
aux manuscrits, d'autant plus <[ue. par hasard, la première partie 
de la Vie de Jesu Crist contient des épisodes de la vie publique du 
Christ ' qui reparaissent dans les mystères rouergats et qui au- 
raient pu faire confusion en donnant à penser que le compila- 
teur aurait également imité cette première partie. 

Quant à ce fait qu'outre la version en prose du poème français 
tiré de Y Evangile de Nicodème, le compilateur ou les compilateurs 
rouergats ont connu par surcroit Y Evangile de Nicodème en vers 
provençaux, il s'établira tout seul puisqu'un mystère rouergat. celui 
de la Résurrection, contient des vers dudit Evangile de Nicodème 
rimé qui. naturellement, ne se retrouvent pas dans les versions en 
prose provençale du poème français. Si compliquée que soit la 
filière des emprunts que nous avons indiquée, elle sera matériel- 
lement établie quant on aura lu les mystères d'Auvergne et de 
Rouergue qui suivent. Avant, nous avons simplement placé quel- 
ques extraits de la Vie de Jesu Crist de 1480, à feuilleter comme 
pièces justificatives, et qui sont à rapprocher du texte des mys- 
tères rouergats. 



1. Voir plus loin cette déposition ou lettre réimprimée dans les Extraits de la Vie 
de Jésu Crist de i4H5 et noter l'expression « le limbe du sein d'Abraham », p. 35a. 

2. Exemple : le chapitre de la Samaritaine reproduit in extenso dans les Extraits de 
la Vie de Jesu Crisi de i485. 



EXTRAITS DE LA VIE DE JESU CRIST DE 1485 

(B. N. Réserve H. 506). 



PREMIERE PARTIE 
VIE PUBLIQUE DE JÉSUS 

FIN DE LA TABLE DES CHAPITRES 

Come Jesucrist plora sainct Jehan Baptiste. (Fol. LIIII, verso). 

Corne Jesucrist retourna a Nazareth o ses disciples. (Ibid.). 

Comment Jesucrist guérit le leppreux. (F. LV). 

Comment Jesucrist guérit l'enfant du chevalier Senturion. (V°). 

Comment Jesucrist guarit l'aveugle. (Fol. LVI). 

Comment l'aveugle fut mené devant les princes de la loy. (V°). 

Comment Jesucrist guérit la famé du flux de sang. (Fol. LVII V). 

Comment Jesucrist guérit le sourd. (F. LVIII r*). 

Comment Jesucrist demanda à ses disciples que les Juifs disoient de luy. (V°). 

Comment Jesucrist ressuscita ung mort [à Navm]. (Ibid. ). 
Comment Jesucrist dict a ses disciples que Jérusalem seroit destruict. (F. LIX, r"). 

Comment Jesucrist guarit le demoniacle. (Ihid.). 

Comment Jesucrist fut interrogé des Juifs f.Matth. XXII.] (V J ). 

Comment les Juifs voulurent prendre Jesucrist. (F. LX r°). 

Comment nostre Seigneur Iesu Crist lessa Ierusalem. (F. LXI r). 

Comment les apostres de nostre Seigneur mengcoient les espies du blé. (V - ). 

Comment Judas le traistre fut nez. (Fol. LXII). 



Comment nostre seigneur Iesucrist lessa Ierusalem (fol. LXI r°. — 

Cf. Mystères rouergats, p. 12 à 19). 

Relinquit Jésus Judeam et abiit in Galileam (Johannis, IIII). 

Jesucrist lessa Judée, c'est assavoir Jérusalem, et s'en ala en Galilée, 
et passa par une cité qui s'appelle Samarie, et si avoit près de la cité une 
belle fontaine, et Jesuscrist estoit las de cheminer, et se assist atouchant 
de la fontaine environ l'eure de VI e , et ses disciples alerent en la cité 
quérir a menger. Et entretant que les disciples de Jesucrist estoient en 
la cité quérir a menger, une famé de la ville vint a la fontaine. Et la famé 
luy dit : Domine scio quod Messias venit qui dieitur Cristus. Sire, j'ay 
entendu que le Messias vient qui est appelle Jesucrist, et quant il sera 
venu, i! nous dira beaucoup de choses. Et Jesucrist lui dist : Ego sum 
qui loquor. Je suis celui qui parle a toy. Et quant les disciples de Jesu- 
crist eurent apresté les viandes, ilz yindrent a Jesucrist et quant ilz virent 



VIE DE JESU CRIST DE 1485 347 

qu'il pnrloit a la famé, ilz se merveillerent moult entre eulx. Et la famé 
laissa le pot et s'en ala en la cité et dit es gens qu'elle avoit trouvé Jesu- 
crist : « Venite et videte hominem qui dicit michi omnia que Jeci. Venez 
voir ung homme lequel m'a dit tout quanque j'ay fait. » Et ceulx de la 
cité dirent : « Ce doit estre Jesucrist. » Et adonc tous saillirent de la 
cité et vindrent voir, et entretant les disciples luy disoient qu'il mengeast, 
et il leur disoit : « Ego eibum habeo manducare que m vos nescitis. » Et 
adonc nostre seigneur dit a ses apostres : « J'ay a nienger d'une viande, 
laquelle vous ne scavés point. » Et les apostres dirent entre eulxque l'on 
luy aportast a menger, et Jesucrist nostre seigneur leur dit : « Meus 
cibus est ut faeiam roluntatem ejus qui misit me. Ma viande est que je 
face la volenté de Dieu mon père, lequel m'a envoie en terre. » Et ap r ès 
ces choses dictes veult menger avecques ses disciples sur la terre en 
moult grant humilité '. Et après qu'ilz eurent mengé, il entra dedens la 
cité et ala prescher, et creurent en luy plusieurs gens pour la parole de 
la famé qu'elle leur avoit dit quant elle eut parlé a nostre seigneur en la 
fontaine, et Jesucrist demeura dedens celle cité deux jours. Pone supe- 
rius ah angono dirige ut in Jîgitrihus sanctorum inverties in vita apos- 
tolorum Symonis et Jude 2 . 

Comment les apostres de nostre seigneur mengoient les espies du blé. 

Comment Judas le traistre fut nez. (Suit la légende, fol. LXII 

à LXVII r°.) 



SECONDE PARTIE 

Comment au partir de Betffagie Jesucrist manda Sainct Pierre et Sainct 
Phelippe en Jérusalem pour aler quérir i'anesse et le polain | et] des- 
sus l'anesse entra en Jérusalem ! , fol. lxvii v°. (Cf. Mgst. H., p. 95 96.) 

El quant ilz furent près de l'entrée de la porte de la rite de Jérusalem, 
Jesucjist dist a Sainct Pierre et a Sainct Phelipe qu'ilz entrassent en la 

i. « Menger sur la terre en grant humilité », ce trait vient «1rs Meditationes Vitae 

Christi Gh. XXXI. — Le mystère i ergat de la Samaritaine présente un trait analogue 

p. is: « Aras Be asieto los disipols en terra, etc. », mais Jésus ne partage pas l«'«ir 
repas, ce n'est donc qu'une fausse analogie el le compilateur rouergat n'a pas utilisé 
ce cha pil re 

2. Renvoi suit à la Légende dorée, soit aux Vies des Saints ou aux Evangiles fériaux. 

i. Texte a peu près identique dans la plupart '1rs manuscrits, Dans | ( - manuscrit 
de la Bib Nation, n. a. IV. },o85, le \<-\U- est encore semblable, mais les titres <•! les 
divisions des chapitres diffèrent très légèrement. 



348 VIE DE JESU CRIST DE 1485 

cité, et qu'ilz luy amenassent une anesse qu'ilz trouveroient liée avecques 
son polain, et Sainct Pierre dist : « Et que ferons nous si les gens la 
nous ostent? » Et Jesucrist leur dist : « Vous ne trouverez la 1 homme 
qui la vous hoste. » Et Sainct Pierre et Sainct Phelippe entrèrent de- 
dens la ville, et tantost trouvèrent l'anesse liée avecques son polain, et 
la deslierent et l'en amenèrent a Jesucrist, et tantost les apostres si des- 
pouillerent leurs robes et les misrent dessus l'anesse. Et puis assirent 
Jesucrist dessus, et commencèrent a aler droit a la porte de la cité de 
Jérusalem, et quant furent près de la porte, Jesucrist commença forment 
sa coleur à muer et dist a ses apostres : « Forment s'aproche la des- 
trucion de Jérusalem. » Et Sainct Jehan l'evangeliste luy demanda que il 
voloit dire. Et Jesucrist luy dist que le .VIII. an après icelluy ou ilz es- 
toient, seroit tel fain en Jérusalem que les mères y mengeroient leurs 
enfants, et toute la cité seroit destruicte. 

Comment le peuple de Jérusalem et les enfans receurent honorablement 
Jesucrist a l'entrée de la ville. (Cf. Myst. Rouergaés, p. 99.) 

Et quant les Juifz sçeurent la venue de Jesucrist, tout le peuple grant 
et menu et les enfans issirent hors de la cité pour faire honneur a Jesu- 
crist. Et chantoient les enfans des Ebrieux, et disoient : « Gloire et hon- 
neur soit a nostre seigneur Jesucrist. Benoist soit le filz de David qui 
vient au nom de nostre souverain seigneur Adonay * pour nous saulver 
ainsi comme il est escript. » Les ungs se montoient sur les arbres et 
jectoient les rames de fleurs par le chemin ou debvoit passer nostre sei- 
gneur Jesucrist. Et se despoulloient leurs robes et les estendoient par 
le chemin. Et Jesucrist se entra en la cité a grant honneur, et ala tout 
droit au temple de Salomon que on clame le mont d'Olivet, et la prescha, 
et en son sermon parla moult amplement de la loy, et sy furent moult 
esmerveillez les Juifz des motz qu'il disoit, car jamais ne les avoient ouy 
itieulx. Et quant il eut presché, nul ne le [ur] parla de menger, mais 
s'en tourna en la maison de Jacob, père de Marie Jacobi, et la menga et 
demeura celle journée. 

Comment pour l'envie que les Juifz eurent de l'oneur qu'on avoit fait a 
nostre seigneur Jesucrist, Annas et Caiphas mandèrent les .XII. plus 
grans et tindrent leur conseil pour le faire citer devant Pylate. 

i. Imprimé : ja. 



VIE DE JESL" CR1ST DE 14S5 



LE LAZARE. 

Comme quant les Juifs eurent assez blasmé Jésus, XII bons preudom- 
mes le deffendirent et comptèrent à Pilate tous les grants biens qu'il 
avoit faict en Bethanie. p. uir xix r°. (Cf. Gesta Pilati, éd. Tischen- 
dorff, 1876, cap. VIII, p. 357) 1 . 

: a Et adonc les XII prudomraes se tyrerent avant qui estoient de 
Bethanie, et dissirent : « Syre Pilate. escoutés que nous vous dirons. 
Nous avons veuz que Jhesus a moult fréquenté en la maison de Marthe, 
et sy a fait de grands miracles que nous sçavons bien et, entre les 
aultres, nous veïsmes que le ladre, frère de la Marthe morut, et les 
dames le sevellyrent, et quant vint au quart jor que fut sevelly, Jhesus 
vint en l'ostel de la Marthe, et Marthe luy dit : « Sire, se tu fusse[s]icy, 
mon frère le Ladre ne fusse pas mort, quar je croy certainement que ce 
que tu recite [s] a Dieu t'est oulctroyer. » Et Jhesus luy dist : « Ton 
frère resuscitera », et elle luy dit : Je sçay bien qd'i resuscitera au jour 
du jugement quant nous ressusciterons », et Jhesus luy dist : « Je suis 
résurrection et vie, et quy croira en moy ania vie perdurable. Groys tu 
ceci? — « Sires, dit elle, je croy que tu est (sic) filz de Dieu vif, qui est 
venus en cestuy monde. » Et quant Jhesus vit la foy de Marthe, il luy 
dit qu'il allassent avec ly et il s'en alla ou monument du Ladre. Et Mar- 
the et Mario Magdeleine et grand foyson d'autres gens allèrent avec luy. 
et puis il fit lever la pierre du monument, et le Ladre puoit moult fort. 
Et Jhesus se pry a plorer et dist ses paroles : « Ou non de mon Père 
qui est tout puissant, lyeve toi » et incontinaiat le Ladre se leva, et Jesu- 
crist luy retourna l'ame ou corps, et quant le Ladre fut dehors du monu- 
ment, il se agenoilla devant Jesucrist et luy dist : « Syre, vray Dieu, 
garde moy de retourner au lieu d'où je suis parti, vray ment tu es ma 
rédemption. » — Et nous vouldryons veoir, sire Pilate, que vous voul- 
sissiez scavoir la veritey. » Et adonc Pilate regarda Gamaliel. et luy dit: 
« Dictes, Gamaliel, sçeutez vous onques de cecy rien'.' — Certes. .->> res, 
dii Gamaliel, ouyr (sicj encoyres plus que ne vous dient. 

i. Episode correspondant, dans le9 Mystères rouergats, p 65-88, p 383-288 Pource 
chapitre, M pouvait j avoir un petit avantage à montrer, m besoin éiait, combien 

l'imprimé il.- 1480 diffère peu des manuscrits. J'ai <l : reproduit i<i If texte d'un 

manuscrit très moderne, copié à Autun en 1 "i r« ». N a. r r Ï"K."j i"l ni >". L'imprimé 
de 1 J.s.s ne diffère guère que par l'ortographe, mais ajoute ;i ta lin cette phrase: 
« El vouldrions bien que vous vousissiés veoir le ladre |><>ur bien scavoir la vérité <l<' 
de iesucrisl <•( qui! est, car -i lu le cognoissoies bien, tu m- croyroyes nulles parollcs 
mensongiers (sic) cont ri lui n, 



350 VIE DE JESU CRIST DE 1485 

JOSEPH D'ARIMATHIE ; CARIOT ET ELION » 

Comment les evesques envoyèrent guérir Gamaliel et Nicodemus et alerent 
veoir la courtine du temple qui estoit rompue dont - pour ses choses 
plorerent moult fort et menèrent grant tourment. — Cf. Mystères 
rouergats, Joseph d'Arimathie, p. 164, v. 4541 et suivants. 

P. vi xv vi r° : « Et tantost ilz envoyèrent quérir Gamaliel et Nicodemus 
et plusieurs aultres. Et quant tous furent venuz, ilz s'en alerent au 
temple de Salomon et virent la courtine rompue et partie. Et inconti- 
nent commencèrent a plorer moult fort tant que c'estoit grant pitié. 
Et Joseph d'Abarimathie et Nicodemus alerent plus avant et virent les 
deux créatures qui avoient nom l'un Garioth et l'autre Elion avecques 
leurs suaires affublés, et eurent tous grant peur. Et Cayphas si les com- 
mença à conjurer de par le hault seigneur Adonay que, se ils estoient 
bonnes choses, que ilz parlassent a eulx et si maulvaises estoient, qu'ilz 
s'en alassent du temple et sans nul mal faire a homme. Et Carioth leur 
fist signe qu'ilz apportasseni encre et plumes et parchemin, et il escrip- 
roit tout quanqu'il leur voulolt dire. Et tantost Annas les cogneut bien, 
car il s'approucha et si dist aux Juifz : Saichez que cestes créatures sont 
Carioth et Elion, filz de Ruben, qui estoit moult saige homme en nostre 
loy, qui mourut n'a pas troys ans. Et tous les regardèrent et dirent: 
t Sire Annas vous dictes vray ». Et Gamaliel dist aux Juifs; « Pour cer- 
tain ils sont de ceulx qui sont ressuscitez par la mort de Jesu Crist. — 
Et Cayphas dit : « Et comment scavez vous que par la mort de celuy 
homme Jésus gens ressusciteroient ? » — Et Gamaliel lui dist : « Et ne 
veistes vous pas que, quant Jésus mourut en la croix, que grant tremeur 
fut sur la terre, et le souleil et la lune se obscurcirent, et adonc la cour- 
tine du temple de Salomon se fendist et partit, et les mors qui estoient 
es monuinens ensepveliz se levèrent et ressuscitèrent et aloient par sur 
la terre? Et aussi les tours partirent et fendirent, car la tour de David 
fendit. Et puis les evesques dirent à Gamaliel : « Voyons si en nule 



i. Titre ajouté par l'éditeur. 

2. Tout ce chapitre présente de sensibles différences avec VEvangelium Nicodemi 
éd. Tischendorff, P. II, cap. i, p. 3go, et l'Evangile de Nicodème en vers provençaux, 
éd Suchicr, p. 49- v. i(33o et suivants ; tandis qu'il est reproduit littéralement dans le 
Mystère rouerg-at. 

La correspondance entre la Passion de Gamaliel, dont nous avons ici la version en 
prose française, et YEvangile de Nicodème en vers provençaux ne s'établira guère qu'à 
partir de la lettre Cariot et d'Elion, mais elle subsistera jusqu'à la lin de cette lettre, 
malgré quelques interversions dans les chapitres. 



VIE DE JESU CRIST DE 1 485 '.\')\ 

manière pourront tant faire que celles créatures parlent a nous et aussi 
a vous ». 

Et Cayphas s'en ala vers eulx et leur dist: Je vous commande de par 
le seigneur Adonay que vous me dictes pourquoy vous estes cy venuz ». 
Et Carioth lui fist signe aultrefois que on lui apportast de l'encre et du 
papier pour escripre pourquoy ilz estoient la venus. Et Gamaliel ala 
vers eulx et leur dist : « Se vous aultres osez parler a homme vivant. 
parlez a moy. » Et ilz respondirent : « Nous osons bien parler a vous, 
mais que cesles gens n'y fussent. Car Dieu nous a deffendu que nous ne 
parlons a nulz d'eulx, mais vous sçavez bien que, par la révélation de 
Jesucrist, il est ressuscité. Et nous sommes icy venus pour manifester 
et faire assavoir a tout le peuple la vérité. Nous faictes apport' 1 !' de 
l'encre et du papier et nous le vous meclrons en escript ». Et tantost 
Gamaliel ala aux evesques et leur dist : « Seigneurs baillons leur encre, 
plume et parchemin, et verront qu'ilz veulent escrire ». Et les Juifs com- 
mencèrent a estraindre les dens contre Gamaliel et le menacèrent fort. 
Et Carioth et Elion esciïprent en leur ebreu chascun a sa partie une 
chartre, et eut en l'une comme en l'autre. Et a une heure ilz commencè- 
rent et a une heure affinèrent. Et quant Carioth eut escript, il la bailla a 
Annas et Elion a Cayphas 

Et disoient ainsi les Chartres. 



Comment Carioth qui estoit ressuscité a l'eure de la mort de nostre 
seigneur Jasu Crist compta aux Jnifz de ce qu'il estoit descendu au 
limbe après sa mort '. 

Moy Carioth, ou non de Dieu Jesucrist qui fut levé en croix, crucifié, 
clavellé, escopi et flagellé et do la lance son cousté percié par vous aul- 
tres Juifz, je commence a dire merveilles telles que oneques mais 

i . Comparer; v Evangeliam Nicodemi (éd. Tischendorff, i8j6( P. 11. cap. 1 et n (xvii, 
xviii,. p. 3go. 
2° L'Evangile </-■ Nicodème en vers provençaux, éd. Suchicr, p. 5o, \ 17" >: 
[eu < larinus e nom de <li'-n 
Que \<-\ ero en cros Juzieu, 
Gomensi a dir ma razo, etc. 
3* !.;> traduction provençale de la Passion selon Gamaliel, i-[c. Itil>. Nut. ms. fi 
fol cxvn \ . « [eu Carios, yeu Carios (répété, sic) en non de Ihcsu ('.ri>t <| iif foc levai 

en cros comensi ■> dire meravilhas.. ■..-..• • . 

Quant ii<^ eram |n^ en iffern en .1. !<"■ que a nom I" linbe <>n aviam gran dolor c 
cran marlir, m.i^ non pas tant coma los autres que eram dedins n"> E. 1. qui 



352 VIE DE JESU CRIST DE 1485 

homme ne ouyt dire telles ne si grans, et sans nulle mensonge, mais 
est pure vérité. Et est faict si comme les prophètes ont prophetizé. C'est 
assavoir qne nous estions en enfer en ung lieu qui avoit nom limbe, ou 
nous estions en grant douleur, mais non pas en si grant comme ceulx 
qui estoient dessoubz nous. Si vint ung homme en enfer qui avoit esté 
crucifié et si avoit nom Dymas (sic) et estoit larron et fut crucifié avec- 
ques Jésus et luy requist mercy. Et après vint une grant resplandeur en 
enfer dessus nous de quoy les diables furent moult espouentez. Et tan- 
tost nous ouysmes la voix de Jesucrist qui disoit : « Ouvrez vos portes, 
les miens ennemis, car je vueil liens entrer. » 

Comment les diables d'enfer eurent grant peur et menèrent grant tour- 
ment quant nostre Seigneur vint a la porte d'enfer. 

N . B. — Suivent dix chapitres comprenant la querelle des diables Luci- 
fer, Enfer. Satban, l'entrée de Dymas ou Dyamas le bon larron, les discours 

estât crucificat vent c intret en iffern, que avia nom Gestas que era layre e era estât 
cruciticat ara Ihesu » 

4° La 2« traduction provençale B. Nat. ms. fr. 1919. fol. ", -S et suiv., plus abrégée; 
une citation d'une phrase suffira : « Eran en enfern en .i. luoch que hom apelhava 
limbe que .i. home que es estât crucitiat vent he entret en infer : he aquest avia a 
nom Gestas » 

5° Les manuscrits français ou versions en prose française de la Passion selon Ganta- 
liel comme les manuscrits provençaux précités, n'ajoutent qu'une seule épithète au 
nom de Jésus Christ « mis en croix » « crucifié à la croix ». Exemples : B. >'at. ms. fr. 
979. fol. 36 v» ; it. fr. 24,4'3S. fol. 162 r" etc. 

La traduction du mystère rouerpat Joseph d'Arimathie. p. 169, v. 466S et suiv. cor- 
respond seule exactement, à ma connaissance, au manuscrit français reproduit dans 
la Vie de Jesu Crist de i485, réimprimée ici 

Ieu Chariot, en lo nom de Ihesu Crist, He anb una lansa lo costat ubrit 
Lo quai forec mes en crotz, Per vos autres malvatz Juzieus. 
Batut, clavelat he en la cara escupit, Ieu vos diriey grandas meravilhas 



Plus loin : 
So es a saber que nos erem en inféra Lo linbe de Sinn Abrae 

lien hun loc que ha amon, — (a nom ?) Hont nos estavem en gran dolor. 

Au mot « limbe » du texte qu'il avait sous les yeux, le compilateur rouergat a 
ajouté « de sinu Abrae », et a fabriqué ainsi une expression très bizarre, relevée par 
M. Jeanroy (Introduction, p. xxx, note 1. 3), mais qui n'est pas sans analogue dans la 
littérature religieuse du xv<? siècle. Comparer cette description de l'enfer dans la 'Vie 
Nostre S. Ihesu Crist compilée par un religieux Célestin l'an i4<i2, B. > T at. ms. fr. 9587 
fol. i65r*: « Le quart lieu se nomme sinus abrahe, le sain c'est-à-dire le repos de 
Abraham et a la fois se nomme le limbe combien que improprement ouquel lieu 
estoient les sains pères qui oneques furent depuis Abel jusques a la Passion nostre 
seigneur Ihesu Crist. » 



VIE DE IESD C.niST DE 1 IS5 

d'Adam et de son fils Seph, puis des prophètes Zacharie, Jehan Baptiste, 
David, Jérémie, les exclamations joyeuses des saints, la terreur des dé- 
mons qui veulent fuir, mais sont retenus prisonniers par Enfer, et 
l'arrivée de Jésus-Christ aux portes d'Enfer, etc. 

Toute cette partie de la Passion selon Gamaliel est encore tirée à peu 
prés textuellement de Y Evangile île Nicodème en '-ers provençaux. 
Tandis que ladite paraphrase provençale s'écarte, comme on le sait, plus 
d'une fois de la version latine de l'Evangile de Nicodème, au contraire 
la Passion selon Gamaliel, le roman ou poème en prose français suit 
pas à pas le provençal. Ailleurs, l'auteur français a fait à son modèle de 
notables changements ou additions, ici il ne lui ajoute rien,, il le repro- 
duit fidèlement pendant des pages entières qui ont été à leur tour impri- 
mées sans modifications dans la Vie de Jésus Crist de 1485. On s'est 
borné à quelques extraits suffisants pour l'étude des mystères rouergats. 

Ainsi l'on a réimprimé toute la fin de la lettre de Cariot etd'Elion parce 
que les répliques d'Adam et d'Eve contenues dans ce texte sont faciles 
à retrouver : 

1° Dans YEcangile de Nicodème en vers provençaux, page 60, vers 
2015-2065. 

2° Dans la scène de la Descente aux Limbes qui fait partie de la Résur- 
rection rouergate conservée, p. 104-105. Les répliques d'Adam et d'Eve 
visées y sont insérées au milieu de développements tirés de la Passion 
du manuscrit Didot (cf. p. 404-405 de ce livre). 

D'autre part, la version latine de l'Evangile de Nicodème (éd. Tischen- 
dorff, 1876, P. II, Cap. vin (XXIV), p. 403, ne contient pas la fin de la 
lettre de Cariot et d'Elion avec les détails sur l'Alleluva et le signe de la 
Croix, tels qu'on les trouve dans YEcangile en vers provençaux, y. 62, 
v. 2068-2100. Cette fin est traduite dans la Passion selon Gamaliel avec 
une telle fidélité que ce passage suffirait, semble-t-il, pour démontrer 
que l'auteur français a dû travailler directement sur le texte provençal, 
comme on l'a déjà dit et comme on en relèvera encore d'autres indices. 

Jésus aux portes de l'Enfer. (Fin des lettres de Carioth et d'Elion dans la 
Vie de Jésus Crist de 1485, fol. vi xx xi verso. — Cf. Mijst. rouergats, 
p. 101 à 105, répliques d'Adam et d'Eve. 

Et tantost Jesucrist cria plus haultement qu'il n'avoii fait les aultres 
fois et dist : Ouvrés les portes, princes d'Enfer, car je le vous commau 
Et Sathan dist : Qui est celluy qui veult entier céans .' — : « Dieu ! 
Dieu tout puissant en toutes choses qui tout vostre pouvoir vous veult 

23 



354 VIE DE jesu cmsT DE 1485 

oster. » — Et tantost les portes d'enfer se ouvrirent tout par elles et les 
barres et les chaysnes se rompirent toutes. 

Comment Jesucrist, après qu'il eut crié la seconde fois, il entra 
en enfer et lya Sathan ' . 

Et Jesucrist s'en entra leans ou meillieu d'enfer, et print Sathan et le 
lya par sa vertu et puissance tellement qu'il n'avoit pouoir de faire mal 
ne bien. Et Jesucrist dist a Sathan : « Tu es celui qui engignas Adam 
et Eve. Et pour ce qu'ilz te creurent, je les jectay de paradis terrestre, 
car ilz passèrent mes commandemenz. Et depuis en ça, tu les a tenuz 
en grandes paynes et en grans tourmens, et tous ceulx de leur nature. 
Et pour ce que grant mal as faict, et grant mal en prendras, et seras en 
enfer a tousjours mais, et y demeureras, sans point de mercy. » Et puis 
Jesucrist dist a Enfer : « Je te commande que tu le tiegnes a tousjours 
mais en tes prisons prins. » Et puis après, Jesucrist regarda Adam et 
luy dist : « Adam, je te donne ma paix et a tous ceulx qui ont fait le 
commandement de mon Père. » 

Comment Adam s'agenoilla aux piez de nostre Seigneur en luy rendant 

grâces et mercy -. 

Et tantost Adam s'agenoilla et baissa (sic) les piez de Jesucrist et les 
mains, et regarda les anges en plorant, et puis il leur dist: « Ce sont les 
mains de celuy qui me fist et forma et aussi forma tout le monde et or- 
donna toutes choses. Et fist le firmament et les estoilles, le souleil et la 
lune, et leur donna clarté pardurable. Et est celuy qui nous jugera au 
dernier jour. Ha ! sire, roy tout puissant, humble et plain de toute doul- 
ceur et de miséricorde, comment as tu peu souffrir mort et martire, tant 
est le tien povoir grant? Mais sire, tu es droicturier, car si, comme je 
fis le grant defaillement et trespassay ton commandement par ma grant 
glotonnie, aussi, sire, il a convenu que tu soyes venu au monde pour 
confondre et destruire le diable d'enfer qui longuement m'a tenu es ses 
prisons pour le péché que je commis. Par arbre je [ay] péché et par 
arbre tu es mort, et par ta mort je suis rachapté et mis hors de prison. 

i. Cf. Evang. Xicodemi (éd. Tischendorff), Cap. XXIV, p. 4o3-4o4. 
Item Evang. de Nicodème en vers provençaux, p. 60, v. igg5-2oio. 

2. Evang. Xicodemi. Cap. XXIV, p. 4o3. — Ev. en vers provençaux, p. 60-62, v. 20i5- 
ao65. 



VIE DR JESU CRIST DE 1485 355 

Et puis Eve commença a plorer devanl Jesucrist ', et eul grant joye quant 
Jesucrist lui eut pardonné le péché qu'elle avoit faict, et puis vindrent 
tous les saincts et adorèrent Jesucrist et chantèrent ting chant de grant 
doulceur, c'est assavoir alleluya, alléluia, alléluia, et vault autant a (lire 
comme gloire et honneur soient a nostre seigneur Dieu Jesucrist 2 . Et 
tantost Jesucrist despouilla enfer et en jecta tous les siens amys. 

Comment après plusieurs murmurations Jesucrist jecta ses amys 

d'enfer. 

Et tantost Jesucrist se commença a yssir d'enfer. Et les sainctz luy 
prièrent qu'il laissast en enfer le signe de la croix affin que les diables 
en eussent tousjours peur, et que n'eussent pouoir de mal faire a nul 
home qui veille Dieu amer et croire et qui d'icy en avant face le 
signe de la croix sur soy. Et Jesucrist avecques ses amis qu'il jecta 
d'enfer s'en ala en Paradis terrestre. Et illecques les mit jusques a ce 
qu'il montast en la gloire de Paradis a la dextre de son père. Et aux 
aultres il commenda qu'ilz demeurassent vivans ou monde pour qu'ilz 
en portassent tesmoignaige. Et cy finissent tous les escriptz de Carioth 
et Elion. 

i. Los Ms. français el les Ms. provençaux sont ici plus développés que le Ms. IV. 
reproduit dnns la Vie de Jesu Crist </<■ i485 que nous réimprimons, et se rapprochent 
plus de V Evangile de Nicodème en vers provençaux, p. 62, v. 2o58 : 
So sun las mas que eni paradis 
Mi formera d'un petitz hos 
Aytant leu co fero d*un gros. 
Vers imités dans la Résurrection rouergate, p. 104. v. 2792 : 
Que me formiest en paradis 
He que me fesis (!<• hun petit os. 
Comparez par ex. le manuscrit français, B. Nat. 979, p. 39 \\ « Et atant Eve, nostre 
première mère, vint es pies de Jhesu Crist et dist : « Ce sont les pies et les mains qui 

en paradis terrestre me formaient d'une petite couste etc. » 

2. Cf. Tout le passage correspondant dans VEvangite de Nicodème en vers proven- 
çaux, p Sa, v. 2070-2100: 

l h cantz cantero d'alegror, Que es vengutz de] ce! d'amon 

Alleluya, que dis aytan : Per nos gitar difern prion 

Honor ->i.i d aqui en. m (Ces deux derniers > ers copies dans la 

A nostre senhor Jhesu Cristz Résurrection rouergate, p. i"">. v. 

Que en ifern ayssins a \ i-tz. \\> t. m Jhesus ifern mordet, etc. 



LA 



PASSION DAUVERGNE 



LA 

PASSION D'AUVERGNE 

B. Nat. Ms ii. a. fr. 462. 



La Passion d'Auvergne a été signalée dès les premières années 
du xix e siècle par l'érudit Dulaure, mais il n'en avait copié qu'un 
intermède comique en patois de la Limagne. Cette copie de Dulaure 
actuellement conservée à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand 
(Ms. 6a3, f. 3Go-3G8) a été deux fois imprimée avec traduction et 
commentaire (V Ancienne Auvergne et le Velq/y par Adolphe 
Michel, Moulins, 1847, in-8, t. III, p. 5a ; Les Patois de la Basse 
Auvergne, leur grammaire et leur littérature par H. Doniol, 
Paris, Maisonneuve, 1877, in-8°, p. 73-78). Ces commentaires sont 
cités dans les Mystères, t. II, p. 4°> °44' et ^ e Répertoire du 
théâtre comique au moj-en âge, p. i3a, de M. Petit de Julleville. 

Avec ces ressources il devenait facile d'étudier le manuscrit qui 
porte depuis longtemps à la Bibliothèque nationale le n° 4°'^ des 
nouvelles acq. françaises. L'intermède comique précité y occupe 
les feuillets 26 à 29. M. Petit de Julleville a tenu en mains ces frag- 
ments, mais il s'est contenté de résumer en trois lignes la courte 
notice insérée en tète du manuscrit par un de ses anciens posses- 
seurs, J. de Gaulle, Lequel, après avoir examiné le manuscrit avec 
Magnin et Guichard, avait constaté que ce mystère auvergnat ne 
ressemblait à aucun des mystères manuscrits ou imprimés de la 
Bibliothèque nationale. On jugera peut-être que la pièce vaut, 
sinon une reproduction in extenso, du moins une analyse détaillée 
avec citations. Elle constitue, en effet, la transition entre les tliéà- 
tres du Nord et du Midi, et se rattache étroitement aux mystères 
rouergats. 

Dans SOI! état actuel, le Manuscrit n. a. IV. J6a contient X] feuil- 
lets en papier tort ci comprend >\i~u\ fragments très étendus, tous 

deux sans interruption, soil environ 7.000 vers en tout. Ires iné- 
galement répartis. Ci' manuscril est une copie souvenl remaniée. 



360 LA PASSION 

Le texte primitif du premier fragment a reçu de nombreuses in- 
terpolations de deux mains différentes. C'est la seconde de ces 
mains qui a écrit et daté de 1477 (fol. 3o r°) l'intermède comique 
mentionné plus haut. Toutes les scènes de cette première partie 
sont séparées par des blancs, et les indications de mise en scène 
contenues dans les marges ont été multipliées à diverses reprises. 
Le second fragment, au contraire, n'offre aucune séparation ; il 
est écrit tout entier, très serré, avec une encre beaucoup plus pâle, 
par la main qui a tracé les premières interpolations et qui a signé 
(p. i3 v°) M. Phanuer ou Pharuier. Les feuillets des deux fragments 
sont numérotés au bas du verso, mais cette numérotation ancienne 
du xv e ou du xvi e siècle ne permet pas de supputer exactement les 
lacunes du Manuscrit. En effet, celui qui a écrit ces numéros au 
bas des pages comptait simplement les feuillets qu'il avait entre 
les mains : il a inscrit I, II, III, etc. sur ceux de la première partie, 
puis il a recommencé pour la seconde. C'est-à-dire qu'il avait exac- 
tement le texte que nous possédons, rien de plus, rien de moins, 
et dès lors nous en sommes réduits aux conjectures. Cette Passion 
était-elle précédée d'une Création, d'une Nativité, d'un Jeu des 
trois rois et suivie d'une Résurrection? impossible de le savoir. 
Ce qui est certain c'est que la journée dont nous avons conservé 
le premier fragment commençait à peu près comme la seconde 
journée de Greban et comme la première de Jean Michel. En effet, 
p. 34 r°, en marge du repas de Simon le Pharisien on lit : « Dicat 
sicut in nupciis Architriclini dixit gracias dicat (sic) Jhesus ». 
La journée commençait donc vraisemblablement par le baptême 
de Jésus et par les noces de Cana. Si l'on en juge par le dévelop- 
pement des épisodes conservés, cette Passion contenait à elle seule 
3o,ooo vers pour le moins. En voici l'analyse détaillée : 

Le premier fragment commence ainsi (fol. 3 r°) : Saint Jean-Baptiste 
s'entretient avec ses disciples de Jésus-Christ : 

Gens le suivent en toute place SAMUEL 

Pour ce qu'il presche plaisamment. Certes? nostre maistre, oy, 



S. JEHAN 



Et selon la loy voulons vivre. 

S. JEHAN 



Or dictes asseûrement Mes amis, il le vous fault suivre, 

Vouldriés vous pas croyre a luy? Mettes vous en sa companie... 



D 'AUVERGNE 361 

Le Précurseur annonce à ses disciples qu'il sera mis à mort à la 
fin de la journée, et il les engage à suivre Jésus-Christ (fol. 3 V). — 
Aussitôt après, le roi Ilérode commande une grande fête dans son 
palais. Les valets Tourehefauveau et Pinselardon apprêtent les viandes 
et mettent la table, non sans goûter les vins. De son côté, la reine 
Ilérodias recommande à sa fille de se parer pour danser une morisque. 
et celle-ci va inviter ses danseurs, l'écuyer Tropsavance et « l'amoreux 
Mitoart • qui se retirent à l'écart in parte sécréta, pour changer leurs 
costumes de cour contre des habits moresques ("fol. 4 r°). — Le roi Ilérode 
prie « le duc » son « beau frère » et ses chevaliers de l'accompagner a 
table, où Torchefauveau et Pinselardon leur versent force rasades. 
Quand ils sont à point, les danseurs et la jeune fille font leur entrée et 
commencent leurs entrechats : le vieux roi est charmé (fol. 5 r°). — Aus- 
sitôt le diable Belzébuth, qui a son idée, vienl exciter Hérodias contre 
Saint Jean-Baptiste qui l'a diffamée, puis il part se concerter avec Luci- 
fer. — Longue diablerie où la mort du prophète est décidée. Sathan, 
Belzébuth et Asmodée se mettent en campagne, non sans avoir obtenu 
de Lucifer une mission officielle ou une a lettre procuratoire ' » (triolets 
fol. 6 r°). Satan se charge du roi, Belzébuth de la reine, et le lascif Asmo- 
dée de la fille qui continue toujours sa morisque au milieu d'un cercle 
ébahi. Le roi, transporté d'admiration, lui promet tout ce qu'elle voudra, 
et la jeune fille, sur le conseil d'Hérodias exige la tète de saint Jean- 
Baptiste. — Aussitôt Belzébuth enchanté' va porter la bonne nouvelle 
aux enfers (fol. 7 r°). — Hérode regrette sa promesse, mais le duc et les 
chevaliers lui rappellent « qu'il a juré », et, bien malgré lui, il envoie le 
bourreau Malferas à la prison. Dieu le Père y envoie en même temps 
l'archange Gabriel pour recueillir l'ame qui va partir, et la conduire aux 
limbes parmi les saints Pères. 

Malferas demande longuement pardon au prophète de la liberté grande 
(addition marginale de la première main), et fait voler sa tèle d'un seul 
coup de doloire (fol. S v°). — Aussitôt Gabriel remplit sa mission, et les 
anges entonnent un chant d'allégresse, tandis que les disciples Nacor et 
Samuel enterrent le tronc mutilé de leur maître et le pleurent amère- 
ment (ad. de la 2 e main, fol. 9). 

La jeune fille a emporté' la tête en triomphe, mais cette tète, placée 
au milieu de la table, coupe l'appétit de tous les convives et inspiie à 
Ilérode et au duc les réflexions les plus lugubres. Hérode finit par dire 



i. Ces» lettres procuratoires » viennent du Procès de Bartole et du Processus Belial 
citée fins li >in dan> le jugement général rouergat : t>n en retrouve une dans le mys- 
tère français de ['Assomption. 



362 LA PASSION 

à Malferas de l'enterrer, ce qu'il fait, mais la tristesse persiste, et les 
convives se lèvent l'un après l'autre (ad. de la l re main, fol. 11 r° à 13 v°). 
— Sur un autre côté de la scène, Gabriel dispute l'àme du prophète 
aux griffes de Belzébuth, Asmodée, Satan [Feu Griset] * Lucifer, et 
l'amène à grand peine aux limbes où elle réjouit les patriarches Adam, 
Abraam, Zacarie, Isaac, en leur annonçant la venue prochaine du Mes- 
sie (fol. 14 v°). — Cependant Samuel et Nacor sont allés annoncer la 
mort de leur maître à Jésus qui leur dit qu'ils verront cette année plus 
grand martire. Il les reçoit parmi ses disciples et les emmène tous au 
temple de Nazareth. Déjà l'office est commencé. Le premier et le second 
prêtre y chantent en latin sicut in secundo, Dominiea [Quadragesimae'?] 
Jésus demande à lire les prophètes. Après avoir feuilleté sur les rayons 
de la bibliothèque « Pentathecon, Esdras, le livre des Rois, le Psaltier », 
il s'arrête à Isaïe dont il lit un long texte en latin (Isai. XLVI, 1, cité par 
Luc, IV, 18, 19), puis après une courte méditation il s'assied en chaire 
et déclare qu'il est venu réaliser toutes les promesses des prophètes; 
il donne la santé aux malades et même le pardon aux pécheurs, ajouie-t- il 
en se tournant vers Zéras, Lazay 2 et les autres assistants (fol. 15 v°). 
Sur quoi S. Simon commence une longue diatribe sur les débauches 
de la jeunesse d'Auvergne : 

Quant jeunesse a remply sa pance, 

Il n'est Godeffroy ne Hector 

Oui fist oncques si grand vaillance 

Que le jeune, tant s'est fait fort ; 

A chacun menasse la mort, 

Et s'en va courant d'uys en huys ; 

Que l'ung l'assomme comme ung porc. 

Jeune fait mal et prend du pys (fol. 16 v°). 

S. Thadée censure à son tour les vices du siècle, l'avarice commune à 
tous les états, et tous deux se félicitent d'avoir été appelés par Jésus 
(ad. de la première main fol. 16 r° à 18 r°). 

Lazay. de son côté, reconnaît en lui le Messie prédit par Isaïe (fol. 18 
r°), mais Nacor et Béric exigent qu'il leur fasse des miracles. Jésus 
refuse : nul n'est prophète dans son pays (fol. 18 v ). — Aussitôt les deux 
Juifs l'entraînent hors du temple sur des rochers à pic 3 , le noble 

i. Rôle intercalé. 

2. C'est évidemment Lazare qui est appelé plus loin le Lazer dans l'épisode de 
Marie-Madeleine et qui reprend le nom de Lazay dans la Passion. 

3. Cf. l'Histoire schohistique (Patr. Migne, cap. lxxii, p. i5^4> adhuc ostenditur ibi 
locus, qui dicitur Sait us Domini. 



d'au VERONE 363 

Alexandre le lance dans le vide d'un coup de pied (pede percuciat), mais 
Janu.s constate qu'il a disparu par enchantement. Devant les menaces de 
la foule, les apôtres S. Simon, Thadée, Jehan, Pierre, etc. s'enfuient; ils 
se demandent où ils retrouveront leur Maître. — A Capharnaon, dit 
S. Jaques Mineur; ce n'est pas la première fois qu'il s'est rendu invi- 
sible, remarque S. Bartholomy, et S. Philippe ajoute qu'il a fait plus 
grande merveille, lorsqu'il a ressuscité la fille du prince de la Syna- 
gogue, peu avant la conversion de S. Mathieu (fol. 19 v 3 ). — A la scène 
suivante, nous retrouvons tous les apôtres qui jettent vainement leurs 
filets dans la mer. Mais Jésus survient, monte auprès de Pierre, com- 
mande la maniruvre, et bientôt les apôtres ramènent deux barques 
pleines de poissons pour les vendre à la ville (fol. 21 r°). — Arrive un 
serviteur Agrippe, qui prie Jésus de sauver le fils de son maître, Centu- 
rion. Jésus se rend dans la maison, admire la foi du père, et guérit l'en- 
fant qui le bénit (fol. 22 r°). — Aussitôt après, il part pour Naïm où il 
ressuscite le fils de la veuve, à la grande admiration des « Porteurs » et 
des femmes du peuple, puis il se rend à Béthanie (fol. 23 v°).— La Marte 
et le Lazer déplorent le scandale donné par leur sœur Madeleine 1 . Tous 
deux décident la pécheresse à aller entendre le sermon de Jésus dont elle 
revient convertie. Sur le conseil de Marthe, elle ira demander son pardon 
au prophète qui vient d'accepter à dîner chez Simon le Pharisien. Ici la 
troisième main a intercalé en 1477 (fol. 30 r°) l'intermède go inique (fol. 
26 à 30) mentionné plus haut. 

Simon le Pharisien a ordonné à ses valets Maulbec et Mallegorge de 
si' procurer « friture et venaison » pour le dîner. Ils se mettent en 
chasse et prennent dans leurs rets une bête étrange, Malegeype, qui se 
moque en patois d'Auvergne de tous ses compatriotes, des grands qui 
sont rapaces et des petits qui sont lâches. La scène du banquet qui suit 
n'est que la paraphrase ordinaire de la parabole des deux créanciers 
(Luc. VII, 39-50). — Les apôtres échangent des réflexions naïves sur la 
suavité des parfume répandus parla Madeleine. Jésus lui pardonne ses 
péchés, dit les grâces, sicut dixit in nupciis Architriclini (fol. :> i r°), prend 
congé de son hôte et se retire avec ses disciples qu'il quille peu après 
sur le rivage pour « orer son Père » (fol. 34 V). - Voici qu'un « sourd- 
muet demoniacle » s'échappe des mains de ses parents el se jette à la 
mer. Les apôtres l'en retirent à grand'peine et tentent vainement l'un 
après l'autre de l'exorciser : leur Maître, disent-ils, sciait plus heureux, 
mais les prêtres se moquent du Maître el des disciples (fol. 36 r°). — 
Jésus arrive cependant el se met en prières. Le demoniacle écume el 

i. Nous avons reproduit in extenso cet épisode, |>. 369. 



364 LA PASSION 

tombe comme mort, à la joie des prêtres qui félicitent ironiquement les 
parents, mais, bientôt relevé par Jésus, il rend grâces à Dieu. En vain 
Nacor et Béric essaient d'attribuer ce miracle au diable Belzébut. Le 
peuple ne les croit pas ; une femme du peuple, Marcelle, bénit le pro- 
phète (fol. 38 r") qui se retire au milieu des acclamations et se rend en 
Galilée pour visiter sa mère (fol. 38 v°). Marie reçoit son fils avec effu- 
sion. Les vers qu'elle prononce.... 

Jésus mes cris il me fault taire, 
Jésus, amis, a vous soit cher, 

étaient les derniers de cette scène comme l'indique le blanc laissé au 
bas de la page, mais non très probablement de cette journée. 

Une longue lacune du manuscrit nous dérobe les scènes suivantes : 
la Résurrection du Lazer, l'entrée à Jérusalem, la Cène, le commence- 
ment de la Passion et la plus grande partie du jugement de Jésus qui 
suivant toute apparence, devait être développée selon l'Evangile deNico- 
dème et comprendre un long défilé de témoins à décharge et à charge, 
rappelé (fol. 43 r° du Ms.). Le second fragment du Ms. reprend fol. 40 r°, 
avec le songe de la femme de Pilate, Percula '. 

Effrayée par ses visions. Percula envoie son serviteur Romain con- 
jurer son mari d'absoudre Jésus, et Pilate s'empresse d'annoncer le 
songe de sa femme à la foule qui entoure son tribunal (fol. 40 v°). Mais 
Annas attribue ce songe à la magie de l'enchanteur Jésus ; les clameurs 
redoublent : toile, toile; à la croix, à la croix! Cayphas, Annas, Alexandre, 
Soiiipna, Abderon, ne cessent de réclamer leur victime (triolets fol. 41 v°). 
— De guerre lasse, Pilate envoie Romain chercher les larrons Gestas, 
Dismas et Barraban qui quittent leur prison « sans nul refus •. Sur 
l'ordre du gouverneur, Barraban fait le premier sa confession publique, 
fort peu édifiante, mais « d'une voix trestous les Juifs » n'en réclament 
pas moins l'acquittement du bandit, lequel leur rend grâces ainsi qu'au 
grand Adonay (fol. 42 v"). — Dismas et Gestas, moins heureux, sont 
condamnés à être pendus au Calvaire. Reste Jésus sur qui Pilate ne 
trouve toujours rien à reprendre. Il dit à Romain de lui ôter doucement 
la pourpre qu'on lui a « bailhée » par dérision, de lui remettre ses vête- 
ments, et il somme une dernière fois les faux témoins de confirmer par 
serment leurs déclarations antérieures (fol. 43 r°). — Sirus répète que 
Jésus s'est fait appeler « fils de Dieu et roy des Juifs » et, sur la somma- 
tion de Ca'rphe. Pilate prononce la sentence de mort.— Aussitôt Caiphas 
ordonne m Sirus d'aller avec ses compagnons fabriquer la croix, et Annas 

i. Songe reproduit in extenso, p. 3^3. 



d'auvergne 

envoie Janus chez le forgeron Grimance (fol. 43 v). — La scène bien 
connue n'offre ici que des variantes insigsifiantes. Sur le refus du forge- 
ron, sa femme Malembouchée s'installe à la forge avec sa servante 
Michaulde, et fabrique allègrement les trois clous demandés, tout en 
chantant la dive bouteille et le goubelet ou elle puise des forces (fol. i 

O goubellet, tu m'as la mort donnée, 
Tant t'ay aymé que m'en suis enyvrée, etc. 

C'est fait. Janus emporte les clous que les princes paieront plus 

tard, et va rejoindre les a tyrans » Prunelle, Cinelle, Maulbec etSirus qui 
apportent une lourde croix (fol. 44 v°). — Alexandre envoie Malque pro- 
clamer la sentence de Pilate à tous les carrefours. Tous « les chefs de 
maisons » ou de familles sont tenus d'assister à l'exécution sous peine 
d'amende '. Aussitôt « les bons » et « les mauvais Juifs » se mettent en 
route. Pilate s'enferme chez lui (fol. 45 r°). — L'apôtre S. Jean a entendu 
la proclamation du héraut: comment l'annoncer à « salante Marie .' » 
La Magdaleine, Maria Jacobi. Maria Salomé, la Marte, se posaient la 
même question, lorsque S. Jean vient se concerter avec elles (fol. 46 v°). 
— Il se présente à la Vierge et lui annonce la trahison de Judas, la dis- 
persion des apôtres et la condamnation de Jésus dans un dialogue naï- 
vement entrecoupé, et s'offre à la conduire dans la foule (fol. 48 v°). — 
Voici venir en effet le triste cortège. A l'instigation d'Alexandre, les 
tyrans Malque, Sirus, Prunelle, Cinelle, Malbec, Mallegorge ont accablé 
Jésus de tels coups qu'il est devenu méconnaissable même pour sa mère, 
dont la douleur fait pitié à la Véronique (fol. 49 r°). — Jésus apostrophe 
les femmes de Jérusalem et tombe bientôt après, épuisé. Sur la demande 
des tyrans, Cayphas fait arrêter un passant, Simon Sirenéen, qui leur 
prêtera main forte, et dans l'intervalle, la Véronique vient essuyer la 
sainte Face qui s'imprime sur sa toile (fol. 00 v°). — Enfin l'on arrive au 
Calvaire; Annas commande halte, et Sirus prend les mesures de Jésus 
pour marquer la place des clous. Les tyrans redoublent de facéties (trio- 
lets . Ils l'ont boire à Jésus du vin mirré pour a resserrer ses esprits n 
et prolonger sa vie, le couchent sur la croix et l'y fixent à grands coups 
de marteaux, sous les yeux de sa mère f. 52 i ). — Puis ils se partagent 
ses vêtements et jouent « à trois des >, sa robe, laquelle, ap 



i. Sur ce vieil usage, voir la lettre de rémission accordée à Jehan David, de Limoges, 
iijni) citée dans mon édition de la Comédie sans tttre, Paris, Bouillon, igoi, p. i xxix 

Dans les c |>les muiiiei |ia u \ de la \ ille d'Amiens, on voit qu'il a persisté an inoins 

jusque vers i55o, et qu'au retour des exécutions capitales, les magistrats ne man- 
quaient pas de s'accorder une indemnité cl un banquet. 



366 LA PASSION 

longues disputes, échoit à Malbec qui a amené « six partout » (f. 55 r°).~ 
Sur l'ordre d'Alexandre, les larrons Dismas et Gestas sont expédiés 
plus rapidement: une gorgée de vin, « deux tours de corde à chacun, et 
les voilà « de pointe ». Puis Caiphas fait dresser à grand effort la croix 
de Jésus, au milieu des lamentations des saintes femmes (f. 56 v°). 

Le « premier prestre », le « second prestre », Cayphas, Annas, le 
« tiers prestre », tous les « mauvais Juifs », Dyatam, Sompna, Janua 
(sic pour Janus), Abderon, insultent à tour de rôle le « dieu Hemanuel », 
et, à l'instigation d'Alexandre, « tous les tyrans » lui « montrent leur 
lune » (sic f. 67 v°). — C'est un débordement d'obscénités jusqu'à ce que 
Cayphas se décide à envoyer Janus réclamer à Pilale des écriteaux pour 
les croix (f. 58 r°). — Sur l'ordre de son maître, Romain rapporte lui- 
même trois inscriptions qu'il doit attacher l'un au-dessus de la tète de 
Jésus, les deux autres aux pieds des larrons, et il remplit sa consigne, 
malgré les protestations d' Annas et Cayphas f. 58 v°). — Jésus prie 
pour ses bourreaux. — Lamentations de la Vierge, de saint Jean, des 
Maries et de la Marte (f. 59 r"). — Plaintes de Gestas et de Dismas qui 
disent chacun une ballade (f. 60 r°). Jésus promet à Dismas le paradis. 
— Nouvelle ballade de la Vierge qui supplie son fils de ne pas l'aban- 
donner. Celui-ci la donne pour mère à l'apôtre saint Jean, mais elle re- 
fuse de « changer le Roy en ung page » (f. 61 r°). — Les dernières paroles 
de Jésus : Sitio. — Janus lui donne à boire du vin qu'il a goûté avec 
Cinelle et Malferas (f. 61 v"). — Hely, hely, lama sabathan. — Alexan- 
dre et ses amis se moquent du « folastre » qui appelle Elie. — 

Vila, halaa hole occachey. 
Mon père, prens mon esperit, 
Entre tes mains le recommande ; 
Tout ce qu'estoit de moy escript, 
Tout est consommé, car l'esmende 
Du premier péché est payée. 

Et il expire (f. 61 v"). — Douleur de Marie (f. 62 r°). — Dieu le Père, 
irrité, envoie son archange saint Michel fracasser le temple « de son es- 
pee sans fausser s (f. 62 r°). — L'Archange s'acquitte de sa mission, 
assiste à la résurrection des Morts, et se hâte de rejoindre Gabriel et 
les autres anges qui accompagnent l'Ame de Jésus vers les Limbes en 
chantant « Ung seul Dieu en trinité, etc. » (f. 62 v°). — Lucifer, averti 
par Satan et par Asmodée, a fait verrouiller les portes, mais le « Roy de 
gloire » les brise sans effort et pénètre dans les enfers bouleversés 
(f. 63 r°). — Sur le Calvaire, Annas et Cayphas s'avisent qu'il serait temps 
d'enfouir les condamnés pour ne pas souiller la grande fête du lende- 



d'auvergne .'567 

main, et ils vont demander à Pilate la permission de les achever (T. 63 v°). 

— Pilate l'accorde, et Alexandre dépêche aussitôt les tyrans à la beso- 
gne. C'est d'abord le tour de Gestas auquel ils « rompent les os » à coups 
de bâtons, en marquant les coups jusqu'à douze (7. 64 r°). — Puis on re- 
commence pour Dismas (f. 64 v°). — Quant à Jésus, c'est peine inutile ; 
mais l'aveugle Longin ne l'en frappe pas moins de sa lance, et recouvre 
miraculeusement la vue (f. 65 r°). — La Vierge maudit les bourreaux qui 
s'en vont boire à la taverne, et Centurion part de son côté avec ses gen- 
darmes « Premier, Second Armé » qui disent leur mea culpa [f. 60 v ).— 
Restent au pied de la croix les douze « bons Juifs » et Josep d'Arima- 
thie qui voudrait bien détacher le corps de Jésus et l'ensevelir honora- 
blement (f. 66 r ).— « Demandez d'abord congé à Pilate » dit Nicodemus, 
et Josep part avec Samuel, Lazay, Finees, Zeras et Jamnés. — Nicode- 
mus s'en va lui aussi, avec Jacob, Asleus, Accantus, Crispus, Agrippe, 
acheter chez l'apothicaire cent livres de myrrhe et d'aloès pour l'enseve- 
lissement (f. 66 r°). — Au sortir «la palais de Pilate. Josep a rencontré 
« l'Emorroïsse guarie » qui l'oblige à accepter pour rien ' la toile du 
suaire (f. 67 r°), et il rejoint bientôt avec ses compagnons Nicodemus; 
tous deux assistés d'Accantus montent aux échelles et se mettent en 
devoir de « dépendre » Jésus. A quelques pas la Vierge, au milieu des 
saintes femmes, se lamente éperdùment et tombe évanouie (f. 6<S r"). 

— Quand elle se relève, elle s'aperçoit que la croix n'a plus son divin 
fardeau, et Jean la conduit par la main devant le corps de son fils, 
déjà enveloppé du suaire, qu'elle prend dans son giron (f. 69 r°). — A ce 
moment les tyrans reviennent de la taverne et constatent qu'on a enlevé 
Jésus, mais ils s'en consolent facilement et se hâtent de détacher et 
d'enterrer les larrons (f. 71 r"). — D'abord Gestas, encore tout chaud. 
Satan emporte son Aine aux enfers, et le grand Lucifer, Asmodée, Bel- 
zebuth, Astaroth, Feu Grisel lui donnent chacun un coup de dents (trio- 
lets; (f. 72 r°). — Puis les tyrans jettent dans la fosse le bon larron Dis- 
mas. Malgré tous les diables (triolets), l'ange Raphaël finit par conduire 
son Ame aux Limbes, où Jésus la reçoit avec bonté et promet aux Pères 
« mervelles pour demain » (f. 72 v ).— Cependant la Vierge s'abandonne 
au désespoir et perd une seconde fois connaissance (f. 75 r). — Nicode- 
mus et Josep en profitent pour emporter le corps de Jésus au tombeau, 
l'enduire d'aromates et rouler une grande pierre à l'entrée du monu- 
ment; ils se bâtent, car, comme l'observe Agrippe (f. 76 r°), il est heure 
d'aler au temple ouyr complies ». — La Vierge a repris ses esprits et 



i. Episode lire, comme <<n l'a vu plus haut, de la Passion m-i<>h Gamaliel e( repu 
duit in extenso, p. 3j5. 



368 r,A passion 

voudrait revoir son fils, mais sur les instances de ses compagnes et de 
saint Jean, elle domine sa douleur, remercie Josepet Nicodemus de leur 
dévouement, et s'éloigne en disant « qu'elle s'en va reculhir » (f. 77 v°). 
— Tous les Juifs se rendent au temple pour la prière. Cayphas demande 
aux tyrans si les suppliciés sont « dépendus » et enterrés.— Oui, excepté 
Jésus que Josep a enseveli.— Comment donc a-t-il le front de se présen- 
ter ici, s'écrie Gamaliel. Mais Josep se vante hautement de son action. 
Une dispute éclate. Neptalin l'insulte, Cayphas ne se possède plus : 

Alexandre diligemment, 
Sornpna, Diatan, vous, Janua, 
Prenés moi ce foulastre la 
Et l'aies mectre en prison (f. 78 v°). 

Quand ils sont partis, Gamaliel juge la peine trop forte, car le coupa- 
ble était autorisé par Pilate; Nicodemus appuie son oncle, s'indigne et 
finit par quitter la Synagogue avec Jacob, Lazay, Zeras, Finees, Accan- 
tus, Asteus, Samuel. Jannés, Crispe et Agrippe qui maudissent le crime 
de leur nation (f. 89 v°). — L'assemblée se dissout. Sur l'avis de Gama- 
liel, Sompna, Dyatam, Annas et Cayphas vont demander à Pilate des 
gardes pour entourer le tombeau de Jésus. Le gouverneur refuse, la 
Synagogue a les siens. — Centurion acceptera peut-être, insinue Abde- 
ron. — Non, réplique Pilate, il est « trop escandalisé » (sic, f. 80 v°). — 
Et Centurion de répéter tous les prodiges qui ont alarmé sa conscience, 
le tremblement de terre, l'éclipsé, la chute du temple, la résurrection des 
morts. — Gamaliel essaie d'abord d'expliquer que « tout [cela] est natu- 
rel » (f. 81 r°); il réussit mieux à persuader Centurion qu'il est le premier 
intéressé à constater la Résurrection promise pour en avertir le peuple. 
Centurion se met donc en route avec ses soldats, et Cayphas et les siens 
rentrent chez eux. — Après leur départ (f. 81 v°), Pilate a une crise de 
désespoir, il ne veut plus prendre de nourriture, il repousse les consola- 
tions du fidèle Romain et celles de Percula, qui ne peut s'empêcher de 
rappeler qu'elle l'avait bien dit, et que conseil « de famme bien souvent 
— A sages gens porte profit ». — Le manuscrit (et vraisemblablement 
la pièce) se termine par une scène originale 1 , une extase de la Vierge 
qui est ravie en paradis et qui demande à Dieu le Père de bénir ceux qui 
ont vu jouer la Passion (f. 83 v°). 

i. Reproduite p. 3;5. 



1) AUVERGNE 






LA CONVERSION DE LA MADELEINE 
(Extrait du premier fragment). 



LA MARTE 

Lazer, mon ami, mon bon frère, * 
Com ' scavés, nous devons ayder 
Es grans pécheurs pour les retraire 
De mal et a bien les tirer, 
Fin que puissions admeriter 
Le saulvement de nostre ame. 
Doncques nous deussions exciter 
Magdaleine qui vit en blasme. 

LE LAZER 

Marte, ma seur, elle est infâme ** 
Et oslinee en ses maulx. 
Oncques ne vis plus foie femme, 
Elle est au plus fort de ses saulx. 
Se non que par 2 lenguaiges caultz 
Nous luy parlons de longue main, 
Ja ne congnoistra ses deffaulx. 
De cella je suis tout certain. 

MARTE 

Je sçey qu'elle a le cuer autain, 
Et qu'elle est bien de mal affaire, 
Bien seay aussi qu'elle a grant faim 
De veoir quelque miracle faire 
A ce propbt'te debonaire 
Que le cuer des gens admollist, 
Et pour ce ne fault que l'atraire 
A aler ouyr ce qu'il dit. 

LE LAZER 

Ce n'est que bien dist, se Dieu 

[m'eïst, 
Besoignons sans plus aloigner, 
Le prince des cieulx qui tout fisl 

Nous doint grâce de besoingner. 



I.A MAGDALEINE 

Veezcy bon temps pour soy bai- 
Et pour mener joieuse vie. [gner, 

Je m'en lie, 
Quelqu'un me viendra appeller 

Pour y aler ; 
Je suis coinde et jolie, 

Pour sa amie 
Doulcement me viendra acouler,"* 
De plaisance me veulx soûler 

Pour consouler 
Mon corps a tout son beau plaisir. 
Il n'est pas temps de reculer 

Ad soy gualer, 
Quand on peut plaisance choisir. 

LE LAZER 

Vous ne pences pas a morir, 
Ma seur, se cuide par mon arme. 
Vous n'en porrés prendre loisir, 
Car trop estes joyeuse femme. 

I.A MAGDALEINE 

Mon frère, c'est tout ce que j'ame 
Que de mener vie joyeuse, 

Amoreuse, 
Sans faire dommage a asme 

Nul|le :, ne blasme, 
Je ne charche qu'estre gracieuse 

Et sans neuse. 
Certes, je suis d'amour la dame. 
Je sçay [très] bien qu'on me diffame 

Et infâme, 
Mes point] certes il ne m'en chault, 
Pour cf. ledieu d'amours je] clame 



• Ma. toi. si v°. — 






i. Ms. comme, — j. Ms. pour. 



370 



LA PASSION 



Et reclame 
Que me doint [a]venir plus hault. 

LA MARTE 

Il est tart, frère. 11 nous fault 
[En] aler vers ce bon Jhesus. 

LE LAZER 

C'est ung homme qui beaucoup 

I vault, 

Plain de miracles et vertus 
LA MAGDALEINE 

On dit que ladres et bossus * 
Il guarit et sussite mortz ; 

Boiteux et tors 
Il adresse encorres plus, 

On lui cuert sus, 
Que des péchés, tant soient ilz ors, 

Donne remors 
Es pécheurs, sans estre confus, 
Et qu'a nul il ne fait reffus, 

Mes, sans abus, 
Il veult a [ung] chascun complaire. 
Pour ce queiquez foiz vouloir heus 
Et conclus 
De le veoir miracles faire. 

LL" LAZER 

Ma seur, se vous me voulés croire, 
Vous y ié s oyr son sermon. 

LA MAGDALAINE 

Et se j'y 1 vaiz, que dire (sic) l'on? 
Les gens se trufferont de moy. 

LE LAZER 

Ne faront, seur, en bonne foy 
Plus tost vous nommerontcurieuse. 

LA MARTE 

Si vous en oués nulle greuse, 
Maintenant n'y retournés plus. 



LA MAGDALEINE 

Vous dictes bien, or sa, sans plus, 
Par mon arme, je m'en y vaiz. 
Pausa cum silete. 



JHESUS 

Pécheurs, pécheurs, oués ma voix. 
Mes pa[ra]boules ont scmblance 
D'un homme sèment 2 . Sa semence 
Tunbent sur chemin est gatee, 
Car des bestes tost est mangée,** 
Sur roche n'a jamais racine, 
Et se tumbe entre l'espine, 
L'espine semence destruit 
Qu'en bonne terre porte fruit. 
Oués tous qui avés oureilhes. 

S. MATHIEU 

Nostremaistre, tudyfs] merveilhes, 

Fay moi la parabole entendre. 

JHESLS 

Vous advés grâce de comprendre 

Le reaulme de paradis. 
J'ay ailleurs pa[ra]boles mis 
Lesqueulx voyans aveugles font, 
Et en ouyant sourtz deviendront. 
La semence est la parole Dieu 3 
Qui es durs cueurs n'a point de lieu, 
Si peu que semence sur piarre, 
Mes le doulx cuer s'est bonne terre, 
Laboree par devocion, 
Arosee par contriction, 
Le doulx cuer en m'oyant fructiffie, 
Et de ses péchés mercy crie. 
A eely mon Père pardonne 
Et d'abondant grâce luy donne. 
O pécheurs, laissés vanités 
Et voz puans charnalités 



* 20 i • — '* 2o \o. i. Ms. : je y. — i. Ms. semaient. — 3. Vers trop longs. 



I) \CVEHGNE 



371 



Qu'empeschent fruit de pénitence. 
Mectés en Dieu vostre espérance, 
Car tant plus sera grant pécheur, 
Si de tes péchés ayes doleur, 
Tant plus tost auras de Dieu graee. 

I.A MAGDALEINE 

Helas, que farey de moy. hisse! ' 

Palharde, infâme pecharresse", 

Comment puis mes yeulx ne ma 

[face 

Lever es cieulx. n'avoir liesse ? 

Je deusse morir de destresse, 

Veu les grans péchés ou je suis. 

Marthe, ma sœur, a vous m'a- 
dresse, 

Conseillés moy, donnés m'advis. 

LA MARTE 

Loué soit Dieu que vous a pris ! 
Ma sœur, se a moy voulés croire, 
Vous muarés tous voz abis. 

LA MAGDALEINE 
Et puis ? 

LA MARTE 

Sçavés vous qu'il l'ault faire 1 ? 
Au prophète vous fault atraire, 
Pour demander grâce et pardon, 
Car il est bien de si bon aire, 
Pas ne vous reffusera ce don. 

LA MAGDALEINE 

Or alons donc a no 2 maison 
Et tous mes abis muarey : 
Vadant et mntet Magdalena 
Habitum jocunditatis in habita 
Pausa eum sllete i fletûs. 

Hic est addicio\ I iTTi de Maulbec 
Malegorge et Malegeppe 
Et tali tignoante monstratur.* 



SIMON PHARISEI - 
Ace Raby. 

JHESUS 

Amys, raie. 

SIMON PHARISEI S 

Voulentiers a manger vous donrey 3 , 

A ma maison se venir vous plait -, 

Et ong tresgrant plaisir avrey 

Si par vous celle honneur m'est 

[fait, 

Car tous mes biens certes sont 
I vos très. 



Alon- 



JHESUS 



SIMON 



Or sus, a peu de plait, 
Menés avant tous voz apostres. 
Vadant. 



JUDAS 

Puisque tes biens, Simon, sont 
[nostres, 

Trestous nous t'en devons louer 

SIMON 

Venés tous, je vaiz aprester, 
La maison est cy prés de nous. 

Pausa. 
Maulbec, Malgorge, advancés vous 
Aprestés tout, veez cy Jhesus. 

M LULREC 

.la, n'y ferons, sire, reffus. 
Malegorge mectons la table. 
M ILEGORGE 

Ce mestier m'est Lresbien agréable, 
Maintenenl remplirons la pance 
Il n'esl or, argent, ne cheval 
Que ne laissasse pour gualer. 



«, v — " -n\ r\— ■•• 36 v». - i. Ms. vous fault.— a Ma nostre. 5-4. Vers trop lo 



372 



LA PASSION 



SIMON 

Raby, vous plairoit il aler 

Vous mectre a table maintenent ? 

JHESUS 

Je le veulx bien. 

SIMON 

Diligemment, 
Maulbec, accop de l'eau es mains. 

(Tradat aquam.; 

Je croy que vous estes bien vains 
De tant juner, mes bons amis. 

Pausa. 
Je vouldroyz que fussiés assis. 

Pausa. 

Raby, seés vous en bonne heure. 

I'ausa (Ponantur panes). 

Malegorge, sa la friture, 
Et puis balhés la venaizon. 
MALEGORGE 

Veezcy de quoy. 

SIMON 

Quel vin boit-on ? 
Sus, Malbec, accop mect a boire. 

Pausa cum silele. 

LA MAGDALEINE 

Je n'ay pas perdu ma mémoire, * 
Encore suis en bon propoux, 
Jamay (sicj plus n'arey sur mon 
Vestimente si précieuse. [dos 

O palharde cher venimeuse, 
Vous m'avés ' trop en voz aneaulx. 
Laisés vous atours et aneaulx, 
Chaines, camailz, bagues, tourés, 
Veloux et soyes osterôs, 
Pour faire de vous péchés deul. 
Plus n'accomplirey vostre veul, 
Palbarde cber pugnaise et orde, 



Puisque Dieu m'a pris en s'acorde, 
Je veux servir a l'esperit 
Lequel, mon Dieu, esioit périt 
Se ne m'eussiés ad vous tirée. 
Las ! mon Dieu, j'estoye dampnee, 
Se ne fust vostre bonne grâce. 
Corps pugnais, il fault muer plasse, 
Va t'an chercher le bon prophète. 

LA MARTE 

Ma seur, vous n'estes pas hon- 
Pour aler ainsi toute nue. [neste 

LA MAGDALEINE 

J[eJ ay trop estee vestue 
Jusques cy. la pouvre dolente. 

LA MARTE 

Ma seur, puis qu'avés telle en- 
tente ** 

D'aler au prophète Jhesus, 

Vestes vous, et n'actendés plus, 

De draps humbles en pénitence. 

LA MAGDALEINE 

Je le veulx, il faut que m'advance. 
Or me balhés ces draps de brun. 

Pausa (vestiatur). 
Avec moy je ne veulx nés ung, 
Seule veulx aler mon chemin. 

LE LAZER 

Je croy qu'estes yvre de vin, 
Ma seur et que devenés vous? 

LA MAGDALEINE 

A! mon frère, mon amy doulx, 
Je vaiz a Jhesus le saulveur, 
Ses beaulxdilz m'ontnavrélecueur, 
Je suis du tout de s'amour prise, 
En pénitence me suis mise 
Affin qu'aye plus tost sa grâce. 



3i r°. — ** 3i v*. — i. Ms. advès. 



LK .MAh.VI.KI.M-; 



d'auvergxe 373 

LE LAZER Dont j'ay grant blasme. 

Vous fêtes bien Je suis infâme 

Plus qu'autre femme 
Devant le monde, 

Las ! en quelle plasse Chacun me clame 

Frère, le porrey [ge] trover? Et me rec lame 

LE LAZER Putain immonde, 

,, ,, , Tant suis parfonde 

Ma seur, je 1 en ay veu aler ^ 

„ ., , . i u • • En toute onle 
Droit chez Simon le pharisien. 

Que riens ne vaulx, 

LA MAGDALEINE p our es||t , mon( j e 

Mon frère, adieu, Vaiz rendre compte 

Droit en ce lieu De tous mes maiilx; 

Je vaiz chercher, De mes deffaulx 

J'en ay le veu, * Laiz, desleaux, 

Car par son feu Vaiz querre grâce. 

Ma fait lâcher Donnés des eaulx. 

M'a meschant cher, Yeux, en seaulx! 

Que trabucher En toute place 

En mal m'a fait; Il fault que j'abaisse ma face 

Mon amy cher Puisque je voy mon bon Seigneur, 

Vouldroiz toucher, Celluy qui les peebés efface 

Tant est parfait Je croyque c'est mon Rédempteur. 

Puisqu'il lui plait Desoubz la table, mon Saulveur, 

Que soit deffuit Ad voz pies gecter je me vaiz. 

Le mal de m'ame Ilelas ! je vous donne mon cuer, 

Qui est tant lait, Pardonnes moy tous mes meffaiz. 

Tant contrefait. Vadat ad pedes. — Pausa. 



LE SONGE DE PERCULA 

(Extraits du second fragment). 

PERCULA, femme de l'ilate. Pour les choses que j'ay songé, 

Ib'las. Adonay, bêlas! ** Car on m'est venu menasser 

Romain, viens t'en a moy parler, Que Pilate sera dampné 

Car je n'ay plus jambes oe bras Tantost qu'il ara coudempné 

De ijuoy je me puisse ayder. Jésus a mort, coin il veult faire ; 

De peur je ne faiz que trembler 11 sera après accusé 

* 'il v°. — ** i<> r". 



374 



LA PASSION 



Es empereurs pour le deffaire ; 
Lors arey de doleur amere, 
Je ne pourroye avoir pis, 
Je ne sçay a qui me retraire, 
Maulditz soyent les palhars Juifz ! 

ROMAIN 

Qu'avez vous veu ? 

PERCULA 

Onc ne vis pis. 

En songe je veis liompars. 

Chiens, [et] chatz, [et] loups et re- 

[nars 

Ourshons, colovres, [et] sanglers, 

Noirs hommes et fort estrangiers, 

Trestous a l'environ d'un jucge 

Qui disoyent: se Pilate jucge 

Jhesus le prophète tresgrand, 

A tous vous faiz commandement 

Que l'estranglés luy et sa femme, 

Car Jhesus est homme sansblasme, 

Très parfait, et juste personne. 

.Las ! se la sentence se donne 

Contre Jhesus par mon marit, 

Il en sera premier marrit, 

Et je serey femme deffaiete. 



ROMAIN 

Il n'y fault que remède mectre 
Ma dame, fectes le advertir 1 
Fin qu'il ne jucge a morir * 
Le tresbon 2 prophète Jhesus. 

PERCULA 

Va t'en, Romain, n'arreste plus, 
Va t'en parler a mon mary 

Sire Pilate, et lui dy 
Mon songe que t'ay raconté. 

ROMAIN 

Voulentiers, dame, en vérité, 
Dieu me doint faire bon messaige ! 

Yadat (Pausa). 
Seigneur, devant qu'alliés au siège, 
Il fault qu'ad vous je parle a part. 

pilati<; 
Sur quoy? 

ROMAIN 

Mes qu'en escart 
Nous soyons, je le vous direy. 

Pausa. 
Percula ma dame a songé :i 



* 40 v«. — i. Ris. : l'adverii. — 2. Ms. bon. 

3. Cf. le livre cité précédemment p. 255, la Passion... moralisée, figurée etc. : « Selon 
la sentence du philosophe Aristote... » 1490, (B. Nat. Réserve II. 1106) cahier m. 11. 
fol. 1, r*. 

Ifystoirc, — Nous lisons en ung livre de la supplication des cvangilles que en celle 
nuyt la femme de Pylate fut ravye et vit en sa vision en l'appareil du palays ou 
devoit estre jugé le doulx saulveur Jhesucrist une ymage pendue en croix. Et de la 
bouche d'icelle ymage partoit une telle escripture : « Juge, si tu ne faitz selon vérité, 
pardurablement tu seras tourmenté en enfer. » Et a l'environ d'icelle ymage estoyent 
grant multitude de gens qui l'aisoiciit reverance a l'ymage et la saluoyent d'une voix 
moult joyeuse en disant : « Dieu te saidt, divine majesté, pour toy servir sommes 
nous tous aprestez : Et au dessoulz de l'ymage estoit ung dragon, lequel disoit en 
telle manière : Celluy qui en ta mort se consentira en enfer pardurablement dampné 
sera ». Quant doneques elle eut veu celle vision, elle pensa qu'il signitioit la mort de 
Jhesucrist. Et ceey l'ennemy lui mist en vision en son dormant, et dient les docteurs 
que c'estoit pour empeseher l'œuvre de la rédemption et par ainsi la femme Pilate 
luy manda qu'il se gardast bien de condempner Jhesucrist. » 



D AUVERGNE 



375 



L EMORROISSE DONNE LE SUAIRE A JOSEPH D'ARIMATHIA 



JOSEP 

Adieu, seigneur, estre songnheux * 
Me fault pour avoir de la telle 
Qui soit blanche, doulcete et belle ; 
J'en vaiz querre je ne sçay ou. 

L'EMORROISSE GARIE 

J'ay cy de toile a foison 

Pour vendre, se venoit marchant. 

Bon marché farey, c'est raison, 
Pour ce que j'ay besoin d'argent. 

JOSEP 

Ma mie, tu as trouve marchant 
Qui ta toile veult achapter 
Pour faire l'enseveliinent 
De Jhesus que vai/. destacher. 

L'EMOROISSE GARIE 

Pour luy, seigneur, rien ne m'est 
[cher **. 



De bon cuer certes la luy donne, 
Voir tout le mien luy habandonne, 
Car tresfort luy suis obligée, 
Pour luy santé me fut donnée 
Du flux de sang. 

JOSEP 

Prend cel argent, 
Aultrement ne prendrey la toele. 

L'EMORROISSE 

Mon seigneur, je suis son ancelle 
Et sa servante a le servir ; 
Pour ce amaroys mieulx morir 
Que si en prenoye ung denier, 
Et, si ne l'en voulés porter. 
Je l'apporteray après vous. 

SAMUEL 

Or sa, doncques balhe la nous, 
Dieu te veulhe rémunérer 1 ! 



EXTASE DE LA VIERGE 



Très hault Dieu, bonté souve- 
j rainne,*** 
Ou j'ay mon cuer et ma fiance, 
Car tues la doulce fontaine 
De amoreuse joyssance, 
Veulhe moy donner alegeance, 



Esleve ung peu mes esperis, 
Donne moy fruer de ton essence. 
Et varrey avec toy mon lilz. 

Très Hault, bonté de gloire plaine, 
< »u j'ay mis toute m'esperance, 
Ta charité a toy m'amaine. 



i Cf. la /'fission selon Gamaliel, etc. I!. de l'Arsenal Ms. 5,366 fol. 3g \ . B. Nat. 
-.•i.jisi. [56 r : « Adoncques Joseph et Nicodemus se partirent de là et trouvèrent 
une femme qui <-~t • >i t de Galillée, et leur demanda ou il/, alloient, et il/ lui dirent 
«mil/ alloient ensevelir ensevelir ensemble le corps de Jhesu Crist. — Tenez ce 
drap d'avecque quoy vous le ensepvclirez, car il me guérit d'une maladie dont 
moult estoie honteuse entre les autres dames tant seullement de toucher .i sa 
robbe. » 

■ 66 v. — •' •'.; r». - ••• si r\ 



376 



LA PASSION 



Veulhe avoir de moy souvenance. 

A la deité ce jour pence 

Pour avoir de joye le pris. 

Se en toy, Père, plus fort pence, 

Je varrey avec toy mon filz. 

Très Hault, charité, doulceur saine, 
Qui sur tous advés excellence, 
Eslevés ma vertut humaine, 
Que je voye votre substance ; 
C'est tout mon bien et ma che- 
Avec les anges mes amis, [vance 
Vous veoir en divine assistance : 
Je varray avec vous mon filz. 

Prince, qui a fort doulce alaine, 



Baiser te veulx par ung doulz vis, 
Embrasse moy pour bonne es- 
[trainne, 
Et varrey avec toy mon filz. 
Elevetur Maria in haltum. 

DIEU LE PERE 

M'amour, Marie, mon doulx lis, 
Ma beauté, colombe amoreuse, 
Remplés de moy voz espeiïs, 
Eslevés vous, ma gracieuse ! 
Vo ' pascience précieuse 
Me plait fort, ma doulcete amie. 
Or sus, companie glorieuse, 
Resjoyssés un peu Marie. 
Cantent Angrelî : 

« Glorieuse Marie. » 



MARIA 



En ceste joyeuse estampie 
Et en ce chant mélodieux, 
Doleurs pers, plus ne suis marrie, 
Pour ce que voy Dieu glorieux, 
Je voy aussi mon amoreux 
Jhesus en ame et deité, 
Qui es limbes fait tant joyeux 
Ceulx qu'en ce monde ont Dieu amé. 



O essenciale unité, 

Ung dieu, une essence et subtance, 

Requer vous voy[e] en trinité, 

Père, Filz, sainct Esperit, en se 

Veyent, je prens plaisance 

Si très grant que plus ne veux mie. 



Maintenent, Dieu, j'ay suffisance, 
Doleur en joye est convertie. 

Souverain Dieu de cuer vous prie 
Pour ceulx qui sont mes amoreux, 
Qu'i vous plaise garder leur vie 
De perilz et maulx dangereux, 
Et les faictes si - vertueux 
Qu'ilz admeritent paradis, 
Et especielment tous ceulx 
Qu'ont veu la passion vostre fils. 

Prince qui es es cieulx assis, * 
Tous nous jours te remercions, 
Et ceulx qu'ont regardé ; prions 
Qu'il soit tout jour noz bons amis. 



84 v". — i. Ms. rostre. — 2. Ms. si ires. 



d'auvergne 377 

Nous avons analysé minutieusement scène par scène la Passion 
d'Auvergne. En dépit de son méchant style, elle est fort instruc- 
tive puisqu'elle permet de relier le théâtre du Nord à celui du Midi, 
et qu'elle est la véritable transition si longtemps cherchée des 
mystères français aux mystères rouergats. 

La versification (triolets, ballades, etc.) suffirait à prouver que 
l'auteur auvergnat a connu des pièces françaises actuellement per- 
dues ou inconnues. Outre ces pièces et les Evangiles canoniques, 
cet auteur a connu un ouvrage intitulé la Supplication (supplé- 
ment) des Evangiles dont nous n'avons retrouvé la trace et la 
mention que dan- la Passion movalisée\ « Selon la sentence du phi- 
losophe Arislote ». imprimée en 1490. Le nom de Marcelle, donné 
à la femme du peuple qui bénit Jésus, suivant l'Evangile de S. Luc, 
XI, 27. « Beatus venter (/ni le portavit, etc. », vient, soit des Pos- 
tules de Nicolas de Lire, soit d'une légende de la Madeleine signa- 
lée par M. P. Meyer, [Notes et Extr. des Ms. de la B. Nat., t. 
\.\XY, 2 e p., p. 492). D'autres noms (Alexandre. Phinees,Sampna, 
Diatan, etc.) prouvent que le dramaturge a mis à contribution 
l'Evangile de Nicodème latin (ou de ses traductions françaises), 
autant et plus que celui de S. Luc. Cet Evangile de Nicodème 
est d'ailleurs le seul texte qui donne le nom de la femme de Pilate, 
Percula ou Procula*. Est-ce tout? pas encore, car l'épisode de 
l'Hémorroïsse devenue marchande de toile, le nom d'Abdéron et 
surtout celui de Romain, le fidèle serviteur de Pilate, et bien d'au- 
tres détails n'ont pu être pris que dans la Passion selon Gamaliel, 
qui nous a si longuement occupé. L'imitation de cet ouvrage est 
donc ici certaine, mais elle est moins fidèle et moins suivie que 
dans les Mystères rouergats, connue on va le voir. Là. celle 
imitation deviendra souvent une véritable copie. 



1. Voir page 355 de ce livre. 

a. Elle n'est pas nommée dans ? Evangile de Nicodème ru vers provençaux <■( dans 
la Passion selon Gamaliel, qui disenl simplement « la femme 1 de Pilate, comme un 

l'a note plus haut. 



LES 



MYSTERES ROUERGATS ET LEURS SOURCES 



LES 

MYSTÈRES ROUERGATS ET LEURS SOURCES 

LA PASSION DIDOT 

L'ÉVANGILE DE NICODÈME EN VERS PROVENÇAUX 

LA PASSION SELON GAMALIEL 



Les Mystères rouergats, déjà si souvent étudiés par la critique '. 

forment, comme on Ta dit, un drame cyclique ou un véritable 
cours d'histoire sainte allant de la Création au Jugement dernier. 
On a représenté très anciennement des mystères cycliques dans le 
Midi à la Fête-Dieu * ; mais nous savons peu de choses sur ces 
représentations, et il n'est pas certain que les mystères rouergats 
se rattachent à cette fête. C'est plutôt une collection de pièces 
détachées qui pouvaient se réunir ou se séparer à volonté. 
Cette histoire dramatique de la Rédemption était certainement 
très longue et disposée suivant un certain plan, mais ce plan 
n'avait pas été arrêté d'avance, dans tous ses détails, le compila- 
teur rouergat travaillait très irrégulièrement et. grâce à sa 
méthode ou à son absence de méthode, nous n'avons conservé de 
son œuvre qu'une série d'épisodes plus ou moins décousus. En 



i. Notice <1<' M. A. Thomas, Annales <ln Midi, 1890, p. 38. Ed. complète i> p 
M. A. Jeanroy el II. Teulié sous le titre de Mystères provençaux du quinzième siècle, 
is;>'i. 

Mentions, analyses el comptes rendus critiques : M. Creizenach, Gesch. <l. n. Dra- 
mas, 169S, I, i>. i:i ; Groeber, Grundriss, etc., 1897, II. |>. 56; A. d'Ancona, Origini del 
Teatro ital . t. I. p. 863. 

Revue des langues romanes, i8gj (A. Chabaneau), p. {78.— H. d'Hist. lili. </-• la France, 
is.ii 'I'. «le Julie ville., p. 369.— Revue </<• Provence, i.s»h> (L. Constans), p. 94.— Zeitschrijl 
fur roman. Phil. [894 (A. Stimming), p. '<\~- — Zeitsch. Jûr frans Sprache, eti 
(E. Stengel), p. ^m, etc., etc. 
A Draguignan, dû 1 l'J;. 



382 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

effet, comme l'a démontré M. Jeanroy', ce compilateur écrivait 
ses mystères dans deux volumes, en passant de l'un à l'autre 
alternativement, ou en compilant deux recueils simultanément, et 
un seul de ces volumes nous est parvenu. Dans ce volume con- 
servé, il a écrit ses pièces non dans l'ordre que parait indiquer 
celui où nous les trouvons, mais « au fur et à mesure que se pré- 
sentaient les originaux qu'il entendait reproduire ou imiter ; il en 
commençait alors la transcription à tel ou tel endroit de son 
volume, selon la place que leur assignaient les événements mis en 
scène, se réservant l'espace qu'il jugeait nécessaire pour les mor- 
ceaux qui devaient précéder ». Plusieurs fois ses calculs l'ont 
trompé, et des feuillets sont restés blancs dans les intervalles. Il a 
utilisé ces blancs en y insérant des morceaux détachés et deux 
tables qui permettent de deviner les lacunes et l'ensemble. Ces 
deux tables contiennent en effet avec de légères différences les 
titres et l'ordre des mystères contenus dans les deux volumes, et 
la première ajoute aux titres la liste des personnages. Le manus- 
crit a été exécuté en Rouergue vers le troisième tiers du quinzième 
siècle, mais la date même des textes qu'il contient n'a pu encore 
être déterminée exactement. Une première fois, ils ont été jugés 
antérieurs à i44° '■> puis, ils ©nt été reportés, avec plus de vraisem- 
blance, à la date approximative du manuscrit qui serait, d'après 
certains indices, la minute de l'auteur. Ainsi une compilation non 
datée et dont la moitié la plus importante ou la Passion propre- 
ment dite est perdue, une série d'oeuvres disparates, rédigées au 
petit bonheur, et dont il faut retrouver les originaux très divers, 
tour à tour très simples ou très compliqués, tel est le problème qui 
reste à résoudre en partie. Comment reconstituer la bibliothèque 
ou les sources du compilateur rouergat ? 

Dans une enquête compliquée, l'essentiel est d'abord de ne lais- 
ser place à aucune équivoque, même au prix de redites. Rappelons 
donc que trois de ces sources nous sont déjà en partie connues : 
la Passion Didot signalée par M. Jeanroy, et d'autre part, XEvan- 



i. Toute cette description du manuscrit est empruntée a Y Introduction de M. A. 
Jeanroy qui a le premier signalé les emprunts faits par le dramaturge rouergat à la 
J'assion Didot, et dont les indications aussi ingénieuses que précises vont nous aider 
à retrouver les autres sources de la compilation. 



LES MYSTÈRES ROUERGATS 383 

gile de Nicodème en vers provençaux ainsi que le vieux roman ou 
poème en prose, inspiré par cet Evangile provençal, la Passion 
selon Gamaliel. Il n'y aura qu'à montrer par des citations précises 
comment ces trois textes sont associés et combinés l'un avec 
l'autre clans les mystères rouergats. Des citations précises et détail- 
lées, car les relations de tous ces textes entre eux sont complexes 
et multiples. Pour les emprunts directs faits par le compilateur 
rouergat à l' Eçangile de NicQflème en vers provençaux, ils s'éta- 
bliront, comme on l'a dit. sans difficulté. Ce sont des emprunts 
presque textuels ou même textuels, analogues à ceux qui ont été 
faits à la Passion Didot'. Pour la Passion selon Gamaliel, il nous 
est déjà prouvé par certains indices 1 que le compilateur rouergat. 
a consulté, comme le nqète d'Auvergne, cette Passion dans un 
manuscrit. Reste à voir comment il a transformé ce texte en le 
transportant au théâtre. En somme, pour tirer de cette Passion un 
drame, l'auteur rouergat va la remanier et l'amplifier exactement 
comme l'auteur de la Passion selon Gamaliel avait remanié 
Y Evangile de Nicodème en vers provençaux pour en tirer son 
roman. C'est ce qu'il sera possible d'établir en nous appuyant sur 
l'analyse précédemment donnée de la Passion selon Gamaliel. 
sur les longs extraits de la Vie de Iesu Crist de i4<">5 ', et sur les 
citations partielles qui suivront. Ainsi les origines d'une bonne 
partie de la compilation rouergate seront déjà déterminées. 

Viennent ensuite un assez grand nombre de mystères rouergats 
qui ne dérivent pas des sources précitées. D'où viennent-ils ? 
D'une ancienne Passion du Nord, laquelle aurait inspiré la Pas- 
sion Didot et plus lard la Passion d'Arras, et par surcroît n'aurait 
pas laissé d'inspirer d'anciens mystères allemands*? C'est l'iiy- 



i. lit pur surcroît, ils sont enchevêtrés, comme on le verra à la lin <!<• ce chapitre, 
dans les emprunta faits à cette Passion Didot 

a. Se rappeler les remarques Faites |>. >ii de ce livre sur remploi des noms Roma 
e1 Roman dans les mystères rouergats. Pour ne pas multiplier les difficultés, nous 
admettrons pur hypothèse, comme M Jeanroy, que toute lu compilation rouergate 
«•si d'un même auteur, bien que le luit m- soil pas absolument certain. 

;. ()n m- reviendra plus naturellement aux manuscrits et, pour lu facilité des véri- 
Bcations, on renverra directement à l'imprimé de 1 {85. Les citations choisies seront 
d'ailleurs conformes un texte des manuscrits. 

\. Wilmotte, L<s Passions allemandes du Rhin, p. gi, 98, noie i. n>">. noie 5, 1 1 ■ ». 
1 »< • t <• 1. 



384 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

potlièseque nous avons déjà si souvent rencontrée et qui se repré- 
sente ici une dernière fois avec des tables de concordances extrê- 
mement minutieuses entre les passages imprimés de la Passion 
Didot et les passages correspondants de la Passion d'Arras et des 
mystères rouergats 1 . Quand les fragments imprimés de la Passion 
Didot, les mystères rouergats et la Passion d'Arras s'accordent, 
l'existence du modèle commun ou de la Passion française du Nord 
semble s'imposer : quand la Passion Didot manque, parce qu'elle 
reste en partie inédite, rien de plus simple que de suppléer à ses 
lacunes à l'aide des mystères rouergats et de la Passion d'Arras, 
et le modèle commun s'impose encore avec la même facilité. Pour 
répondre à cette argumentation très précise, mais peut-être trop 
aventureuse, il n'y a évidemment qu'un moyen, interroger la 
Passion Didot elle-même, montrer que le manuscrit dans son inté- 
gralité ne dit nullement ce qu'on a voulu lui faire dire d'après des 
extraits tronqués, et d'autre part indiquer les véritables sources 
des mystères rouergats. Ainsi les rapprochements de passages 
<( presque identiques » qui ont été relevés se réduiront à de sim- 
ples analogies, inévitables dans un pareil sujet, et susceptibles 
d'explications très différentes. Ces analogies plus ou moins spé- 
cieuses auront l'inconvénient de retarder de ci de là la solution du 
problème, mais en définitive ne l'empêcheront pas. 

Resteront enfin un certain nombre de mystères rouergats d'ori- 
gines très diverses qui ne rentrent dans aucune des catégories 
précédentes, et qui nécessitent encore d'autres explications. 
Les derniers en date et aussi les plus compliqués seront analysés 
à part et nous donneront, à peu de chose près, la date extrême de 
la compilation rouergate tout entière. Ils sont en effet tirés d'ou- 
vrages français, imprimés pour la première fois à des dates déter- 
minées, ou peu s'en faut. Cette expression n'a rien qui doive sur- 
prendre, puisqu'il s'agit d'incunables dont l'histoire n'est pas 
encore faite, et ne peut être tentée qu'avec une approximation 
relative. 

Pour la commodité de ces recherches, nous allons donc exami- 
ner tous les mystères rouergats dans l'ordre même où le compila - 



i. E. Stengel, ZeitschriJÎ /tir franzôsische sprache und Lîtteratur, t. XVII. i 
2 e partie, p. 210, note i. 




l.KS MYSTERES ROUERGATS 






tour rouergat les a placés, à peu de chose (très, et ikmis réser- 
verons pour la fin les plus modernes. 

i Mystères placés au frontispice de la collection et lui servant 

de prologues : Creatio, Abraham ' . 

a Mystères placés avant la Passion proprement dite : la Sama- 
ritaine, la Femme Adultère, Miracles, Vendeurs, Résurrection 
de Lazare. Repas chez Simon le lépreux. 

3° Groupe de la Passion et de la Résurrection .' Entrée à Jérusa- 
lem. Cène, Passion proprement dite. Résurrection des Morts, 
Résurrection du Christ. Pèlerins d'Emmaùs, la Juioerie ou Jo- 
seph d'Arimathie. * 

4° Mystères divers, Ascension. Jugement général ou dernier. 
Jugement de Je sa s. 

La compilation rouergate s'ouvre par une Création, et cette Créa- 



I. CA\ les 


deux tables «lu Ms. reproduites 


par A. Jeanroy, Introduction, p. vii.i : 




Fol. ag du ms. 


Fol. 35. 


I 


Creatio. 


Creatio. 


2 


Abram. 


Sinagoga. 


3 


Synagoga 


Abram. 


4 


Samaritana. 


Samaritana. 


5 


Addulteyrix. 


Adulterix. 


6 


.Miracles. 


Mil' actes. 


; 


Vendedors, 


\ encleilus. 


S 


Jutgamen de Jésus. 


Jutgamen de Jésus. 


«I 


Laze. 


Lazer. 


10 


Covit de Simon Leprosus. 


— 


il 


[ntrada de Jérusalem. 


[ntrada de Jérusalem. 


12 


— 


Sena. 


i3 


Passio. 


Passio. 


■i 


.1 iis.it, iria. 


— 


Ili 


- 


— 


l- 


- 


Limbes. 


IS 


— 


Resurecl i" 


19 


- 


Ema ii>. 


19 


— 


\ ssentio. 



i. (les deux titres paraissent bien désigner la même pièce. Quanl à la Sync 
ce devatl être, suivant la conjecture de M. Jeanroy, une délibération de la Syna- 
gogue sur les moyens de perdre Jésus. Cette scène étail facile à imaginer, et la 
Passion selon Gamaliel offre, dès le début, de nombreux exemples de conseils 
analogues Le Jugement gênerai absent de ces deux listes se relie, comm i le \ erra. 

.i Y Assrntio. 



3S6 LES MYSTERES ROUERGATS 

tion n'est « que la mise en œuvre d'une légende d'après laquelle le 
nom du premier homme aurait été formé des initiales du nom des 
quatre étoiles correspondant aux quatre points cardinaux » '. Cette 
légende n'est pas d'origine hébraïque, comme on l'a pensé, elle 
parait même complètement impossible en hébreu, où les diverses 
combinaisons des lettres constituant le nom d'Adam produisent des 
légendes très différentes*; elle n'est en réalité possible qu'avec les 
lettres de l'alphabet grec, et ce sont en ellèt les Grecs qui l'ont in- 
ventée, puis donnée aux Pères de l'Eglise latine, notamment à 
Saint Augustin \ lequel l'a enseignée à son tour à toutes les ency- 
clopédies du moyen âge. Nous la retrouvons au xm e siècle dans le 
roman populaire d'Adam et d'Eve : 

Par grant signorie 

Nostres sires le nom li inist, 
Car des .1111. parties prist 
Du monde la première latre, 
Et qui les sét ensamble matre. 
Le non savra legierement 
'Jueles sont a mien escient ; 
Artos, dysis, anastolé, 
Missibuon en greu nommé; 
Qui bien essembler les sevrai 
Cest non tôt droit Adam avrai ; . 

La légende reparait au xiv e siècle dans les histoires universelles 
comme celles de Jean d'Outremeuse 5 : au xv e et au xvr siècle, on 



i. A. Jeanroy. Introduction, p. x. 

a Voir Bartolocci, Bibliotheca rabbinica citée dans le Dici. des Apocryphes, col. 
Migne, t. II, p. $6: Kabbalistae insulsi clicunt très Litteras in Adam signiiieare Adam, 
David. Messiam, etc. 

3. In Joann. tract. X, c. i (Patr. Migne, t. 36, col. i403)- De illo [Adam] exortae sunt 
omnes gentes et in ejus vocabulo quatuor litteris quatuor orbis terrarum partes per 
graecas appellationes demonstrantur. Si enim gtaece dicantur Oriens, Oecidens, 
Aquilo, Meridies... in capitibus verborum invenies Adam... » : item. t. 3;, col. 1236. 

Liber de duobus montibus (Patr. .Migne. t. 4, col. çi'j'îi cite par Vinc. de Beauvais 
Spec. Natur. liu. XXX. cap. xv, p. 2224. — Amateure, (Patr. Migne, t. io5, col. 1004), 
cite par A. Jeanroy. — Blon. d'Autun, Elùcidar. t. 172, cul. m;, etc. 

\ li. de L'Arsenal, ins. 5aoi, p. (i-> V col. 2. et B. Nat. fr. 24.301 loi. 022, col. 1. 

5. Cuil. des Chroniques belges, in-4°, t. I, p. 309. 



LES MYSTÈRES ROUERGA I S 

la retrouve souvent soit dans les recueils factices 1 , soil dans les 
traités d'astrologie, notamment dans le « sottisier » manuscrit de 
l'astrologue bourguignon, Jean Tabourot \ l'oncle de Et. des 

Accords. Il esi donc bien probable que le compilateur rouergat l'a 
prise lui-même, non dans un mystère, niais plutôt dans un alma- 
nach, dans une compilation d'histoire sainte, et les deux pièces 
suivantes ont peut-être une origine analogue. 

A la Création succédait un second Prologue aujourd'hui perdu. 
Le sacrifice du Fils de Dieu était précédé et annoncé par le sacii- 
fice d'Isaac lequel apparaît si souvenl associé à la Passion dansles 
mystères mimés 3 ou dramatiques, les spectacles de la Fête-Dieu, 
les livrets *\r théologie. Ce sacrifice ou cette « figure » de la Pas- 
sion devait.il est vrai, être rappelé plus loin dans l'épisode allégo- 
rique du Jugement de Jésus qui explique la nécessité de la Pas- 
sion, mais, ou bien quand il rédigeait son petit mystère d'Abra- 
ham, l'auteur rouergat n'avait [tas encore en mains le modèle du 
Jugement de Jésus, ou, ce <pii est plus probable, il n'était pas 
homme à reculer devant un double emploi. Il aura cru bon de dé- 
velopper ;i part « la figure » la plus ancienne et la plus impor- 
tante, ce sacrifice d'Isaac auquel le Christ devait son surnom mys- 
tique d'Innocent*, comme on le voit dans divers textes théologi- 
que-, et encore par les curieuses représentations consécutives de 
Laval en i5o; : 

D'Abraham le sacrifice 

Fut joué, qui fut moût propice. 

Sur le grand pavé de Laval 



i. Rome, Vat ., Ottob. 25o3 ( w siècle), P> :»>. oité par E. Langlois. 

a. 15. Mazarine, m-. 3636(xvi siècle), fol. a65. 

'! Exemple : ette sorte de diptyque qui résumait toul L'enseignement des Confrères 
de la Passion, a I entrée de Louis XII a Paris, le a juillet i î;iS. d'après Godefroj . Céré- 
monial Jrançois, t 1. 238. « Devant L'église de la Trinité avoient l'ait les gouverneurs 
et confrères de la G. île la Passion un eschaffaul ou estoit Abraham qui sacrifient a 
Dieu le père son fils Esaac, et a l'autre costé de Peschaffaut le crucifiement de Jésus- 
Christ » — Le sacrifice d'Isaac figure encore aujourd nui dans la Passion d'Oberam- 
mergau 

i st Thomas d'Aquin, Somme, I'. III. Q. i;. art. i. Ad lertium sic proceditur. i. Vi- 
detur quod Deus Pater non tradideril Christum passioni. (niquumenim et crudele 
videtur esse quod innocens passioni el morti tradatur.... It. Q, {6. art. >>■ 

I.e surnom d'Innocent repaiaitra dans la Moralité Secundum legem débet mori, tirée, 
comme on le verra plus loin, du même texte que le Jugement de Jésus rouergat. 



388 1>ES MYSTÈRES ROUERGATS 

Par le clergé de Saint Thugal; 
Aussi fut joué l'Ignoscent 
Celluy an, qui est moult décent 1 . 

Quant au développement succinct de son petit mystère d'Abra- 
ham, où l'auteur rouergat l'a-t-il pris? Il est difficile de le dire. 
Peut-être dans quelque histoire sainte, la même qui lui aura fourni 
la Création et plus tard la pièce de la Samaritaine qui commence 
la vie publique de Jésus. L'abondance des noms propres ou des 
souvenirs historiques au début de cette Samaritaine semble bien 
indiquer que la pièce est tirée de quelque compilation d'histoire \ 
D'autre part les théologiens associent volontiers la Samaritaine et 
la Femme adultère, les deux femmes auxquelles Jésus a pardonné; 
elles se font quelquefois vis-à-vis sur les vitraux ; ' ou les œuvres 
d'art. Il est donc possible qu'entre ces deux pièces de la Samari- 
taine et de la Femme adultère qui se suivent sans transition 
l'auteur rouergat ait voulu mettre un certain lien, et que cette par- 
tie de la compilation était en réalité moins décousue qu'elle ne 
nous le parait. 

Des courtes scènes qui suivent {Femme adultère, Miracles (le 
Boiteux. l'Aveugle, le Paralytique). Expulsion des vendeurs), nous 
ne connaissons également que les titres et les personnages. Les 
sources qui nous échappent encore, paraissent avoir été diverses. 
Pour les Miracles, l'auteur rouergat s'est probablement inspiré 
d'un verset de l'Evangile 4 de saint Mathieu, XXI. 14 : mais où a- 
t-il pris ses développements? Bien que l'ordre de ces scènes et 
diverses particularités diffèrent dans la Passion Didot ', il ne 
serait pas impossible qu'elle ait été mise à contribution au moins 
en partie pour le Miracle de l'Aveugle. Cette Passion donne, il est 
vrai, un assez long rôle au Père et à la Mère de l'Aveugle, et dans 
la compilation rouergate, ils ne reparaissent ni sur la liste des per- 

1. Chronique rimée de G. le Doyen, (B. de L'E. des Chartes, i852, p. 389). On a pro- 
posé diverses explieations pour cette pièce perdue de {'Innocent (cf. P. de Julleville, 
Rcp. du théâtre comique, p. 35g), mais le sens nous parait maintenant bien lixé. 

1. La Samaritaine, p. 12, v. 3o3-3o4- 

3. Notamment sur un vitrail de l'église de Caudebec (xvi* siècle), signalé par 
M Km. .Mâle. 

4. « Et accesserunt ad eum caeci et claudi in templo et sanavit eos ». 
ô, .Note par A. Jeanroy, Introduction, p. xvi.i. 



LES MYSTÈRES ROUERGATS 389 

sonnages de la Passion, ni avant, sur celle des Miracles 1 . Mais il 
c^t remarquable que l'auteur rouergat a fait reparaître « l'Orb, 
son payre, sa mayre » dans un passage du Jugement gênerai ou 
dernier (le Réquisitoire contre les Rois) \ alors que le modèle 
copié dans ce Jugement général ne fournissait pas cette indica- 
tion, et que tons ces personnages ont dû être ajoutés après coup. 
(Icttc addition nous donne à penser que le compilateur se rappe- 
lait bien la scène de l'Aveugle dans la Passion Didot, et qu'il avait 
pu en imiter au moins la première partie, tandis que nous sommes 
certains qu'il a remanié complètement l'épisode de la Femme adul- 
tère, tel qu'il est traite- dans cette menu 1 Passion (fol. a5 r ). et qu'il 
lui avait donne un développement très différent. 

lui effet, dans l'épisode rouergat. à côté de la femme adultère. 
on voyait figurer son « companbo » ou son complice, et nous 
savons que les sermonnaires du xv e siècle avaient imaginé cette 
ingénieuse addition, avec beaucoup d'autres dont se moque Henri 
Estienne 3 . 

Voici enfin intacts des épisodes plus longs où la critique a plus 
de prise, la Résurrection de Lazare et le Repas <■/>(■:■ Simon. Dans 
une première rédaction très courte qui nous est parvenue, le com- 
pilateur rouergat s'était borné à imiter l'épisode correspondant de 
la Passion Didot . aujourd'hui tronqué dans le manuscrit ' : puis il 
s'est ravisé, il a voulu faire œuvre personnelle, et il a développé 
assez longuement la maladie, la mort, l'enterrement et la résur- 



i. Voici cette liste qui peut d'ailleurs être incomplète: Ensec se la estoria dels 
Miracles: 1<> boytos, lo paralatic. lo orb. - Le paralytique étail peut-être celui qui 
figure dans la Passion selon (iiniinlii-l (voir plus loin, la Résurrection du Lazare, i>. 3gi 
de ce livre, note a), mais cria n'esl pas certain, 

a, Le jugement gênerai, p, aai, \ 61^8-6200. — Cf. la unira la fin de la table des cha- 
pitres du l'rnr, .s (/,• Belial reproduite plus loin dans ce li\ re p. |a6, 

'i. Apologie p. Hérodote, éd. Ristelhuber, 1. II. chap, \\\ \ , p. aa5 : " Mais s. Jean leur 
a bien taillé de la besongne quand il ne leur a point voulu dire qu'escrivil nostre 
Seigneur alors qu'on luy eul amené la femme qui avoil esté surprise en adultère. 
Or de plusieurs opinions touchant cela, Menol en amène quelques-unes au Cueille! 

i"s, col. i !sl ilii aussi que l'homme -im-,- lequel elle avoit esté surprise se cachoil 

derrière les autres p. Le passage allégué 9e trouve en effet dans Menot, 
Qùadrag., Paris, Chevallon, tSatf, goth. in-8": Sabbato posl III Dominica, xl fol i38 

v° col. a. « Sicul dicit Chrysosl s, adulter enim cum quo inventa fucral rétro 

alios 3e cachoit, quando Domino praesentaverunl eam. » 

i. Signalé par A Jeanroy, Introduction, p. \\, n Sel p. 



390 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

rection de Lazare qui ne manque pas de raconter ce qu'il a vu dans 
l'autre monde. Cette seconde rédaction a paru des plus impor- 
tantes en raison des ressemblances qu'elle présente avec l'épisode 
correspondant de la Passion d'Arras. Partant de là, on supplée la 
lacune du manuscrit Didot à l'aide delà Passion d'Arras, puis l'on 
conclut à l'existence d'une Passion française du Nord qui aurait 
été imitée successivement par les auteurs de la Passion Didot et 
delà Passion d'Arras, auxquels les mystères rouergats serviraient 
de trait d'union ! . Il est vrai qu'à un autre critique le même épi- 
sode rouergat rappelle de plus près encore la scène correspon- 
dante de la Passion allemande de Donaueschingen, et là encore 
les analogies ont paru significatives 2 . Il n'y a, ce semble, qu'à rap- 
procher l'une de l'autre ces deux hypothèses pour qu'elles se 
détruisent l'une par l'autre. 

Relisons en effet tous les textes allégués, la Résurrection de 
Lazare tronquée de la Passion Didot, la Passion d'Arras et celle 
de Donaueschingen 3 et le mystère rouergat ; comparons un à 
un dans toutes ces versions similaires les noms des interlocuteurs, 
l'ordre et les détails de l'exposition, le style, nous n'aurons pas de 
peine à voir que cet ordre et ces interlocuteurs diffèrent sensible- 
ment et que les coïncidences (envoi d'un messager par Marthe et 
Marie à Jésus, consolations de circonstance prodiguées aux sœurs 
de Lazare par les amis de la famille, ou les Juifs qui accompagnent 
ensuite Marie-Madeleine toute en pleurs au tombeau de son frère, 
remerciments de Lazare ressuscité à son Sauveur), que ces coïnci- 
dences sont ou bien de celles que suggère naturellement la lecture 
de l'Evangile aux écrivains les plus divers, ou bien purement for- 
tuites. La meilleure preuve en est que la plupart de ces développe- 
ments sont déjà dans les drames scolastiques de Lazare i et dans 



i. Stengel. Zeitschrift fàr franzôs. Sprache, etc., iS;)5, table de concordance citée 
plus haut. 

2. Wilmotte. Les Passions allemandes des bords du Rhin, p. 91 et ;suiv,, déjà citée 
p. 294 de ce livre, note 2. 

3. Mone, Schauspiele des Mittelalters, t. II, p. i54 et suiv. 

4. Reproduits dans Ed. du Méril, Origines latines du théâtre inoderne, 1849, p. 2i3 
et suiv. : Mystère anonyme d'Orléans et drame d'Hilarius ; voir notamment, p. aa3, 
l'épisode des Juifs suivant Marie-Madeleine au tombeau. 

Que si dans la Passion de Donaueschingen, comme dans le mystère rouergat, ces 



LES MYSTÈBES ROUERii.VTS 391 

la Passion française de Seraur qui n'ont pas le moindre rapport. 

Mais, dira-t-on, comment expliquer dans la Passion d'Arras et 
dans Le mystère rouergat du Lazare les concordances mi les iden- 
tités d'expressions? Sur quoi portent-elles en réalité? Toujours 
sur des versets traduits à peu près littéralement de l'Evangile de 
saint Jean. Tantôt les deux traductions (française et rouergate) 
du même verset latin se valent: tantôt même le compilateur rouer- 
gat serre de plus près le texte latin que son devancier. Donc ce 
compilateur n'a dû avoir affaire qu'à l'Evangile de saint Jean, à la 
Passion Didot et, nous y venons, à YEvangile de Nicodème qu'il 
connaissait surabondamment puisqu'il avait à sa disposition très 
probablement le texte latin de cet Rvangile, certainement la tra- 
duction en vers provençaux et par surcroît et surtout la Passion 
selon Gamaliel. 

Qu'on jette les yeux en effet sur le récit de la résurrection de 
Lazare fait dans cette Passion selon Gamaliel par les « douze pru- 
d'hommes de Béthanie devant le tribunal de Pilate *. Avec ce 
récit- et les textes précités l'imagination la plus faible, la plus 
vulgaire retrouvera sans peine tous les détails du mystère rouer- 
rôles de Juifs sont remplis par Centurion, Nicodemus et Joseph d'Arimathie, c'esl 
simplement, dans les deux cas, pour ne pas multiplier les acteurs, rien de plus. 

i. Il suffira de citer un s. -ni de ces passages qui oni paru à M. Stengel, fast vortiich 
identisch » dans la Passion d'Arras H le mystère rouergat, <'t de le comparer avec le 
verset » 1» • l'Ev. de St Jean XI i>. Maria dicit ei : « Domine, >i fuissses hic, aon essel 
i ■ i • > i-i h h- Ira ter meus ». 



M ] -. rouergat de Lazare, p. 39. 

llr se \ os fosetz aj sj estât, 

El ii" fora pas trespassat \. 2103 8. 



Passion d'Arras, p. n>s 
Sire, se t'eusses cj esté, 
Mon frère ne fusl trespassé v. 9201-a 
Toul le contexte diffère el la coïncidence des rimes n'est qu'un accident isole. 
2. On l'a transcrit en entier dans les Extrait- de la Vie Jesa Crist, p. 349. 
Il est facile- de voir que l'auteur de la Passion selon Gamaliel a simplement déve- 
loppé V Evangile <h- Nicodème '•// vers provençaux, p. ao, \ 680, à l'aide <!<• V Evangile de 
st Jean. XI. Si au lieu de l'expression vague de l'Evangile provençal (alcus dizia, qui 
correspond au latin : alii autem dixerunt) il a mis le chiffre de douze, c'est simplement 
parce qu'il a vu ce. chiffre \11 nu pin plus loin, vers 686 : a los AT/guirens sonatz. n 
D'autres chiffres vont confirmer cette assertion dans la même scène. Le paralytique 
qui parle !<• premier était, d'après V Evangile de Nicodème latin, couché depuis 35 ans 
l cap. VI, p 354). 



Cf V Evangile provençal, p. i s , v. 6a3 
\ 17// mis 
Malautes d'una efermetal /. 
Nom po lia de liegz 3 ssir, « - 1«- 



et la Passion selon Gamaliel ou la Vie </<• 
lésa Crist de 1 i^-V p 1111 viip. 

« Sire Pilate, dix-huit an 
malade sans mouvoir <!<■ mon lit n< lever 
etc. • 



392 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

gat, même les plus singuliers, le grand cri poussé par Jésus qui 
arrache à l'Enfer sa proie ', la prière de Lazare suppliant son Sau- 
veur de ne « plus le laisser retourner dans l'autre monde 2 », mais 
d'y aller lui-même en personne, comme nous le savons par la 
lettre de Garioth et d'Elion, et de délivrer les âmes des Pères qui 
l'attendent, avec « saint Jean-Baptiste et les Innocens » que la 
Passion selon Gamaliel rappelle et réunit dans un autre épisode 3 . 
Que maintenant ce Lazare, au sortir de l'Enfer, ait l'idée de racon- 
ter ce qu'il a vu aux assistants, et de conclure la pièce par une 
sorte de sermon sur ce thème, c'est encore là un développement 
banal, un lieu commun du théâtre, mais aussi delà chaire, comme 
nous l'avons vu ailleurs 4 . Les éléments de cette description d'Enfer 
traînent partout, notamment dans le Miroir moral de Vincent de 
Beauvais, lequel était connu, nous le verrons, par le compilateur 
rouergat et ses amis". A-t-on noté d'ailleurs que ni cette descrip- 
tion des peines d'Enfer, ni les détails immédiatement précédents 
ne figurent ni dans la Passion d'Arras, ni dans celle de Donaues- 
chingen ? Donc ces pièces n'ont rien à voir avec le mystère rouer- 
gat, tandis que les sources que l'on a indiquées sont nécessaires et 
suffisantes. 

Que le mystère suivant, le Repas chez Simon, soit emprunté en 
partie à la Passion Didot comme l'a signalé M. Jeanroy, le fait est 
certain. En est-il de même des additions proposées par la critique? 

Dans la Passion Didot, modèle du mystère rouergat, et dans la 
Passion d'Arras, le repas chez Simon le Pharisien est identifié 
avec le repas chez Simon le Lépreux à Béthanie, ou, si l'on pré- 
fère, il y a « contamination » des Evangiles de saint Luc (VII, 3y), 
de saint Matthieu (XXVI, j), et de saint Jean (XII, i-io). Dans les 
deux pièces, lorsque la Madeleine a répandu sur les pieds de Jésus 



i. Lazare rouergat, p. 85, v. 23oo et 23i8. — L'auteur de la Passion de Semur, 
v. 52i5, p. 10G, en s'inspirant de l'Evangile de Nicodèmc latin, a eu la même idée. 

2. Lazare, p. 85, v. 2323. — Cf. la fin du récit de la Passion selon Gamaliel. 

3. Lazare rouergat, p. 86, v. 2325 et suiv. — Cf. Passion selon Gamaliel et Vie de 
Jésu Crist de i485, p. c verso = ioS. « Comment Pilate envoya Jesucrist à Hérodes » et 
le chap. suivant, p. 106. 

4- Chapitre des Mystères Sainte-Geneviève , et p. 307 de ce livre. 

5. Voir dans le Jugement général rouergat, p. 282, note de vers 8024. la légende de 
l'usurier et de son lils qui est prise dans ce Miroir moral, comme on le constatera 
plus loin. 



I ES MYSTÈRES ROUERGATS 393 

un parfum précieux, que l'on aurait pu vendre trois cents deniers, 
Simon s'indigne de l'audace de la pécheresse, et Jésus raconte la 
parabole îles deux débiteurs : Judas, l'économe de Jésus, s'indigne 
surtout de cette profusion, où il perd ce qu'il n'a pas gagné, c'est- 
à-dire la dîme de trente deniers qui lui serait revenue sur la vente. 
A ce propos il rappelle son histoire légendaire et celle de sa 
famille, et il court s'indemniser de sa perte en allant vendre son 
son Maître à la synagogue. De ces rapprochements l'on conclut 
encore une fois à l'emploi d'un modèle commun ou d'une même 
Passion du Nord qui aurait inspiré la Passion Didot d'abord, et 
plus tard, la Passion d'Arras l . En réalité, qui le prouve'.' 

L'identification des scènes racontées par les Evangélistes a été 
proposée couramment par les théologiens d'autrefois, au moins 
jusqu'au xvr siècle et plus tard 5 . Afortioii a-t-elle pu tenter les 
dramaturges du moyen-âge toujours disposés à réunir des scènes 
analogues. Elle les a tentés, en effet, puisqu'on trouve des confu- 
sions du même genre dans la Passion comique*, dans la Passion 
Sainte-Geneviève , dans la Passion de Seinur ; et probablement 
ailleurs. 

Le petit calcul de Judas sur les trente deniers ou sur le juste 
prix auquel il vendra son maître Jésus pour retrouver son compte, 
ce calcul reparaît dans la Légende dorée, dans les Postilles de 
Nicolas de Lire . dans la Vita Christi de Lupold le Chartreux, 
dans vingt drames analogues, partout; donc, en l'espèce, il ne 



i. Stengel, / c, p. 210, note t. 

2. Ou m- citera qu'an seul texte donnant à la fois L'exemple et la réfutation, cl on 
le prendra chez un auteur relativement moderne, .Iran Glerée, qui prêcha le Carême 
a Saiiii Eustache de Paris, en ifa$— Sermones. Qaadragesimales, Paris. Fr.Regnault, 
i524, in-8° (B. Nat. réserve 1». lâ.jjp. Sabbato in Passione : Loci passionis appropin 
quatis : in Bethania ejus benigna receptio, Joann \ll 

Hystoria hujus evangelii videlicel quando luerit facta sunt diversae opiniones quia 
quidam dicunl eam esse eamdem cum illa quae habetur Luc. 7. in qua habetur de 
Magdalena quae effundil unguentum in domo Simonis teprosi, 

Alii autcin. ut magister Hugo cardinalis volunt quia ista hystoria facta sit in hac 
die vel heri, sero, ne- est eadem cum predicta, immo sunl différentes, ul palet per 
M'ilia in eis posita. lît haec opinio verior mihi videlur, et est eadem historia quae 
habetur Matthaeo. 26, ut dicil idem Hug 

'ici \. The ancient cornish Drama. éd. Norris, t. 1. p 25g ; Passion de Seinur, v. 5ooo, 

p. lui et |>. 268, note 1 île ce li\ re . 

à. I'. 2i9, note ■>' de ce livre. 



)59i LES MYSTÈRES ROUERGATS 

prouve absolument rien. Ce qui prouverait quelque chose c'est 
L'histoire ou la légende de Judas et, par malheur, cette légende dif- 
fère très sensiblement par les détails, dans la Passion Didot et 
dans celle d'Arras. Si le Judas de la Passion Didot a été, comme 
il nous le raconte, « marqué d'un fer chaud ' » par sa mère, dans 
son enfance, c'était apparemment pour qu'on pût le reconnaître à 
ce signe particulier et éviter les confusions dans le genre de celles 
qu'on nous propose. Avec ces nouveaux rapprochements on n'a 
donc rien expliqué de nouveau et, en particulier, on n'a pas ex- 
pliqué pourquoi le dénoùment du banquet chez Simon varie dans 
les pièces précitées, Passion d'Arras. Passion Didot, et dans le 
mystère rouergat. 

C'est ici que nous allons profiter de la longue analyse qui a été 
faite précédemment de la Passion selon Gamaliel, inspirée par 
YEvangile de Nicodème en vers provençaux. Cette Passion selon 
Gamaliel va nous permettre de constater une série d'emprunts 
aussi manifestes que prolongés, lesquels achèveront de nous ren- 
seigner tout à la fois sur sa propre structure et sur celle de la com- 
pilation rouergate. Si, en effet, comme nous l'avons annoncé, la 
Passion selon Gamaliel a été composée exactement de la même 
manière que cette compilation, si les procédés de fabrication et 
d'amplification du romancier et du dramaturge sont les mômes, 
ils gagneront évidemment à être rapprochés et se prêteront une 
mutuelle lumière. Et c'est uniquement pour cette raison que nous 
avons préféré réunir et grouper des explications détaillées dont 
une partie seulement aurait déjà pu trouver sa place ailleurs. 

ha première scène que le romancier français avait trouvée bonne 
à prendre dans YEvangile de Nicodème provençal, c'était l'entrée 
de Jésus à Jérusalem décrite par le courrier de Pilate ~. Il s'est 

i. Passion Didot (B. Nat. n. a. i'r. 4,232, fol. 3o et suiv. C'est avant de l'exposer sur 
les Ilots pour le soustraire au massacre des Innocents, que la mère de Judas lui t'ait 
cette marque, à laquelle elle le reconnaît plus tard. 

2. AV. de Xiciid. en vers provençaux, p. 6, v. 190-206. 

Tota la g-en de la ciutatz, 

e li menor e li annatz, 

li fazian motz gran honor, etc. 
Ces expressions sont encore reconnaissables dans le récit de la Passion selon 
Gamaliel et de la Vie de lesu Crist, reproduit in extenso dans les Extraits, p. 348 de 






LES MYSTÈRES ROUERGATS '.','■)'> 

contenté de paraphraser ce texte à l'aide des Evangiles canoniques 
qui ajoutent les préliminaires, c'est-à-dire la mission des apôtres 
chargés d'amener l'ànesse et son poulain. Mais les évangélistes 
qui font mention de la scène n'en nomment point les acteurs. Les 
théologiens se sont chargés de ce soin et, pour îles raisons déter- 
minées, ils ont proposé divers noms. Pierre et Philippe, ou Pierre 
et Jean, ou d'autres 1 . Notre romancier n'avait qu'à choisir, il choi- 
sit Pierre et Philippe, et voilà les deux premiers épisodes de son 
ouvrage faits. Toute la suite a été arrangée de la même façon. 
Avec le jugement unique de Pilate il a l'ait deux longs jugements 
différents, séparés par de longues additions telles (pie le voyage 
de Jésus à Béthanie et la Cène. Tantôt il ne prend pas la peine de 
nommer des personnages qui n'ont pas de nom dans le texte pro- 
vençal (et qui en ont un dans le texte latin), ainsi pour la femme 
de Pilate: 2 tantôt, suivant un autre procédé déjà vu. il donne un 
nom (Roma) au sergent anonyme de ce même Pilate. et il complète 
La liste des conseillers de la Synagogue 1 . Ici, il a amplifié, avec- 
ce livre : «Tout le peuple grant et menu et les enfants issirenl hors delà cité pour 
faire honneur à Jesucrist, etc. » 

i. D'un apocryphe de SI Chrysostôme (nom. ">- Op. imper/.) ces noms onl passe 
dans le Comm. de Bède, dans la Glose ordinaire (in Math., XXI, 1. p. 254), dans VHist. 
scolast. (Patr. Migne, t. 198, p. iâuu, eli. 117: lli autem duo mis>i fuisse creduntur 
Petrus et Philippus, ad signiiicandum, quia ipsi primum adduxerunt gentes ad 
Jesum, Petrus Gornelium et domum ejus, Philippus Samariam ». — Item, Vitae 
Christi, de I.upold. P. 11. cap. xxvi. - Connue on lit dans Math. IV, iS : « Simonem 

qui vocatur Petrus ». on a conf lu facilement Si Pierre el si Simon, si bien que les 

deux disciples chargés de cette mission dans la Passion d'Arras, p. iu'5. v. io,5 
—«•lit s. Simon el S. Philippe, 

Ailleurs, c'est Pierre et S. .Jean. CI'. Cornélius a Lapide, in Matth., XXI : « Verisi- 
similius Jansenius opinatur hos duo-, fuisse Petrum et Joannera quia paulo post hos 
praemi-.il Christus ad parandum agnum Paschalem (Lac, XXII, 8); ni] tamen certi 

hic deliniri potest 

Inutile de continuer. Ces textes suffisent pour écarter le raisonnement de M. Wil- 
inotte qui n'est pas plus juste ici pour les apôtres que précédemment pour les pro- 
phètes : Les Passions allemandes, p. i;. noie 1. « Maestricht a Pierre et .Jean: Alsfcld 
ci Heidelberg onl Pierre el Philippe, legs du livret de Francfort conservé dans le 
texte de 1 ïu'S 1 17,17 -q 1, An contraire, Donaueschingen a Pierre et Jean qu'on retrouve 
dan- les Passions françaises (Greban el fragment d'Amboise, Romania, XIX. 264, et 
qui était \ raisemblablemenl dans l'original commun de tons ces textes ». 

•1. Evangile <!<■ Nicodème en vers provençaux, a s, \ . aôg : Mandai sa molher. — 
Passion selon Gamaliel et 1 ie de lesucrist de 1 J85, item, p. lxxvi p» 

'5. Ev de Nicod en v. [>rm- . p. ;, v. (oi-ioa. Passion selon Gamaliel et Vie ((•■ lesu 
Crisi d<- 1 js.-,, p. 1 w 1 m v» et p. 33o de ce livre : Abderon, Neptalin, etc. 



396 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

de nouvelles légendes le rôle des personnages secondaires, tels 
que l'Hémorroïsse * identifiée avec la Véronique; là, il a créé des 
rôles entiers pour des personnages simplement mentionnés comme 
le roi Hérode 2 ; il a même introduit force personnages nouveaux 
tels que Malcus, le gagnant de la « gonelle » ou tunique sans cou- 
ture. En un mot. c'est un développement, une amplification pro- 
longée de l'original, telle pourtant qu'en comparant de près les 
textes on retrouve toujours les traits primitifs de Y Evangile de 
Nicodème en vers provençaux, et non ceux de Y Evangile de Nico- 
dème latin. Les expressions mêmes et les détails abondent que ce 
texte latin serait incapable d'expliquer, et qui ne peuvent pourtant 
« se réduire à néant, comme la fumée devant le vent », pour em- 
ployer une de ces expressions du texte provençal 3 et du dévelop- 
pement français, qui ne figurent pas dans le latin. 

La méthode du dramaturge rouergat est sensiblement la même. 
Lui aussi il copie, il paraphrase, il développe, il intervertit, il 
ajoute des noms nouveaux et même des rôles nouveaux, mais dans 
la copie ou dans le développement on reconnaîtra toujours ou 
presque toujours la Passion selon Gamaliel. 

Elle ne sera pas difficile à reconnaître en tout cas cette Passion 
dès la fin du Repas chez Simon, où Jésus envoie les apôtres Pierre 
et Philippe à Jérusalem. La traduction du roman est littérale dans 
le mystère rouergat 4 . Si chemin faisant, les apôtres se disputent 
avec « le Rustique » ou le paysan qui refuse de livrer sa bête, c'est 
un incident, une « ânerie » facile à ajouter ou simplement à repro- 
duire, puisque nous l'avons déjà rencontrée dans les mystères 
français à Semur et à Amboise '. L' Entrée à Jérusalem a dû être 



i. Ev. de Nicod en p. proé., p. 20, v. 665. 
2. AV. de Nicod. en v. prov., p. 23, v. 7-8. 

Es doues so cell, per quels efans 
Auci Hero eni Besleem ? 

'!. /.V de Nicod en P. prov., p. 17, v. 5yi. 
si so que fa non es de dieu, 
totz tornara en dreg nien 
co l'ay lo tiim davan lo ven. 



Passion selon Gamaliel et Vie de Iesucrisi 
de 1 485 . p. C. \". 

« Et Jésus est-il celui pour qui Hcrodes 
tist tuer les enfans »? 

Passion selon Gamaliel et Vie de lesacrisi 

de i485j p. lxxi r°. 

« Et s'il est de mal, tout s'en ira comme 

la fumée devant le vent ». 



4. Dans Le Repas chez Simon, voir surtout la p. 99 et la note du vers 2668, et com- 
parer les deux premiers chapitres de la Passion selon Gamaliel reproduits dans les 
Extraits de la Vie de Jésus Crist (i4S5). 

5. P. 112 et p. 3i{ de ce livre. 



LES MYSTÈRES ROUERG \ 1 - 

développée ou amplifiée avec les mêmes procédés, nous pouvons 
en être certains, malgré la perte du manuscrit qui la renfermait. 
Ed effet, la Passion selon Gamaliel nous avertit qu'à son arrivée 
à Jérusalem Jésus prononce un sermon sur la l<>i ... et la phrase 
se retrouve textuellement dans l'épilogue du mystère rouergat qui 
précédait Y Entrée à Jérusalem perdue, c'est-à-dire toujours à la 
lin du Repas chez Simon. Le dramaturge rouergat avait donc sim- 
plement développé ce sermon dans son manuscrit, et la perte de 
relie homélie n'est certes pas regrettable, au contraire. Plus regret- 
table serait la disparition de « la partie la plus importante de la 
compilation ». c'e-t-à-dire de la Cène et de la Passion proprement 
dite, si la Passion selon Gamaliel ne venait encore nue lois à 
notre aide. 

La Cène et la Passion rouergates sont entièrement perdues, mais 
n'avons-nous pas conservé la liste des personnages 1 , et tous ces 
personnages ne les avons-nous pas vus à l'œuvre dans la Passion 
selon Gamaliel, ne connaissons-nous pas toutes leurs attribu- 
tions? Dès lors nous nous expliquons facilement toutes les parti- 
cularités de celte liste singulière, et nom- n'avons pas grand 
mérite à deviner quel était le rôle des étendards, de Pilate et de 
sa femme, du sénéchal et du roi Hérode, très différent de son 
homonyme dans la Passion Didot, lequel n'avait lui-même rien de 
commun, quoiqu'on ait dit, avec le roi Hérode de la Passion d'Ar- 
ras. Tons ces rôles non- sont connus en détail ainsi que ceux de 
Gamaliel et de ses amis, de Longis, de Centurion, de la Véronique, 

i. Liste publiée par M. A. Thomas, Annales du Midi, in«»>. p. 3n» ( Ensec se la 
Passio : Jésus, Nostra Dama, Judas. Saut Peyre, et t"t/ los apostols, la Martha, la 
Magdalena, lo Lazer, las Marias, la Veronica Anna-. Caiphas, Pilât, sa molher, son 
seqretari, lonotari, Melea, Roman, Abderon, Oliffart, PiquauseJ, Talhafer, Barissaut, 
Malcus, Botadiea, Corbet, la tr<> m peta ; -"n estendarl : Berodes rey, son lilh. >im 

senesqualc, la trompeta, s< stendart. Centurio he -'>n estendart, sa trompeta, 

Galiot, Perseval, Gamaliel, Nicodemus, Joseph Abarimathia ». 

2. Passion 1 > i * I • » t (fragment imprimé dan- la R, des I. romanes, 1888, p. 543. — 
Passion d'Arras, |>. i6o, v. [3,^o5-i3,78o, cités par M Stengel, l. c. 

Les deux textes n'ont guère de commun qu'une expression banale. Au début, dans 
la /'. Didot, Hérode constate que Pilate lui « a fâcha gran honor ■• en lui envoyant 
Jésus a juger, el il dit dans la /' d'Arras, |». i6o, v. iS.jio ■ Pilate] m'a porté hon- 
neur». - Cette banalité se retrouve partout même dans les Passions ail en 
Ilist. scolasi . P. Migne', i 198, p. 1826: Pilatus volens deferri <i honorent ». — II- l>i<' 
Francfurter Dirigierrolle (i35o) éd. Froning, 1 II, p. Sà;i : « Uerodes vidons honorem 
a Pj lato Bibi impensum ». 



398 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

de Malcus, d'Abderon et de bien d'autres. Si le moindre doute 
pouvait subsister, il serait levé par la présence dans cette liste du 
sergent de Pilate. Roma ou Roman, qui reparaîtra dans une autre 
pièce de la collection rouergate 1 . 

Comme nous connaissons les noms, nous connaissons aussi les 
modifications ou suppressions que le compilateur rouergat a fait 
subir à son texte. Des deux Jugements de la Passion de Gamaliel, 
il n'a gardé que le second avec la Cène. Dans ce Jugement con- 
servé, le roi Hérode a perdu sa femme pour retrouver « un filh ». 
Les « douze prud'hommes de Béthanie » avaient disparu, mais 
Lazare devait venir en personne raconter à Pilate sa résurrection 
et témoigner en faveur de son Sauveur. Les cavaliers ou les gen- 
darmes de Centurion avaient reçu des noms de romans français, 
Galiot, Perseval, Talhafer. Enfin le compilateur rouergat avait 
ajouté de toutes pièces le rôle de Botadieu ou du Juif errant dont 
la mention a paru à bon droit si curieuse, et qui ne figure ni dans 
les manuscrits de la Passion selon Gamaliel, ni dans l'imprimé ou 
la seconde partie de la Vie de Jesu Crist de i485. La légende de 
Botadieu si populaire en Espagne et en Italie ne s'est-elle donc ré- 
pandue en France qu'après la fameuse complainte ? Il est certain 
que non, et il est extrêmement probable que longtemps avant il 
s'était trouvé des Français pour l'exploiter, de même, nous l'avons 
vu, qu'on exploitait la légende de Malcus le maudit \ Dans les 
comptes municipaux de la ville de Màcon 3 , on lit en i5i4 la men- 
tion suivante qui semble avoir passé inaperçue et qui est en tout 
cas bien singulière : 

t Donné vingt sols en aumône à « l'homme qui, par pugnicion divine, 
comme il dit, ne se peut tenir ferme sur terre, et. quant il faut qu'il 
aille par terre, il court, à cause que la terre ne le peust soustenir. — 
1514. » 

La Passion selon Gamaliel a inspiré en très grande partie 
comme on vient de le voir le mystère de la Passion rouergate et 

i. La Moralité ou le Jugement allégorique de Jésus, p. 26, v. 629. 

2. Voir en tète de ce livre la légende de Malcus dans la Passion Sainte-Geneviève, 
et le Malcus inventé par le renégat bourguignon de Màcon. 

3 Archives communales de Màcon, [Registre CC ;5. p. 1- de l'imprimé, comptes de 
i5o6 à iùi4- 



I.F.s MYSTÈRES ROUERGA.TS 399 

Inspirera encore la plupart «les mystères suivants. Mais ici l'auteur 
rouergal a hésité entre divers modèles, et le manuscrit qui nous 
est parvenu porte encore La trace de ses hésitations et corrections, 
connue on le verra plus loin. Commençons d'abord par noter la 
disposition du manuscrit conservé, e1 voyons comment et pourquoi 
le compilateur a imité alternativement ou simultanément la Pas- 
sion Didot, la Passion selon Gamaliel et enfin VEvangile de 
Nicodème en vers provençaux, le modèle en même temps que 
L'imitation. 

Les mystères rouergats se succèdent dans eei ordre : Passion, 
Résurrection des Morts. Résurrection de Jésus, Joseph d'Arima- 
thie, Ascension. Toutes ces pièces se rattachent à la Passion selon 
Gamaliel par des liens plus ou moins compliqués. Tout d'abord il 
est clair que le dialogue des Morts « qui se réveillent quand Jésus 
a expiré sur la croix 1 » n'est que le résumé de chapitres détachés 
de la Passion selon Gamaliel. laquelle diffère d'ailleurs radicale- 
ment sur ce point de la Passion d'Arras qui a encore une t'ois 
trompé ses critiques. Les Mort- rouergats sont en marche, les uns 
s'en vont en Galilée, les autres au temple de Salomon J : les Morts 
de la Passion d'Arras 3 se dressent dans leur poussière et se hâtent 
d'y rentrer, comme le leur impose la théologie de Bède et de la 
Glose ordinaire. Ils ne sortiront pas de leurs monuments, avant 
que la résurrection du Christ ne soit accomplie. Entre la scène de 
la Passion d'Arras et celle du mystère rouergat, il n'y a donc au- 
cune analogie, et elles ne viennent nullement, comme on le croyait, 
d'une source commune. 

Voici maintenant la longue pièce de Joseph d'Arimathie et de 

1-2. La Résurrection des Morts, p. 20. - Comparer la Passion selon Gamaliel el la 
Vie de Jesa Crist de i483, p. r.vi verso, \i v verso, et surtout vu \i recto, récit 
d'Abraham. « Nous alions par La rive du Jourdain el si encontrasmes une grant com- 
paignie de gens ei entre les aultres y estoienl Carioth et II cl nui no/ \c>i>ins et les 
baisasmes sains el vifs., lit puis leur demandas mes commenl il> estoienl illecques 
venus <'t qui estoienl celles gens qui estoienl ion- ressuscitez de mort a \ i<- avee 
Jesacrist, etc. » Ce long passageesl la traduction Lidèle de l'Evangile de Nicodème en 
vers provençaux, |>. J5, v. i5So <-t suiv. 

; Passion d'Arras, p. aoi, v. i;.;v>-j Le u* corps. Je m'en revois incontinent. En 
ma crevace remucier.— Cf Bède, in \faith .\\l..v> (Pat.Migne, t. 94 Glossa 

ordinaria it Patr. Migne, t 1 1 «. p. [36:» El tamen, cum monumenta aperta sunt, 

non ante surrexerunt, quam I) inus resurgcret, ul essel primogenitus ex niultis 

fratribus » le, N de Lire, Postules, \>. \6i. 



400 



LES MYSTERES ROUERGATS 



ses démêlés avec la Synagogue qui. dans la compilation rouergate 
compte près de deux mille vers. C*est ce texte surtout qui nous 
permettrait de constater, non plus sur des extraits détachés, mais 
sur des séries de pages entières, consécutives, la filière des em- 
prunts, et de démontrer comment la Passion selon Gamaliel a 
refondu Y Evangile de Nicodème en vers provençaux 1 , puis a 
été remaniée à son tour par le compilateur rouergat. Prenons 
au hasard une seule de ces scènes si souvent remaniées, la pre- 
mière réunion de la Synagogue après l'ensevelissement du Christ. 

« Quant ilz furent en la sinagogue devant les evesques, Nicodemus 
leur dist : « Et comment estes vous entre vous aultres si hardi/, de entrer 
en la Sinagogue ? — Pourquoy, dist Annas, le dictes vous ? » — « Car 
vous estez excommuniez, dist Nicodemus, pour ce que vous avez livré à 



i. Cf. Evang. Nicodemi, éd. Tischendorff. iS-0, cap. xn, p. 3(35. Et [Nicodemus] dicit 
eis : Quomodo ingressi estis Synagogam ? Dicunt ci Judaci : Et tu quomodo ingressus 
es synagogam quia consentiens illi es. Pars illius sit tecum in future, seculo. Dixit 
Nicodemus Amen amen amen, etc. 
Ev. de Nicodème en vers provençaux, p. 29. | Joseph d'Arimathie, p. 139. 



Donc Nicodemus près a dir : 
Baros, vos co ausetz intrar 

a sinagoga per horar? 
Que vos tugz es escumergatz. 
que aves Cristz cruciiicatz. 
E tu co say estz doncs intratz 
que sos decipol yestz proatz? 
La tua partz et tieu gazanli 
ajas ab cil co bos companh. 

Josep parla com pahoros : 
Ves mi per que es tugz iratz ? 
Car sol Jhesum ay soterratz? 
Se yeu l'ay mes el monimen, 

a vos que eosta, mala gen ? 

Si yeu ay fag be, e vos fays mal, 

don aures tugz pena mortal' 

Ar lo prendo a menassar 

Non yest dignes de sebelir, 

ta carn darem senes faillir 

a lops, a cas o ad aucels 

Co s'eras feda o anhels. v, iooii. 



NICODEMUS 
Messenhors, ieu vos die en vcrii.it 
Que totses vos autres excumengatz ctz 

Per so que avetz l'ach morir 
Jhesus de Nazareth 
Ha gran pecat lie a grau tort. 
Falsamen l'avetz lieurat a mort, 
De que que gran mal von venra 
He a la ti tôt lo mon ho conoisera. 



CAYPHAS 

Nicodemus, Nicodemus vos parlatz tot- 
[jorn mal 

He cresi que seretz de la upiniou 
D'aquel malvat truan, 
Sertas de vostre oncle 
De Joseph d'Arimathia, 

Que Dieu lo meta en mal an. 

Ile per m>. Nicodemus. se vus no vos 

[qualatz, 

Nus vos farem mangar 

Sertas tôt vieu als cas, 

Vesen de tota la gen. v. 3;93. 



LEZ MYSTÈRES ROUERGATS iO'l 

mort Jesucrist de Nazareth. » — Se, dist Cayphas, moult vous l'avez 
soustenu, vous et votre oncle, et tout ce que vous avez peu faire ne luy a 
riens valu, et tout ce que vous y gaignerés soit vostre, car bien sçavons 
que vous estez de ses disciples, vous et Joseph dabarimathie. » — : « Sire, 
se dit Joseph tout courtoisement, que me voulez vous?» — : «Se. dirent les 
evesques, tu te forfais, et encore te viendra mal, car sans nostre conseil 
tu as osté et despendu le corps de cest homme Jesucrist de la croix, et si 
l'as ensepveli en ton sépulcre.» — : « Seigneurs, et que vous en doit cha- 
loir, car Pilate le me donna a qui il estoit a donner, et, se j'ay bien faict, 
vous autres avés mal faict ; vous me blasmez, maies gens vous estes' 
encores vous en viendra mal. » Et tous commencèrent a le regarder et 
le menasserent fort, et Armas luy dist : « Scez tu que nous ferons '? Tu 
as fait contre la loy, parquoy tu doibz mourir, tu ne seras pas ensepveli, 
mais nous te ferons menger aux chiens et aulx pourceaulx et aux 
oiseaulx, ainsi comme se te fusses beste. » 

Inutile de prolonger la citation ni d'insister sur toutes les pages 
suivantes, sur la longue déposition de Joseph d'Arimathie après 
sa délivrance ', sur la lettre plus longue encore de Garioth et 
d'Elion 2 et toute la suite. Pour toute cette partie, l'auteur de la 
Passion selon Gamaliel n'a fait que développer l'Evangile pro- 
vençal, en intervertissant de ci de là l'ordre des chapitres, en chan- 
geant les interlocuteurs, mais non les discours et les faits. Le com- 
pilateur rouergat a recommencé exactement la même opération 
sur la Passion selon Gamaliel. Pour un seul épisode, une prière 
de Joseph d'Arimathie dans sa prison, il parait avoir consulté 
directement (comme son confrère d'Auvergne) YEvangile de Nico- 
dème latin. En effet, ce texte latin contient (chapitre XII. p. 366) 
une menace de Joseph d'Arimathie à la Synagogue, qui n'est pas 
reproduite dans VEvangile de Nicodème en vers provençaux ni 
par suite dans la Passion selon (iamaiiel . Voici le verset : 

a Iste sermo superbi Goliae est qui improperavit deo vivo adversus 
Banctum David ». 



i. Evangile de Nicodème en vers provençaux, \> 3a, v. i35i <•! suivants. — Cf. Passion 
selon Gamaliel ou Vie de Jesa Crist de i îsr>. p. vi**xvi v. 

"_' AV. de Nie. prooenç . |> .">i>. v. 1711';. etc. — Passion selon <i<uinilit-l H Vie </•• Irsa 
Crist, p. vt**vn v, Moi Carioth, etc., j«' commence 1 dire merveilles ». texte repro- 
duit dans les /extrait* dr lu Vie </'■ lesu Crist, 

26 



402 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

.11 est donc probable que le compilateur rouergat se souvient de 
ce verset latin quand il nous montre Joseph d'Arimathie invo- 
quant le Dieu qui délivra : 

Davit, lo sant propheta. 

De las mas del gean Golias (p. 142, v. 3,863). 

Partout ailleurs ce compilateur a copié directement la Passion 
selon Gamaliel. en dérangeant Tordre des faits, mais en les repro- 
duisant presque tous, saut' des raccords d'une amusante simplicité. 
Ainsi l'interrogatoire deCarioth et d'Elion, les fils de Ruben, dans 
le temple de Jérusalem est reproduit à peu près textuellement '. 
La longue lettre de Carioth 2 , au contraire, est coupée dès le début', 
parce que la descente aux Limbes qu'elle raconte a déjà été mise 
en scène précédemment dans la première partie du mystère de la 
Résurrection copiée ailleurs. Les derniers chapitres de la Passion 
selon Gamaliel ont de même été écourtés ou supprimés de telle 
sorte que la pièce rouergate finisse par une scène à effet, les impré- 
cations des Juifs convaincus par le rapport de Joseph d'Arima- 
thie, et maudissant « les évèques » qui les ont trompés. Dans la 
Passion ces imprécations n'éclataient que plus tard après un autre 
rapport, celui des trois pèlerins de Galilée, Addas, Gestas et 
Finees lesquels avaient vu à l'Ascension Jésus-Christ « prêcher 
sur une pierre de marbre » suivant le contresens de l'Evangile 
provençal 4 recueilli par les textes français. Le compilateur rouer- 
gat a fondu les deux scènes en une seule, il n'a gardé que le rap- 

i. Ce morceau trop long- pour êtrecité ici a été transcrit dans les Extraits de la Vie 
de lesu Crist. 

2-3. Egalement transcrite dans les Extraits de la Vie de lesu Crist, avec les variantes 
des manuscrits et l'examen détaillé du texte. 

4. Evangile latin, ch. xiv, p. 372 : « Jesum sedentem et discipulos ejus cura eo in 
monte oliveti qui vocatur Mambre sive Malech ». 

Evangile provençal, p. 33, v. 112; : 

Nos, so dizo, lo vim cezer 
am los apostols ben c ver 
sobre un marine 

Ce manne devient « un albre » dans la compilation d'histoire sainte catalane où est 
recueilli un abrégé en prose de V Evangile provençal (Note de M. Suchier, t. I, p 5ia). 

La Passion selon Gamaliel et la Mette lesu Crist de i485(p. vi^xvm verso) donnent : 
Nous l'avons veu en un ung puy avecques ses apostres et se seoit sur une pierre de 
marbre où il leur preschoit, etc. 



I.Ed MYSTÈRES ROUERGATS 103 

port le jtlus important, celui de Joseph d'Arimathie ', et il y a joint 
tout bonnement les malédictions qui suivaient 2 . Ainsi le récit assez 
bref de l'Ascension a disparu, mais le compilateur rouergat revien- 
dra plus lard à ce sujet, et lui consacrera une pièce particulière 
quand il en aura trouvé un modèle plus développé. 

La composition de la Résurrection qui précède la pièce de 
Joseph d'Arimathie s'explique d'une manière analogue. Primiti- 
vement, suivant la remarque de M. Jeanroy', la Passion rouergate 
était suivie d'un récil «le la Résurrection, ou du moins de la Des- 
cente aux Limbes, qui était transcrit sur le volume perdu el faisail 
double emploi avec la Résurrection du volume conservé. Nous 
retrouverons tout à l'heure cette première version de la Résurrec- 
tion, (m du moins nous constaterons qu'elle était tirée de YEvan- 
gile de Nicodème en vers provençaux et non pas du texte latin ou 
d'ailleurs. Mais avant d'arriver à ce l'ait si curieux, il faut expli- 
quer d'abord pourquoi le compilateur rouergal a recommencé son 
travail, ('/est que YEvangile de Nicodème en vers provençaux et 
la Passion selon Gamaliel elle-même ne décrivent guère en détail 
que la Descente aux Limbes : dans l'un et dans l'autre texte la 
résurrection du Christ n'est rappelée qu'incidemment par le récit 
de témoins, des gardes d'une part ' et de Centurion de l'autre 
toute la milite de l'histoire de Jésus et de ses disciples, le dialogue 
de- trois Maries avec le marchand de parfums, leur visite au tom- 
beau où les anges leur apprennent la résurrection, l'apparition à 
Madeleine et le récit de celle-ci à la Vierge et aux Apôtres, enfin 
L'apparition à l'apôtre Thomas et le contexte, tous ces épisodes 

i. Vie de Jesucrist de (485, \>. vi**xvi recto. — Joseph d'Arimathie, p. [86, v. 5i66 el 
Buiv. 

■2 Vie de Jesucrist de i J85, p. vi**xix verso. - Joseph d'Arimathie, i>. [88, surtout 
V. ,Y>77 et 8uiv. 

i. Introduction, \>. w m, cote ">. 

\. Evangile de Nicodème en vers provençaux, \<. '»<. v i"i;et suiv. 

."■ Passion selon Gamaliel et Vie de Jesa Crist de [485, p. vi* vi verso : J'ay veu ung 
ange qui disoil aux dunes . — Le récil de Centurion a et.- reproduit >\-m- Joseph 
d'Arimathie, p. [56 Le dramaturge s'esl borné •> introduire deux anges ou « dos 
jovensels . \. }3oo. Il n'a pas supprimé non plus, |> i6o, v. \\'.i>. une allusion 
aux disciples d'Emmaùs, que Centurion rail dans la Passion selon GamalieleA la 
Vie de Jesu Crist de i [85, \> \i mi verso: « deux des disciples de Jesucrisl le lundi 
quand il/ aloyenl en ung château qui ■> nom Bmaulx, etc. » Ce trail manque dans 
['Evangile de Nicodème en vers provençaux. 



404 LES MYSTERES ROUEHGATS 

manquent également dans les deux ouvrages. Le compilateur 
rouergat qui voulait développer tous ces épisodes et qui aimait la 
besogne toute faite, a donc été obligé de s'adresser ailleurs. Il n'a 
pas été bien loin, il a trouvé son bien dans la Passion Didot et il 
y a copié une nouvelle Résurrection et Descente aux Limbes qu'il 
a rattachées tant bien que mal, plutôt mal que bien à ses mystères 
de la Passion et de Joseph d'Arimathie, sans trop s'inquiéter des 
contradictions et redites 1 . Les corrections du manuscrit nous 
montrent qu'après coup il avait été médiocrement satisfait de ces 
raccords, et qu'il avait essayé de les dissimuler dans la mesure du 
possible. L'une de ces corrections ou ratures nous indique de plus 
que même dans cette nouvelle Résurrection copiée dans la Passion 
Didot, il avait cherché à utiliser son travail précédent ou du 
moins à ne pas le perdre complètement. Cette rature va suffire 
avec quelques vers isolés que nous détacherons à démontrer tous 
les faits avancés et en particulier l'emploi direct de l'Evangile de 
Nicodème en vers provençaux. 

Soit donc dans la Résurrection rouergate conservée la nouvelle 
Descente aux Limbes ou le dialogue de Jésus et des diables aux 
portes de l'Enfer ; tout ce dialogue tiré à peu près textuellement 
de la Passion Didot (fol. 5q v°-Gi r°) a été couvert de lignes trans- 
versales du vers 2729 au vers 2767. En marge on lit l'indication 
suivante : 

Vaquât. — Diga so que es al libre, quant sera dava [n] t infern, quar 
aquesta materia no sembla pas l'autra 2 . » 

En effet « cette matière » ou ce dialogue ne se ressemble pas 
dans la Passion Didot et dans l'Evangile de Nicodème en vers 
provençaux. Le compilateur rouergat avait donc l'intention de 
reprendre tout ce développement dans sa première version ou 
dans sa Descente aux Limbes tirée de l'Evangile de Nicodème, 
comme il nous le laisse entendre une seconde fois par une nou- 
velle note 3 placée au vers 2766 : 

1. L'une des plus maladroites est l'apparition aux disciples d'Emmaus racontée une 
première fois par Aniquet dans Joseph d'Arimathie, p. i'io, v. 433o et suiv., d'après le 
récit de Centurion dans la Passion de Gamaliel cité précédemment p. 4°3. note 5 de ce 
livre, et mise en scène dans la Résurrection rouergate, p. 117, d'après la Passion Didot. 

2 et 3. Résurrection rouergate, p. 102, note des vers 2729, et p. io3, note du v. 2766. 



LES MYSTÈRES ROUERGATS 40-") 

« Aisi torn al loc d'aquest libre quant tôt lo libre sera aquabat, be di- 
gua Jhesus als payros quant los tray de infern so que s'enseque : 

« Amicz, oenetz ros en an mi. » 

Ce vers imprimé en italiques est pris Littéralement dans la Pas- 
sion Didot (folio Gi recto), et les trois vers suivants ou la fin de la 
tirade de Jésus interpellant « les Pérès » viennent du même texte 
avec des changements insignifiants. Au commencement de la répli- 
que suivante, les vers 12771 à 1277', : 

Ay, senher, tu sias lausat, etc. 

sont encore une t'ois copiés textuellement dans la Passion Didot, 
où ils étaient prononcés par « les Pérès » ou les prophètes remer- 
ciant Jésus. Le compilateur rouergat a simplement changé L'attri- 
bution de ces vers, et les a prêtés a « un Père » déterminé, Adam. 
La suite de cette tirade d'Adam depuis le vers 2779 : 

So so las mas mas que me Jormero 

il Ta prise dans Y Evangile de Nicodème en vers provençaux 
(vers 2021, page 61), ainsi que la réplique d'Eve qui joint ses re- 
merciements à ceux de son mari. Suit une apostrophe de Jésus 
à « ses amis » qu'il emmène en Paradis (v. 2798 à .iSo'j) : 

.-Iras me sequeU. bonas gens, etc. 

Elle est de nouveau copiée dans la Passion Didot (fol. 62 recto), 
mais, pour ne pas faire de jaloux, la réponse d'Adam (v. 2804- 
2807) est à moitié copiée dans ['Evangile de Nicodème en vers 
provençaux (v. 2075-2036) : 

Adam. — Lausem tôt/. Dieu Jhesu C.rist ! 
Ile lo vulham grandamen grasir, 
Que es vengut del cel d'amon 
Pei nos /'tarde infern pruon s . 

Puis l'imitation «le la Passion Didot reprend à peu près sans 
interruption depuis le dialogue des trois Maries avec le marchand 

1. Résurrection rouer gâte, \> n>.">. — Pour le eontexte des citations, voir la fin de la 
lettre de Carioth dans les Extraits de la Vie de lésa Crist, p. S55 de ce li\r<-. 



406 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

de parfums jusqu'à et y compris le Voyage à Emmaûs ; les sou- 
dures ont pu être exactement marquées. Que conclure de ces faits? 

D'une part, la Passion Didot ne contient pas les rôles d'Adam 
et d'Eve, et. dans ces rôles, le compilateur rouergat qui fait si vo- 
lontiers des vers faux pour son propre compte a reproduit plu- 
sieurs verà justes de l'Evangile de Nicodème provençal. Il s'en- 
suit donc matériellement qu'il a dû les prendre dans cet Evangile 
en vers et non dans son abrégé en prose 1 , pas plus que dans la 
Passion selon Gamaliel en prose provençale ou française qui lui 
aurait offert d'ailleurs les mêmes développements. Que si des vers 
de cet Evangile provençal subsistent dans la Résurrection rouer- 
gate qui nous est conservée, a fortiori, comme nous l'avons sup- 
posé, devait-il y en avoir davantage dans la Descente aux Limbes 
ou dans la première version de la Résurrection rouergate actuel- 
lement perdue. C'est le moyen le plus simple d'expliquer la phrase 
du compilateur rouergat où, comparant le dialogue de Jésus avec 
les diables aux portes de l'Enfer dans ses deux versions, celle qui 
est empruntée à la Passion Didot et qui nous reste, et l'autre per- 
due, il constatait les différences du développement : « aquesta 
materia no sembla pas Vautra ». 

Mais d'autre part, si nos souvenirs sont exacts, les détails et les 
expressions mêmes de ces rôles d'Adam et d'Eve pris dans l'Evan- 
gile de Nicodème en vers provençaux, on avait cru les retrouver 
dans la Passion d'Arras -, et, par suite, on attribuait tout ce déve- 
loppement à la Passion primitive du Nord, « prototype » de la 
Passion Didot. On voit maintenant combien il est difficile de 
tabler sur des concordances d'idées et d'expressions dans les mys- 
tères de la Passion: elles y sont aussi inévitables que trompeuses, 
puisqu'elles ne trompent pas toujours. Dans l'espèce elles étaient 
simplement trompeuses; partant tous les raisonnements, toutes les 
hypothèses ou affirmations qu'elles ont dictées sur la parenté ou 
les relations étroites d'une Passion du Nord hypothétique, de la 
Passion Didot, de la Passion d'Arras, des mystères rouergats 
et des mystères allemands, tous ces raisonnements tombent. 



i. Il s'agit de l'abrégé signalé par M. H. Suchier (I, p. 4y5 et 5;5) et inséré dans la 
compilation d'histoire sacrée dont on a des versions en catalan, provençal, etc. 
2. Passion d'Arras. p. 24'3, v. 2i,o3o-55; item, 2i,o;8-9i, cites par M. Stengel, l. c. 



LES MYSTÈRES ROUERGATS 4il7 

Si la discussion qui précède ;i été Laborieuse, en raison même 
de toutes ces hypothèses, la conclusion sera 1res simple. Les sour- 
ces principales des mystères rouergats sont bien, comme on l'avait 
annonce, la Passion Didot, X Evangile de Nicodème en vers pro- 
çençaux et le roman ou poème en prose lire de cet Evangile pro- 
vençal, la Passion selon Gamaliel. De plus, quel qu'ait été le 
manuscrit ou le texte utilisé, il est certain que cette Passion selon 
Gamaliel en prose est de beaucoup la source la plus importante, 
ou la plus souvent consultée. Non seulement elle nous a expliqué 
la plus grande partie des pièces conservées, mais elle a permis de 
reconstituer le volume manuscrit perdu et nous a indiqué le plan 
général de la compilation rouergate tout entière. C'est à cette Pas- 
sion selon Gamaliel que le compilateur s'est sans cesse reporté, 
elle était comme le centre de sa composition, le nœud autour du- 
quel il disposait sa trame. Toutes les suppressions, additions ou 
modifications de son manuscrit s'expliquent par le développement 
ou les lacunes «le ce modèle principal, et ce n'est nullement le ha- 
sard qui a présidé à son choix. A quelques indices, tels que le récit 
des peines d'Enfer par le Lazare et la dispute des apôtres avec 
le Husticus, on voit bien ou plutôt on entrevoit que ce dra- 
maturge devait connaître quelques traditions dramatiques, mais 
celte connaissance était chez lui des plus vagues. Quelques 
années plus tard, en i534. quelques habitants d'Auriol près 
de Marseille se distribuaient entre eux par contrat devant no- 
taire les rôles du « bon juec » qu'ils devaient représenter 
prochainement, la Conversion de Marie - Madeleine *. Le titre 
d'un de ces rôles, Pasiphaé, suivante de Marie-Madeleine, suffit 
pour nous indiquer que la pièce provençale n'était qu'un épi- 
sode détaché de la Passion de Jean Michel, et qu'on recourait à 
un mystère français pour célébrer la sainte la plus populaire du 
pays. Si le compilateur rouergat avait eu à sa disposition quelque 
mystère français de ce genre, il est certain, ('tant donnée- ses ha- 
bitudes, qu'il L'aurait copié avec plaisir. N'en ayant pas. il a fait 



i. Aux fêtes de l.i Pentecôte i.vi; Cette représentation d'Auriol, signalée dès 1846 
.1 l Académie de Marseille (cf. Revue des Soc. savantes, i*7Î. p. 5o6), a ri' 1 longtemps la 
plus ancienne représentation méridionale connue. Le contrai en tangue provi 
été publié par M. Sabatier, Mi'morial d'Aix (i86g, n" 36). 



408 LES MYSTÈRES ROUERGATS 

de nécessité vertu et il a copié ce qu'il avait, la Passion selon 
Gamaliel. 

Ce n'est pas tout, et cette Passion nous explique encore la ma- 
nière d'écrire et de versifier du compilateur qui a prêté à tant 
d'hypothèses. Ni l'exemple de Galien, ni « l'ystoire... » de Saint 
Genis, ni l'hypothèse si ingénieuse et surtout si commode des 
mystères français sténographiés à la représentation et traduits 
plus tard d'après des notes informes, ni la tradition méridionale 
elle-même n'avaient pu expliquer la versification bizarre du texte 
rouergat. C'est qu'en réalité, en fait d'exemples et de traditions, il 
n'y avait ici, comme l'avait très bien supposé M. Jeanroy, que la 
paresse. Le compilateur rouergat allait de la Passion Didot à la 
Passion selon Gamaliel et improvisait ses pièces au courant de la 
plume. Si donc, ayant le choix entre la prose et les vers, il a 
trouvé le moyen d'écrire ce qui n'est ni vers ni prose, c'est tout 
bonnement parce que son modèle principal, la Passion selon 
Gamaliel était en prose, aussi bien d'ailleurs que tous les modèles 
suivants qui achèveront de confirmer cette démonstration. 



LES 



SOURCES DIVERSES DES MYSTÈRES ROUERGATS 

LE PItOCÉS P-E BÉLIAL 



LE 

PROCESSUS BELIAL, L'ASSENTIO 

LE JUTGAMEN GENERAL ROUERGAT 

KT 

LE JUGEMENT DE DIEU DE MODANE 



La Passion racontée par Gamaliel, Nicodème, etc. est, nous 
l'avons vu, la source principale des mystères rouergats perdus ou 
conserves; mais, comme l'auteur de La Passion d'Auvergne (1477)) 
l'auteur rouergat a lu cette Passion selon Gamaliel dans un ma- 
nuscrit ; nous ignorons donc la date de sa compilation. Cette date, 
il faut la demander à deux pièces détachées de la même collec- 
tion : le Jugement général et le Jugement de Jésus. 

1 La Bibliothèque Nationale possède un mystère français ma- 
nuscrit, (fr. i5.o63) le Jugement de Dieu attribué par M. Petit de 
Julleville (les Mystères, t. IL p. 460) au quinzième siècle, mais en 
réalité plus récent d'une centaine d'années. Ce mystère nous offre 
exactement le même cadre que le Jugement rouergat. Si ce cadre 
très particulier (Jugemenl des démons, des Juifs, des païens, des 
mauvais chrétiens) se retrouve dans une pièce de l'extrême tin du 
xvi e siècle, dans un canton perdu de la Savoie, et si. après une lon- 
gue enquête sur toutes les pièces analogues ' . il n'a pu être retrouvé 

1. A la liste <\r ces pièces énumérées dans mon édition «lu mystère de la Bibl. de 
Besançon, le Jour du Jugement, Paris, Bouillon, tgoa, je ne puis ajouter que trois 
mentions : 

La première, curieuse a cause de la présence de Charles d'Orléans, est donnée 
par Jean Clerée, confesseur de Louis \ll. Sermones quadragesimales, Paris Fr 
Begnault, i.Vi', (B. Nal I). là-ii:' |> xu « Nota de ludo judicil lu&o Aurelianis, quero 
audiebal dux Aurelianensis senior, in «iim magister Joannes de Cenomanis, Trecensis, 
proferebal verba < ihristi : Discedile a me maledicti, etc. Ad que verba dux de cathedra 



412 LE PROCÈS DE BELIAL 

que là, c'est évidemment qu'il provient d'un drame ou d'un livre 
à déterminer. 

Ce livre existe en effet, et s'il n'a pas été reconnu plus tôt, ne 
serait-ce pas peut-être parce qu'il a été cité et analysé déjà trop 
souvent, lui et ses congénères, d'après d'autres analyses? 

Que de fois, en effet, n'a-t-on pas résumé les explications de 
Magnin 1 sur ces curieux procès allégoriques d'autrefois qui met- 
taient aux prises d'une part Dieu, la Vierge, les Anges, de l'autre, 
le Diable, l'éternel « accusateur 2 du genre humain » ! Que de fois 
n'a-t-on pas expliqué par l'influence de cette littérature juridique 
si cultivée et si appréciée jadis, les débats qui remplissent nos 
anciennes pièces de théâtre comme les Miracles de Nostre Dame 
et le Mystère de V Assomption ? Cette influence allait même 
plus loin qu'on ne l'a dit, et la tentation était trop forte pour les 
compilateurs du moyen-âge, d'utiliser à peu près tels quels les 
plus célèbres de ces Procès allégoriques, tels que le Procès attri- 
bué à Bartole, et Y Avocacie Nostre-Dame 3 , tous deux dérivés d'un 
même débat latin encore plus ancien. Les dialogues n'y étaient-ils 
pas tout faits et les rôles déjà distribués d'avance pour le théâtre? 
C'est ainsi qu'en 1^06, les habitants de la petite ville de Mantes 
jouèrent « sur eschaffauds » Y Avocacie Nostre Dame \ Les mys- 



corruit semivivus et postea ad se reversus dixit : « O si vox hominis tantum me 
terruit, quid erit in die judieii de vera voce Christi ? » 

2° Bibliothèque de la ville d'Angers, Ms. 572, ancien 536, fragments tronqués, 
4 feuillets d'un Jugement dernier du xv e siècle, Dialogue entre les démons. 

3° La 3« pièce qui m'a été indiquée par M. Marius Sépet, montre la persistance des 
mystères en province : B.Nat. fr. 25,444) Recueil des poésies du P. Ch. François Barge, 
religieux de Grandmont, de Thiers en Auvergne M.DGC. Parabole des vierges de 
l'Evangile représentée en tragédie, en trois actes en vers, précédée d'un prologue en 
prose adressé à des religieuses, fol. 25. 

Quant au fragment (xvs.)duMs fr. i5,to3,fol. 140 à 141 V : Les Sept vertus qui parlent 
es sept Pcchiés mortels, Interlocuteurs : S. Michiel, Humilité, Orgueil, Antecrist, ce 
n'est pas, malgré les apparences le débris d'un mystère, mais d'un de ces débats des 
Vices et des Vertus, très communs surtout depuis le Livre du Roy Modus et de Ratio. 

1. Journal des Savants, i858, p. 270. 

2. Apocalypse, XII, 10. 

3. Débat retrouvé et signalé par Hauréau, Not. et Extr. des Ms. latins de la Bib. 
Xat ., t. VI, p. io5. C'est le fait le plus curieux qui ait été signalé sur cette littérature 
si souvent décrite ; il avait encore échappé à Roediger, Contrasti antichi, 1887, et à 
A. de Montaiglon, éd. de Y Avocacie Nostre-Dame, 1896. 

4. Signalé par M. Grave. Bull, du Com. des trav. hist., 1896, p. 3i2. 



LE PROCÈS DE BELI4.L 113 

tères du midi, objet de ces recherches, ont une origine analogue. 
Ils dérivent tous deux d'une imitation du livret de Bartole, 
le Procès de Belial, achevé à Aversa, près de Naples, « l'avant 
dernier jour de octobre i38a » par l'archidiacre Jacques Palladini, 
dit de Teramo '. Ce nom qui ne nous dit plus rien était celui d'un 
des hommes « les plus ingénieux » et « les plus instruits » de son 
temps, et ce fut ce livre si bizarre qui établit sa réputation. Entre 
les mains de l'archidiacre d'Aversa la mince plaquette originale de 
Bartole était devenue une véritable encyclopédie, un manuel de 
droit et de piété, un guide du parfait notaire et une « Consolation 
des pécheurs », un recueil de prophéties et un discours sur l'His- 
toire universelle, depuis la création du monde jusques et y com- 
pris l'Ascension et le Jugement dernier. Peu de livres ont eu une 
vogue aussi grande, aussi longue et aussi étendue, car, comme le 
remarque très bien un éditeur allemand du dix-septième siècle 2 , il 
n'y a pas de pays de l'Europe où ce traité n'ait été vulgarisé par 
de nombreuses éditions et traductions. En Allemagne notamment 
les éditions se succédèrent précédées d'éloges de plus en plus 
hyperboliques, et les imitations dramatiques du Procès de Belial 
furent si nombreuses qu'on réimprimait encore les principales il y 
a quelques années dans une collection classique élémentaire, la 
collection Tittmann (1SG8). De ces imitations il y en eut éga- 
lement en France, et les bibliographes ont déjà signalé une 
traduction partielle du Procès de Belial insérée dans une édi- 
tion du mystère des Actes des Apôtres imprimée par Nicolas 
Couteau, en i.V3~\ Il conviendra d'y joindre par ordre de dates 
les deux mystères (rouergat et savoyard) indiqués précédem- 
ment. Si l'imitation du poète savoyard est plus ou moins discrète. 



1. J. Palladini le dédia au pape Urbain VI, et à son ancien maître, l'archevêque de 

la ville de Padoue OÙ il avait l'ait ses éludes de droit (Bib. Nat. IUS. lai. 12,433, dernière 

page r*). 

2. C'est ce que <lii l'avocal de Nuremberg, Jacques Vyrer, dans le Processus Juris 
Joco-serius, Banoviae, 1611, in-8° qui réunit le Procès de Bartole, les Arrêts il' A un m r de 
Martial d'Auvergne, ei le Procès de Balial, p. s : « Nulla quippe Natio est, nulla Lin- 
gua Europaea, in cujus idiomatc non liie Processus lectitetur. Germain, Galli, Itali 
Ilispani. Angli, Dani, Belgae, Hungari, Poloni ci mmodum atque idoneum judicave- 
runt quem Popularibus suis vernaculo sern e propinarent. » 

■?. Catalogue de Soleinne, t. I, p oS, n ."ijs signalé par ledit, du \fistere du Viel 
Testament, t. I. p, lx, note i. 



414 LE JUGEMENT DE MODANE 

celle du Rouergat est encore une fois un simple plagiat. Le com- 
pilateur s'est borné à transcrire des pages entières d'un épisode du 
Procès de Belial en abrégeant quelquefois, mais sans rien chan- 
ger, en conservant toutes les citations, tous les épisodes comme le 
débat deux fois traité de Justice et Miséricorde 1 , sans compter 
d'autres discussions encore plus fastidieuses. Il y a copié avec des 
additions insignifiantes, non seulement son Jutgamen gênerai in 
extenso, mais encore son mystère de Y Assentio en partie. 

3° Où et comment ce Rouergat a-t-il lu l'œuvre de Palladini, 
dans le texte latin ou dans une traduction, dans un manuscrit ou 
dans un imprimé? La collation d'un passage pris au hasard suffit 
pour prouver qu'il a copié la traduction française du P. Ferget, 
laquelle n'a paru pour la première fois qu'en novembre 1481, sui- 
vant Brunet, 5 e édit. t. V, p. 81 : 

« Le procès de belial a lencontre de ihexus : au r* du dernier feuillet. 
Cy finit le liure nomme la consolacion des pouures pécheurs nouuelle- 
ment translaté de latin en francoyS par... frère pierre Jerget, docteur en 
théologie de l'ordre des Augustins. Auquel liure est co[n]tenu ung pro- 
cès esmeu p. une manière de conte[m]placion entre Moyse procureur de 
ihucrist d'une part, et belial procureur de[n]fer de l'autre part.... L'an de 
grâce mil cccc lxxxi (1481)... Et au VIII e jour de novembre a este fine ce 
présent liure. » — In folio gothique de 164 f. à longues lignes, — proba- 
blement imprimé à Lyon. 

Partant, les mystères rouergats sont postérieurs à 1481, et le 
Jugement de Jésus nous obligera à descendre probablement beau- 
coup plus bas. Suit la démonstration. 



LE JUGEMENT DE DIEU DE MODANE 



Le Jugement dernier a été représenté à Modane (Savoie) en 15^2, 
i5y4 et I ^8o (cf. F. Mugnier, le Théâtre en Savoie, Paris, Cham- 
pion, 1887, in-8° p. 5). Le manuscrit autographe qui a servi à la 

1. Le débat rouergat ne venait donc pas d'un mystère, comme le pensait M. Wil- 
motte. Les Passions allemandes du Rhin, page 98, note 3. 



I.E JUGEMENT DE MODANE il' 

représentation de t58o et une copie mise an net de ce brouillon, 
ont été succinctement analysés ainsi par M. de Costa (Mémoires 
de V Académie de Savoie, a e série, t. V (1862), p. cxxvi-cxxvii). 
« Dans cette étrange composition figurent ia3 personnages. On 
y fait intervenir Dieu lui-même et la Sainte Vierge, Satan. l'An- 
téchrist, Proserpine, les Péchés capitaux, la Mort et les Vertus 
théologales, Balaam, Holoferne, les rois Gog et Magog, «les ou- 
vriers, des cardinaux, des moines, des nonnains ('garées. Après 
l'invocation suivante : Jésus et Maria huic àdsint principio , suit 
le programme du spectacle exposé par un acteur qui prend le titre 
de Messagier. Voici les derniers vers de ce préambule : 

Tout premier, Dieu fera haussier 
La mer bien hault, et puis baysser, 
Et les bestes de plusieurs sortes 
Tumberont sur la terre mortes. 
La mer fera grands mouvements 
Et les poissons grands hurlements. 

.... Enfin, après avoit fait pressantir au dévot et noble auditoire 
« qui Mec était congregié » toutes les merveilles qu'il lui seroit 
donné de voir et d'entendre, le messagier s'arrête en réclamant 
l'ordre et le silence : 

Et je vous prie, grands et petits, 
Jeunes et vieux, pleins de prudente, 
Que vous ayez tous patience 
Et puis en paix soyez assis. » 

Ces indications sullisent pour comparer le< textes perdus de 
Modane 1 i58o) au manuscrit i5,o63 de la B. X. dont l'analyse reste 
entièrement à faire. 

Si l'on <>u\ re ce manuscrit, on constate d'abord que par la faute 
du relieur, les feuillets ont été réunis dans le plus grand désor- 
dre. Le Ms. contient non seulement la troisième journée du Juge- 
ment, mais des fragments étendus de la seconde qui se trouvent 
actuellement à la lin du volume, après la 3' journée. f.68r agi \ . 

Ce Manuscrit lui-même esl un original d'une abominable 
écriture de la lin du stvi« siècle, le premier brouillon de l'au- 
teur qui, après avoir griffonné son texte, j a intercalé en marge 



416 LE JUGEMENT DE MODANE 

de nombreuses additions ou corrections. Puis, non content de 
cette double rédaction, il y a incorporé des feuillets séparés 
avec des renvois, triangles, croix, losanges, rectangles, étoiles, 
grâce auxquels on finit par rétablir la correspondance des rimes. 
Ceci fait, on constate que le Ms. ne contient pas les vers du 
prologue cités par M. de Costa, mais rigoureusement tous les 
personnages de son énumération et bien d'autres, sauf les car- 
dinaux et les nonnes égarées qu'il a été facile d'ajouter à une des 
reprises de la pièce. Il en résulte que le Ms. est bien un des brouil- 
lons du mystère joué à Modane en i58o, et qu'il n'est guère anté- 
rieur à cette date puisqu'il contient de longues attaques contre la 
Réforme « et la Bible en notre langage ». Les trois journées du 
mystère devaient comprendre environ vingt mille vers. Les cinq à 
six mille vers conservés (environ 70 vers par feuillet r° et v° sans 
compter les surcharges) se répartissent ainsi : 

La première journée, qui devait exposer la naissance miraculeuse et 
les conquêtes rapides de l'Antéchrist, a complètement disparu. L'auteur 
y avait vraisemblablement suivi soit le traité connu d'Adson, soit le 
Traité de l'avènement de V Antéchrist imprimé par Antoine Verard en 
1492, ou quelque autre livre populaire ; ils pullulent. 

La seconde journée, en partie conservée, représentait la persécution 
de l'Antéchrist et les fameux quinze signes de la fin du monde. — Frag- 
ments conservés, fol. 68 r° à 91 v°. « Les gendarmes des rois Gog et Ma- 
gog, vassaux d'Antecrist, ravagent l'univers, suivant la prédiction d'Eze- 
chiel (XXXVIII, 14, et XXXIX. 1-6). Soudain Dieu les extermine dans un 
déluge de feu(f. 68 r°— 71 r°) et les diables s'empressent de recueillir leurs 
âmes (f. 72 \°). — Un trompette vient rapporter le désastre à lAntecrist 
quis'exaspèreetrepousseles avertissements des prophètes Enoc etHélie. 
Il les ferait arrêter sur-le-champ, s'il n'était plus urgent d'enterrer les 
cadavres dévorés par les bêtes et les oiseaux de proie. Une bande de 
« coquins » procède à cette opération ' « pendant plus de sept mois » 
(f. 75 r°). — Ce premier signe n'ayant pas suffi, Dieu le Père « pour 
finer » décide de changer la couleur du soleil et de la lune et de faire 
tomber les astres du ciel (f. 75 v°). — Les païens, c'est-à-dire Alchoran, 
Japhet, Ismael, un a philosophe », dissertent à ce sujet sur les éclipses ; 
quelques « chevaliers » plus sages les exhortent à faire pénitence, et le 



1. Ces scènes de croque morts et de fossoyeurs paraissent avoir été mises à la 
mode par le Mistère du viei Testament. 



LE JUGEMENT DE MODA.NE 417 

philosophe s'y résout, car il attend la fin du monde (f. 77 r°). — De leur 
côté les Juifs, Manassès, Phares, les charpentiers, les massons et leurs 
serviteurs, les « hourgeois » et les « citoyens » se réfugient dans les ca- 
vernes des montagnes (f. 79 r°; où Enoch et Elie viennent leur prêcher 
le christianisme (f. 79 v°). — Beaucoup se convertissent, malgré Balaan 
qui leur reproche leur apostasie (f. 86 r°), et sont recueillis par « les 
bons prélats » (f. 85 v°). — Un enseigne et Anagoras viennent prévenir 
l'Antecrist qui envoie aussitôt le farouche Holofernés massacrer les 
convertis dont les âmes sont recueillies, suivant l'usage, par les Anges, et 
les corps enterrés par une nouvelle bande « de coquins » (f. 89 r°). — 
Holofernés ramène cependant prisonniers Enoch et Elie, lesquels de- 
mandent à l'Antéchrist de réunir devant lui tons les chrétiens survivants, 
et recommencent une longue prédication entremêlée de miracles, qui 
sont coupés court heureusement par la fin du manuscrit (f. 91 v°). 

La troisième journée ou le Jugement dernier est intacte. Elle s'ouvre 
par un nouveau prologue du Messager et continue par une diablerie 
(f. 3 v°). — Sathan dit à Lucifer que maintenant que la terre est détruite 
par le feu, le jugement ne tardera guère et tous deux se promettent d'es- 
tre « sur ce fait attentifs ». — Dieu le Père charge le Fils d'aller juger 
la Création ; Jésus descend du ciel avec la Vierge Marie et la Justice, et 
envoie les quatre Anges réveiller les morts qui surgissent de leurs tom- 
beaux, les bons déjà transformés, glorieux, les mauvais horribles, dif- 
formes l (f. 6 r°). 

Mais c'est aux démons d'ouvrir le feu. Lucifer, Satan, Beric, Belial, 
Mammona, la trompette d'enfer, Bouflard, l'Enseigne d'Enfer, Belzé- 
buth, Aslarot, Malcaron, toute l'armée infernale tient conseil. Satan ex- 
prime l'espoir que le jugement dernier va finir leurs peines et les rame- 
ner tous en Paradis 2 , mais la Mère des diables :i n'en croit rien (f. 8r°). 
— La suite de cette longue diablerie a été remaniée. Dans la première 
rédaction, les diables se rendaient immédiatement au jugement et étaient 
condamnés séance tenante. — Dans la seconde rédaction (f. 8 r" rac- 

i. Trait emprunté ;i lu Vita Christi de Lupold le Chartreux, Part. II. cap. 8; : iNam 
mali Burgenl déformes, etc. » 

2. Lieu commun déjà développé dane le poème Franco-italien de ia5i (B. de l'Arse- 
nal. Ms. 10î:> — Il \it-ni de la Cité de Dieu de S. Augustin 1. XXI, cap. vj (Patr. 
Migne, t. XI.I, col. j3ï. « Origenes qui el Ipsum diabolum atqûe angelos ejus posl 
graviora pro meritis supplicia ex illi> cruciatibus eruendos atque sociandos sanctis 
Angelis credidit. .. » ei a été souvenl repris par les hérésiarques du moyen âge (cf. 
Baluze, Miscellanea, t. II. 988), ei d'Argentré. 

'}. La Mère des diables esl identique a la Farfara mater des Afyst. <il[iiris. expliqi 

par A. Jeanroy, Romania [8q4j p- " ,;, i' r| ' Mallefin, mère des petits diables dans le 
Mystère de Bien adviséet Maladvisé. Voir l'analyse des Fr. I'. niait. 

27 



418 LE JUGEMENT DE MODA.NE 

cordé à f. 25 r" et f. intermédiaires), Satan et Proserpine entraînent avec 
eux les « sept Péchés dits malheureux », Orgueil, Avarice, Gourman- 
dise, Luxure, Ire, Envie. Paresse, qui se lamentent l'un après l'autre, et 
sont accablés de reproches par les Vertus correspondantes. Jésus met 
fin à ces invectives traditionnelles ] en invitant les sept Vertus à monter 
auprès de lui sur son tribunal « sans séjourner », ce qui prend encore 
deux bonnes pages, et le lugubre défilé commence. 

C'est d'abord Judas qui se promenait depuis quelque temps au pied de 
l'estrade, en enviant le sort des Apôtres, ses anciens compagnons. In- 
terpellé par le Souverain Juge sur sa trahison, il se défend fort mal et 
est emmené par Sathan (f. 18 v°). — La même scène se répète pour 
l'Antéchrist, qui après son interrogatoire est emmené par Belial 
(f. 20 v°) 2 . — Un double rectangle marginal nous invite à chercher in 
fine libri le Mauvais Riche, Nabal :! , que nous trouvons f. 66 r°, et qui 
comparaît avec Caïn *. Tous les deux condamnés sont entraînés par les 
diables Astaroth et Roufflard (f. 67 r°). — En revanche, Jésus fait mon- 
ter au Paradis Adam, Eve (f. 25 v°), Sarra, Rebecca et Zathel qu'un 
triangle nous oblige à aller chercher f. 67 v°, et qui reçoivent les félici- 
tations de l'archange saint Michel (f. 26 r°). 

Aussitôt après, le premier Ange mande les Juifs représentés par 



i. Ces invectives devaient être la conclusion ordinaire de la Bataille des Vertus et 
dès Vices qui lut si souvent représentée dans les mystères mimés et autres (Tours, 
juillet i3gn: Paris, devant S. Ladre, à l'entrée de Charles VII, 12 nov. i4'3- ; it. Paris, 
2 juillet I46S, entrée de Louis XI). — Il est à noter que ces moralités subsistèrent 
dans le midi de la France quand le Nord les avait déjà abandonnées. En i58t>, le Dau- 
phinois Benoît Voiron faisait encore jouer la rarissime « Comédie françoyse » intitu- 
lée Venfer poétique, sur les sept péchez mortels, at sur les sept vertus contraires... 
Lyon, Ben. Rigaud, i586, in-8° bas. (B. de Besançon, B. L. 3,540. Dans les mystères 
mimés pour le 3 e centenaire de S. Vincent Ferrer à Valence (Espagne) 1362, et dont la 
description remplit près de 45o p. in-4°, le char des menuisiers portait encore les sept 
Vertus tenant les Vices enchaînés. 

2. Judas et l'Antéchrist sont réunis au jugement dernier d'après Hincmar de Reims 
(Patr. Migne, t. 125, p. 280-281). 

3. Nabal est celui qui refusa des vivres à David affamé (Reg. I, cap. a5 v. 4>jn)- 

4. Pour ce nom et beaucoup d'autres suivants, comparer le curieux jugement im- 
primé par Ant. Verard dans l'Art de bien vivre, etc., 1492 (B. Nat. Rés. D. 85^) f. n. iii 
r* et v : « La premièrement viendra Adam avecques tous ses enfants, postérité et 
lignée, lesquelz auront creu en Dieu et qui l'auront servi et honnoré. Abraham 
viendra avec tous les saincts patriarches, Ysaïe avecques tous les sainetz prophètes. 
David avecques tous les bons rois... Et Lucifer, Sathanas, Asmodeus, Beelzebuth et 
autres capitaines de Enfer vieddront avecques tout l'exercice de enfer... Viendra 
Cayn, avec lesditz Dyables, lequel occist son frère Abel avecques les homicides, et 
Judas avecques tous les traistres, Pilate avec tous les faulx juges injustes, Herodes 
avecques tous les roys et princes iniques oppresseurs des innocens, Barrabas viendra 



LE JUGEMENT DE MOOANE 419 

Mariasses, qui implore en vain la justice divine (f. 26 r"). Moïse ', saint 
Simon, saint Judas Thadée le confondent en lui rappelant les anciennes 
prophéties. Jésus (f. 27 v°)lui reproche son obstination à lui et à Phares, 
un autre savant ou docteur. 

Manassés réplique que rien ne prouvait la mission divine du Christ : 

Deceuz certes avons esté; 
Vouz voyant boire et manger, 
Avec les pécheurs converser ; 
Nous vous pensions estre pécheur, 
Et de quelque secte semeur (f. 27 v°). 

Les « pauvres gens », c'est-à-dire les charpentiers et les massons, se 
divisent sur cette objection. Saint Paul, saint Jean-Baptiste, saint André, 
saint Jacques le Majeur, la Vierge, saint Jean Evangéliste la résolvent 
à grand renfort de textes théologiques (f. 29 v°) : le Christ fait placer 
« les meschans Juifs » à sa gauche, et « les bons » à sa droite (f. 30 r"). 
— Tandis que saint Michel renouvelle ses félicitations aux élus, les 
diables Belzebuz, Malcharon, Belial, Astaroth, Satan redoublent de sar- 
casmes (f. 31 r°), 

Le deuxième Ange va chercher ensuite « Payens, turcz et tous mes- 
creans ». Alchoran et Japhet protestent d'avance contre leur condamna- 
tion imméritée. Ismahel et « le philosophe » (f. 32 r") les réfutent, saint 
Thomas et saint Philippe les accablent. Le Christ fait de nouveau sépa- 
rer les bons et les mauvais païens. Nouveaux compliments de saint 
Michel aux Elus, et menaces des diables Béric, Sathan et Mammona 
(f. 34 r°) aux damnés. 

Sur l'ordre du troisième Ange, les bons pasteurs s'avancent avec « les 
bons sujets » ou les ouailes fidèles à qui saint Michel promet le Paradis 
(f. 35 v°). — Le quatrième Ange leur fait succéder « les mauvais prélats > 
qui sont rétorqués par saint Jacques Mineur, saint Philippe, saint Bar- 
tholomé, saint Mathieu, saint Symon, saint Jude Thadee, la Vierge, dont 
le rôle a été définitivement effacé et rendu à saint Mathieu (f. 37 v°), et 



aussi avecques tous les larrons, Lameth arecques tous le- adultères, Nembroth 
avecques tous les usuriers, Giesy avec tous les injustes et f.mK marchands, Symon 
Magus avec ions Les simoniacles, Athalia la meurtrière avec toutes les meurtrières 
des enfans, lesabel avec toutes les ribauldes... >• 

i. « Esl qui \os accusai Moyses in quo speratis. Joann., V. v. (&). Texte souvent 
développe, notamment dans L'apocryphe de Sulpice Sévère mit Le Jugement dernier 
(l'air. Migne, XX, p. aa3). el dans la pièce du Jugement dernier d<- Hans Sachs (éd. 
Ail . von Keller, is-s, i . XI) où Moïse, accusateur public, m- consacre pas moins de 3n> 
vers a commenter le Décalogue. 



420 LE JUGEMENT ROUERGAT 

par les fidèles, laboureurs et autres, qu'ils ont peu ou mal enseignés. C'est 
en vain que l'un de ces mauvais prélats s'excuse sur l'exemple d'Eve et 
d'Adam qui ont péri en'la garde de Dieu lui-même, et un autre sur la 
Réforme : 

Et quant à moi certes je pense 

Que la Bible en nostre langage 

Nous a porté fort grant dommage 

Car nous n'avons peu bien comprendre 

Le vray sens que debvions entendre (f. 37 r°). 

Les prélats, les moines apostats qu'il faut aller chercher f. 14 v°, les 
esprits forts comme Anagoras, les hérétiques et schismatiques sont con- 
damnés en masse, et amèrement raillés par Roufflard, l'Enseigne et le 
Tromoette infernal. Seul, saint Pierre a quelque pitié des pauvres gens 
qui ont pensé que la foi pouvait justifier sans les œuvres, mais Belzébuz, 
Malcharon et Astaroth n'en ont aucune (f. 40 v c ). 

Le premier ange appelle « en avant les rois, empereurs, princes et 
gouverneurs ». Les bons rois remercient Dieu par la bouche du « 2" Roi 
des Europpéens » (f.40v°) ; mais les mauvais roisquileur succèdent avec 
les faux juges sont accablés par les Apôtres et livrés aux insultes des 
diables (f. 44 v°). 

Viennent ensuite les confessions très peu édifiantes d'Athalia et de Je- 
sabel. auxquelles saint Mathias, saint Thomas, saint Jude, saint Thadée 
imposent à grand'peine silence. Malcharon, la Mère d'Enfer, Belial les 
entraînent (f. 47 v°), et Jésus annonce la condamnation des sept Péchés 
maudits, qui prononcent chacun leur couplet de lamentations (f. 50 r°). 
■ — 11 ne reste plus qu'à décider du sort des petits enfants enfermés à ja- 
mais dans les limbes 1 que Justice proscrit et que Miséridorde console. 
Suit sncore la délivrance des âmes du Purgatoire auxquelles les Evan- 
gélistes et les Docteurs rappellent les textes qui ont promis leur salut, 
bientôt confirmé par Jésus et célébré par saint Michel (f. 55 v°). — Jus- 
tice, armée du glaive et de la balance, invite alors Jésus à prononcer la 
sentence définitive. Il appelle à lui les élus qui s'élèvent avec lui dans les 
airs, dit la didascalie, au milieu des malédictions des damnés et des 
chœurs célestes (f. 56 v°). « Hic ascendant omnes electi ad Christum in 
aéra, id est in theatrum médium, maneant in theatro infimo daemones 

i. Question souvent reprise par les théologiens du xvi« siècle. Cf.: Exacli>sima 
infantium in limbo clausorum querela adversus divinum judicium... Autore Antonio 
Cornelio juris utriusque Licenciato doctus... Paris, Chrest. Wechel, lô'ii, in-4° B. Nat. 
Invent, D. 3;8'5. — C'est encore un de ces procès analogues à celui de Belial et qui 
prouvent la persistance du genre. 



LE JUGEMENT ROUERGAT il'l 

cum damnatis, canant angeli. » — Du haut du ciel les Anges montrent les 
instruments de la Passion (f. 53 v°). —Judas. l'Antéchrist. Athalia, Jesa- 
bel, tous les damnés et tous les démons de la pièce exhalent une der- 
nière fois leurs malédictions (f. 62 v°). -- Enfin Jésus n-monte au 
Paradis, avec le cortège des bienheureux qu'il amène à >on Père 
(f. 63 r°). — Les Apôtres célèbrent longuement la gloire des cieux 
(f. 63 v° — 65 r°), et le Messagier conclut en souhaitant le Paradis à i'as- 
sistance ou à la « compagnie benedicte » (f. 66 r°). 

Tel est le Jugement de Modane, un des derniers et des plus 
faibles spécimens des mystères qui résistaient à tous les arrêts des 
Parlements et des conciles provinciaux. Si faible qu'il soit.il nous 
a été utile puisqu'il nous a mis sur la voie du modèle consulté par 
l'auteur du Jutgamen gênerai rouergat. Que l'on compare les 
deux pièces, on constatera d'abord que les noms des chefs de file 
ou des personnages qui constituent les divers groupes amenés au 
jugement y sont très différents. (Test que l'auteur rouergat s'est 
contenté d'employer dans son Jugement les divers acteurs qui 
avaient figuré dans les pièces précédentes de sa collection, notam- 
ment ce mystérieux Dalphinas venu en droite ligne de la Passion 
Didot. Au contraire, l'auteur savoyard a emprunté en grande 
partie ses noms aux traditions populaires sur le jugement dernier; 
la [dupait se retrouvent soit disséminés dans la Patrologie latine 
de Migne et ailleurs, soit même réunis comme dans rémunération 
si curieuse imprimée par Ant. Verard en 149a 1 . Ce ne sont pas seu- 
lement les noms, mais les développements qui diffèrent. Les dis- 
cours de Modane sont infiniment plus longs et plus hérisses de 
citations théologiques ; à ce détail près, la procédure suivie esl 
identique, et les quatre groupes de damnés et d'élus défilent rigou- 
reusement dans le même ordre que chez l'auteur rouergat. 
Qu'est-ce à «lire sinon que les deux pièces ont un modèle commun 
qui est. nous l'avons dit, un épisode du long Procès tir Belial? 
Seulement à ce modèle l'auteur savoyard n'a guère pris qu'un 
cadre, et ce cadre, il l'a rempli à sa façon : tandis que le lîoiiergat 

s'était borné à copier servilement la traduction française du P. 
l-'erget. Il n'y avait guère ajouté que quelques détails sur le sup- 
plice des Péchés capitaux simplement annoncé par Son modèle, et 

1. Voir précédemment, p. [18, note i. 



422 LE JUGEMENT ROUERGAT 

une historiette sur le châtiment d'un usurier empruntée à Vincent 
de Beau vais \ C'est peu et c'est tout. Il n'y a plus qu'à donner 
les preuves matérielles de ces assertions. 

Le très long Processus Belial est assez bien résumé dans 
Y Avant-Propos (reproduit) d'une des premières éditions alleman- 
des (i475), et dans un ouvrage plus commun, le Dictionnaire his- 
torique de Prosper Marchand, t. II, p. 117 ; les innombrables édi- 
tions et traductions dans toutes les langues de l'Europe sont indi- 
quées par Panzer, passim. notamment t. V, p. 258-259, et, pour 
les éditions françaises, Brunet (5 e édit. t. V, p. 81 et suiv.) suffit. 

Nous nous bornerons donc à donner : i°un fragment quelconque 
du Processus Belial latin de i382 ; 2 le fragment correspondant de 
la traduction française du P. Ferget (1/481) ; 3° les titres des chapi- 
tres de cette trad. du P. Ferget que l'auteur rouergat a copiés in 
extenso dans le J ut g amen gênerai et en partie dans son mystère 
de l'Ascension. 



1. Spéculum morale., 1. III, part. 3. p. 818 « De suppliciis reproborum : Quidam 
vidisse refertur quemdam usurariam sepultum in inferno. Cum autem anima iilii 
defuncti dcscenderet illuc, pater hoc videns ejulando clamabat, maledicta sit hora, 
fili, in qua te genui, etc... » Cf. Mystères provençaux (rouergats) p. 282, note: 
« He, mon payre, maudit sias tu ! » etc. Le passage semble avoir été ajouté par un 
réviseur. 






PROCESSUS BELIAL 

Jacobi de Theramo (alias de Ancharano) liber qui consolatio peccato- 
rum, et vulgo Belial appellatur. (Coloniae, Is. Veldener. circo 1475j, 
in-fol. m. r. goth.), (catalogue La Vallière, 1, 226, n° 645). 



Geruinus Cruse Johanni Veldener, artis impressoriae magistro, 
salutem. « Cum tibi suasum esset a nonnullis ut pro tua ac ementium 
utilitate librum qui consolatio peccatorum et vulgo belial nuncupatus 
imprimeres, edoceri a me quid in se haberet postulasti. Noveris ergo, 
carissime mi, in illo totuin iuditiarii processus practicam cum allegatio- 
nibus jurium, in quibus hec fundatur in materia devota, puta redemptio- 
nis bumani generis, compendiose relucere, duas si quidem continet ins- 
tantias. In prima agit Belial procurator infernalis contra Moysen, Jhesu 
Salvatoris nostri proc.uratorem, coram Salomone judice, supra spolio. 
In secunda Joseph, filius Jacob patriarcbae, vicarius regni Egipti a sancta 
sede divina delegatur, et causa pendente, partes ad requestum régis 
David in arbitros, puta in Octavianum, Jeremiam et Ysaiam conpromit- 
tunt et fertur sententia arbilralis. Sane qui processus hune diligenter 
noverit uberrimum inde fructum reportabit : non enim solum quid in 
singulis cujuslibet processus partibus fie ri debeat, sed qualiter id ipsum 
fiât per formula m autenticam apertissime cognoscet. Aude ergo, colen- 
dissime mi, et suasum tibi opus forti animo aggredere. Vale. Seriptum 
Colonie, mensis Augusti die septima, anno lxxiiij ». 

Processus Belial (Lugduni".' in-4° (Cat. des Incunables de la V. de Besan- 
çon, p. 672, ii° 911. Supplicatio pro salvatione Luei/eri ' (fol. iiii r°). 

Que audiens Lucifer, incepit diffidere de misericordia Dei, cum aemo 
esset qui pi-o eo intereedeiet ad Dominum. Illico quemdam angeloruni 
suorum misit ad Mariam virgineno, matrem judicis, ut ipsa intercederel 
pro eo ad judicem filium suum. Quo nuntio accersito, judicium lilii sui 
nunciavit eidem, et inter cetera eam rogavit ut dignaretur apud filium 
ejns judicem pro Lucifero intercedere et pro tota ruina angelorum pre- 
ces effundere dignaretur. AitVirgo : Multum libenter, et pro eo, et tota 



i. Comparer le texte français reproduit plus loin. « Comment se fera supplication 
pour Lucijer et l<i Congrégation infernàlle. • 



424 LE PROCÈS DE BELIAL 

ruina, necnon et peccatoribus altis exorabo». Et petitis virgineis vesti- 
bus, moxincomitiva multorum angelorum ad ejus filiumiter arripuit, can- 
tando : Ave regina celorum, ave Domina angelorum, et antequam ibi 
venisset, Virtutes ad hec altercantabantur ($ie) et dicebat Justitia : 
« Tam circumsisi quam baptisati peccaverunt contra legem meam. et 
jurejurando a Deo confirmatam ; ergo non habitabunt in tabernaculo 
Dei », et dicebat Misericordia : o Si peccaverunt, puniti fuerunt, ut 
supra dictum est ». 

His dictis, nuntiatum fuit Judici quod mater sua veniebat. Illico assur- 
gens rex et judex ivit in occursum ejus, adoravitque eam, et sedet 
super thronum suum, positusque est tronus matris ejus que sedet ad 
dexteram ejus, dixitque ei mater: « Petitionem unam parvulam deprecor 
a te ; ne confundas faciem meam ». Dixit ei Rex : « Pete, mater mea, 
neque enim pbas est ut advertas faciem meam. » Que ait : « Fili mi, te 
Deum et bominem. ego servula, pavi lacté meo, ubere de celo pleno ', 
et crescens in mundo nunquam , fili, faciem tuam a peccatoribus 
avertisti ; comedens et bibens cum eis dixisti hec tibi improperantibus : 
« Non veni vocare justos, sed peccatores. » Confitebor tibi, Domine celi 
et terre, quod hi Christiani peccatores pessimi fuerunt et longe in te 
peccaverunt, sed tamen, Domine, longius Judei, fratres tui, peccaverunt 
qui crucifixerunt. et blasphemaverunt te, et pendens in cruce eis peper- 
cisti, dicens : a Pater, ignosce eis quod nesciunt quid faciunt ; quanto 
magis parcere debes cbristianis tuis qui semper de tua passione dolue- 
runt, et matrem tuam semper bonoraverunt in jejunio, elemosinis (sic), 
et orationibus. Grandes fuerunt misericordie in terris, sicut placeat et 
nunc in celo. Item, Domine, si placeat, restituatur gratia patris tui, Dei 
vivi, Lucifero et ruine angelorum, quoniam predictam gratiam ductus 
penitencia multum affectât. » Respondebit Rex et dicet matri : « Quare 
mater, postulas gratiam patris mei Lucifero et ruine angelorum? Pos- 
tula sibi et regnum. Ipse quesivit patrem meum de regno ex sua super- 
bia expoliare, querit et ipse nunc humiliter et me de meo expellere 
regno 

i. Souvenir des Meditationes Yiiae Christi, ch. YI1. 



LE PROCÈS DE BELIAL 4'i5 



TRADUCTION FRANÇAISE 

du Frère Pierre Ferget, docteur en théologie de l'ordre 

des Augustins du couvent de Lyon. 

Cy commence le procès Bellia (sic), etc. : fin. p. 364 r°. — Imprimé a 
Lyon sur le Rosne par honnorable Mathis Husz l'an de grâce mil 
cccclxxxim (1484). et le XX e jour de Mars a esté finy ce présent livre. 
— (B. de l'Arsenal, B. 4. 18, 260 in-fol., p. 331, dernière ligne.) - 
(Autre édition, B. Nat. Réserve, Y 2 277.) — Comment la Vierge Marie 
prie pour tous pécheurs. 

Comparez le texte du Jutgamen gênerai rouergat, f. 233. 

La glorieuse Vierge Marie toute droicte se leva en faisant honneur a 
celuy qui est son père et son filz, son Dieu et son créateur, et lui dist : 
« Mon filz, je te veulx demander une petite requeste, en toy priant que 
tu ne faces confusion en moy refusant devant ceste grande compagnie. » 
— Respondit le roy : « Ma mère, demandés ce qu'il vous plaira, car il 
n'est pas licite que je destourne ma face de devers vous. » — Adoncques, 
doulcement elle luy dist : « Mon chier filz, toy qui es Dieu et homme, je, 
ta povre servante, t'ay alecté de ma mamelle pleine de lait celestial, et 
ay conversé avecques toy croissant au monde, j'ay veu que jamais tu ne 
as destourné ta face des pécheurs, mais as beu, mengé et conversé avec- 
ques eulx, laquelle chose les Juifz te ont împroperé, et tu leur as res- 
pondu que tu n'es pas venu appeller les justes, mais les pécheurs, c'est 
a dire que tu ne es pas venu au monde pour les justes, mais pour les 
pécheurs. Et iceulx mauvais crestiens grandement contre toy ont 
péché, mais encores plus grandement ont péché tes frères, les Juifz, les- 
quels te ont crucifié et blasphémé. Toutesfois. tu estant en l'arbre de la 
croix, tu leur pardonnas et si prias ton père en disant : « Pater ignosce 
eis quia nesciunt quid jaciunt. » Par plus forte raison, tu dois pardon- 
ner a tes povre s crestiens, lesquels tousjours ont eu douleur de ta pas- 
sion, et si me ont honnoré pour honneur de toy, et sy ont accompli les 
œuvres de miséricorde en faisant jeusnes, aulmosnes et oraisons 
ainsi comme îlz ont fait miséricorde en terre, je te prye que tu leur fa 
miséricorde au ciel. Item, je te prie que, s'il te plaist, tu retournes Luci - 
fer et toute la ruyne des anges en la grâce de ton père, car le povre 
Lucifer et ses compaignons grandemenl desirenl avoir grâce et miséri- 
corde. » — Respondra le roy et dira a sa mère : « Pourquoy, mère, 
demande/, vous pour Lucifer et la ruyne des auges la grâce de mon 
père, lequel ilz ont voulu defrauder et usurper de son royaulme par leur 



426 LE PROCÈS DE BELIAL 

orgueil et maintenant quierent semblablement de me expellir de mon 
règne et seigneurie ? » 



TITRES DES CHAPITRES DU JUGEMENT DERNIER 

dans le Procès de Belial (trad. Farget). 
Comparer le Jutgamen gênerai, p. 193 à 284, vers 5376 à 8106. 

Cr en après respond Ysaïe a Jheremie. p. 3^3, fol. s. i. à page 33 g. 

Comme Jhesucrist fera la disposition du jugement et avra Lucifer et le saint Michiel 
a la dextre, et a senestre seront deux anges tenans chescun une trompeté. 

Comment roys et aultres gens accusent Lucifer (p. 279). 

Comment les maulvais religieux seront jugez de Dieu. 

Comment le jugement sera fait contre les empereurs roys, ducz et princes. ». 

Comment devant le juge viendront les Juifz pour en faire jugement. 

Comment les payens sont appeliez au jugement devant Dieu (p. 286). 

Comment seront jugez les maulvais crestiens et premièrement les pasteurs. 

Comme jugement sera fait contre les juges, advocatz et procureurs et autres grans 
pécheurs. 

Comme tous ces gens responderont au souverain juge. 

Comment le juge respondra aux pécheurs. 

Comme les povres pécheurs mis à la senestre de Dieu griefvement se lamenteront 
(p. 3t3). 

Comment se fera supplication pour Lucifer et la congrégation infernalle. 

Comment la vierge Marie prie pour tous pécheurs (p. 33i). 

Miséricorde et Justice, p. 335 ; Débat de la Mort et de la Vie (p. 336). 

Fin. — Et en telle manière fie Juge] reprendra tous les Vices mortels, et ensemble 
les dampnera, et les Vertus exaulcera sur les cuers des anges (p. 339). 

Comment la sentence des arbitres sera gectée pour Jhesus à rencontre de Belial 
(p. 339). 

1. A noter que les reproches de Dieu aux rois dans le Procès de Belial p. 3oo, sont 
résumés et mis dans la bouche de ces sujets eux-mêmes, dans le Jutgamen gênerai 
rouergat p. 221, et que Fauteur rouergat emploie ici les acteurs qui ont figuré dans ses 
pièces précédentes (lo paralitic, lo boytos, l'orb, son payre, sa mayre). 



L'ASCENSION ROUERGATE 



Les gravures et le texte du Belial nous représentent toute une 
légion de diables aux noms bibliques, babilles en sergents, procu- 
reurs et avoués de la Cour de Lucifer. Le compilateur rouergat 
n'aurait donc pas eu grand peine à recruter son personnel d"enfer, 
si d'ailleurs tous ces noms diaboliques n'avaient été depuis long- 
temps répandus par la prédication ' dans tous les pays, ou plutôt 
si tous ces diables n'étaient les plus anciens et les plus mobiles des 
cosmopolites. Dans le cas particulier il est donc bien difficile de 
dire au juste d'où viennent les diables qui figurent dans le Juge- 
ment dernier rouergat, mais il est relativement aisé de montrer 
que V Ascension qui précède a été inspirée en partie par le même 
Procès de Belial. Si le compilateur rouergat a eu l'idée d'ajouter 



i. Voici déjà tous ces noms de diables avec leurs attributions ingénieusement 
expliquées dans un sermon de S. Vincent Ferrer. Les attributions pourront varier, 
comme- L'explique très bien A. Jeanroy, Romania, iScj;. p 556, parce que sauf pour 
Mammona, et un peu pour Asmodeas, il ne peut « y avoir en cette matière qu'une 
tradition extrêmement Bottante » mais les noms sont les mêmes dans les théâtres de 
tous les pays. 

« Dominiid, XV, post trinitatis . Sermo I. « Querite primum regnum Dei, Math. 

VI. — Nos inveniemus in sacra Scriptura septem demones <|ui temptanl de septem 
peccatis mortalibus et boc solum nominat Christus Mamonam. Primus est Leviathan 
qui temptal de superbia <!«■ quo Job xli. « [pse es! rex super omnes Uios superbiae . 
Secundus el Asmodeus qui temptat de luxuria de quo TJwb. III. « Demonium Domine 
Asmodeus occideral eos moi ni ingressi fuissent .ni eam » scilicel concupinam. Icr- 
tius qui temptat de invidia dicitur Beelzebub de quo Lac. XI. • In Beelzebub principe 
demoniorum ejicit demonia ». Hoc dixerunt im idi. Quartus qui temptal de gula dici- 
tur Beelfegor... de quo dicitur : [nficiati sunt Beelfegor et comederunt sacrificia mor- 
tuorum. /'s- C.V. Quintus qui temptal de ira ci facit durare corda; dicitur Baalberith 
de quo Judicam IV « !><■ fano Baalberith conduxit sibi viros ». Sextus qui temptat de 
accidia dicitur Astaroth de quo in i Regum, - t Auferb deos alienos de medio vestri 
Baalim <-t Astaroth, et praeparate corda vestra Domino... » SepUmus qui temptat de 
avaricia dicitur Mai ta, i i de i-t" loquitur < :iui-tu> bodle 



428 l'ascension 

une Ascension à son Jugement dernier, c'est tout simplement 
parce qu'il avait vu cette suite d'épisodes dans son modèle ordi- 
naire la traduction du P. Farget. 

Dans le mystère de l'Ascension ' Jésus vient partager le repas 
de ses apôtres, leur donne ses dernières instructions dans un long 
sermon, et s'élève au ciel. Les Chérubins placés à la porte du Pa- 
radis s'étonnent de voir apparaître le vainqueur de la Mort et de 
l'Enfer avec les stigmates de la croix, et lui refusent d'abord l'en- 
trée. 

Or sa, mesenhors, qui est aquest 

Que monta an vos autres tant prest? 

Senbla que de Eddon el vengua 2 , 

Tant es roga sa vestimenta (p. 91). 

Mais Dieu le Père accueille son fils avec transports et lui promet 
d'envoyer le Saint-Esprit aux Apôtres, tandis que la cour céleste 
entonne des hymnes de triomphe. Aussitôt après la descente du 
Saint-Esprit, Saint Pierre se met à prêcher sur ce texte de Saint 
Luc, VII, « Qui habet aures aiidiendi audiat », et après qu'il en a 
expliqué le sens en roman, les anges commencent à chanter : 

Revelha te, revelha, fin cuer jolhy :! , 
So que mon cuer désira no es pas aisy! 



i. Publié à part, Bévue de philologie française et provençale, 1895, p. 80 à 116. 

1. Versets liturgiques commentés par Pierre de Blois, cap. xx, Testimonia de resur- 
rectione Christi (Patr. Migne, t. 207, col. 848): Resurrectioneni Christi Isaias insinuât 
dicens : Quis est iste qui venit de Edom etc. Angelicae potestates resurrectionis 
Christi gloriam admirantes aliis angelis dicunt A Itollite portas, etc.. Item in Isaia (63) 
Quare ergo indumentum tuum rubruni est? — llieronymus super hune locum ubi 
dicitur mine rubrum : in Hebraico legitur Edom, non loci vocabulum est, sed sangui- 
nis ». — Item, Pierre Bereuire, Répertoriant morale, t. II, p. 343, Christi ascensio. 

Tous ces versets appliqués tantôt à la Résurrection, tantôt à l : Ascension au Paradis, 

étaient déjà connus de Fauteur de la Passion Didot copiée dans la Résurrection rouer- 

gate, p. io5, v. 2812. 

CHERUBIN 

Ay ! bel senhor, lie don venetz, 

Cubert de sanc 

3. Cf. le Dialogue nouveau Jort joyeul.x, composé par Clément Marot vers i54i : 
Mon cueur est tout endormy, 

Resveille moy belle, 
Mon cueur est tout endormy, 
Resveille le niy. 



1. 'ascension" 429 

Saint Pierre, appliquant celte chansoD française à son auditoire, 
L'exhorte à se réveiller de l'état de péché et à appeler le grand 
médecin » qui seul peut le guérir et qui prescrira d'abord un bon 
Jolep, puis une bonne medesina, et enfin une bonne diète ou un 
bon régime. Quand il a développé ces trois points. Melchisedech 
au nom des Romains admire sa science, et les assistants îles diver- 
ses nationalités, dans un jargon grotesque qui est censé représen- 
ter l'égyptien, le crétois, l'arabe, etc., s'étonnent d'avoir si bien 
compris un sermon rouergat. 

Reprenons un à un ces divers épisodes. Pour remplir son cadre, 
le compilateur rouergat n'a eu qu'à développer les indications de 
trois chapitres ' du Procès de Déliai auxquels il a emprunté les 
citations et le plan du discours de Jésus et les réponses des apô- 
tres. — L'Ascension elle-même et l'entrée au Paradis ont été tirés 
moitié du Procès de Belial, moitié des versets de la liturgie de 
l'Ascension si souvent commentés dans l'Ecole. Le sermon de 
Saint Pierre lui-même, ou cette comparaison prolongée entre les 
formules de la vieille médecine et laguérison du pécheur, provient 
suivant toute vraisemblance du même enseignement. En effet ce 
sermon semi-médical, semi-théologique n'a rien d'original; depuis 
saint Augustin \ il a été refait vingt fois par les prédicateurs du 
moyen âge 3 . Saint Vincent Ferrer 4 en particulier a plusieurs fois 
développé ce thème avec un luxe de métaphores qui ressemblent 



i. P. 341» v« à 3*>4 r* de la traduction citée du P. Farget : Gomme Moyse présente 1rs 
lectres de l'arbitrage a son seigneur. Gommenl Lhesucrisl monta es cieulx en la i>ro- 
sence de ses apostres, etc 

2. S. Augustin, sermo CLXXV (Patr. Migne, (. 38, col. 945): .< Si venil de coelo 
magnus medicus, magnus per totum orbem terrae jacebal aegrotus. [pse aegrotus 
genus humanum esl etc. ». 

i. Eist. lin. de In France, t.XXVI, |>. (og .1. de Provins; \>. J6a, Gilles de Liège; 
Sermones l><irmi secure, n» 59 de sancto Luca ; it. 69 ; it. Menol. Feria IV post ramos 
palmarum... Sanavil m» hic medicus per dietam, Sudorem, Fleubotomiam, potio- 

lll'lll 

j. Sermones. S. Yiurriilii i|>. hyemalis) Lyon, .1 Moylin 1527. Feria V |>>>^I diem 
cinerum.... Cum Christus ^ii medicus proprius el immédiat us, i|>>iu* anime peccatri- 
cis, videamus quomodo cure) animam iniirmam. Ista materia esl multum subtilis. 
[deo declarabo vobis per similitudinem medici corporis qui in curatione corporis 
r.icit septem... primo faciès [infirmi inspicitur... quarto dieta praecipitur, quinto 
syrupus Lmmittitur, sexto purgatio tribuitur, etc. etc. 



430 l'ascension 

fort à celles du mystère rouergat, et il a fait école, il a eu des dis- 
ciples pai'tout. 

On croirait donc volontiers que le dramaturge a traduit libre- 
ment un sermon authentique provisoirement perdu. Ainsi dans le 
mystère de l'Ascension, l'invention serait encore une fois à peu 
près nulle, et la compilation tout entière ne serait qu'une série de 
plagiats. En tout cas, c'est encore un plagiat, ou une imitation ser- 
vile, qu'il nous reste à constater, une dernière fois, dans le Juge- 
ment de Jésus. 



LK 



JUGEMENT DE JÉSUS 



CONCLUSION 






LK 



JUGEMENT DE JESUS ROUERGAT 



PUITS DK MOÏSE DK DIJON 



Les Sermonnaires du xv e siècle ; le Sermon de Saint Vincent Ferrer sur 
la Passion, et son influence. — La Passion française du Cordelier J. de 
Lenda et le mystère italien de la Passion de Revello composé par le 
Frère Simon, 1490. — Le Sermon français « Secundum legem débet 
mori », et le Sermon joyeux de « Nemo » recueilli par Pierre Bercheur. 
— Les diverses éditions du Sermon français : ■ Secundum legem débet 
mori » et les imitations au théâtre : « La Licentia Christi a Matre 
d'Aversa, le Jugement de Jésus rouergat et la Moralité nommée 
a Secundum legem débet mori », de Jehan d'Abundance. — La date 
extrême des mystères rouergats. 



CONCLUSION 



Le Jugement de Jésus est de beaucoup If plus compliqué des 
mystères que nous avons examinés jusqu'ici, cl celui qui soulève 
le plus de problèmes chronologiques, biographiques et bibliogra- 
phiques. Os difficultés tiennent à ce l'ait que, malgré sou appa- 
rente singularité, ci' mystère rouergal n'est nullement une œuvre 
unique, particulière, mais au contraire un résumé de toute une 
série d'oeuvres analogues, un anneau détaché dans une Longue 
chaîne de pièces disparates dont il s'agil de retrouver le lien et 
L'inspiration commune. Pour le faire, nous serons obligés non seu- 
lement de rappeler de-- textes signalés précédemment comme la 
/'assit m française composée en r3o,8 pour [sabeau de Bavière, mais 
eucore de tenter de nouvelle-, recherches et de donner l'analyse 



434 LE JUGEMENT DE JÉSUS 

d'œuvres théologiques et dramatiques mal connues ou inconnues. 

Ce sera heureusement notre dernière étape. 

Et d'abord quel est le sujet du mystère rouergat, et quelle place 
occupe-t-il dans la compilation ? 

Le Jugement de Jésus sert de prologue et d'explication aux 
scènes de la Passion annoncée par les prophètes. C'est, si l'on 
veut, une variante de l'ancien Procès de Justice et de Miséricorde, 
mais une variante très compliquée où sont réunies toutes les 
« figures » de la Passion dans l'ancien Testament. 

Nature humaine, représentée par un « vieil homme » accablé 
d'infirmités, vient se plaindre à Dieu le Père de ce qu'il ne remplit 
pas assez vite les prophéties et de ce que le Christ envoyé sur la 
terre tarde trop à accomplir la Rédemption. Dieu proteste de ses 
bonnes intentions, mais « ne peut faire plus ». Nature humaine 
fait alors citer « le fils de Marie » devant les juges de la Loi de 
Nature par le sergent Roma. Au reçu de l'assignation, Jésus se 
rend devant le tribunal en compagnie de sa Mère et de Résigna- 
tion ou Bonne Patience. Charité plaide pour Nature humaine, 
Innocence pour Jésus ; Adam qui préside, sur l'avis conforme des 
patriarches Joseph, Abraham. Noé, conclut à la mort du Christ. 
La Vierge fait appel et cite à son tour Nature humaine devant les 
juges de la Loi écrite, c'est-à-dire Moïse, Zacharie, Jérémie, Salo- 
mon, David. Nouveaux plaidoyers de Fidélité au nom de Jésus et 
de Vérité pour Nature humaine, nouvelle condamnation de Jésus. 
Il ne reste à la Vierge que la juridiction de la Loi de Grâce, com- 
posée des Apôtres et des Evangélistes. Le plaidoyer de l'avocat 
divin, Humilité, est réfuté par Nécessité ; la sentence de mort est 
confirmée et la Vierge s'évanouit. Quand elle revient à elle, c'est 
pour rappeler à son fils tous les soins qu'elle a pris de lui dans 
son enfance et le supplier de lui épargner la vue de sa Passion. 
Bonne Patience et Jésus la réconfortent, puis tous trois se rendent 
à Béthanie pour la résurrection de Lazare. Cette dernière phrase 
n'est évidemment faite que pour relier la pièce à la suivante et la 
l'attacher à l'ensemble. 

Tel est le curieux Procès rouergat dont l'idée, les allégories ou 
les personnages allégoriques figurent également dans d'anciens 
spectacles parisiens du XV e siècle, et plus lard dans deux morali- 
tés françaises du xvi c siècle, une moralité anonyme intiulée : Secun- 






LES MYS rÈRES MIMÉS DE 1 L3* 

(limi legem débet mori et une moralité de Pierre «lu Val '. N'y 
aurait-il pas là un thème traditionnel transmis par les Confrères 
de la Passion à la province? 

« Le sujet traité dans le Jugement <lc Jésus et le Jugement 
général se retrouve dans des mystères mimés représentés à Paris 
dès i \\- : or ceux-ci avaient dû être précédés eux-mêmes d'œuvres 
écrites, le sujet du Jugement de Jésus notammenl eûl été inintel- 
ligible aux spectateurs dans le cas contraire. » — Telle est l'expli- 
cation la plus simple qui ait été proposée l , et qui nous met sur la 
voie de la vérité, niais à condition d'être restreinte et précisée. 
Relisons en effet le texte principal, la description donnée par 
Monstrelet des l'êtes célébrées ;i Paris pour l'entrée solennelle de 
Charles VII, le 12 novembre ilV- Dans la longue suite «les écha- 
fauds dressés depuis le Poncelet jusqu'au Grand l'ont, un seul, 
celui du Châtelet, nous intéresse : 

« Item devant le Châtelet esloil l'Annonciation laite par l'angle 
aux pastoureaux chantant gloria in excelsis Deo. VA au dessoubz 
de la porte estoit le Lit de justice. la ! oy divine, la Loy de nature 
et la Loy humaine. Kl a l'austre costé contre la Boucherie cstoienl 
le Jugement. Paradis cl Enfer. Et ou milieu estoit saint Michiel, 
l'Angle qui pesoit lésâmes 1 . » 

Voilà bien il est vrai une des allégories qui figureront plus tard 
dans le mystère rouergat, Loy de Nature ; mais les autres, les 
personnages principaux, les juges, la demanderesse, l'accusé, où 

sont-ils? Dès lors le texte de Monslrelel n'a plus le sens qu'on lui 

a prêté, il ne représente [dus un Jugement de Jésus. Dans l'es- 
pèce, ces allégories judiciaires empruntées à la Somme de saint 
Thomas d'Aquin '. Loi divine, Loi de Nature, Loi humaine, n'ont 
ètè placées au Châtelel que parce que le Châtelel était le siège de 

la justice royale, et que sous une forme ou une autre la décoration 



1. El même dans des ralités i-ii.iim.ic-. Ward [History of English dramatic 

Literalure, t. I. |>. 96) en cite une de Bàle (t4g5-i563) intitulée: The three Laws ol 
Nature, Moses and < Ihrisl . 

'.>. Romania, i8g4, p- 5 18 

; Monstrelet, Chronique, 1. II, ch. t:xix, éd Douët d'Arcq, 1 V, p lt>3 

{, p. prima secundac, Q. Xi'.l: />. leguin diversilatc (édition Migne, 1 II. p 69$) 



436 LES MYSTERES MIMES DE 1437 

de L'édifice dans les Entrées rappelait le plus souvent cette desti- 
nation '. 

Les mystères mimés de i4'3; et la moralité de Pierre du Val 
éliminés pour des raisons analogues, restent des analogies ou 
mieux des ressemblances prolongées entre le mystère rouergat et 
la moralité : Secundam legem débet mori, et ces ressemblances 
sont telles qu'elles supposent forcément un modèle commun. On 
est seulement tenté de le chercher un peu plus haut ou plus loin. 

S'il ne s'agit en effet que de retrouver le Jugement de Jésus dans 
les anciens mystères mimés, n'y a-t-il pas un de ces mystères qui 
subsiste encore aujourd'hui, un mytère mimé en pierre, le célèbre 
« Puits de Moïse » exécuté sur l'ordre de Philippe le Hardy par 
Claus Sluter- et son neveu, Claus de Werve, de i3o,5 à i4<>4? Ce 
monument a été souvent décrit par les artistes et les critiques 
d'art 9 . A droite, aux pieds de la Croix où le Christ venait d'expi- 
rer, se tenait debout la Vierge, à gauche saint Jean l'Evangéliste, 
en avant la Madeleine embrassant l'arbre sacré. Le Calvaire a été 
abattu en i;<)'3. mais le piédestal subsiste, et les moindres détails 
de ce chef-d'œuvre mutilé nous semblent bien avoir été réglés par 
un théologien. L'emplacement même choisi pour ce Calvaire, élevé 
au-dessus d'un puits d'eau vive, parait symbolique et doit tra- 
duire aux yeux la régénération de l'humanité lavée dans le sang 
du Christ *. Les six anges aux ailes d'or entrecroisées qui bordent la 

i. Ainsi en parlant de ces mystères mimés de novembre i^i-, Jean Ghartier dit 
{Cérémonial françois de Godefroy, I. 658) : « le Jugement qui seoit très bien, car il se 
jouoit devant le Chastelet ou est la Justice du Roi ». Gf encore (Cérémonial françois 
de Godefroy, p. ;3'i-5) l'entrée de Marie d'Angleterre, femme de Louis XII. le lundi <> 
nov. i5i4 : « Item, au Ghastelet de Paris avoit un grand Escbafi'aut. au milieu duquel 
estoient Dames Justice et Vérité, montans et descendans du trône céleste sur la terre, 
et a dextre et a senestre estoient les douze pairs de France: et au milieu dudit 
Eschan'aut estoit escril ce qui s'ensuit : Veritas de terra orta est et Jastitia de caelo 
prospexit, etc. 

2 Notre collègue, M. Kleinclausz, prépare un livre spécial sur le grand sculpteur 
Claus Sluter. 

3. A. Michicls. l'Art flamand dans l'Est et le Midi de la France, Paris. iS;; : Cliabeuf. 
Dijon. Monuments et Souvenirs. 

4. Comparer les allégories théologiques citées par Cornélius .1 Lapide, Comment, in 
Joannem, V. p. 3i8, col. 2, et les curieuses peintures murales (2 e moitié du xv« siècle) 
de l'église de Saint-Mesme près Chinon : le Chris! en croix placé entre Marie Magde- 
leineel Marie 1 Egyptienne Le rocher du Golgotha est devenu un bassin rectangu- 
laire dans lequel le pied de la croix baigne dans le sang du Christ s'échappant di 



LK PUITS DE MOÏSE i.'^T 

frise t-t soutiennent le piédestal, pleurent, suivant le verset d'Isaïe 
(xxxm, 7) souvent cité par les sermonnaires e1 les dramaturges de 
la Passion « Angeli pacis amare flebunt i ». Six prophètes plus 
grands que nature se dressent contre les parois. Ils ne sont pas 
muets, immobiles, ils parlent ou ils viennent de parler. Les traits 
durs de Moïse expriment une résolution farouche, implacable : 
Jérémie est accablé par la douleur. Zacharie médite, Daniel ins- 
piré se tourne vers Isaïe qui se penche pour l'écouter; tous, y 
compris David, tiennent à la main îles banderolles contenant des 
sentences empruntées à leurs œuvres, les mêmes qui reparaîtront 
dans le mystère rouergat et la moralité française *. Ce sont bien 
des Juges qui viennent de prononcer un arrêt, l'arrêt qui s'exécute 
au-dessus de leurs têtes, et ce groupement parait significatif comme 
le choix de ces sentences de mort : c'est bien une scène de justice 
qui a été inspirée au grand sculpteur par un théologien. Voilà 
donc bien réalisée dès la fin du quatorzième siècle par un artiste 
de génie l'idée que les dramaturges devaient reprendre plus tard 
avec tant de subtilités; mais, si curieuse que soit l'analogie, elle 
n'est pas non plus décisive, elle ne nous explique pas les ressem- 
blances matérielles des textes des deux drames.G'est ailleurs déci- 

chacune des plaies par quatre jets continus. I n second bassin plus grand reçoit le 
sang contenu dans le premier par quatre mascarons qui représentent les attributs des 
quatre évangélistes (le lion, l'aigle, etc.) donl tes têtes appliquées sur la face du pre- 
mier bassin complètent le symbole. Les deux inscriptions en vers qui accompagnaient 
les personnages (Marie-Madeleine et Marie Egipciace) ont été reproduites dans les 
Mémoires de fa Soc d'archéologie de Touraine, i855; la troisième effacée et « indéchif- 
frable » se retrouve heureusement avec les deux autres dans un manuscrit de la 
Bibliothèque Nationale, fr., ;.;i'u. fol. \r, r« et compli te ce sj mbolisme. 

FONTAYNE DE MISERICORDE 
Fontayne suis qui pour l'humain linaige 
Grant source fait (sic) de sang a habondance, 
A<1 ce qu'homme qu'aj fait a mon j mage 
Y puisse avoir parfaicte congnoissance, 
El les \ ices dont il est entachés 
Kectoyés tous par vraye repentance, 
si vienne icj pour laver ses péchés, 
1 Cf. Greban, p. "ï ï 1 . \ . a6,i55 

•>.. Exactement les versets de David. Jérémie, Zacharie. Daniel, Isaïe: quant au 
verset du Moïse de Dijon : « Immolabil agnum multitudo Bliorum Israël, Exod., XII, 
v 1 on le retrouve dan- la Moralité nommée Secundum Itgem débet mon qui sera 
analysée plu-* loin et dont on trouvera des extraits a ["Appendice 



43S LA PASSION DE S. VINCENT FERRER 

dénient qu'il nous faut chercher l'explication, dans le développe- 
ment d'un genre littéraire qui a été souvent rapproché du théâtre, 
la prédication. On connaît le mot de Henri Estienne sur les ser- 
monnaires du xv e siècle : « Voilà comment ce gentil prescheur 
deschiffre cette histoire, s'accordant si bien avec les joueurs de 
passion qu'il n'est aisé à deviner s'il a emprunté d'eux ou s'ils ont 
emprunté de luy '. » Les emprunts qui nous occupent seront plus 
aisés à discerner, et nous n'avons plus qu'à rapprocher nos deux 
pièces des Passions réellement prêchées au quinzième siècle. 

Si l'on parcourt les nombreux sermonnaires du xv c siècle, on ne 
taille pas à se convaincre que le plus original et le plus souvent 
imité avec Gerson, dans tous les pays, c'est saint Vincent Ferrer. 
Le sermon sur la Passion qu'il prononça à Toulouse, le Vendredi 
saint de l'année 1 4 1 < > - n'est pas le plus caractéristique île son œu- 
vre, mais c'est celui dont nous devons indiquer le plan 2 et cons- 
tater l'influence. Le texte emprunté à l'Evangile du jour : Nos 
legem habemus cl secundum legem débet mori (Joann. xix) est 
fort simple. A peine quelque recherche dans le développement ou 
plutôt dans la prétérition île YAt>e. Le prédicateur s'excuse en ce 
jour de deuil de ne pas saluer suivant l'usage la mère du Christ : 
on ne félicite pas les personnes allligées du bonheur qu'elles n'ont 
plus. 11 semble que cet exorde soit une innovation qui d'ailleurs 
lit fortune et fut reproduite à satiété 3 . Puis vient « le thème » ou 
« la question'* » théologique, divisée en deux « conclusions ». La 
Passion était-elle indispensable pour racheter le genre humain ? 
Indispensable, non. mais nécessaire pour donner pleine satisfac- 
tion à la Justice et pour accomplir les prophéties '. C'est tout sim- 



i. Apologie pour Hérodote, éd. Ristelhuber, 1S79, t. II, ch. xxxi. p. ioy. 

2. Cette analyse est faite d'après le sermon imprimé en latin. La rédaction présente 
d'assez grandes différences dans le manuscrit de l'Université d'Oxford signalé et ana- 
[ysé par M. I*. Meyer, Archives (/es- Missions, Q, III ( iSGcSi, p. 16; et 266 (cf Romania, 1881, 
p. 226), mais ee> différences ne portent pas sur le plan, et les deux textes contiennent 
également le développement sur la nécessité île la Passion. « La sanhta theologia fay 
una questio se la passio, etc. » 

3. Le prédicateur Guil. Pépin le dit, Expositio Evangel. Quadrag., In die parasceves. 

4. A. Thomas d'Aquin, S anima Pars tertia. Quaestio XLVI, de Passions Christi 
ied. Migne, t. IV, p. -î 1 •"> 1 . 

5. S. Vinc. Ferrer. In die parasceves. Sermo unicus. lin de la 2<= conclusion, 
avant la division : « Propter ergo quod absolute non erat necessarium Christum 



I.A PASSION HE S. VINCENT FEHKEH 439 

plemenl La thèse et L'antithèse de la Somme, auxquelles succède Le 
récit de La Passion depuis la Cène jusqu'à l'ensevelissement du 
Christ. 

Le plan de ce sermon paraît si simple qu'on le dirait facile à 
inventer ou à réinventer. Que l'on parcoure cependant les s< r 
monnaires antérieurs l à saint Vincent Ferrer, ou même de son 
voisinage immédiat *, que l'on feuillette les nombreuses Passions 
anonymes ou signées du xiv^ ou du commencement du xv siècle, 
même quand le texte est identique, le développement est tout 
autre, tandis que les sermons composés sur h 1 même plan, avec la 
même « question ». abondent plus tard '. Il paraît donc assez 
naturel d'expliquer ce fait par l'influence du grand prédicateur 
\ alencien. 

C'est dans un sermon de cette espèce, ou dans une Passion d'un 
Cordelier français à peu près inconnu. Jacques de Lenda (ou de 
Lens) ' que nous rencontrons pour la première fois les scènes du 



îiiori, ut dicit prima conclusio quanti H dal beatus Thomas in .III. parte, <| \1.\1. 
articulo .1. ponit quod homines alio modo liberasset. Sed secundum suam prae- 
destinationem, quam per prophetas expressit et in lege antiqua praemonstraverat, 
necesse erat Christum mori ul scripturae implerentur. El hoc est quod dicit 
Lucas, Wll capitulo : « Filius hominis secundum quod diffinitum est, vadit ». Et 
Lucas, XXIV. •' Il ace sunt verba que Locutus sum ad \ <>>, cum adhuc essem vobiscum, 
quoniam necesse est impleri omnia quae scripta sunt in lege Moysi et prophetis el 
psalmis de me et quoniam scriptum est quod oportebal Christum pati cl resurgere 
a mortuis ». — Haec Thomas ilii<l<'in. Et ergo thema i>t n <1 proponit non in persona 
Judeorura mortem Christi procurantium injuste, sed proponit in persona omnium 
prophetarum qui dicunl « Nos legem habemus » etc 

i. Exemple: Sermones Dormi Secure : De Passione Domini sermo XXV. 

2. Ex. la Passion de Si Bernardin de Sienne. (Paris, Denys Moreau, i636, in-lblio), 
p. 3o5. 

ï Voici quelques-unes de ces imitations dans divers pays. La plus fidèle est celle 
de Barelette qui pronça le panégyrique de St. \ incenl de Ferrer et le copia souvent : 
la plus compliquée, celle de Fr. Léon de (Jtino qui raffine sur toutes les espèces < le 
lois, pour se conformer au titre de son recueil. 

Fr. Leonardi <l<- (Jtino, Sermones quadrages. de legibas, Venetiis, ii;>. Fer. VI in 
Parasceve (B. de Besançon, Incun. n" 925). 

Fra Paolo Roberto Licio, Sermones, Venetiae, 1 J83 (B. Mazarine, w 343, reria sexto 
i n Passione, loi. ;>;> r*, 

Barelete, In die parasceves, sermo de passione domini, fol, i;> v à 191 r* (éd. de 
Lj on, Jacob. M\ 1 . iSaJ) 

Maillant. Paris, Ph. Pigouchet, 1626, Feria VJ de passione, fol. cxv. 

i Ser n réimprimé à L'appendice. 

On ne -..0 1 à peu près rien de ce prédicateur français, Jacobus de Lenda, qui a prè- 



440 LA PASSION DE JACOBUS UF LENDA 

Jugement de Jésus qui nous occupent ou du moins leurs équiva- 
lents. La première partie du sermon est la thèse ordinaire sur la 
nécessité de la Passion. Cette thèse est reproduite sous une autre 
forme plus loin, dans le récit de la Passion proprement dite. Les 
docteurs Juifs consultés par Pilate sur le sort de Jésus décident 
tous qu'il doit mourir, bien qu'innocent, sous prétexte que sa mort 
a été prédite ou figurée dans diverses histoires de l'ancien et du 
nouveau Testament, et qu'il faut accomplir les prophéties. C'est 
bien là une véritable scène de théâtre et. la meilleure preuve, c'est 
qu'elle a en elfet été mise au théâtre. Dès 1490 elle a été jouée, à 
peu près telle quelle à Revello. en Piémont, dans une Passion ita- 
lienne composée par un religieux, frère Simon 1 . Cette pièce a paru 
d'ailleurs fortement empreinte de l'esprit français et inspirée plus 
ou moins directement par l'exemple de nos grands mystères. En- 
tre la scène de la Passion de Revello analysée dans le Journal des 
Savants 2 (1888) et celle du sermon français de J. de Lenda. qui n'a 
jamais été signalée, il y a un rapport certain, une source commune 
qui sera découverte un jour ou l'autre par les bibliographes. 
Quelle que soit cette source, dès 1490 ce Jugement de Jésus était 



clic en diverses provinces et à Paris vers la lin du xv siècle. Son nom ne paraît pas 
ligurer pas dans les Registres de la Faculté de déci et de l'Université de Paris p. p. 
Fournier et Dorez, ni dans le Chartulanv de l'U. de Paris, éd. Châtelain ou l'appella- 
tion de Lenda n'est pourtant pas rare. 

Ses premiers sermons imprimés se trouvent dans un recueil qu'a bien voulu m'in- 
diquer M. Em. Picot : 

Sermones brèves et perutiles (amici dicti) diversis ex doctoribus... 

Exaratum Basileae per Nie. Kesler, \\\\~>. in-4", 1 4 i 1 » «le Douai, Th. 17N.V 

Viennent ensuite les sermons de l'A vent et du Carême imprimés a Paris par Félix 
Balligaull (5 février i5oo n. st.) et réimprimés par Jean Petit eu i5oi. Cette édition de 
l5oi nous apprend que l'Avent a été prêché à Paris et recueilli de vive voix, fanant au 
Carême, une allusion aux guerres de Picardie (éd. F. Balliguult, fol. xm v», col. -i et 
d'autres détails (f. xxvm V, col. 2.) prouvent qu'il contient des sermons de diverses 
dates Par suite, il est difficile de déterminer à quelle date a été prononcé le sermon 
de la Passion qui nous intéresse. L'essentiel est de constater: i° que le jugement de 
Jésus qu'il contient est analogue a la scène du mystère de Revello de i-Juo: 2° qu'il dif- 
fère, malgré les analogies, de la même scène dans le Sermon anonyme : Secandum 
legem débet mûri. 

1. Pour cette pièce italienne, la Passione di Gesa Cristo, voir l'appendice. Le sermon 
initial du prêcheur, en tête du mystère, roule sur la nécessite de la Passion, p. 2'j : 
Dire sancto Luca : Oportuit Christum pati, etc. 

■2. Journal des Savants, [888, p. 517, Analyse de G. Paris. 



LA PASSION SECUNDUM LEGEM itl 

un li<Mi commun de la chaire et du sermon, voilà le fait à re- 
tenir, cl ce lieu commun allait subir de nouvelles transforma- 
tions. 

Reprenons en effet notre sermon de .1. de Lenda. Le vice de com- 
position est évident puisque la même idée théologique est répétée 
sous deux formes différentes, une thèse, [mis un récit ou scène dra- 
matique. N'y aurait-il pas moyen de supprimer cette redite et de 
mieux détacher la scène principale embarrassée de détails parasites 
et de citations? La théologie n'intéresse que les clercs, les cita- 
tions fatiguent, niais que tous ces docteurs qui réclamaient tout à 
l'heure la mort du Christ, que tous ces prophètes du puits de 
Moïse s'animent et descendent de leur piédestal, qu'ils se consti- 
tuent en cours souveraines ressortissant lune de l'autre et qu'ils 
viennent, juges et parties, prononcer l'arrêt de mort qui doit sau- 
ver l'humanité, ainsi toute la théologie sera réduite en tableaux, 
la thèse même ou la proposition pourra intéresser comme la Pas- 
sion proprement dite, et le sermon sera tout entier drame et récit, 
c'est-à-dire partout accessible a tous même aux « bonnes gents » 
ad bonas gentes, comme dit notre sermon. Telle est l'œuvre du 
prédicateur anonyme et inconnu qui a composé la nouvelle Pas- 
sion : Secundum legem débet mori*, imprimée par Denis Roce, 
à Paris, dans les dernières années du XV e siècle. Le seul talent ou 
la seule innovation de ce prédicateur anonyme c'est l'ordre ou la 
clarté, il n'a littéralement rien inventé. L'exorde de son sermon, 
la thèse esl constituée par la scène de la Passion de Revello et 
du sermon de .1. de Lenda légèrement modifié. Pour la seconde 
partie, c'esl encore plus simple. Il a tout bonnement copié et 
abrégé le récit de la Passion composé en i'î<)S pour la reine 
Isabeau de Bavière ' et déjà mis à contribution par Greban et le 
compilateur de la Vie de Jesu Crist de i4&5 : tout coïncide dans 
les moindres détails. Ce double emprunt une fois noté, il n'y a 
plu-- qu'à suivre la fortune et les diverses imitation'- du nouveau 
sermon, mais toul d'abord il convienl de constater l'origine fran- 
çaise et les nombreuses éditions de cel incunable oublié par Hain 
et Panzer, et d'autres bibliographes connus. 

i Réimprimée comme pièce justificative plus loin 
a sur ce texte cl p ■• ;-< de ce livre 



itl LA PASSION SECUNDUM LEGEM 

On sait les transformations fréquentes 1 des sermons d'autre- 
fois. Ces sermons étaient composés en latin, prononcés en langue 
vulgaire, puis de nouveau rédigés en latin par « des rappor- 
teurs » pour l'impression, quand on ne retrouvait pas les notes 
latines du prédicateur lui-même. Ce latin est tel qu'il est souvent 
malaisé de discerner la nationalité française, italienne, ou alle- 
mande des prédicateurs anonymes sous cet uniforme badigeon, 
niais cette première difficulté nous est épargnée dans le cas 
présent. L'emploi des mots français « Ile! lasse ». « Or, etc. » qui 
se détachent dans ce texte latin, la citation d'un vieux proverbe 
français connu sous diverses formes : 

La pire roo de la charrette fait greigner noyse - 

et d'autres détails permettent d'affirmer que nous avons sous les 
yeux le sermon d'un Français, très probablement écourté à l'im- 
pression. Mais où et à quelle date ce sermon a-t-il été prononcé, 
puis imprimé pour la première fois, cette question est plus diffi- 
cile à résoudre. 

Constatons d'abord que malgré d'assez longues recherches 
ce sermon anonyme n'a pu être retrouvé dans aucun des nom- 
breux recueils de sermonnaires français signés et datés du xv e siè- 
cle et du commencement du xvi e siècle qu'on a pu consulter 3 . La 
première fois que nous l'avons rencontrée c'est dans une mince 
plaquette gothique imprimée et vendue à Paris par le libraire 
écossais, Denis Hoce.et qui ne saurait guère être antérieureà i4<)">- 
puisqu'elle porte la seconde devise « A V Aventure » ; . adoptée par 



i. Fréquentes, non pas constantes, invariables. Voir la discussiou de M. A. Piag-et 
dans VHist. de lu langue et de la LUI. françaises, iS.y». p. 222. La question est à 
résoudre dans tous les cas particuliers. Il nous paraît bien difficile que le sermon 
Secundum legem débet mori adresse aux bonnes gvnv ad bonus génies, n'ait pas été 
prononcé en français. 

•->. Ser n Secundum legem, etc., p. 8 r°. « Judas... murmurabat : 

Nain a pejoi'i rota semper sunt jurgïa inota. 

Cf. Le Roux <li- Lincy, Le Li^re des Proverbes français, 1S42, t. 11. p. 3go et p. 194. 

i Je ne connais pas tous ces recueils, mais j'en ai feuilleté un très grand nombre 
en allant immédiatement a la Passion. 

\. Cf. Claudin, Uist. de l'Imprimerie, t. II, p. 51» et suiv. Le [5 juillet 14UÔ Poulhac 
imprimait pour lui (Roce) VAntidotariws animae de Nicolas de Salicet... Sur le titre la 
deuxième devise : u l'Aventure. 



LÀ LICENTIÀ CHRIST1 A MATHK 

ee libraire juste ;i ce moment. La seconde éditioD imprimée par te 
même Libraire porte sa troisième devise : A VAvanture l<mt vient 
ij\ii peut attendre, et est attribuée avec quelque vraisemblance par 
le Catalogue des Incunables de la Bibliothèque Mazarine à l'an- 
née \\\\\\. Suivent encore deux éditions Lyonnaises de i5o/J el de 
i5n,et une édition sans lieu ni date, qui ont été collationnées 
avec la première 1 , mais qui malheureusement la reproduisent 
textuellement, sauf d'autres fautes d'impression, et ne peuvent 
guère donner d'indications utiles. Il est probable, comme on le 
verra, qu'il y a eu encore au moins une édition actuellement per- 
due. En tout cas. le nombre des éditions connues à partirde i 'i<>"' 
suffit pour attester la vogue prolongée du sermon, et les imita- 
tions qu'on en a laites au théâtre conduisent à la même conclu- 
sion. 

Au commencement du xvr siècle, il y avait à Aversa, dans la 
ville où fut composé le Procès //<■ Belial, une société d'amateurs 
de théâtre, < j ni écrivaient à L'en vi des pièces destinées à être repré- 
sentées dans la cathédrale pendant la semaine sainte. Le plus 
célèbre de ces poètes. Le docteur médecin Luca de Calderio, dit 
Ciarafello, nous a laisse'- un mystère intitule La Licentia Christi a 
Matre J , qui rappelle déjà singulièrement Le sermon : Secundum 
legem débet mori. Ciarafello l'a-t-il connu'.' On ne saurait Le 
dire, malgré les analogies. 11 a peut-être tout simplement déve- 
loppé île son côté un thème vulgarisé en Italie par le mystère de 
Revello. Mais, en tout cas. l'hésitation n'est plus permise pour Le 
Jugement de Jésus du compilateur rouergat. 

Ouvrons en eflet ce Jutgamen de Jésus rouergat, nous consta- 
terons dès les premières pages que le compilateur a traduit la 
première partie du sermon : Secundum legem débet mori, avec --a 
servilité ordinaire. II n'a guère ajoute qu'un personnage nouveau, 
mais déjà employé ailleurs^ et bien facile a reconnaître : le sergenl 



i r. un- ces éditions, voir ['Appendice. Je dois à l'extrême obligeance 'le M. Em. 
Picot, l'indication de l'édition de i."»>i conservées au British Muséum; cette édition, 
la seule que je n'ai pas eue en mains, est longuement décrite et analysée dans le 
Bulletin du Bibliophile et conforme aux autres d'après cette description 

9 Réimprimée ;i V [ppendice, d'après l'étude de M Torraca L'épitaphe du docteur 
Ciarafello dans l'église SI Paul d'A versa, est datée île i5n ; mais ses pièces oui con- 
tinué ;t être jouées ■> Aversa, longtemps ai"' 1 :a '■•' mort. 



44i LE JUGEMENT DE JÉSUS 

Roma, chargé ici de porter les assignations de Nature humaine, 
vient tout bonnement de la Passion selon Gamaliel. 

La seconde partie du sermon ou le récit de la Passion propre- 
ment dite ne pouvait entrer dans le cadre du mystère rouergat ; le 
compilateur l'a donc supprimée, mais il n'a pas laissé d'y copier 
encore les requêtes de Notre Dame à son fils jadis utilisées par 
Grehan 1 . L'imitation ou la copie est donc certaine, mais il subsiste 
quelques difficultés, car cette imitation a porté sur un texte qui 
n'est pas exactement celui des éditions imprimées du sermon, les 
seules que nous connaissions. 

Dans ces éditions, le procès de Jésus s'ouvre brusquement et 
nous ne voyons pas Nature humaine ou le « vieil homme » acca- 
blé d'infirmités par le péché implorer Dieu pour sa guérison. 
Toutes ces allégories sont très anciennes, si l'on veut-, mais force 
est bien de constater qu'elles manquent dans le sermon imprimé. 

De plus certaines citations latines de l'Ecriture ou de la Vulgate 
ne coïncident pas rigoureusement dans les deux textes, du sermon 
et du mystère rouergat '. 

Enfin, deux discours ou plaidoyers des avocats Nécessité et 
Humilité, sont simplement indiqués cm amorcés dans les diverses 
éditions de ce sermon : ils sont tous deux développés dans le mys- 
tère rouergat et munis de citations latines. 



i. Cl. p. aôg de ce livre et Les notes du germon a V Appendice : item le Jugement de 
Jésus rouergat, \>. 58-6o, v. i5^s. i5jo. 

a. Cf. Vinrent de Beauvais, Spec. Xaturale, lib. XXX, cap. xxm, col. a'|i."> à 241IJ de 
l'ed. de D^u.ii De tribus saeculi temporibus : » Sunl autem humano generi tria tem- 
pora secundum triplicem statum ejus distincta, videlicet ante legera, et sub lege, et 
suh gratia. Primo enim posi lapsum dimissus est homo sibi usque ad tempora Moy- 
sis el utebatur tantummodo lege naturali. Postea vero per Moysen data est lex 
scripta qua humana illuminaretur ignorantia... Qua data etiam morbns invalnit et 
infirmitas est .meta, non legis sed naturae vitio et diaboli instantia. ... » — Même 
développement dans Hildebert du Mans, sermon de la Circoncision. Hist. littér. Je la 
France, t XI, p. "Siô . 

Quant a la personnification de Natnre humaine, elle est bien antérieure à Greban 
puisque nous l'avons déjà signalée, p. 200 de Ce livre, en i38o. dans la Vie de Jésus 
Christ écrite pour le duc de Berry. et qu'à partir de cette date les exemples abondent 
jusqu'au xvr siècle. Exemple: Bib. Nat. ms. IV. 14.98'}: Xoels de Jehan de Vilgontier: 
loi. 65 v, Noël ou Dialogue entre Nature humaine et Adam. 

'i. Pour ces citations voir ies notes de la Passion de Denis Roce reimprimée plus 
loin in extenso a l'Appendice. 



HOGHENIN DE BREGILLES i t5 

Ces différences ou ces particularités retiendront d'autant plus 
notre attention que nous retrouverons les principales (notamment 
la requête initiale île Nature humaine) dans une moralité française 
très mal connue, dont il ne subsiste plus que deux exemplaires, un 
manuscrit et un imprime, et dont il faut d'abord établir e1 analyser 
le texte, puis déterminer la date et l'auteur. 

La Bibliothèque Nationale possède un beau manuscrit de la 
seconde moitié du seizième siècle, ainsi désigné dans le Catalogue 
imprimé «le 1902, page 600 : 

Fr. 25,466. — 1 Moralité et ligure sur la Passion de Nostre Seigneur 
Jhésu-Crist, pur personnaiges, bien dévote », paxHughenin de Dregilles. 

(Cf. Catalogue de La Vallière, t. II, p. 419, n» 3365). — rvi* siècle. Par- 
chemin. 31 feuillets à 2 col. 265 sur 190 millimètres. Rel. maroquin vert. 
(La Vallière 70 1. 

D'autre part, la même Bibliothèque Nationale possède le même 
ouvrage anonyme, ainsi désigné dans le Catalogue des imprimés 
de \X\)~. tome I. p. \'i\ : 

Moralité, mystère et ligure de la Passion de Nostre Seigneur Jésus- 
Christ 

Lyon, par Benoist Rigaud (s. d.). In-l'ol. (Réserve Vf. 14.) Attribué à 
Jean d'Abundance. — L'ouvrage est in-8% cliaque feuillet encadré dans 
un cartouche gravé de format in fol. 

Entre les deux attributions (Hughenin de Brégilles et Jean 
d'Abundance), il faut choisir, et d'abord rejeter la première qui 
pro\ Lent d'une confusion . 

Dans le manuscrit IV. a5,466, la moralité anonyme est suivie 
(fol. 3o) d'une pièce de vers sur la Sainte Hostie ou l'hostie mira- 
culeuse, donnée par le pape Eugène IV au feu duc de Bourgogne, 
Philippe le Bon, et jadis vénérée dans la Sainte Chapelle de 
Dijon : elle protégera les chrétiens dans la croisade contre les 
Turcs : 

Soyes nous escu el Large el avant garde 
< lontre les Turcs de l'infernale garde ' 
Sans la grâce nous sommes trop débiles, 
Mes memenl moy, 1 1 ugheniti de Bregille , 
Ils ne doubtenl fortune ne péril . (Fol. 31 



146 t.A MORALITÉ SEGUNDUM LEGEM 

Hughenin de Brégilies, complètement inconnu, est en réalité un 
officier de Philippe le Bon qui figure dans les comptes en compa- 
gnie d'un Claude Bossuet depuis 1^6 '. Ce personnage du xv e siè- 
cle a donc bien composé la pièce de la Sainte Hostie, mais maté- 
riellement il ne peut être l'auteur de la Moralité qui ouvre le 
volume. La langue et la versification de cette Moralité dénotent Le 
seizième siècle, lletournon-nous donc vers le basochicn Jean 
d'Abondance, auquel le bibliographe lyonnais du Verdier a depuis 
longtemps attribué la moralité anonyme : Secundum legem débet 
mori, imprimée par Benoit Rigaud, et voyons si le peu que nous 
savons de ce poète confirme cette attribution. 

Jehan d'Abundance « basochicn et notaire royal à Pont-Saint- 
Esprit » a fait imprimer la plupart «le ses ouvres entre i54o et 
i. *)5o dans la ville de Lyon 2 . C'est là qu'il a pu connaître le sermon 
anonyme : Secundum legem débet mori, et l'imiter à son tour : ces 
adaptations rentraient tout à fait dans ses goûts. Nous savons qu'il 
s'étail déjà exercé à traduire un sermon joyeux de Nemo connu 
dès le haut moyen âge, et dont on a signalé de nombreuses ver- 
sions et imitations ' auxquelles on pourra joindre celle du grave 
Pierre Bcrcheur 4 . La Moralité sur la Passion ' est une œuvre ana- 
logue dans un genre différent, la mise au théâtre d'un sermon 
sérieux. Comme l'auteur rouergat qui l'avait précédé, Jehan 
d'Abundance a suivi de très près son modèle : ce sont les mêmes 

i. Arch. de la Côte-d'Or, B. 169(1 Compte «le Jean de Visen receveur généra] de 
Bourgogne 1 44- i " I 44*'- Huguenin de Bregilles acliéle du vin en détail pour le porter à 
Messieurs des Comptes. 

Archives Nationales, Registre KK 2^8 bis : Hughenin de Bregilles à Bruxelles avec 
le duc, le dimanche 200 jour d'avril \!\&S, après Pasques ». 

2. Fait établi par M. Em. Picot, Calai, de la Bibliothèque .1. de Rothschild, t. 1, p. 3j?. 

3. Ane. poésies franz . dit xv et du xvr siècle (Bib. elzévir), t. XI p. 3i3-34a. Le plus 
ancien sermon de Xcmo (xui e s ) a été signalé par M. P. Meyer d'après un manuscrit 
de la Bibl. Bodléienne. 

4. Rcperlorium morale, t. I, p. 689-690 : .\cmo . . Nota quod nemo est nomen negati- 
viiin, sicut nullus. Nam quicquid homo signât et ponit, nemo tollit et deponit. 

Unde nemo idem est quod non homo... 

Quia tamen quamdam truffam semel de nemine recolo me vidîsse ubï scilicel 
Xcmo fuisse quidam valens homo supponebatur, ubi de ipso sicut de quodam 
solenni martyre legenda notabilis tractabatur, hinc est quod truffatorie de nemine 
possumus multa loqui. Notemus igitur quod dominus Xcmo luit quidam Nobilissi- 
mus imperator. . . etc. 

5. Analysée in extenso avec extraits à l'Appendice. 






I.A MORALITE SECUNDUM LEGEM h, 

personnages, les mêmes noms, sauf celui de .Ir^us qui a reçu ici le 
surnom mystique ou théologique de « l'Innocent » ] qu'il portait 
d'ailleurs, comme nous l'avons vu. dans d'autres moralités per- 
dues, et qui était une allusion au sacrifice d'Isaac. L'ancienne 
allégorie «le Nature humaine, serve de l'Enfer el accablée d'infir- 
mités par le péché a été également un peu modifiée, [ci, quand elle 
vient adresser sa requête à Dieu le l'ère. Nature est « habillée en 
femme comme lépreuse ». Le reste des développements coïncide. 
Jehan d'Abundance s'est contenté de multiplier les termes de pro- 
cédure el d'introduire < l;i n - ses vers une longue page de p ose, un 
acte en bonne et duc forme, afin que nul n'ignorai sa qualité de 
parfait notaire. C'est un nuire talent qu'il ;i exhibé dans la conclu- 
sion de sa pièce, sa connaissance de l'argot des soudards OU des 
« tyrans ». Le compilateur rouergat n'avait traduit in extenso que 
la première partie du sermon ou la discussion juridique. Jehan 
d'Abondance est allé jusqu'au bout, et il a également traduit en 
l'abrégeant la Passion proprement dite OÙ Ton voyait Jésus livré 
à la mort par « l'envie » de la Synagogue et « la haine » des 
Gentils, (les abstractions du sermon ont été personnifiées dans la 
Moralité qui a été augmentée en outre d'un rôle de Fou ou de Sot, 
lequel n'était pas écrit, mais improvisé. Si choquantes 2 qu'aient 
paru ces passées de Sot mêlées aux scènes les plus pathétiques, 
elles n'en sont pas moins motivées, même la dernière, au moment 
où « l'Innocent » le Christ vient d'expirer sur la croix. Ici la 
passée du Sol symbolise soit l'indifférence ou la joie stupide de la 
foule, soit l'allégresse «le Nature humaine délivrée : l'inspiration 
de la pièce n'en reste pas moins religieuse comme celle d'autres 
moralités perdues sur la Passion '. C'est « Dévotion h qui ouvre le 

spectacle et qui l'achève. 

La pièce de Jean d'Abundance a d'autres singularité-- dont il 
faut donner au moins une idée, l'.n parlant des moralités, le théo- 



i Expliqué précédemment |>. 38j de ce li\ rr. note \. 

•2. I'. de Julleville, Réperl du l/tciir-r comique, etc . p. ">. 

: V celles qu'on a citées ajouter encore celle-ci qui a passé inaperçue: Vrchives 
(!<■ la mairie d'Angers p. p. Cél. Port, iSBi, BB i3, roi, i ">~. année i5oa l><>n de i" l t. 
cl de poudre i canon à M Loys Mignon « pour servir el ayder au '/i.w. ■ 
Redempcion de Nature humaine que l'on vieilli jouer eu cesle ville, pourveu que l'on 
ne prendra riens du peuple a l'entrée dud jeu ne autrement, 



448 LA MORALITÉ SECUNDUM LEGEM 

ricien du xvr siècle, Thomas Sibillet. s'exprime ainsi dans son 
Art Poétique de i548 : « Toutes sortes de vers y sont receues en 
meslange et variété, même tu y trouveras Balades, Triolets, Ron- 
deaux doubles et parfais. Lays, Virelais tous amassés comme mor- 
ceaux en fricassée. » — Telle est bien la versification de la Moralité 
qui nous occupe, mais elle se recommande par des refrains très 
particuliers. On a dit souvent que les anciens poètes français du 
xiv e et du xv' siècle avaient été complètement oubliés au lende- 
main de leur mort, ou même qu ils étaient morts tout entiers, 
apparemment pour donner aux modernes le plaisir de les ressus- 
citer. Si cette opinion ' conservait encore des partisans, la « Mora- 
lité nommée Secundum legern débet mari » suffirait pour démon- 
trer le contraire : ces anciens poètes n'ont cessé d'être pillés 
jusqu'au seizième siècle, et Jean d'Abondance en particulier les 
connaissait fort bien. Comme un artiste expérimenté qui s'amuse 
à des variations sur des airs connus, il s'est amusé à introduire 
dans son œuvre des vers célèbres, dont il change le sens ou la des- 
tination. Ici il met dans la bouche de Nature humaine le refrain 
mis au concours par Charles d'Orléans : 

Je meurs de soif auprès de la fontaine, 

ailleurs il pille le Jardin de Plaisance ou d'autres recueils du xv 
siècle, et il remonte même plus haut. On n'a pas signalé à notre con- 
naissance de citations de Froissart au xvi c siècle, avant les Recher- 
ches d'Estienne Pasquier qui prit la peine d'aller lire le vieux poète 
« en la Bibliothèque du grand Roy François à Fontainebleau 2 ». 
Avant lui Jehan « d'Abundance a transposé les refrains des « Ron- 
delés amoureux » de Froissart et les a employés à nous dépeindre 
les adieux de la Mère et du Fils, de la Vierge et de l'Innocent : . 

Le corps s'en va, mais le cœur vous demeure. 

Mais ce beau vers est beaucoup plus ancien que les Rondelés 
de Froissart. puisqu'il vient des Congés île Jean Bodel 3 , le 

i. Ce n'était pas celle de L'abbé Goujel (BM. franc., I. X, p. 2JJ, 238), et diverses 
études publiées par M. Eni Picot et M. Piaget dans la Romania lui ont donné raison. 
•2. Recherches, VII, 5, éd. d'Amsterdam in-folio, t. I. col. 699. 
i. Romania, IN. [880, p. ^4 2 Les Congés de .T. Bodel : 

Li corps s'en va, lame demeure. 



I A D \TI l'i - MYS'l ÈRE ■ ROI ERG \ 1 .- I i'. 1 

lépreux d'Arras. Par quels intermédiaires a-t-il bien pu arriver 
jusqu'à Froissaii '. puis continuer sa route après lui'.' Si la mora- 
lité de Jehan d'Abundance nous oblige a poser in< idemmenl 
questions, c'est assez pour démontrer que malgré la sul>tilit<- «lu 
sujet, elle n'est pas sans intérêt pour l'histoire littéraire. 

Récapitulons les faits acquis et les laits douteux. Il est matériel- 
lement démontré que la moralité rouergate non datée, el la mora- 
lité française écrite par Jehan d'Abundance entre i54o et i55o 
sont toutes deux imitées d'un sermon français célèbre, dont les 
origines, les sources et le succès prolongé ont été exactement dé- 
terminés. Ces deux imitations tirs fidèles présentent au début 
une particularité commune (requête de Nature humaine) laquelle 
ne se retrouve pas dans l'édition incunable du sermon de Denis 
Roce. d'où dérivent certainement les quatre autres éditions pari- 
siennes et lyonnaises que nous avons pu collation ner. Suivant 
toute vraisemblance il subsiste donc encore un autre texte ou une 
édition plus développée du sermon en litige, qui permettrait seule 
de résoudre toutes les difficultés, mais ces difficultés sont assez 
étroitement délimitées. 

En effet : i° le Jugement de Jésus rouergat est placé en tête de 
la compilation sous le numéro 8 dans les deux tables de matières, 
après l'Expulsion des vendeurs du Temple (n° ;), avant la Résur- 
rection du Lazare (n° 9). Malgré sa place actuelle et son numéro 
d'ordre, ledit Jugement de Jésus n'a été rédigé qu'après la Résur- 
rection de Lazare et inséré postérieurement dans la série, puisque 
son insertion oblige pour la représentation à supprimer la moitié 
de la Résurrection du Lazare, les raccords et les indication-- de 



1. Froissart, Poésies, éd. Aug. Scheler, t. II. p, \ïi: 

Le corps s'en va, mes l<- coer vous demeure, 
Très chiere dame, adieu jusqu'au retour ! 
Mon doulc iiini, adieu jusqu'au revoir. 
Le premier refrain emprunté par Proissarl a dû rester populaire, M. Emile Picol 
veut bien me l<- signaler sous une forme légèrement différente : 

Mon corps s'en va el mon cueur vous demeure. 
dan» un recueil de poésies du kvv siècle, L'Esperit trouble, fol tëvij v*. 

La même pensée devait être retrouvée plus tard par Métastase, comme l'i i<- la 

Bibliothèque du théâtre jraneais (des secrétaires du duc de la Vallière), I I, p 118. 

Partos lt( 1 esta il m r. 

29 



450 LA DATE DES MYSTÈRES ROUERGATS 

mise en scène le disent expressément '. D'autre part ce .Tu (renient 
de Jésus est tiré, comme nous l'avons vu. d'un sermon célèbre, 
resté très longtemps populaire, et la première édition connue de 
ce sermon : Secundum legem débet rnori, avec la devise de Denis 
Roce. // V Aventure, se place aux environs de i49-">- Le sermon lui- 
même si souvent réimprimé serait-il de beaucoup antérieur à la 
première impression connue? Cela n'est pas impossible, mais assez 
peu vraisemblable. En tout cas la date que l'on choisira influera 
forcément sur celle de la compilation rouergate tout entière. 
Essayons de concilier cette indication avec celle de la paléogra- 
phie. Si d'un commun accord l'écriture du manuscrit a été fixée 
« aux environs de i^~o », et si matériellement nous avons déjà pu 
la reporter après I4H1. il est clair que ce déplacement ne saurait 
être indéfiniment reculé. 

i° En tout état de cause 2 , la compilation rouergate n'a pu être 
achevée qu'après 1481, après la publication de la traduction fran- 
çaise du Belial si souvent réimprimée à Paris, à Lyon et ailleurs. 
Cette date de 1481 n'est elle-même qu'une simple indication. 
Le compilateur rouergat a pu lire la traduction de 1481 en l'une ou 
l'autre des années suivantes, il a pu en lire une édition quelconque 
puisque les réimpressions françaises ne diffèrent que par les fautes 
d'orthographe et qu'il est impossible de choisir entre elles. 

3 n Ceci posé, la seule allusion historique de la compilation 
rouergate prête à diverses interprétations, mais, comme on va le 
voir, ces interprétations sont maintenant restreintes à une période 
d'une trentaine d'années au maximum. Voici cette allusion histo- 
rique dans la proclamation finale 3 par laquelle le compilateur 
rouergat prend congé de son auditoire, p. 191 : 



1. Le Jugement de Jésus, p. 60 v. i5;i (cf. p. jg, v. 2.10;), fait déjà noté par M. Stengel. 

2. Abstraction faite du sermon Secundum legem débet mori. Cf. le Procès de Belial, 
p. |i i de ce livre. 

3. Il convient de rappeler la noie de M. Jeanroy, Introd., p. xxi.i. note 1. « Dans 
la pensée de l'auteur, Joseph d'Arimathie devait primitivement clore le cycle, car il se 
termine par une tirade de la crida qui devait marquer la fin de la représentation ». 

Les mystères de Y Ascension et du Jugement général qui dérivent, comme nous 
l'avons vu, du même Procès de Belial, ont dû être composés après les autres mor- 
ceaux, quand le compilateur rouergat a eu sous la main une des nombreuses éditions 
françaises de la traduction française de ce Procès. 



LA HATE DES MYSTÈRES ROUERGATS 451 

Dieu he la verges Maria 

Guarde de mal la companiha 

He ausi lo noble rey de Fransa, 

La regina he tota sa poysansa, 

Hoc, he mossenhor lo dalphy 

Que puesqua mantener la flor del ly 

He los vuelha gardai- de trayso (v. 5327). 

Quel est le dauphin ici désigné. Est-ee le fds de Louis XI et de 
Charlotte de Savoie 1 , le futur Charles VIII? Est-ce le tîls de 
Charles VIII, Orland ou Roland pour lequel son père rêvait de si 
hautes destinées et auquel il avait donné une « ystoire du très 
sainct Charlemagne »? 2 Ce dauphin là était mort à l'âge de trois 
ans le 6 décembre i^çp, et son frère Charles, le nouveau dauphin, 
mourut âgé de vingt-cinq jours, le 20 octobre i49^- S'agit-il de l'un 
ou de l'autre des deux fds de Louis XII qui moururent également 
au berceau et « qui firent si peu de bruit qu'on ignore la date 
exacte de leur naissance » :l ? S'agit-il enfin du duc d'Angoulême, 
le futur François I er , dont la situation resta si longtemps équivoque 
puisque, au lieu d'être fils du roi. il n'était que son cousin avec 
droit immédiat, il est vrai, à l'héritage de la couronne, mais droit 
bien précaire, risquant toujours de lui être enlevé par une nais- 
sance imprévue? Par suite, ni les amis les plus intimes du jeune 
prince, comme Fleurange, ni sa mère elle-même 4 , malgré toute son 
envie, ne l'appelèrent jamais le Dauphin, mais celle appellation 
impropre ne larda pas à lui être donnée par la voix publique, cl 
elle devin l naturellement plus fréquente au fur et à mesure que ses 
chances d'arriver au trône augmentaient. Dès [5o3, dit-on, Louis 
XII parait lui avoir donné ce titre de Dauphin dans une corres- 
pondance officielle ', il le porte encore, suivant toute vraisem- 



1. Louis XI est mort le 3o août (483 ; Charlotte de Savoie, le i' r déc r483. 

2. Conservée parla Bibliothèque Nationale, ms. fr. {,930. 
; Romania, 1890, p. 117. 

j. En i5oa, après la mort d'un Bis d'Anne de Bretagne, Louise de Savoie écrivait 
encore dans son Journal : « Il ne pouvoil retarder l'exaltation de mon César, car il 
avoit faute de vie. » — Ce texte m'a été indiqué par mon collègue, M. Hauser, qui 
prépare une édition critique du Journal. 

:> « Eo [5o3, Louis XII offrit au choix du due de Ci labre... ou sa propre nièce, Mlle 
de Poix, nu Marguerite d'Angoulême qu'il décorait du nom de sœur du Dauphin 
Il échoua contre la candidature de Catherine d'Aragon. — Sanato, V, 'ny. Lyon, n 



452 LA DATE DES MYSTÈRES ROUERGATS 

blancc, la même année, dans le prologue du mystère briançon- 
nois de Saint Anthoine de Viennes « achevé de copier le 9 février 
i5o3 » ' et c'est certainement lui que nous retrouvons en i5o4dans 
une poésie allégorique du Normand Pierre Tasserye, le Pèlerin 
passant 2 . Sous prétexte de chercher un gîte, notre pèlerin passe 
en revue toutes les grandes maisons de France, à commencer par 
celles du Roi et de la Reine, en leur donnant pour enseigne les 
armoiries vraies ou fictives qui les illustrent : 

De là m'en alay au Daulphin 
En une hôtellerie fort belle. 
Y entrai bauldement afin 
Que quelc'un doulcement appelle; 
Mais le maistre estoyt en tutelle, 
Ainsy que je fus adverty. 



Arriver vins au Chapeau Rouge'K 



A partir de i5o4,les mentions deviennent plus explicites, témoin 
celle-ci qui est insérée dans le « rondeau pour finablc envoy » du 
Contreblason '* de f attises amours écrit en i5i2 : 



décembre i5o'3 ; cf. Sandret, R. des Questions hist., i8;3, p. 2o(i ». Cite par M. de Maulde 
de la Clavière, Louise de Savoie et François I, Paris, 189.Ï, p. i5i. Je n'ai pu contrôler 
la référence de Sanuto. 
1. Ed. par l'abbé P. Guillaume, Paris, Maisonneuve, 1884, p. 2. 



Car nous nos en someten a la ordenanso 
l)al noble ecelent Rey de Franso, 
Y a nostre segnor lo Dalphin. 



Plaso a Diou, per sa marci. 

Que li done longe vio 

E li mantegno sa segnorio. 



Ce texte est équivoque, et l'on peut se demander si le mot copiata désigne la mise 
au net d'un mystère nouveau, ou la copie d'un texte antérieur. La première hypo- 
thèse nous parait la plus plausible, mais en tout cas, il n'y a point de doutes pour le 
Pèlerin passant. 

1. Le Pèlerin Passant, réimprimé par Ed. Fournier dans le Théâtre français avant 
In Renaissance, p. 2^5. Le Pèlerin fait allusion à la mort récente de Pierre II, duc de 
Bourbon, décédé le 8 octobre iôo'î ; sa tille Suzanne de Bourbon n'est pas encore 
mariée au futur connétable, Cbarles III, duc de Bourbon, qu'elle devait épouser le 
10 mai i5o.">. Le Pèlerin Passant est donc très vraisemblablement de l'année 1004. 

3. Le cardinal Georges d'Amboise qui fut prépose à la tutèle du .jeune duc d'An- 
goulême, ou du « dauphin » ici désigné et qui mourut en i5io. 

j. Signalé par M. Em. Picot, Romania, 1890, p. iij. et dans son édition de Guill. 
Alexis. i8;i0, i. I, p. 2;G. 

Le dernier lils d'Anne de Bretagne et de Louis XII est mort-né aux environs du 21 



LA DA.TE DES MYSTÈRES ROL'ERG A.TS 

Vive Loys de Vallois, roy de France, 
Vive la reyne et vive le daulphin ! 
Vive Claude, seule daulphine en France, 
Vive Loys de Valoys, roy de France. 

Dès lors les textes analogues deviendront plus communs jus- 
qu'au jour où la reine Anne de Bretagne meurt (9 janvier iôi4), et 
où François I e '. roi de France, devient lui-même père d'un nou- 
veau dauphin, lequel, fiancé peu après sa naissance (2S février 
1.Ï17), ne prête plus aux confusions. Voici d'ailleurs à son sujet un 
dernier texte utile à rapprocher du mystère rouergat, puisqu'il 
contient les mêmes formules : 

Dieu doint bonne vie au bon roy François, 

A la bonne royne, a son bon conseil, 

A la compaignie qui estes icy, 

Et aux trespassez Dieu face mercy ' 

Alleluya, alleluya. alleluya, Kyrieleysun. 

Christe eleyson, Kyrieleyson, Christe audi nos. 

A nostre daulphin. a tous bons francoys, 

A son accordée, dame des Angloys, 

Que Dieu par sa grâce leur doint tant régner 

Que les voye en Fj>]ance tous deux couronnez, etc. 

On le voit d'après cette énumération, les probabilités pour le 
dauphin désigné dans le mystère rouergat de Joseph d'Arimathie 
sont à peu près égales pour le fils A*- Charles VIII, Orland (i/jii.'o. 
et pour le duc de Valois ou le futur François I er , mais les noms 
extrêmes ouïes intermédiaires de la liste ne sont pas radicalement 
éliminés. La date extrême des mystères rouergats ne sera plus 
exactement déterminée que si l'on retrom e soit le sermon anonj me 



janvier i5ia, <•( désormais la situation >lu <lu. .1 Ingoulême, François est assurée. 
[lest probable qu'une traduction de Saint Jérôme (B. Nat fr. [ai) a été dédi 
mère Louise de Savoie vers ce temps »'ii lit dans la dédicace • \ mons 
rostre Riz qui esl aujourd'hui le daalfin de France, très beau, jeun.' et vertueux 
prince Cité par M de Maulde. 

1. S'ensuyt une très belle salutation faicte sur les 9ept restes de Notre-Dame 
['Alleluya, du jour de Pasques el avec ce les Grâces .1 Dieu «mi François (Bib N'a! 
Réserve Ye Soi), signalé pai I. DelisleGfl d< l'Ecoh des Chartes, 



454 LA DATE DE? MYSTÈRES ROUERGATS 

Secundum legem débet mori imprimé dans un recueil de sermons 
signé et daté. soit, ce qui est peut-être plus facile, si l'on retrouve 
l'édition perdue de ce sermon qui paraît avoir été copiée successi- 
vement par le compilateur rouergat et le basochien Jehan d'Abun- 
dance. Il s'agissait « de reconstituer la physionomie et de retrouver 
les sources du livre rouergat » ' : c'est fait : d'en fixer rigoureuse- 
ment la date : ce n'est pas encore fait. Notre enquête se terminera 
donc par un point d'interrogation, et c'est le cas de répéter la 
devise du libraire Denys Roce : ce Tout vient à point qui peut 
attendre. » 

i. Mystères rouergats. Introduction, p. IX. 



CONCLUSION 



Quelques mots suffiront pour résumer le petit nombre de laits 
qui ont pu être ajoutés à la masse commune. Ce Livre n'est qu'un 
essai de classement des mystères de la Passion, un effort en vue 
tle substituer l'ordre logique à celui des notices détachées ou des 
groupements artificiels. Pour établir cet ordre, il a fallu discuter 
des méthodes adverses qui supposaient le problème résolu, et pro- 
poser d'autres moyens de classement. De là l'étude des sources 
Légendaires et théologiques, l'analyse détaillée des mystères con- 
nus, la recherche de documents nouveaux dont on s'est bien gardé 
d'exagérer L'intérêt. 

La dernière histoire complète des mystères français 1 disait en 
1880 : « Les textes dramatiques sont en grande partie connus : La 
liste n'en saurait être beaucoup grossie désormais : la plupart des 
bibliothèques ont été explorées avec soin ; il n'est pas probable 
qu'elles cachent encore beaucoup de pièces inconnues appartenant 
à notre vieux répertoire. » — Rien de plus juste, et comment ne 
serait-on pas tenté d'ajouter : « Quelques mystères inédits de plus 
ou de moins que peuvent-ils bien faire à l'affaire? » — En fait pour- 
tant, n'étaient-ce pas précisément ces mystères inédits ou anal] 
trop vite qui permettaient de relier entre elles les pièces connues? 
Et pour expliquer ces mystères eux-mêmes ne fallait-il pas 
recourir bon gré, mal gré. aux légendes et aux commentaires théo- 
logiques très longs, très ennuyeux, qui n'ont le plus souvent d'au- 
tre utilité apparente que d'interpréter telle ou telle œuvre d'art, 
mais qui en réalité ont supporté toute la Passion du moyen-âg 
Le moyen d'écarter ou de restreindre îles hypothèses gênantes 
comme celles de MM. Wilmotte et Stengel, sinon par des textes? 
C'est toute l'explication des documents qu'on a essaye d'ajouter ù 
tous ceux qui ont été publiés depuis 1880. 

1 P. de Julleville, Les Mystères, t. !.. p. tO 



CONCLUSION 



Grâce à eux, dans cette masse confuse et uniforme des mystères 
de la Passion si loin de nous (guère plus que les tragédies du 
seizième ou du dix-huitième siècle), quelques groupes rationnels 
se sont dessinés. La Résurrection française de la fin du xm e ou du 
commencement du xiv e siècle a été réunie à la Passion d'Autun : 
elle recevra peut-être une autre désignation ; mais en tout cas elle 
est complétée et sera publiée in extenso. Avant les mystères Sainte- 
Geneviève est venue se placer cette Passion de la bibliothèque de 
Charles V que tous les historiens des mystères avaient oubliée et qui 
se retrouvera peut-être quelque jour. La Passion Sainte-Geneviève 
elle-même n'est plus restée isolée : elle a bien été imitée en pro- 
vince, comme on lavait conjecturé, et, ce qu'une première tenta- 
tive n'avait pu établir, une seconde l'a fait. La Passion bourgui- 
gnonne de Semur. imitée de la Passion Sainte-Geneviève, nous a 
montré sur le fait comment s'étaient formées les grandes Passions 
du quinzième siècle qui succèdent aux compilations de pièces déta- 
chées, et qui dérivent toutes au premier ou au second degré, sauf 
celle d'Amboise, de la Passion d'Arras. La Passion d'Auvergne à 
son tour est venue s'ajouter à la Passion Didot signalée par 
M. Jeanroy. pour relier le théâtre du Nord à celui du Midi et 
expliquer les mystères rouergats. Il s'est trouvé enfin que les 
sources de ces mystères méridionaux cherchées dans divers pays 
étaient justement des œuvres connues, admirées et imprimées 
jadis dans tous les pays de l'Europe. Le principal de ces textes n'a 
cessé d'être réimprimé jusqu'au dix-neuvième siècle inclusive- 
ment. Ainsi l'abondance stérile des mystères de la Passion a pu 
être réduite à un petit nombre de types qui dérivent eux-mêmes 
d'un petit nombre de sources. 

Ces faits démontrent que, même sur un sujet rebattu en tous 
sens comme le théâtre du moyen-àge, il conviendra longtemps en- 
core de chercher des textes, au risque des erreurs et des pertes de 
temps. Le classement proposé aurait été plus complet si l'on avait 
pu y faire entrer un mystère daté du quatorzième siècle se ratta- 
chant directement aux mystères Sainte-Geneviève. Ce mystère du 
xiv e siècle, le Jour du Jugement de la Bibliothèque de Besançon, 
a été publié, mais avec une interprétation historique erronée sur 
laquelle on s'est expliqué. Cette erreur réparée dans la mesure qui 
m'est possible, il subsiste entre le Jour du Jugement et les mys- 



CONCLUSION 

tères Sainte-Geneviève des ressemblances générales qui dénotent 
combien le genre des mystères était déjà développé au \iv siècle, 
et ce développement a dû laisser d'autres traces, d'autres textes. 

Leur recherche pourra tenter ceux qui reprendront ce sujet et qui 
essaieront encore une fois de compléter l'histoire de la Passion 
et celle de la Confrérie de la Passion avec des documents 
nouveaux . 



TEXTES 

LA PASSION DE J. DE LENDA 

LA LICENT1A CHR1ST1 A MAIRE 

LA PASSION SECUNDUM LEGEM DEBET MOBI 

imprimée par Denis Roce 

LA MORALITÉ NOMMÉE 
SECUNDUM LEGEM DEBET MOR1 



LA 

PASSION DE I. DE LENDA 



Q. preclari profundissimiq:r || sacre pagine interpfrejtis necno[n] 
diuini verbi preconis || viuacissimi Magistri Jacobi de Leada ex ordine 
mi ||norum sermones quadragesimales mi ri s et spécula || bilibus prati- 
cisq« materiis qj luculenter inserti p[re|di || catoribus o|mn|ibus non me- 
diocriter utiles et necessarii || claro et ornatissimo stillo q.s féliciter 
exordiuntur. 

Impressi Parisius per magistrii Felize» balligault e diuerso Collegii 
t'emensis comorantem. Anno d/ri quadringentesimo nonagesimo nono 
supra mille die vero quinta mensis februarii (1499-500 n. st.i in-4'. 
(B. de Besançon. Cat. des Incunables, p. 487, n° 636; item, Dijon, 2370; 
Douai, 1786; Paris. Bib. Nat. Réserve, D. 8, 422 (Edit. de Jean Petit. 
1501). 

Sermo. Feria sexta in die passionis Christi '. 
(Folio lxii.j. verso, col. i a fol. lxxij r°. col. a). 

Propter scolus populi mei percussi eum, Ysa. lu : ad lauoVm sanctis- 
sirnae ac piissimae passionis recitantur haec verba 

Primo quaeritur quaestiotheologalis, quae est in Tertio Sententiarum -, 
distinctione secunda : « l'trum necessarium fuerit naluram bumanam 
reparari per passionem Jhesu Christi ». 

Sequuntur quatuor conclusiones. 

Pio declaratione causae formalis passionis Jesu Cristi qua termina tur 
praesens sermo qui dividetur in septem partes secundum quod dicimus 
septem horas canonicas (fol. i.xmi v\ col. I). 

Primo incipiemus in coena. — Secundo in[h|ortu. — Tertio in domo 
judicum. — Ouarto in monte Calvariae. 

; Tertio in domo judicum]. 
( Folio lx\ m verso) 

Quatuor facta sunt in domo Pylati. 

Prniiuni esl i|nod electio de duobus assignatur. 

i. Ci -joint un c.xtr.iil du sermon très suffisant, pour qu'on puisse apprécier le sens 
et la place de l'épisode principal el !<■ contexte, Le jugement chez Pilate occupe bien 
ici In même place que dans la Passion de Revello, 

a. Pet. Lombard et S. Thomas d'Aquin, Somme, P. III, Q [8,éd Mlgne,! IV.p [i5. 



462 LA PASSION 

Secundum est quod secundum legem debere raori judicatur. 

Tertium est quod corona spinea capiti apponitur. 

Quartum est quod a Judaeis illuditur et cum arundine flagellatur et 
deinde Judaeis sic ostenditur. 

Quantum ad primum, dicit Pylatus magna interrogando. quamvis bene 
sciret quod Judaei eum tradiderant ex invidia; quaesivit Cristo : « Unde 
es tu? esne rex Judaeorum ». Cristus non respondit ei verbum '. Tune 
dicit ei Pylatus : « Nescis quia potestatem habeo dimittere te? » Tune 
respondit Cristus : « Non haberes potestatem adversum me ullam, nisi 
datum esset tibi desuper 2 ». Nota quod omnis polestas a Domino Deo 
est. O qualis dignitas justitiae! Illi enim servatur jusDei et bominum. et 
propterea dicit Cristus : « Qui me tradidit tibi majus peccatum habet ;i », 
et exinde quaerebat Pylatus dimittere eum. sed Judaei infestabant eum, 
dicentes: «Si dimittis hune, non eris amicus Caesaris, quod omnis qui se 
regem facit, contradicit Caesari » '. O quale peccatum assignabant sibi ! 
Sed tune Pylatus voluit inquirere de causa. Sed multi faciunt sicut 
equus Alexandri, qui dictus est Bucifal. Vide hystoriam supra ; credunt 
taies habere auctoritatem a se ipsis et sunt ita superbi quod nullus audet 
eis dicere verbum, sed. cum depositi sunt de otficio, quilibet loquitur 
cum eis ; unde Pylatus volens eum eripere de inanibus Judaeorum et 
remittere eum, dicit eis. « Est consuetudo quod unusdimittatur vobis in 
pascha ut liberetur. Vultis ergo ut dimittain vobis regem Judaeorum ! » 
Dixerunt : « Non hune, sed Barrabam :> ». — Erat autem Barrabas latro. 
O ! innocens petitur pro morte sustinendo (sic) et reus dimittitur! Nec 
mirandum est si hodie sint multi taies qui sic faciant in omnibus curiis. 

Dixerunt Judaei : « Nos legem habemus et secundum legem débet 
mori'' ». Nota" quod triplex est lex. scilicet naturae. scripturae et gratiae, 
et secundum omnes istas leges débet mori, et primo in lege naturae, 
quamvis divina Innocentia excuset eum a morte, tamen Caritas domina- 
tur, et in ista curia qui dicunt quod débet mori ; ideo très judices magni 
eum condempnant. Primus judex est Adam dicens : « ego çondemno 
eum ut moriatur in ligno crucis, ut reparatio fiât quod in ligno fuit facta 
offensa; ideo in ligno débet reparari ». Secundus judex, scilicet Noe, 
dicit : « Ego judico cum mori in cruce et, cum hoc, volo quod sit nudus, 
quia ego dormivi nudus, et fui derisus a liliis; hoc erat figura quod Chris- 
tus sic nudus debebat illudi et deridi » (sic). Tertius judex est Abraham 



i. Marc XV, ^, .Y 

2,3,4- Joahn., XIX. 9. 10, it. 12. 

5. Matth., XXVII, 10-17. 

fi. Joann., XIX. ;. 

-. En manchette : 7";v.s sunt leges et secundum quamlibet Cristus judicatur mon. 



DE .1. DE LKNDA 

qui dicit : « Judico eum ad portandum crucem in qua morietur usque ad 
monlem, ut fecit filius meus qui portavit ligna, ex quibus debebal fieri 
sacrificium de eo Deo, utpatet Genesis vigesimo secundo. Quarlus judex 
est Joseph, filius Jacob, qui judicat eum mori, cum traditur et venditur 
a fratribus suis. - Et tune vidons Judas quod judicatus jarn esset, quia 
iu ore duorum vel trium stat omne verbum, videns igitur quod lex natu- 
rae eondemnat Cristum in eruce poni et nudum. et vendi a discipulis. et 
tradi Pylato a fratribus suis et cognatis ' 

Secundo 2 lex scripturae adjudicat eum mori, unde judices tide dignos 
dabimus sibi, et primus est David. Dicit David : « Ego condemno eum ut 
alii feceruut, et, cum hoc ad plus, scilicet quod sit crucifixus, etmanus et 
pedes sint perforati in cruce quia scriptum est : « Joderunt m/mus meas 
et pertes meos et dinumeranerunt omnia ossa mea :i ». Secundus judex in 
lege scripturae est sapientissimus Salomon : Saplentiae secundo, « morte 
turpissima condempnemus eum ' '»; mors enim Christi fuit turpissima 
inter omnes. Tertius judex fuit Jeremias, sanctificatus in utero matris : 
ait enim : « Et cum sceleratis députât us (sic) est'\ non a dextris nec 
sinistris, sed in medio ». denotando quod est pejor istis duobus qui sunt 
la trônes mali. 

Tertio 8 lex gratiae eondemnat eum ut quattuor Evangelistae, nain. . . . 
euntes in Hierusalem dicit Matheus " : « Eilius hominis tradetur et cru- 
citigetur, et conspue tu r, et flagellabitur ». Sed dicit Pylatus : » Non euro 
de illis legibus, quae condempnant ad mortem ; cori ipiam eum et dimit- 
tam eum 8 ». Inde Augustinus ; « Quare si justus esj t| corripis eum '.' 
Si injustus est, quare d'.mittis eum ? » Dicit Pylatus suis servitoribus : 
« Exuatis ei tunicam ». Tune denudaverunt corpus sanctissiinuin Jesu 
Christi et ceperunt funiculos valde acres qui erant de scorpionibus, et 
sex magni ribaldi fatigaverunt se in verberando eum, in tantum quod 
sanguis exibat ab onmi parte corporis sui, et fuerunt sibi dalae plagae 
tôt quot continentur in isto versu : 

Quindecies quinque bis centum milia quinque, 
Tanta fuit passus pro nobis vulnera Cristus. 

i. La phrase est inachevée dans rimprimé, 

a. En manchette : Lex scripture. 

S. l'.sal., XXI, [8 

i Sap., II. \ Vulg. 

5. En réalité ce texte n'est pas de Jérémie . les mots en italiques sont d'Isaie, LUI, 
la, et encore cités inexactement d'après Marc, XV, i- . » El implela est script ura 
quae < i î < - î t : Et cum iniquis reputatus est. 

il. En manchette Lex gratie. 

- Mviiii , XXVI, a., — Phrase tronquée et inachevée dans l'imprime. 

8. I. <<-., \_\l|| ... 



LA 



PASSION DE REVELLO (1490) 



Au débat que l'on vient de lire, comparer la discussion ana- 
logue, presque identique, des docteurs juifs devant Pilate dans la 
Passion italienne de Revello (i4 ( .)°)- 

Texte. La Passione di Gesù Cristo, rappresentazione sacra in 
Piemonte nel secolo XV. édita da Vincenzo Promis, Torino. Bocca. 
1888, in-4° — (p. 387, v. 1810 et sq. (Et dica Jonathan). 

Paris. (B. Nat. Réserve Yd 5). 

La dite scène est : i° analysée avec de longs extraits par 
M. Alessandro d'Ancona, Origini del Teatro Italiano, 2" edizione, 
Torino, Loescher, 1891, t. I, p. 320-327. 

2 Commentée par G. Paris, Journal des Savants, 1888, p. 5i~. 



LA 

LICENTIA CHRISÏI A MAIRE 



Analyse de M.Francesco Torraca, Studidi Storia Letterana Xa- 
poletana (In Livorno. coi tipi di Franc. Vigo, editore, 1884, in-8°). 
Id. Sacre Rappresentazioni del Napoletano, pp, 3<>- 4 1 . 
Cf. l'analyse des Origini del Teatro italiano, t. I. p. 35i, 353. 

Assai curiosa é la Licentia Christi a Madré, del Ciarratello. La Carità 
e l'Innocenza dispulano fra loro, perche quella vuole Cristo compia la 
sua missione, e l'altra nega possa niorire un giusto senza colpa. A deci- 



I V LICENT1 \ CHRIS! I A M \ I RE 

dere chiamano la Natura. Es sa, prima di sentenziare, vuole aver tempo, 
domanda consigli da Adamo, da Noè, da Abramo. Adamo chiede che le 
proprie pêne cessino una lmona volta : muoia, quindi, il Messia. Noè 
soggiunge ch'egli piantô la vigha solo corne figura del Messia; per 
Abramo, il sacrificio del tigliuolo fu, anch'esso, figura délia morte di 
Cristo ; Giaccobbe afferma che la scala vista da lui 

vuol notai'»' 
La Croce ch'al morir devea portare. 

Doppo tutto ciô, la Natura giudica che, per dimostrare veridiche le 
Sacre Carte, Cristo debba morire. L'Innocenza si oppone, ma i suoi 
argomenti sono confutati dalla Carità. La Natura, impicciata, si rivolge 
a Cristo medesiuio, il quale afferma dover morire per pietà e per frenare 
il crudo interno. In tal caso, salta su Giuseppe, sarà verificata la figura 
ruia che fui venduto dai t'ralelli iniei. 

La Natura sentenzia : 

Tu non inorirrai Signor per colpa alcuna 
ma morrirai per noi salvar.... 

Maria Vergine si Iagna délia senten/.a : sorda aile persuasion] del 
figliuolo, cerca altro giudice, e proprio la Scrittura. Costei vuole ris- 
pettate 1»-' tonne : 

Giudicarrô, ma per sententiar bene 

io mi protesto avante a questa gente 

ch' ad noi procurator aver convene 

actal le parle siano ben contente 

habbi per te Maria Fidelitate 

la quai procura contro a Charitate. 

Tu Charita che cérchi il tuo dovere 

habi procuratrice Veritate 

noi altri per servir et ben volere 

»]uest' anime daremo examinate 

lasciando moite e d'infinité schiere 

chiamerrem quelli posti in sanctitate 

Salomone 1 >avid et Esaia 

Et faccia lo processo Hieremia. 

Anche questa volta la sentenza è sfavorevole alla Vergine, che se ne 
appella al Tribunale délia Grazia. 

Le ragioni sono sostemute, pro' e i ontro, da due al iti, Equité 



466 LA LICENTIA CHRISTI A MATRF. 

e Giustizia. La Grazia conchiude : — Crislo deve morire. Ed egli, ora- 
mai, vorrebbe accommiatarsi ; ma la Madré lo trattiene, finchë non fugge 
spaventata ail' appressarsi délia Morte. Questa pur cbiedendo scusa, 
annunzia a Cristo che la fine di lui è prossiraa. Egli le consiglia di non 
esser poi tanto fiera, le rimprovera di aver fatto paura a Maria. La Morte 
si allontana cantando : 



Jo paio secca scorza 
corpo squallido e macro 
horrendo e simulacro 

Sfiaventoso 
Ma pur giamai riposo 
scorrendo il stato humano 
con questa falce in mano 

aspra e adoncha 
Da me ciascun si tronca 
prencipi e gran Signori 
Monarcha e Imperadori, 

ogni persona 
l'opul l'orecchie doua 
a questo parlar mio 
manco al figliuol de l)io 

io la perdono. 



Cristo manda Giovanni a consolare la Madré, la quale rilorna afflittis- 
sima ; il figliuolo le cbiede il permesso di lasciarsi uccidere. Due fan- 
ciulli gridano a Maria ; Miserere, lascia che ci salvi ! Ed ella, facendo 
t'orza a se stessa, benedice Gesù e cade tramortita. Giunge la turba de 
Giudei, e lo menano via. La Madré rinviene ; vedendosi sola, s'abban- 
dona al suo dolore. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM 



Editions. 



i n Passio secundum legem, Parisiis, Denis Roce, s. d. — In-8°. 
F. i r°. Titre : Secundum Legem débet mori io bannis decimo- 
nono. || 

Marque typograph. de « Denis Roce » A l'aventure (Silvestre 
343). 

(Id. y °). Secundum legem débet mori... 

Cum considero statum universu[m]. 

(F. 16, v". 1. i5). Explicit passio secundum legem. || 

Caract. gotb. pet. 16 11'.. 3'5 II. i.. s. ch. n. r. Sign. a-b. 

Filigr. : Main ouverte. 

Bibl. de Besançon. Incunables p. 5j3, n° 702: Lyon, n° £63; Paris. 
B. Nat. Réserve, D, 5i, 849. 



•> Secundum legem débet moisi (Saint-Jean; \1\. -). Paris. 
Denis Roce (1499). In-8. 

(F. 1. Il Titre, gros texte). Secundum legem débet mari 
Iohannis decimo nono. || 3 e Marque de Denis Roce: .1 Vavanture 
Tout vient a point (/ni peu/ atendre. 

(Verso). Secundum legem débet mori. Iohannis decimo nono. 
Il (Petit texte). Cum considero statum universum reperio. 

Il Fin. Explicit passio secundum legem. || 

Un volume in-8° sur papier, caractères gothiques, ■>' lignes 
Longues par page, sans rubriques, i<> folios, reliure du wi : siècle 
en vélin blanc. Provenance de Sorbonne 

Bibliothèque Mazarine, Incunables, p. ."><)•>-). n m', 1 - p (92^ 
Le catalogue attribue cette édition non datée à I année 1 (99. 



3 Secundum legem débet mori : Johannis decimo uono (In 
fine : Explicil Passio secundum legem. Impressum esl hoc opuscu- 



468 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

lum Lugduni per Iohannem Galli anno d[omiJni mcccciii (sic) die 

vero xvin januarii (i5o4). 

« Un volume in-24 de 16 feuillets à 2 col. pet. car. goth. (grav. 
sur bois représentant Jésus-Christ crucifié et entouré des Saintes- 
Femmes) 

Cette édition est longuement décrite dans le Bulletin du Biblio- 
phile. 1860. p. i4o4 : ^ e British Muséum en possède un exemplaire 
sous la cote 3833 aa. 



4 S c d m legez dz || mori lohannis decimo nono. || A la fin : 
E[x]plicit passio Scdz lege[m\. Impress = II sum Lugduni per 
Petrn[m\ Maréchal : \\E[t\ Barnabam Chaussard. Anno d[onii\ni 
Il Millesimo q[uin\gentesimo undecimo II tertia die Decem-bris. 
[i5ii]. 

Un volume in-8 n sur papier, caractères gothiques. 1- lignes 
longues par page, sans rubriques. 24 feuillets non chiffrés. — 
Folio 1. bois représentant le Christ en croix entouré d'un côté de 
la Vierge et de saint Jean, de l'autre, de soldats. 

Bibl. Nationale, Réserve, D. 57.882. 



5° Secundum legem débet mori (S. Jean. XIX, "). S. 1. n. d. 
In-4°. 

(F 1) H (gros texte) Secundum legem débet mori. lohannis 
XIX. il Cum considero statu[m] universu[m] reperio q[uod] 
totu[m] tfem]p[u]s a principio mu[n]di p[erj totu[m] t[em]p[u]s... || 

(Fin.) est p[ro] nobis salvandis. Explicit passio s[ecundu]m 
legem. || 

Un volume in-4° sur papier, caract, gothiques, 29 lignes longues, 
sans rubriques, -j folios, reliure du xvi e siècle en vélin blanc. 

Bib. Mazarine, Incunables, calai, p. ;4 r - n ° 'A^ " p- ( 2 5a "' p )> 



PASSIO SECUNDUM LEGEM ' 

DEBET .1/07?/ (IHOANNIS DEC1M0 NONO) 



Cum considero statum universum, reperio quod totum tempus a 1 v ' 
principio mundi per totum tempus usque modo fuit servatum et 
rectum per très leges *, scilicet primo per legem Xaturae : et ista 
lex duravit usque ad Noe et Moysen : secundo per Legem Scriptu- 
rae. et duravit usque ad adventum Domini nostri Iesu Cliristi : 
tertio per legem Gratiae, et ista durabit ab adventu Domini usque 
ad judicium générale. Unde, et si consideremus (juac et qualia 
l'ucrunt faeta tempore istarum legum, poterimus clare videre qua- 
liter in qualibus istarum trium legum facta est mentio de morte 
Christi et Passione ejus. Kt ideo secundum quamlibet potest dici 
quod secundum legem débet mori : 

Primo, Xaturae. mors Christi fuit praefigurata. 

Secundo, In lege scripta mors Christi fuit prophetisata. 

Tertio, Gratiae. mors Christ i luit finita. 

Dico primo quod mors Christi et passio ejus fuit in lege Xaturae 
figurata et ideo secundum legem débet mori. Et quod hoc sit verum 
apparet ex eo quod, quum aliquis secundum legem humanam et 
naturalem adjudicatus esi ad mortem, in sua defensione est assi- 
gnatus judex et advocatus pro utraque parte. Modo sunl hic plures 
viri sapientes ut cognoscànt :| si lalis debeat mori secundum rec- 



i Pour la réimpression de cet incunable, on a sui\i naturellement la plus ancienne 
édition, c'est-à-dire la Passion in-s imprimée par Denis Roce, sans date, a\ ec la devise 
.1 t'Aventure, el on l'a comparée aux éditions suivantes <pii malheureusement la 
reproduisent sans changements On a résolu les abréviations gothiques, très péni 
blés dans ce petit livret si serré, et de plus, on a quelquefois corrigé l'orthographe 
défectueuse, suppléé les mots absents entre | |. enfin indiqué les sources et les cita- 
tions très nombreuses quand on l'a pu Les citations à peu près exactes ont été seules 
imprimées en italiques. Il était inutile d'en faire autant pour tous les versets plus ou 
moins tronqués des quatre Evangiles canoniques, faciles à reconnaître, 

a Sur ces trois luis, voir la citation précédemment donnée, p, iij. n. a, de Vincen' 
de Beauvais, Spec. Natar., Iil>. \\\, cap. xxui, col, a4i5-a4i6. 

i Imprimé cognoscànt. 



4Tl) PASSIO RECUNDUM I.EGEM 

tam justitiam. ut sententia detur licita. Simili modo possumus 
videre quod secundum legem Ihesus débet mori. Assignemus ergo 
judicem in sua causa, et advocatum in parte sua, et ex alia parte, 
scilicet humani generis, assignemus sibi iudicem et advocatum, et 
insuper assignemus consiliarios et advocatos et peritos. Nunc autem 
ordinemus sic judices in causa ista. Sunt quattuor patriarchae in 
lege naturae. scilicet Adam, Noe, Abraham et Iacob. Gonsiliarii 
autem sunt quatuor filii Israël et fdii Iacob, et loquitur Ioseph pro 
omnibus Ira tribus suis. Item advoeatus ex parte Christi est pura 
Innocentia : ex parte generis humani est Caritas '. 
2 r°. His sic ordinatis, interrogentur iudices et prior Adam : « Adam, 
quid dicis de Iesus? » — Respondet : « In ligno débet mori. » 
Secundo. Noe : « Quid dicis de Iesus? » — Respondet : « Nudus 
débet mori. » — Tertio. Abraham : « Quid dicis de Christo ? » — 
Respondet : « Quod in cruce débet mori. » — Quarto, Jacob : 
« Quid dicis de Christo? » — Respondet : « Quod in monte Calva- 
riae débet mori. » 

Primo igitur respondet Adam quod in ligno débet mori et probat 
sic : « Ego peccavi,et in ligno olïendi Deum Patrem in ligno vitae 
per unicum peccatum. Ergo débet fieri satisfactio in ligno ut 
melius respondeat culpae. Unde Gregorius in Praefatione i « Qui 
in ligno vincebat. per lignum quoque vincetur per Ghristum Domi- 
num nostrum ». 

Noe autem respondit : « Pro toto mundo débet mori, et ideo est 
hujus figura quod ego lui figura Christi, tempore quo plantavi 
vineam primam, et l)ibi de eodem vino, et propter ardorem vini 
fui nudatus, et spoliatus 3 , et derisus a filio meo majori. Cum ergo 
Christus, cujus ego sum figura, sit ille qui nimio ardore cordis et 
caritatis quam habet ad genus humanum sit complementum hujus 
figurac ccrlc débet mori nudus et in cruce positus. 

Tertio respondit Abraham : « Christus débet portare erucem in 
collo ad montem et sic probat per illud Genesis [XII, 2] capitulo : 

1. Le Jugement de Jésus rouerg-at. p. 128, v. U90, place en tête un long discours de 
Charité, v. 690 à ;53 qui manque dans le Sermon, tout le reste est semblable dans 
les deux textes. 

•j. lp : Prejactione. 

3. lp : Vinceretur. — Cf. le Jugement de Jésus rouergat, p. %, v. S.V), joù l'origine 
de la citation n'est pas donnée. 



PASSIO SECUXDUM LEGEM i7l 

« Temptaçit Deus Abraham et dicit illi : ce Toile filium tuum 
queni diligis, Isaac. » Goncludit Abraham dicens : « Sic aolui 
(ilio meo parcere, propter nimium amoremquemhabeo cum génère 
humano, immo potius trader e eum ad mortem, et portare crucem 
suam poenitentialem pro humano génère, et hoc est qnod heatus 
Paulus dicit quod « proprio filio suo non pepercit, sed pro nobis 
omnibus tradidit illum » '. 

Quarto respondit Jacoh quod in monte Calvariae débet mori. 
eu jus ratio est : « Quum fugiebam persecutionem illius reginae 
lesabelis, uxorisAgab, régis Samariae. veni ad montemSyon circa 
montem Calvariae et ibi posui unum lapidem capiti meo ! et vidi 
scalam, eu jus sommitas (sic) caelos tangebat et il > i ego prophetisavi 
de templo, et ibi edificavi altare Domino Deo. Haec enim scala 
quam vidi nihil est nisi crux Ghristi uhi débet mori propter genus 
humanum, quod. sicut per quamdam scalam ascendimus alte. ita 
peccatores omnes ascendunt ad gaudia Paradisi, quando ascen- 2 v 
dunt scalam peiiitentiae ». et isla est ratio de Iacob. Ex istis quat- 
tuor rationibus concludunt isti quattuor judices dicentes quod 
Christus débet mori. 

Nunc restât videre quid dicat advocatus 3 , Christus debeat mori 
vel non. Et dicit quod non, nec débet tantam irijuriam pati, assi- 
gnans rationem. Ille (jui natus est innocens et sine peecato non 
débet mori, nec ad mortem adiudicari. Christus est hujus modi. 
Ergo, etc. [non débet mori]. Patet per Petrum, I. Pétri (epistola), 
seenndo capitulo : « Qui peccatum non fecit, nec inventus est 
dolus in ore ejus. » 

Nunc autem respondet secundus advocatus. scilicet Caritas, ex 
parte generis humani ad istam rationem. sic dicens: « Gerte Chris- 
tus débet mori, probatur sic. et hoc secundum legem charitatis. 
« Quilibel débet facere proximo suo quod vellet sibi ûeri. Sequitur 
si Christus esset peccator, quod est impossibile, vellet subveniri et 
juvari et redimi, ergo alteri, scilicet humano generi, débet subve- 



i Rom , VIII, ;■ 

• Genesis, XXVIII, \>. La réponse de Jacob, mal conservée dans le Mystère rouer- 

gat* |>. i i. est ici c plète Mais j'ignore commenl Jezabet a été tnêli e au songe de la 

Genèse 

3. Cet avocat est V Innocence, Le Plaidoyer esl conforme dans le M, rouergat, 
p. Si, v. 765-381. 



*'- PASSIO SECUNDUM LEGEM 

nire quoniam nisi per Chvistum non poterat fieri. Ergo Christus 
vere débet mori. Secunduru respondeo, et veraciter ex alia parte, 
quod Christus de proprio peccato ejus non débet mori, quod nul- 
lum commisit. ut supra amplius, sed pro peccato alterius, scilicet 
sui proximi, cum sua propria malicia peccavit, débet mori. Secun- 
dum ergo istam legem débet mori. aliter non. » 

Post liaec inceperunt loqui quattuor judices Christi, et inquiunt 
sic : « Ecce, Domine Iesu, tu non debes mori. Noveris quod advo- 
catus tuus venit ad nos qui sumus judices. dicens quod tu non 
debes mori. Vis audire quid dicunt consiliarii? », — et loquitur 
unus pro omnibus iiliis] Iacob. scilicet Ioseph ». Respondet, Chris- 
tus : « Mihi placet ». — et locutus est Joseph : « Dimitte, débet 
mori et a discipulo suo pro triginta denariis venumdari. Ratio est 
haec : Ego fui traditus a frati'ibus ineis Ismaelitis et venditus tri- 
ginta denariis argenteis, unde scribitur « Vénditur in seroitium 
Joseph livore suorum ». Cum igitur fuerim figura mortis ejus. 
ut figura finiatur et terminetur, ipse capietur. venumdabitur et 
morietur, eo quod figura est posita. » 

His auditis, vertit faciem suam ad matrem dicens : « Ecce mater 
quae et qualia opponunt mihi, et ea habeo sustinere propter primos 
parentes. O quali morti sum ego adiudicatus ! Ecce Judas cui 
tanta bona feci, quomodo me tradet in manus peccatorum pretio 
3 r°. triginta denariurum ! » Tum Virgo Maria, auditis his verbis filii 
sui, vertitur versus filium suum coram ' et sic parentibus suis 
loquitur : « O Adam, o Eva \ primi parentes vos estis. Eva sic 
sprevisti praeceptum Domini, et transgi'essi estis. cum sit Deus 
meus, et hoc propter peccatum vestrum, heu ! tîlius meus turpis- 
sima morte moritur ! O quam amarus fuit fructus ille ! Peccastis et 
filius meus dilectus poenam sustinet ! O arbor cujus fructus mors 
est et p[o]ena. utinam non fuisses, quoniam vahle sum turbata ! 
O productio arboris dolorosa ! » — Tune audientes matri respon- 
derunt : « O Regina misericordiae. miserere nostri, quoniam quin- 
que millia annis stetimus in tenebris et in umbra mortis cceci et 
lumine privati, et hoc meritis nostris, et nisi filius tuus nos liberet 
sua morte, perimus. Eva ergo. Mater, nosce unde descendisti, et 

i . Ip : cor. 
q. [p : / 



PASSlo SECUNDUM LEGEM 



Qobis compatieris 1 . » — His verbis respondit Maria, e1 versus 
Jadam vertit faciem suam dicens : « Juda proditor, cur Regem 
caelorum vendis, et car ad me non venis? Procurator ejus 
maiores pecunias dedissem. O avaritia, o lex amara et misera, 
quae ita condamnavit lilium meum morte turpissima ! Nunc 
appello ad legem Scripturae, conquerens atrum mori debeat vel 
non. » 

Assignerons ergo iterum unuin advocatum, ut fecimus supra, et 
unum pro humano génère. Avocatus Christi erit Fidelitas et hu- 
mano generi erit Veritas, et assignentur quattuor judices in lege 
Scripturae, scilicet quattuor Prophetae, scilicet David. Salomon. 
Isaias et Hieremias. Gonsilarii erunt duodecim prophetae minores, 
et loquatur unus pro omnibus, scilicet Zacharias ! 

Interrogatus autem advbcatus Christi, scilicet Fidelitas. atrum 
debeat mori an non. respondet quod non débet mori Christus, uec 
capi, Dec tormentari, et ratio est : Qui est Creator caeli et terrae 
et Dominus universalis omnium non débet mori. sed Christus es1 
hujus modi : ergo non débet mori. Minor patet Apocalipsis ' : 
« Ipse est rex Regum, Dominas dominantium ». ergo non débet 
mori, et cetera. 

[Talcs eniin proditores non servant domino fidelitatem] '. Kx 
parte autem generis humani respondel advocatus, scilicet Veritas, 
quod débet mori et probat sic : « lesus promiseral sic mori propter 
l;<-ii h- humanum, el Lpsemet testatur quum non dicat nisi verita- 
tem, ul Johannis XIV, 6: Ego sum pia, veritas et vita. » Cum ipse 
sil veritas, sequitur quod debel mori quod promiserat mori pro 
populo suo » : el --il desinit loqui. 

Dum autem judices audierunl rationes generis humani, protule- 
runt suas ul i pse moriretur (sic). VA primo David dixit : « lesu debel 
mori crucifixus, quia ego prophetisavi id in persona sua : « Fode- 



i Cf l<- Jugement de Jésus, \>. i-. \. iij; ;'i ic- 1 L'auteur rouergal ne donne p;i> le 
développement sur Judas, el il reprend au jugement de la l.«>i d'Ecriture, avec les 
mêmes acteurs, el les mêmes citations. 

a. I|>. : Xiuii 

3 Apoc, m. i. 

i Cette phrase entre | | n'a aucun sens ici. Bile doit avoir été déplacée par une 
faute de l'imprimeur. Je propose de la reporter à la i>-iK r <- suivante après advoeatornm 
où elle donne un ~--ii> raisonnable. 



4:7.4 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

j'iint manus et pedes meos, dimimeraverunt omnia ossa mea\ » 

Secundus judex est Salomon dicens quod vili morte débet mori 
et conspui quod scribitur in libro Sapientiae : « Morte turpissima 
condemnaverunt eum. 2 » 

Tertius judex est Ysaias dicens quod « cum iniquis deputatur et 
sceleratis, et non est ejus species neque décor » 3 . 

Quartus judex est Iheremias dicens « quod débet mori, flagel- 
lari, et caedi, et a multis improperium pati ». Datur igitur sententia 
ab istis quattuor judicibus. 

Videamus quid dicunt consiliarii, et loquatur unus pro omnibus, 
scilicet Zacharias, et dicit quod Christus cum multis insultibus et 
opprobriis débet mori, et duci ad locum ubi malfactores duci 
soient. 

His peractis omnibus, Virgo Maria audivit omnia ista de lilio 
suo dici et fieri, videlicet quod secundum duas leges debeat mori, 
secundum legem Naturae et Scripturae, nec poterat evadere. Et 
baec audiens vertit faciem suam versus Judaeos : « O Judaei, ini- 
mici filii mei ! eur innocentera condemnatis, quid vobis maie fecit, 
an sitlatro aut proditor ? Nunc 4 iterum appello ad legem Gratiae, 
postquam lex Naturae et Scripturae condemnant eum iniuste ad 
mortem, et hoc quod lex gratiae est major aliis legibus ». 

Videamus ergo si secundum legem Gratiae débet mori an non. 
Assignentur iudices et scribae, videlicet quattuor Evangelistae, 
Johannes, Mathaeus, Marcus et Lucas. Consiliarii sunt undecim 
apostoli. Et assignantur advocati. scilicet Humilitas et ex parte 
generis humani Nécessitas. Omnes congregati sunt, una voce 
simul concordantes quod vere débet mori propter salutem generis 
humani. omnibus loquentibus cuni Christo his vocal)ulis : 
« Domine, para quae sunt paranda, nam haec appellatio Mariae 
nullum débet habere locum quod melius est quod unus moriatur 
pro populo et ne tanta gens pereat. » Voces autem illae et de 



i. Psal., m, 3. 

2. Sap. 2. 4. Vulg. Morte turpissima condemuemus eum La citation exacte est don- 
née dans le Jugement de Jésus, p. $6, v. 1191. 

3. Isa., LUI, 2, non est species ei neque décor. ; ibid., 12, cum sceleratis deputatus est. » 
— Le Jugement de Jésus cite la prophétie d'après la citation de Luc, XXII, 3;, cum 
iniquis deputatus est ». et la met dans la bouche de Zacharie, p. 47. v - l'-^C- 

4. Ip. Nam. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM 

consensu iudicum, consiliariorum et advocatorum ' . [Taies enim 
proditores non servant domino fidelitatem], Auditis verbis coepit 
[esus constristari dicens : « Ecce morior cum niliil horum fece- 
rini. » 
Sequitur. In passione circa declarationem videnda sunt plura ' : 

Primo : Per invidiam fuit una prava congregatio contra Iesum. 
Secundo : Per avaritiam mit liberatus Judaeis per unuin de 
societate sua. 

Tertio : Fuit captus per perversas et iniquas gentes. 
Quarto : Fuit aecusatus falsiter et maledictus. 
Quinto : Falsissime 3 ad mortem liberatus. 
Sexto : In cruce erubescente fuit conclavatus. 

Dico primo per invidiam Judaeorum * fuit etc. ubi uotandum est 
quod propter duo simpliciler Ghristo invidebant. Primo quod 
opéra virtuosa faciebat. Secundo quod populus eum honorabat. 
Gontingil multotiens quod illi qui niala faciunt invident illis qui 
bona faciunt. et ideo Judei, nolentes bona facere, invidebant Christo 
bona facienti et opéra virtuosa, quia talibus operibus trahebat 
populum ad se. et doctrina ejus convertebat ad Deum. Punitio 



i. Il est très probable qu'il faut ajouter ici la phrase Taies enim proditores non ser- 
vant domino fidelitatem qui aura été déplacée par l'imprimeur. Cette interversion 
coïncide d'ailleurs avec une lacune probable du sermon imprimé, car en cet endroit 
le Jugement de Jésus contient, |> 534, v. i385 à l'in.s. deux plaidoyers de Sècessité et 
d'Humilité avec citations qui manquent dans le texte latin. 

■a. Ici commence La seconde partie du sermon, ou la Passion proprement dite qui a 
été imitée librement de la Passion composée en i'5y.s pour Isabeau de Bavière. Il serait 
fastidieux de prouver en détail que les trois quarts 'les citations, légendes, anec- 
dotes, etc., qui vont suivre ont été pris directement par le sen maire dans le texte 

de t3g8. Je me suis borné à indiquer pour quelques faits seulement où l'auteur du 
texte de 1398 avait lui-même puise son érudition. 

La seconde partie du sermon a été elle-même imitée dans le Jugement </<• Jésus 
rouergat ci dans la Moralité française : Secundum legem débet mori, mais les emprunts 
s,, n t ici beaucoup plus restreints. L'auteur rouergat n'a plus copie que les quatre 
requêtes de Notre-Dame, p. 5j-6o, v. 1 in., à 1530, sans toucher à la Passion qui ne ren- 
trait pas .Imiis le cadre de sa pièi e Jean d' UOundance a imité cette Passion, mus très 
librement 

3. lp : falcissime. 

[, Voilà l'abstraction dont Jean d'Abundance a fait s,,n personnage à'Snvie judaic- 
que. Plus loin de l'expression « perversas el iniquas pentes », il 1 tiré son Gentil Tru- 
cidateur. 



► 76 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

malorum est videre bonos. Dicebant ergo : « Opprimamus eum, 
quia contrarius est operibus nostris. — (Hodie niulti sunt taies). Si 
diniittimus eum, sic omnes in eum crederent, quod videntes mira- 
cula cœcorum, leprosorum, elaudorum et mortuorum, unde Johan- 
nes iij. « Nemo potest facere haec signa quae tu facis, etc. » Sed 
inter alia miracula invidebant cœci illuminationem et Lazari sus- 
citationem. et hoc fuit maximum miraculum et evidentissimum, 
taliter quod non poterat calumniari, eum plures fuerunt in illo 
miraculo : sane quattuor diebus fuerat in tumulo. Erat autem no- 
bilis génère et bene notus in Hierusalem. ideo multi venerunt ad 
ejus obitum in Bethania. et, eum vidissent tam grande miraculum, 
turbati sunt valde et commoti ; et sic patet quomodo invidebant 
ei propter bona opéra virtuosa. Inviderant duplici invidia, primo 
ex propria invidia quae est displicentia de bono alterius ; et hoc 
modo invidebant Ghristo in corde eorum, quod populus eum valde 
diligebat propter opéra, et reverentiam portabat, unde invide- 
bant. Secundo alia invidia invidebant, scilicet cupiditate, quia 
valde cupiebant eum tenere, et ideo jusserunt ut. ubicumque posset 
inveniri, duceretur in Hierusalem. et haec est invidia deceptoria. 
Unde Magister sententiarum '. libro III. dist. I « Perte, invidia, 
tilius Dei et Mariae nunc quaeritur et condemnatur ad mortem », 
quae invidia maledicta semper regnavit et adhuc régnât fortius. 
Crescebat ejus fama inultum propter miraculum ejus ; ideo com- 
moti. fecerunt consilium ut morti traderent, nam, postquam sus- 
citaverat Lazarum, Judaei assistentes abierunt Hierusalem. et nar- 
raverunt principibus sacerdotum. qui, audito statim ac subito. 
sabbato ante Doininicam de passione tenuerunt primum consi- 
lium. Secundum consilium octo dies post, scilicet sabbato ante 
Ramos. Tertium consilium fuit feria quarta post sequenti. et sic- 
ter consilium tenuerunt, unde plus peccaverunt quam si ex 
abrupto 2 interfecissent eum. Principes ergo pontifices et Pharisei 
adversus Iesum consilium fecerunt dicentes : « Quid fac-imus ' ? 
Hic homo multa signa facit ; si diniittimus eum, credent omnes in 
eum », Qui simul dixerunt : « Videte quomodo populus eum sequi- 



i. Pierre Lombard. 
•->. ly>. arrapio. 
i. Joann. XI. \-_. 



PASSll I SI il MUNI I l-.i.EM l . , 

tur ! Venient enim Romani et tollent locum nostrum et gentem : .< : 
timentes temporalia perdere, vitam aeternam non cognoverunt el 
utramque perdiderunt. 'l'une anus, nomine Caiphas, pontifex anni 
illius, in hoc anno quid facerent docuit eos et ail : a Nescitis quid 
facitis. Expedit, vobis utunushomo moriatur pro populo et non 
tota gens pereàt l » ubi notandum est quod Caiphas illa verba sic 
intellexerat : Expedil vobis, scilicet expediens ésl vobis ut hic homo 
occidatur et non tota gens pereat, per ejus doctrinam pereat. Unde 
aliqaidicebant:«Demus ci venenum in ciboetpotu, ut cito moria- 
tur. » Alii dicebant : « Quaeramus unum guerrionem, cuidabimus 5 r' 
pecuniamut eum'occidat, et quia expedit ut moriatur: aliter perde- 
înus Locum nostrum et gentem. » Unde Chrysostomus : « Iste Cay- 
phas prophetisavit mortem Christi utilem esse non quum intentio 
ejus esset ([uod morte Christi genus humanum redimeretur, sed 
intendebat quod ipse occideretur ne a populo honoraretur ». Alii 
autem dicebant : « Venite, occidamus eum, ubicumque potuerimus 
invenire, nec curemus. » Unde Johannis X. « Tuleruht lapides ut 
jacerent in Yesum ' ». Jésus autem abscondit se. et eripuit de tem- 
plo, et fecit se invisibilem quod nondum venerat hora ejus. Unde 
Origenes ait quod ex verbo Gàyphae erant concitati ad iram et ab 
illo die cogitaverunt quomodo interficerent eum, quod erant in 
maxima ira contra eum et Lazarum, co quod plures converteban- 
tur ad Christum, propter verba quae dicebat Lazarus de poenis 
inferni quas viderat, et ideo Christum interficere volebant. 

Sciens autem lesus invidiam illoruin non palam ambulabat, sed 
abiit rétro in dësertum juxta civitatem quae dicitur Effren, ibique 
praedixil discipulis suis mortem suam. VA stelil a sabbatoante do- 
minicain de Passione usque ad sabbatum ante Ramos, el circuivil 
islam regionem praedicando, etmiraculafaciendo; uii«l«' initinere, 
in exitude Hierico duos coecos illumina vil. et decem leproscs sana- 
\it. Dederanl pontifices taie consilium et praeceptum illis qui 
veniebant ad diem Cenophegiae quod csi festuni quod Judaei cele- 
brant in memoria expeditionis P]gyptiorum. El taie praeceptum 
erat, quod si quis eum inveniret, apprehenderet eum jugulo ad 
occi[dendum]. Et statuerunl ul si ipiis confiteretur Christum 

i pt 2. Joann. . \ I. \B, 5o. 
3. Joann., \ . >i . 



478 PASSIO SECUNDUM I.EOKM 

esse Deum, extra Synagogam poneretur, et sic- videtur eorum 
invidia. 

Secundo dico quod hic notantur duo. Primo magna avaritia 
Judae et cupiditas, secundo de Iesus facta conditio et maneries. 
De primo sciendum est quod in Sabbato ante Ramos venit Iesus 
in Bethania, ubi fuerat Lazarus suscitatus. et fecerunt ei cœnam 
magnam in domo Symonis leprosi ; non quod tune esset leprosus, 
sed fuerat a Christo curatus. Ministrabat autem Symon, et crede- 
bat quod iret pênes ' [Matrem Domini quae tune in Bethania mora- 
batur. Lazarus et alii discipuli Christi quem Judaei qui vénérant 
5 V-. Hierusalem ut Lazarus suscitatum vidèrent, qui tune erat in coena. 
etnarrabatdepoenis inferni et de statu sanclorum patrumqui erant 

in limbo, sustinebant ] Et. ut ait Augustinus. nunquam postea 

risit. cum supervixerit decem annis post resurrectionein Domini. 
Gum autem esset in coena. ecce inulier. habens alabastrum un- 
guenti preciosi 2 , et efFudit super caput recumbentis unam partem, 
et aliam supra pedes ejus ; extersit capillis suis quia sentiebat 
quod patiebatur aliquando dolorem, ideo fecit ad confortandum. 

Quaeritur quare ungebat Iesum Gliristum.Respondeo quia quat- 
tuor de causis. Prima, quia Ghristus t'essus erat ex itinere, in tan- 



i. Le texte est tronqué et altère depuis [pênes jusqu'à sustinebant]. 

Inutile de proposer des corrections arbitraires, puisque le sens général du passage 
est clair et que son origine nous est connue. Comparer en effet la Passion de i'3y8, B. 
de l'Arsenal. 2,o38 et B. Nat. n. a. fr. lo,o5g fol i^fi r°. « Et dit sainct Augustin que le 
ladre, frère de la Magdeleine et Marthe, fut a ce souper l'un des seans et mengeans à 
la table avec Jliesu Crist, lequel parla en celly soupper des paiues qu'il avoit vehues 
en enfer et en purgatoire et de Testât des sains pères qui estoient ou limbes. . Pour 
lesquelles peines vues et aperçues ledit Lazarus n'ot oneques puis qu'il l'ut resuscité 
que tristesse au cuer et tant que, comme dit saint Augustin, L'orreur de la mort 
estoit si emprainte en la mémoire dudit ladre de la souvenance des paines qu'il avoit 
vehues es lieux dessus dits que, en ix ans qu'il vesquit puis qu il fut ressuscité de 
mort en vie. oneques ne monstra signe de joye. ne de liesse. » 

Nous remarquons ici la fusion ou la contamination de deux légendes différentes. 
r La survie de Lasare qui ne rit plus jamais depuis son retour de l'enfer, remonte a 
a saint Epiphane. advefsiis Haereses, lib. IL éd. l'étau, t. I, p. 652. 2° Dans le sermon 
apocryphe de saint Augustin (Patr. Migne, t Si), p. ii)2i), que nous avons si souvent 
cité, Lazare rappelle simplement les peines d'enfer. 

Noun remarquerons encore que tout cet épisode ou ce récit de Lazare manque 
dans la Passion, « selon la sentence du philosophe Aristote » et n'est que dans la 
Passion de iîgS. 

2 Ip : unguentum preciosum. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM 

tum forte ut aestimabat quod comedere non poterat, quando \ idens 
Magdalena unxit eum. Secunda causa est quod terra erat calida et 
sicca, el Ldeo talibus unguentis utebantur pauperes hommes, et 
Ghristus erat pauper, et Magdalena dives. Tertia causa, con aetudo 
Judaeorum eral ungere capul et lavare pedes hominis solennis de 
longe venientis ;Christus igitur sicut rex et sacerdos debebal ungi. 
Quarta causa erat ut adversus discumbentes excusaretur qui nove- 
rant eampeccatricem.Videns autem Judas quod ex odore unguenti 
doiiiiis repleta esset, turbatus est quod taie unguentum non perve- 
nisset ad manus ejus ut ipsum venderet, sicul solitus erat, et, ut 
fur, decimam partem reciperet. Cogitavit ex avaritia vendere Ghris- 
tum ut recuperaretur ' . existimans in corde suo valorem. Non potuit 
se continere, sed sub specie charitatis pauperuxn dixit : « Ul quid 
perditio est ! haec poterat eniin hoc unguentum, etc. » O Judas 
proditor, fur et latro ! portabat omnia uxori et liliis quae Ghristo 
dabantur et murmurabat, nain 

A peiori rota semper sunt jurgia mota. 

Quaeritur quare Ghristus fecit Judam procuratorem suum, cum 
ipse sciret ipsum esse latronein. Respondet Augustinus ul daret 
exemplum non revelandi peccata occulta alioruin. Nullus sciebal 
Judam esse latronein nisi ipse Ghristus. Secùnda ratio, ut dard 
occasionem emendandi se. sed videns Christus quod contra IVfag- 
dalenam murmurabat, excusavit eam quattuor niodis. Primo modo 
dixit : « Quid molesti estis huic mulieri? Opus enim bonum ope- 
rata est in me ~. » Nota quod Magdalena bis unxit corpus Domini 
nostri Iesu Ghristi. Et primo in domo Symonis Pharisaei, quando 6 r 
liens accessit ad pedes Domini et lavit ejus pedes ex abundantia 
lacrymarum et capillis suis tergebat, osculabatur, et in hoc confite- 
batur sua m divinitatem,proquo accessit ad eu m. cl dimisit ei tune 
peccata sua. Secundo unxit corpus Christi ante Dominicain Ar 
Hamis. in domo Symonis leprosi (et ibi murmura banl discipuli Ar 
unguento, increpando A^ charitate) el profundens usque ad pedes. 
l)i\it ego Iesus : « Qpus enim bonum operata es/ in me, etc. ». 
videlicet opus confessionis fidei. Per primam unctionem intelli- 



i . 1 1> . recupereretnr. 
9 Vnlth.XXW, 10. 



180 PASSIO SECUNDUM I.EGF.M 

gitur opus pietatis et devotionis. Per secundam intelligitur compa- 
tiendo martyrium computationismeae 1 . Secundo modo excusa vit 
Magdalenam, dicens : « Nam semper pauperes habebitis 2 , etc. 
Quod, Judas, ne murmures contra me, sub specie pauperum, quod 
cito expédies te de me. » Tertio modo excusavil Magdalenam, di- 
cens : «Miltens enini hoc unguentum in corpus meum ad sepelien- 
dium nte fecit \ quasi dicat : « Cum ista mulier voluerit ungere 
corpus meum in sepulcho non poterit, quod non permittam in 
resurrectione mea. sed nunc potest. ideo si nullum bonum mihi 
facitis, sinite aliis facere ». Quarto modo excusavit eam dicens : 
« Ubicumque fuerit predicatum hoc evangelium in loto mundo 
dicétur quod in memoria mei fecit » quasi diceret : Rationabile 
est ut interius factum propositum ebaritatis demonstretur exte- 
rius ut per totum mundum narretur laus suae sanctitatis ». 

Secundo videndum est quomodo per avaritiam, etc. Primo 
notandum est quod tribus diebus non poterat ïudas adimplere 
illud quod proposuerat, scilicet die Dominica, Lunae et Martis. 
Primo non potuit in Dominica in Ramis, quod Ghristus fuit de' 
Betbania in Hierusalem, et ibi fuit a vulgo bonoriiiee receptus 
dicente : « Benedictus qui venit in noniine Domini \ » 

Nota quod Ghristus ivit in templum ut nobis praeberet exemplum 
ita faciendi juxta illud : « Primum quaerite regnum Dei »; et in ve- 
nit ementes et vendentes, et ejecit eos cum ttagello et funiculis 
dicens : « Domus mea. domus orationis' ». Nota quod contra 
maie agentes in ecclesia. et qui vendunt aliquando panem etc. 
Unde ibi praedicavit et magna miracula fecit. et sic Judas non potuit 
6 v°. facere quod proposuerat. Cum autein sero est factum, non invenit 
Christus qui daret ei in Hierusalem [sjciphum aquae, quod inbibi- 
tum erat [a] principibus sacerdotum; venit cum discipulis in Betba- 
nia ad comedendum in domo Marthae, ubi erat mater sua. Die 
Lunae revertitur in Hierusalem, et. cum esset in templo ut pos- 
sent eum in aliquo reprehendere, scribae et Pbarisaei adduxerunt 
ei mulierem in adulterio deprehensam, dicentes : (( Quid de eu 
esset fiendum ». Dicebant enim intra se « Moyses pi-aecepit talem 

i Ip : computationis meae? le martyre de ma pensée, me> pressentiments de mort ? 
2-3. Matth., XXVI. ii. i2, i3. 
4-5. Matth . XXI, 9. i>. 
6. Ip : in. 



PASSIO SECUNDUM LEOEM i8l 

lapidare: Si eam dimitteret, contra praeceptam faceret; si verocon- 
demnaret, contra misericordiam quam praedicat, faciet, el sic eva- 
dere non potest de manibus nostris ». Jésus autem subridens scri- 
bebat digito in terra. Dieunt aliqui quod illud quod scribebat dixit 
cis : m Qui sine peccato est çestrum primus in eam lapidem mit- 
tat ' ». id est projiciat. Abeuntes autem unus post alium cxihantet 
remansit Jésus solus et dixit : « Ubi sunt. qui te nune aecusabant ? 
Quis te condemnavit » ? Et illa ait : a Nemo, Domine '. — Et ego 
tenon condemnabo, ait Christus ; sed vade et noli ampliuspec- 
care' ». Multa alia signa feeit in illa die et iterum famelicus rever- 
sus est in Bethaniam in domo matris suae, et Judas non potuit 
aliquid facere. 

Cuin autem fuit in Bethania, obviavit matri suae '*. quae eum 
exspectabat ad coenam, quam reverenter salutavit : sed respondit 
mater cum lacrymis, dicens : « Qualis potest mihi dari con- 
solatio. fili mi, eum jam eogitem te mori. seiens quod Judaei 
eonvenerunt de die in diem te interficere ? Ideo, fdi mi, digne- 
ris matrem tuam presentia tui consolari. » — Cui Christus reve- 
renter respondit. et confortans eam dixit : « Mater mea. ego, 
tanquam medicus, sum et genus humanum indiget medicina. In 
hoc mundo nunc ergo oportet me esse contra morbum medici- 
nam ». el sic. duni talia verba loquerentur, vocantur ad coenam : 
quod jam serotina erat dies Martis, Iterum bene mane revertit 
Hierusalem. Dum in templum inlravit. tam sacerdotes quam alii 
movérunt >ibi taies quaestiones, credentes ("uni disputatione vin- 
cere. Et primo a principibus sacerdotum et senioribus populi 
quaerentibus « qua potestate ejecerat vendentes et ementes de tem- 
j)lo, et mensas nummularias everterat ». Secundo ab Herodianis, 
quaerentibus utrum liceret dare tributum Caesari an non. Tertio a 
Saduceis quaerentibus de muliere quae habuerat septem viros, cui 
deberet esse uxor in alio saeculo. Quarto a Pharisaeis quaerentibus 
de majori precepto legis. Quibus Ghristus omnibus ex toto impo- " c° 
suit silentium per efficaciam summarum rationum, et sic reversus 
est cum discipulis suis jejunus. Judaeis autem querentibus eum 



i 9 < Joann., Ylll. in. 11. - L'explication du verset écrit par Jésus vient des Pos- 
tules 'li- N. de Lire. 
j roui i <■■ i esl traduit librement il> la Passion de i • 

31 



482 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

cum lapidibus etc. Nota quod quum praedicator praedicat contra 
vitia et extirpât illa. sunt plures cpii insurgunt contra eum, quia 
sunt scabiosi.Et, quod Christus propter multas occupationes tarda- 
verat more solito venire [in] domuin Marthae, mater ejus, Maria 
obviant venit ei, jejuna sicut iîlius. Et quaerit mater a discipulis 
quomodo Christus institerit disputationi per totam diem contra 
principes sacerdotum et seniores populi ; quomodo sicarii volue- 
runt eum capere et cum lapidibus obruere, sed ipse abscondit se 
ab eis, et exivit de templo. Audiens mater Jhesu verba, percussa 
cordi fuit, et, ad pedes Christi tanquam mortua cecidit, nec pote- 
rat quicquam loqui lilio suo. Sed eam dulciter confortans, promi- 
sit ei per totum diem sequcnlem secum manere. Ad cujus verba, 
mater ejus est rcconciliata et surrexit, et pariter venerunt in Be- 
thaniam. ubi erat parata coena in domo Marthae. 

Die Mercurii ait Christus [ad] suam matrem confortans super 
martyrio passionis suae. Et dicit mater filio suo : « Nosti 1 , fili mi, 
quia tu de me carnem tuam sumpsisti, ut redimeres genus huma- 
nuin, nec intendo, fdi mi, impedire illam redemptionem, sed unuiii 
peto. Non me deneges, fili mi. Ecce enim venter qui te portavit, 
pectus qui te lactavit, ecce mater quac te cum diligentia custodivit, 
et multos labores sustinuit propter dulcedinem tui amoris. Propter 
Herodem fugi in Egyptum et in redeundo.... 2 brevitèr per totum 
tcmpus quod fuisti in hoc mundo. Absit, fdi mi, quod in toto va- 
riari permittas quod de me scriptum est : '< Non est qui consoletur 
eam ex omnibus caris ejus 3 . Sic dispensa misterium tuum, fdi mi, 
ut ita facias generis humani redemptionem, et quod tamen ne sus- 
tineas matri tuae dolorosam afflictionem. Quaero igitur ut unum 
istorum quattuor facias, fili mi : « Primum quod sine tua passione 
redimas genus humanum, Secundo, quod si mori te penitus opus 
erat, quod mors sit sine dolore et aftlictione. Tertium, si vis mori 
in tantis doloribus, saltem me mori primo permittas. Quartum, si 



i. Le texte de lu Passion de i ><»S porte Je scay. La Passion « selon la sentence du 
philosophe Aristote Tu sec:, mais malgré cette coïncidence fortuite avec le texte du 
sermon : Xosli, il est facile de voir par d'autres détails, notamment sur l'Assomption, 
que le sermonnaire a suivi le texte de 1*398. 

Comparer le texte de iSgS, imprimé p. 209 de ce livre, et l'imitation libre de ces 
requêtes dans le Jugement de Jésus rouergat, p. .V, V 1483 à i5;o. 

2. Lacune, mot omis. — o. Thren, 1, 1, 17. 



PASSIO SÈCI MM M LEûEM t8 1 

mori prius non permittas, (iul cormeum durum ni lapis, ita ut in 
me Qulla sit cognitio tuae mortis. Rogo te, lili mi. unum istorum 
adimplere, cum -il apud te possibile». — Respondit filins matri suae 
cum omnihonore etreverentia : « Goncedo, mater, quod utrumque 7 \ 
istorum sit possibile milii. Verum, tamen non mihi conveniens 
est aec Scripturae. Bene praedixit Ysayas. A" : « Tanquam ovis ad 
occisionem ductus est et non aperuit os suiiin '. Peccata tanta 
ipse pertulit et dolores nostros sua corpore ipse portavit ». Ideo 
concedere non possum propter ea. nec secundum : Adam peccavit 
cum delectatione ; opus [est] quod moriar cum poena <-t dolore. 
Nec tertium, quod volo servare honorem debitum matri meae : 
oporteret ci collocare spiritum tuum in limbo cum sanctis Patri- 
l>us. et exspectare usgue ad diem Ascensionis antequam intrares 
in regno caelorum. Absit a me ut ista permittam de anima matris 
meae, imo. statim quod anima tua a corpore tuo separabitur, re- 
ducam eam corpori, et cum utroque simul in consortio angelorum 
suscipiam te juxta dexteram meam. nec aliam t i 1 > i petitionem eon- 
cedam quod" mater tantae dilectionis non compateretur filio in 
tantis poenis ; sed confortare. mater, quia dolores quos sustinebis 
in morte mea recompensabuntnr in morte tua, quia tune dolorem 
nec timorem senties, immo gaudium et duleorem. Tune verifica- 
bitur de te illud ApocaIj-{>sis xxu : Jam non erit amplius neque 
luetus. neque clamor, sed née ullus dolor 3 ». 

Multa et alia loquebuntur mater et filius illa die. sicut consuetus 
fuerat '. Non venerat tempestive de mane in templum. Credide- 
rnnt principes sacerdotum quod vellet fugere ad alias regiones : 
immo fecerunt consilium ([uomodo Jesum interficerent. Dicebant 
autem « non in die festo » ne forte tumultum etc. Magna coecitas 
Judaeorum! tiinebant tumultum populi, nec timebanl displicentiam 

i. Renvoi <i citations inexacts. Cf. Isa. LUI, i Verè languores nostros ipse tulit et 
dolores nostros ipse portavit. — <>... Posuil Dominus in eo iniquitatem omnium 
nostrum. — 7. Oblatus est quia ipse \'o!uit el mm aperuil os suum; sicul ovis .ut 
occisionem ducetur. 

2. Ip. : quam si 

i. Renvoi ri citation inexacts. Voir Apoc, \\l. j. 

;. Nous avons dit que ce débat riait tiré de la Passion de 1398, Dans la Passion de 
Barclette, !<• débat analogue entre le Christ cl la Vierge est tire directement des 
Meditationes Vitae Christi, el le «'.lu-i^i <-i -.1 mère argumentent eu citant .Vriatote ri 
le Digeste, p. a58, m>ic i de ce In re. 



484 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

Dei, et nihilominus furore repleti, consilium mutaverunt ut eum non 
in festo occiderent. et per consequens gravius peccaverunt. Unde 
Léo papa : « Dicebant non in die festo. non ut populus non pecca- 
re[t], sed ne Ghristus evaderet quod diligebatur a populo ». Sicut 
circunstantiae aggravant peccata, scilicet tempus. locus,numerus, 
status, persona et aetas, festa vero sunt instituta ut Deum laude- 
mus et coniiteamur. ut ecclesias frequentemus : sed opus est hodie 
quod majora peeeata diebus festivis permittuntur quam aliis die- 
bus. Et taies sunt pejores Judaeis qui dicebant « non in die festo : 
y r°. Yidens autem Judas quod Jésus non ibat Hierusalem, aestimans 
forte tempus oportunum, timens ne diutius expectaret et non pos- 
set propositum adimplere, Hierusalem [ivit] et invenit principes 
sacerdotum in atrium pontifias qui dicebatur Caypbas. et intravit 
ad eos sine verecundia. et dixit : « Scio quid dicitis. Quid vultis 
mihidare, et ego eum vobis tradam etc. ». O nequissime mercator, 
Juda, tu pervertis communem modum mercandi, tu nimis bonum 
forum facis. De te enim bonitas non potest ymaginari, imo est 
infinis '. Tu ponis pretium in voluntate cmentium. tu facis ad mo- 
dum latronum qui desiderant se expedire de furto. et datur pro 
nibilo, tu promittis id quod non est in potestate tua. nisi vellet 
ipse. O verbum totius nequitiae. qui tradis dominum Deum tuum 
qui dédit tibi potestatem suscitandi mortuos et miracula faciendi, 
et suum apostolum fecit et ipsum tradis ! Audientes Judaei consti- 
luerunt ei triginta argenteos. et spopondit, scilicet promisit, et 
postquam fecit, quaerebat oportunitatem ut eum traderet. Et baec 
venditio fuit facta die Mercurii, et multi in tali die abstinent ab 
escis carnium in memoriam venditionis Chrisli. — Exemplum de 
transeunte per queindam [homijnem qui tota vita sua abstinuerat 
se a carnibus in die Mercurii in memoriam venditionis Cbristi. 
Ibidem fuit interfectus a latronibus. ipso involuto in diversis 
peccatis, et abscisso capite, cap ut ibat per nemus, clamando con- 
fessionem, et ex divina providentia advenit sacerdos qui transibat 
iter suum. et peccata omnia confessus est, cui dictum est quod 
Deus talibus non permittit ut sine contessione moriantur etc. 
Secundo, scilicet in die Jovis, de mane discipuli ad Christum 

i. Infinis pour infinita : ou plutôt la bonté est infinie, tu laisses aux acheteurs le 
soin de l'aire le prix. 



PASSI0 secundum legem 185 

dixerunt : « Ubivis paremus tibi comedere Pascha? ». et ait Chris- 
tas secretariis suis l , scilicet Petro. Jacobo et Iobanni : « Ibitis ad 
civitatem, scilicet Ilierusalem.et statim habebitis hominem obviam, 
portantem vas aquae plénum. Sequemini eum et. intrantes <lomum, 
domino illins hospicii dicetis : « Magister dicit quod ostendatis 
nobis loeum secretum, quod in domo vestra vult manducare pas- 
cbalem agnum cum discipulis suis, et ipse vobis ostendet coenacu- 
lum grande stratum, et ibi parate coenam ». Et ecce tune ad vespe- 
ram Jésus venit Hierusalem de Bethania cum discipulis suis, et 
intraverunt domum secrète et sederunt ad mensam. In principio 
coenae dixit Jésus : « desiderio desideravi hoc pascha manducare 8 v*. 
vobiscum i antequam patiar ». Comesto agno, antequam cibaria 
deponerent, surrexit a çoena et lavit pedes discipulorum suorum 
in signum puritatis et innocentiae, quibus lotis, iterum recubuil el 
consecravit corpus suum de pane et sanguinem suum de vino, el 
eonvocavit discipulos suos. et Judam. et illis convocatis dixit : 
« Dico vobis, unus vestrum hodie me traditurus est ». Non nomi- 
nando. ut daret nobis exemplum non revelandi peccata aliéna. 
Tune coeperunt singuli dicere et se excusare. Yalde turbati sunt 
dicentes : « Num quid ego* sum, Domine » ? Petrus erat juxta 
Dominum et quaesivit quis esset ille et dixit Iohanni : «Quaeratis. 
scilicet quis ^st ille », et Johannes dixit : « Domine, quis est qui te 
tradet ? » — Cui Christus dixit : « Cui intinctum panem porrexero\ 
me tradet ». Timuit Johannes ne Christus sibi traderet. Igitur recu- 
buit supra pectus Domini, et Christus tradidit Judae. et continuo 
exivit de mensa. et dixit ei Jésus : « Quod facis fac citius » 
Putabant apostoli quod loqueretur de aliquo i'eivulo ponendo 
supra mensam et tune dyabolus habuit majorem potestateui in 
.luda quam ante. Et ipse abiit ad principes sacerdotum ut clam 
baberent eum ad capiendum. Tune dixit Jésus discipulis -ni-- : 
m Xunc clarificatus est filius hominis * . Xunc est societas magis 
clara et munda ». Ratio est: Quod Judas erat totu-> tenebrosus il 
obscurabat contra societatem Christi. et non expectavit gratias, ne- 



i i Se trois pnnci|)aux secrétaire? >■ disait déjà la Passion de [398 copiée 

Passion qui est réimprimée ici. 
•j. Lie, XXII. 15 
i Marc. XIV. it, 

6 Citations tronquées de .Jo.v>>.. XIII. 26. 2;. Si. 



486 PASSIO SECDNDUM I.EGEM 

que sermonem quem fecit Deus. Xotadeillis quinoluntaudireser- 
mones. etc., quin etiam non reddunt gratias de bonis a Deo sibi 
collatis. sed reeedunt ut porci ad lutum. 

Gum igitur recessisset Judas, coepit Jésus dulciter loqui dis- 
cipulis. dicens : « Filii mei. adhuc vobis cum modicum sum, 
sed recedam in brevi a vobis, et quo ego vado non potestis 
venire, nec me modo sequi. Sequemini autem postea. » Intellige- 
bat autem Jésus de munere passionis. Et Petrus respondit : « Do- 
mine, quare non possum te modo sequi? ecce animam et vitam 
pro te pono. » — Et quod Petrus multum audaciter loquebatur. 
nec sciebat illa quae ventura erant. dixit ei Jésus : « Amen dico 
tibi antequam gallus cantet. ter me negabis ». Dixit ei Petims : 
« Domine, si oportuerit me mori tecum, non te negabo » : et non 
9 i". mentiebatur tune Petrus. quod habebat propositum faciendi. Nota 
quomodo aliquis non débet esse praesumptuosus. Quidam praesu- 
munt non facere peccatum Tel fecisse, cum omnes sumus pecca- 
tores. Si enim facis unum peccatum. potes aliud facere. Petrus 
vero non fuit semper constans. Et videtur Jésus Christus in spiri- 
tuali vitupérasse, nam dixit discipulis suis : «Amen dico vobis quod 
vos scandalum patiemini in me in hac nocte. Scriptum est vero 
« Percutiam pastorem et dispei-gentur oves gregis », et quod Petrus 
erat audacior in amore Christi. quamvis postmodum inconstans, 
dixit Cbristo : « Etsi omnes scandalizati fuerint in te. paratus sum 
et in carcerem et mortem ire ». Tune dixit Jésus Petro : « Symon, 
ecce Satban expetivit vos ut cribaret, id est ventilaret ut tritricum, 
quod (1 ici t : Non conlidas tantum de te : quod dyabolus temptabit 
te et alios, et faciet vos exire a fide, sicut tritricum de cribo excu- 
titur, et veraciter illa societas apostolorum fuit taliter excussa a 
dyabolo quod fere exierunt fide nec unquam reversi fuissent, nisi 
Cbristus orasset pro eis, et oravit ad exemplum nostrum quomodo 
debemus orare pro christianis ut ipsi vivant in fide catbolica et 
mali convertantur ad fidem. Unde dicit Petro : « Rogavi pro te, ut 
non deticiat fides tua, et tu aliquando conversus confirma fratres 
tuos...' )j — Respondit s ei Jésus : « Et ego dico tibi antequam gallus 



i. Toute cette page est encore remplie de citations tronquées de Joann.. XIII : Lie. 
XXII: Marc, XIV: Mattii., XXVI, inutiles a relever en détail. 
2. La réplique de Pierre facile a suppléer manque dans l'imprimé. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM i87 

cantet bis, ter me negabis ». — Gum praedixisset Jésus Petro quod 
eum negaturus erat, iteimm aggreditur collegium ' apostolorum, et 
dixit eis: « Quum fui vobiscum corporaliter, et inisi vos sine pera, 
id est. sine onere portationis, et sacculo et baculo, nunquam ali- 
quid démit vobis? » — Dixerunt : « Non ». — : « Et tune si itote 
quod superveniet perseentio : quia qui habet tunicam vendat eam 
et emat gladium ». Sed qualiter Ghristus dixerat eis quod haberent 
gladium, cum prohibuerat eis ne afferrent? Ratio est secundum 
Crisostomum ad inveniendum quod cohors sacerdotum et clien- 
tum armatorum debebant venire supra se ad capiendum eum, 
quod qui vellet se defendere haberet homines armatos ad resisten- 
dum. Responderunt discipuli : « Domine, ecce duo gladii. » — 
Quaeritur hic ubi acceperunt discipuli. Respondetur, secundum 
Chrysostomum, quod Petrus audierat quod Iudaei machinabantur 
malum adversus Jesum. Secundum Hieronymum erant cultelli 
cum quibus Petrus diviserat agnum paschalem*. Initis lus verbis, 9 v 
surrexit de mensa et oravit pro collegio suo et, eis omnibus bona 
facientibus, île ijuo dicitur.... ' et « hymno dicto, exierunt in mon- 
tent 4 » OHvarum, et hoc de secundo puncto principali. 

De tertio autem quomodo fuit captus, etc. Sciendum est quod 
post [quarn essetj egressus Jésus trans torrentem Cedron, Judas, 
qui non erat in societate Christi, sed abierat ad principes sacerdo- 
tum, locum sciebat ubi Christus venerat cum dlscipulis suis. etc. 
Quare Christus voluit intrare campumet ibi capi? Triplex csi patio. 
Prima quod voluit satisfacere peccato priorum parentum qui in 
Paradiso terrestri peccaverant. Secunda ratio ad ostendendum 
quod nos non possumus vènire ad delitias paradisi, nisi transea- 
mus per torrentem praesentis \ilat>. Tertia ratio al nos docerel 
quia, sicut in [h]orto fuit captus, sic et nos in [h]ortis delitiarum 
hujus mundi sumus fere capti. 

Cum autem ad [hjorluiu convenisset cum discipulis suis, as- 
sumpto Jacobo, Petro et Johanne, alios dimisil per spacium modi- 
cum rétro, etaitillis : « Sedete hic, donec vadam illic et orem . l-.t 



t. [p. comitatem. — pour le comité??? 

■j. Cette explication bizarre des deux glaives vient des Postilles de Ji de Lire. 

3. Lacune de l'imprimé 

; Matth., WVI. 3o. 



488 PASSIO SECUNDUM LKGEM 

avulsus est ab eis quasi jactu lapidis 1 . ad ostendendum quod 
debemus orare secrète. Modus orandi fuit talis. Primo flexit 
genua. secundo faciem suam inclinavit ad ostendendum humilita- 
tem volentibus orare. Quid autem sic oravit ? Respondendum. 
quod [ad] Patrem dicens, « Si possibile est. transeat a me calix 
iste ». id est. tormentum istud, in quantum homo orabat, timens 
mortem. Videtur quod isto modo dicendo c Pater, si possibile est, 
transeat a me calix iste », quod Ghristus habuerit voluntatem con- 
trariam voluntati Patris sui. Sciendum est quod. quantum ad 
naturam humanam, oratio Christi fuit quod omnes sensus Cbristi 
exteriores passi sunt. Xum baec oratio « Pater mi » non sufliciebat 
ad redemptionem ? Ideo respondit [Pater] « Non sufïicit, fili mi, 
quia, sicut Adam in suo peccato dclectationem accepit, opus te 
sustinere poenam pro eo ».— Unde Filius respondit: « Pater, vnln 
pâli fa ni cm 3 sitim, laborcm. paupcrtatem, scd rccuso mortem. » — 
Pater respondit : « Fili mi, tu scis quod Adam per peccatum suuni 
condemnatus est in fine ad mortem cum tota ejus posteritate. Si 
ergo vis redimere genus humanum. oportet te mori ut vitam aeter- 
nam liominibus acquiras. » — Tune Filius respondit : « Ex quo 
vis ut moriar, numquid sufficit ut moriar morte naturali ? 2 » — 
Pater respondit : « Quod [si] absque morbo corpus deponas. et ite- 
10 r°. rum résumas, et te viventem ostendas, non credetur tibi de resur- 
reetione. quomodo de tua morte victoriam habueris. nisi passus 
fueris illam. » — Filius respondet Patri : «Ex quo vis, fiât voluntas 

tua.» — Respondet Pater : « [Non resurges 3 ] in bac aetate qua 

ut delectatio major appareat, » — Filius autem dicebat Patri : 
(( Pater, si vis. non patiar in Hierusalem. in eonspeetu tanti 
populi, sed in Nazareth, ubi fui eoneeptus. vel in Bethléem, ubi 
fui natus, vel in Ebron. ubi fuit Adam sepultus. » — Respondit 
Pater : « Fili mi, inimo patieris in Hierusalem. et extra civitatem 
in loco qui dicitur Calvariae. quod virtus istius passionis est ad 
totum mundum diffu[n]denda. Ideo debes mori in medio mundi 
juxta illud : « Operatus est salutem in medio terrae *. » — Filius 

i. Luc, XXII, 41. 

2. Dans Barelette, ce dialogue est remplace par un autre dialogue entre le Christ et 
l'ange venu pour le conforter. 

3 Ip : rezutes quum ou quoniam. passage tronqué et altère qu'il mest impossible de 
restituer d'une manière satisfaisante. — 4- Psax. LXXIII. 12 



PASSIO SECUNDUM I.EGF.M 489 

respondit Patri : « Fiat voluntas tua, sed rogo ut habeam milites 
compatientes mihi, scilicet discipulos meos assistentes et consen- 
tientes. » — Tune Pater : « Fili, quod passio tua debel esse in 
remedium multorum, ideo ab omnibus hominibus patieris, vide- 
licet asacerdotibus. a principibus Judaeis, a masculis, ;i foeminis, 
ab amicis, ab inimicis, a Juda traditore : a Petro negaberis, et ab 
omnibus discipulis tuis relinqueris, scd solum a duobus latronibus 
associaberis, et in medio collocaberis tanquam particeps in eodem 
crimine de malefîciis, et taliter relinqueris quod non habebis qui 
dol tibi unam guttam aquae, ut impleantur Scripturae : « Ego surit 
permis, et non homo 1 , opprobrium, etc. Et similiter relinquent 
me amici mei el qui me noverunt recesserunt a me ». — « Pater 
mi. ex quo omnes me relinquent, relinquel nu- mater mea ? » — 
« Nequaquam, scd fortiter mori tecum eril voluntaria et parata ». 
— Ait Christus Patri : « Rogo te, Pater, ipsam non esse praesen- 
tem, sullicit pro redemptione gene'ris huinani passio mea. » — 
Pater loquitur lllio : « Fili mi. convenit ut mater tua non sit 
absens a tuî passione et morte propter sex rationes. Prima, quod 
si sibi narretur passio tua. morietur prae dolore. Secunda ratio 
est ut de parente disponas et eam alicui recommendes. Tertia ratio 
est ut tua passio corporaliter visa cordi suo perpetuo maneat fixa. 
Quarta ratio ut illi qui praesentes non erunt possint ab ea infor- 
mari citius de tua passione. Quinta quod de sua tua earo est. Ideo 
non convenit unam sine alia pati. Sexta ratio est in augmentum 
tuae passionis. quae dicitur omnium maxima. » — Loquitur Filius 10 v 
|iostca : « Pater mi. fiât voluntas tua. non mea. n 

Hum Christus orassel revei iu< esl ad discipulos. et invenil 
co>. dormientes quod oculi eorum gravati, el dixit Petro : 
« Symon. dormis ? » Quaeritur quare citius redarguil Petrum 
quam alios. Ratio est quod ipse futurum pastorem pronunciabal 
el quod deberet vigilare pastor super gregem suum. I une hortatus 
ipsos. dicens : « Vigilate et orate \ etc. » El • quitui piri- 

tns quidem promptas est. etc » Secundo ivit ad orandum, el 
facta oratione. rediit ad ipsos. et invenit eos dormientes Sed nihil 
dixit eis. Tertio reversus ad orationem, factus est in agonia pro- 

2. 3 Marc. XIV. 3; 



4D0 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

lixius orans'. et factus est sanguinis sudor ut aquae. Et tune. 
secundum Lucam \ Angélus de caelo apparaît confortans eum. 
quamvis non indigeret, sed ad demonstrandum quod persona in 
oratione stantem angélus visitât. Ouaeritur quare ter oravit. Ad 
ostendenduxn quod debemus orare pro peccatis praeteritis. praesen- 
tibus et futuris. ut habeamus contra ea cautelaui. Postea venit ad 
discipulos et dixit illis : « Dormite jam et requiescite ', Ecce appro- 
pinquat qui me tradet ». — Adhuc eo loquente. ecee Judas Isca- 
rioth, et eum eo clientes, et Herodiani. etc. Xota quod Judas 
adduxit seeum clientes brachii saecularis et ecclesiae, ne Christus 
posset evadere. Timebat enim Judas quod si solum unam justitiam 
cepisset, alia Christum juvaret. Ideo. ne posset evadere, utramque 
justitiam adduxit. Dederat autem signum dicens : « Quemcumque 
osculatus fuero\ etc. » — Jésus autem, sciens omnia quae Ven- 
tura erant super eum. processif et dixit eis « Que m quaeritis » ? 

— « Jesum Nazarenum. » — Et, audito hoc nomme, occiderunt re- 
trorsum. Dixit Jésus : « Ego sum. » — Iterum ergo eos interrogea vit. 
« Quem quaeritis » ? — « Jesum Nazareram, etc. » — « Dixi vobis 
quod ego sum. Si ergo me quaeritis, sinite hos abire ». — Et tune 
Judas salutavit eum. dicens : « Ave liabi ». et osculatus est eum. 

— : a Amice. ad quid venisti r ? » — Dicunt aliqui quod ratio quare 
Judas dédit signum eis fuit ne caperetur Jacobus minor. quia 
similis erat Christo. Et dicit Jésus : « Judas, osculo filium hominis, 

11 r°. tradis 7 .» — Tune acceperunt et manus injecerunt in Jesum. Petrus 
autem hoc videns, exivit gladium et amputavit auriculam servi 
pontifuis eujus nomen Malchus. Xota quod Petrus percussit, id est 
Papa, episcopus el caeteri prelati ecclesiae habent jurisdictionem 
quantum ad hoc quod percutiunt Malchum, id est. rebelles, inobe- 
dientes. incorrigibiles, et séparant quod data est eis potestas sepa- 
rare eos ab ecclesia, quod ipsi non parant audire divinum servi- 
tium. quod pertinet ad aurem dextram. scilicet. animae. quod 
homo prius ' quo[ad] ad fructum et sutl'ragia generalia separatur, 



i. 2 Luc, XXII, 43- 44. 
3-4. Matth.. XXVI, \o. $8. 

5. JOANN.j WIII. 4. 

ii- : . Lcc, XXII. 48. 

s. Texte très obscur, probablement altère. L'imprimé donne : parant quod data, et 
plus bas : prior. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM i''l 

sive in vita. sive post mortem. XI Q. iij. « Certum excommuni- 
catio dicitur extra communionem Ecclesiae separatio ». XI. q. îii. 
« Nihil excommunicatio ad salutem et correctionera ordinatur 1 » 
XX iiij q. iii. — Notandum est, lune Jésus dixil Petro. « Mitte gla- 
(lium luum in Iocum suum, omnis eniin qui accipit gladium gladio 
peribit » : hoc est intelligendum injuste capiendo : et sanavit auri- 
culara Malchi.et tlixit Jésus « tanquam ad latronem 1 , etc. Tune 
discipuli, relicto eo, et cetera. Heu ! non dimiserant eum in coena, 
in prosperitate, sed in necessitate : erant enim amici in mensa, et 
sic liiles extincta est in eis. quare hodie in officio omnes cahdelae 
exstinguuntur praeter unani ad ostendendum quod sola fides 
remansit in Virgine Maria '. — 

Postquam auteiu fuit cap tus, primo duxerunt ad Annam qui lue- 
rat pontifes in annopraecedenti,unde ex cupiditàte ollicium ponti- 
ficis annuatim vendebant et emebant. Videns autem Iohannes 
quod Christus ducebatur ad domumÀnnae, ipse cum Petro seque- 
bantur eum a longe, ut vidèrent finem. Ideo cum Iohannes essel 
notus pontifici, intravit domum. Et quomodo erat Iohannes notus, 
cum ita pauper esset? Respondetur quod pater Iohannis erat pis- 
cator, ut ait Grisostomus. Et cum Iohannes esset puer, pater ejus 
mittebat pisces per lohannem '. Ideo ancilla, quum vidit [ohan- 
nem. dixit : « Vis intrare?» — Qui dixit: « Ita : sed rogo ul di'mit- 
tas intrare socium meum. scilicet Petrum ». — Quem videns. ancilla 
dixit : « Numquid ex discipulis es hominis istius?» — Ipse tiinuit 
ne caperetur, dicens : « Non sum. » — Grisostomus : « () Petre, 
numquid dixisti « Et si oportuerit me mori tecum, etc. » — Si vir 
interrogasset te, lune debuisses aUquo modo excusari, sed quod 
una ancilla, non es ex cusatus. O qualispugil lu esser,cum ad inter- 
rogationem unius mulieris tu miserrime negas magistrum luum»! 

Sed \idcte quomodo, saepe ab utroque patiebatur s Iterum llv 

[)itst modicum vidit Petrum quaedam alia ancilla, et dixit astanti- 



i. Citations tirées d'un recueil de droil canonique ou <1«' Déi rétales que je n'ai pu 
i denl Lfier. 

a. Maii h. , XXVI, ."«5. 

'}. Surir rite, voir Di Canoë, i. [V, v Planctus, e( le Ci nous dit, B. Nat, ma Ar. 
[a5 i •>.■* v. 

\. Cette explication vient des Postules de N. de Lire. Cf. p. ■ . i de <<• \\\ >■<•■ 

5. Passage altéré. 



492 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

bus : « Nonne hic cum Ieso Nazareno erat? ». et ille negavit cum 
juramento quod non novit hominem. Et erat juxta ignem calefa- 
ciens se. Et tune Annas interrogaxit Jesum de duobus, sciîicet de 
doctrina et de discipulis suis, primo de doctrina quod non suffe- 
cisset de doctrina Moysi, dicens : « Videtur tibi quod sis sapientior 
Deo et Moyse ; tu praedicas novas leges. Secundo tu facis te capi- 
taneuni gentium; voluisti babere. .XII. apostolos, sicutXII patriar- 
ebas, .LXXII. discipulos, sicut mundus fait divisus in LXXII lin- 
guis. Quare hoc facis dicas mihi ad primant quaestionem ». — Res- 
pondet Christus cum humilitate de doctrina sua : « Ego palam 
locutus suni mundo 1 . Interroga eos qui me, etc. » Et cum dixisset. 
unus ministrorum pontifîcis, (dicunt quidam quod fuit Malchus 
cui Christus aurem sanaverat), dédit alapam Jesu, dicens : « Sir 
respondes pontifici ! »,et projecit euni ad terram. Oui erectus dul- 
citer dixit : « Si maie locutus sum, testimonium perhibe de malo. 
Si autem bene. cur me caedis*? » Videns autem Petrus quod 
Christus sic patiebatur.incepit flere. Tune dixerunt illi : « Et tu de 
illis es? » Tune Petrus non solum negavit, sed anathematisavit, et 
et juravit, dicens : « Ad malam damnationem reniant, si ego 
unquam novi eum ! » Et statim gallus cantavit, et Christus, ver- 
tens se ad Petrum. respexit. quasi dicens : « Petre. tu me negasti. » 
Recordatus est Peti'us verbi Jesu quod dixerat. Et egressus est 
foras, flevit amare. Dicit Magister sententiarum 3 quod intravit in 
quodam monumento. dicens se nunquam exiturum donec Christus 
parceret ei. Ideo sibi reVelavit Angélus in die resurrectionis quod 
Christus sibi remiserat peccatum. Ab illa hora tune portavit sem- 
per sudarium cum quo sibi tergeret oculos quod semper flebat 
quum audiebat gallum cantare \ 

Videns igitur Annas quod nihil contra Christum inveniebat. 
misit eum ad Caypham. Dicit Reda quod posuei'unt cathenam in 
collo ejus et trahebant eum cum impetu magno, et tamen reperi- 
bant eum innocentem. et adduxerunt eum vinctum. et dum esset in 
12 r°. domo Cayphae. ubi erant omnes. Pharisaei. nobiles legis sacer- 
dotes. clamaverunt, simul dicentes : « Quotiens diffamasti nos in 
sermonibus tuis coram populo? O deceptor populi, qui tanta mala 

I, 2. JOANN.j XVIII, 19. 23. 

3. P. Lombard. 

4. Ce trait vient de la Légende dorée. 



PASSIO SECUNDUM LEGEBJ 

fecisti nobis, modo tenemus te. o Et quaerebant ! adversus eum 
falsum testimonium ut eum morti traderent, et non invenerunt. 
Xovissime autem venerunt duo falsi testes dicentes : Hic dixit : 
« Possum destruere templum Del cl lu triduo reaedificare illud 1 .» 
Et bene falsi erant, quia hoc dixeral de templo corporis sui. et 
quod deberet tertia die resurgere. lesus non respondit ut audivit. 
Tune ilixit Gayphas : « Non audis quanta adversus te dicunt testi- 
monia ? ». et non respondit ut admirarentur ! praesentes velie- 
menter. el dixit ei : ce Adjura te per Deum vivum ut dicas ' nobis 
si tu es. etc. » — Et tune propter reverentiam noininis Domini res- 
pondit : « Tu dixisti. Yerum est quod ego Messias suin lilius Dei 
et Salvator mundi. Amodo videbitis filium hominis venientem in 
nnbibus caeli et sedentem* a dextris Dei, seilieet. in extremo judi- 
eio. » — Quo audilo. Gayphas in signum tristitiae scidit vesti- 
menta sua. dicens : « Audistis blasphemiam. Quiet adhuc egemus 
testibus. Quid vains videtur' 3 ? » — p]t dixerunt : « Reus est 
mortis. » — Quem apprehenderunt levitae et sacerdotes, et eum 
super cathedram i'eeerunt sedere, et in facie sua dulcissima expue- 
runt : ita quod vix eum videre quis poterat. Secundo velaverunt 
faciein ejus, percutientes eum et dicentes : « Quis est qui te per- 
cussit ? » Tertio alii trahebant sibi barbam et diéunt quidam quod 
nunquam fecerat radi. Postquam autem sic luit tractatus tota 
nocte. quod erant fatigali magnis doloribus quos ei fecerant, volue- 
runt modicum quiescere in aurora. Idcirco . ligatis manibus. 
rctrorsum posuerunt eum in l'oveam quamdaui ubi foeces coquinae 
descendebant, et ibi fuit us(jue ad primam, et baec tic tertio prin- 
cipale 

Quarto dixi quomodo accusatus falsiter etc. Ubi nota quod mane 
tanquam Iatronem duxerunt eum ad Pylatum et dixerunt Pylato : 
« Ecce ponimus hominem justum in manibus luis tanquam rcuin 
crudelissimae mortis ». Quem apprehenderunt sacerdotes legis et 
levitae. et onines ^eniores populi dicentes : (i Moriatur morte tur- 



i. 1|) : querebantur . 

2. Mai ni., XXVI, tii, io. fi}. 

5. Ip. : adamirarentur. 

i l|> : rrri srdrus. 

5. Ip. : trac tus. 

ii. Ma m h., XX\ 1. 65, 



4i)4 l'ASSIO SECUNDUM LEGEM 

12 v°. pissima homo iste ! » Yidens autem Judas qualiter tractabant. 
retulit triginta argenteos, dicens : « Peccavi tradens sanguinem 
justum ' ». Nota de poenitentia Judae. Non fuit ex eontritione, quod 
fuisset sibi salutifera, sed fuit ex erubescentia et confusione. Qui 
dixerunt : « Quid ad nos *? si tu fecisti fatuitatem. tuam bibe 
illam ». Ille autem. videns se derisum. projecit triginta argenteos 
ante conspectum principum. Abiit et laqueo se suspendit, et in hoc 
plus olïendit Ghristum quam quum eum vendidit. Et tune crepuit 
médius, et diffusa sunt viscera ejus : non enim erat digna anima 
exire per os quod tetigerat Ghristum. O. si Judas restituisset pecu- 
niam maie acquisitam. quomodo usurarius tenet usuram et symo- 
niaeus praebendam? Certe pejores sunt Juda. et quumChristus ad 
inferos descendit. Infernus et Dyabolus eaquae injuste detinebant 
reddiderunt. quod tamen nolunt isti facere. Tune Judae, acci- 
pientes pecuniam, dixerunt : « IVon licet eos mittere in corbonam, 
quod pr.etium sangainis esi\ sed erit in repositorio oblationum ». 
Et de ista pecunia emerunt agrum figuli cujusdam hominis sic 
nominati, ut faceret sepulturam peregrinorum, quod non habe- 
bant sepulehium. Et vocatus ager ille Alchedemac, hoc est ager 
sanguinis. 

Jésus autem stabat ante praesidem ligatus ; videns autem Pylatus 
Ghristum sic ligatum, quod erat signum hominis condemnati 
secundum ritum et usum Romanorum, ait : « Quam accusationem 
affertis adversus hominem hune ? » — Dixerunt : « Si non esset 
malefactor, non tibi tradidissemus eum. Credebat Pylatus quod 
Christus fecisset aliquid contra legem Moysi[s], propter quod debe- 
ret verberari. Ideo dixit : « Accipite eum vos, et secundum legem 
vestram etc. » — Et dixerunt : « Non licet nobis interficere quem- 
quam», scilicet. in die festo, quod in potestate Romanorum erant 
omnes, propter quod non possent aliquem occidere. Intelligens 
autem Pylatus quod Judaei volebant eum occidere quaesivit cau- 
sam suae mortis. At illi dixerunt quod propter tria erat reus mor- 
tis. «Primo quod nos invenimus eum subvertentem legem nostram 
et dicentem se esse filium Dei, propter quod secundum legem nos- 
tram débet mori; secundo quod tributum prohibuit dari Gaesari : 

1,2. Matth., XXVI, 60; XXVIII, 4. 
3. .Matth.. XXVII, 6. 



PASSXO SECUND1 M LEGEM 

tertio qupd dixil se esse regem, et omnis qui dicil se esse regem 
contradicit Gaesari ' ». Deprimo* uoncuravit Pylatus quod sciebat 13 r°. 
quod mentiebantur. De secundo sciebal oppositum. De tertio 
interrogavit eum, dicens ad partem 3 : « Es tu rex Judaeorum? » — 
Dixit Jésus « .4 temetipso dicis '. an scis ab alio? » quasi dicerel 
<( si hoc dicis de te, vindica sententia rebellionem meam : si au. 
tem ab aliis habuisti, fac ordinariam informationem ». — Respon- 
dit Pylatus: « Numquid[ego] Judaeus swn? Gens tuaet pontifices 
fui traddiderunt te mibi: Quidfecisti? ». quasi diceret « videtur 
quod sis in aliquo culpabilis ». — Dixit ei Jésus « Regnum meum 
ii< m est de hoc etc. » Tune Pylatus fecit quaestionem unam : «Ergo 
rex es tu? », sed eam maie intellexit, et Christus respondit : « Tu 
dicis quod rex suin ego : ego enim natus sum in hoc mundo ut tes- 
timonium perhibeam veritati. » — Respondit Pylatus : « Qaid est 
veritas! » et cumhoc dixisset, exivit ad Judaeos et dixit eis : «Ego 
in eo nullam eausani mortis invenio.Est autem corisuetudo in Pas- 
cha vobis dare vinctum ad voluntatem vestram : est unus homi- 
cida in carceribus nostris qui dicitur Barrabas : quem dimittam 
vobis de duobus istis, Barraban an Jesuni qui vocatur Christus ? » 
Glamaverunt omnes contra eum : « Non hune, sed Barraban. » — 
Videns autem Pylatus quod non poterat eum libêrare, petiil al» 
eis : « Quid igitur faciam de Jesu qui dicitur Christus, eum nullam 
causam mortis in eo invenio ? » — Tune inceperunt aggravare 
primam accusationem, dicentes : « Convertit populum a Galilaea 
usque hue ». — Ut autem audivit Pylatus quod Galilaeus esset, 
misit eum ad Herodem, qui erat lune temporis Hierusalem, qui 
multum cupiebal illum videre quod de eo multa audierat, sed in 
praesentia Herodis nihil respondit. nec aliquod signum fecit. 
Videns autem quod nihil faciebat, née loquebatur, reputavit eum 
fatuum, et fecit eum indui veste alba, sicut fatuum, et remisit illum 
ad Pylatum, ei die illa facti sunt amici. Herodes et Pylatus . 
Pylatus autem convocatis principibus sacerdotum, dixit ad 



i Luc . Wlll. a. 

■j. <'.(■> explications viennent >1<> Postules deN. de Lire. Cf. p ■■■■;. note (4 de ce ii^ re. 

>. (. .Iuxnn.. Wlll. }.->. 36, >:■ 38. 

.">. Item. Peut-être faut-il corriger : n /unir. 

G. Luc, XXIII, îa. 



i!'6 PASSIO SECUNDUM I.EGEM 

illos : « Vos obtulistis mihi hominem hune quasi subvfertentem 
legem. Interrogavi eum, sed nullam causam mortis invenio, neque 
Herodes ». — Et volens eum liberare de manibus eorum : « Einen- 
datuin illum dimittam ' ». Tradidit militibus qui propter hoc reci- 
piebant pecuniam, et exeuntes eum ligaverunt ad colonnam, et 
funieulis nodosis usque ad sanguinis effusionem flagellaverunt, 
13 v°. et postea veste purpurea eum circumdederunt, et plectentes coro- 
nam spineam imposuerunt capiti ejus, et in manu baculum arun- 
dineum. pro sceptro derisorie, ante eum flexis genibus veniebant 
dicentes : « Ave rex Judaeorum 2 », et dabant ei alapas, expuentes 
in eum. Cum autem sic verberassent crudehter, Pylatus fecit eum 
adducere foras, et dixit : Ecce homo \ credo quod regem vestrum 
non se praesumet lacère, sicut volebat». — Quaerebat autem Pyla- 
tus eum liberare. Tune omnes clamaverunt cum impetu : « Toile, 
crucifige*». — Dixit eis Pylatus : « Regem vestrum crucijigam ? » 
O natio prava et perversa es, quae non habes compassionem de 
rege tuo ! Unde dixit Augustinus quod coram [sententia] Pylati non 
poterat evelli, quia Ghristus essetrex Judaeorum. Tune dixerunt : 
« Non habemus regem, nisi Caesarem*'. Si hune dimittis, non es 
amicus Caesaris », id est : si tu non condemnes eum ad mortem, 
mandal)imus Caesari ». — Timens autem Pylatus perdere oflicium 
suum, videns quod eum liberare non poterat. feeit apportare 
aquam. et la vit manus suas, dicens : « Innocens ego sum a san- 
guine hujus jasti'' ». — Tune dixerunt : « Sanguis super nos et 
super l'.iios nostros s ». et sedit pro tribunali, et dixit : « Ego Pyla- 
tus. praepositus in Hierusalem. judieo te Jesum Xazarenum quod 
regem te fecisti, iilium Dei te nominasti,seditionem in populo prae- 
dieasti, ideo juxta décréta et principium Romanorum te praeeipio 
cruci affigi et elevari ut moriaris ». — Et data sententia a Pylato, 
bajulans sibi crueem, non dicitur bajulantes, c[uod erux erat XV 
peduni' 1 , recepit, et vexatus non poterat pedem pedi praeponere, 
quod non comederat, nec biberat. sed die ac nocte innumerabilia 
tormenta sustinuerat, quod videns glo[rio]sa Virgo cum lachrymis 



i, a, 3. Lie, XXIII, 16. 

4, 5, 6. Joanx., XIX, 5. [5. 

;,8. Matth., XXVII, j4, 2 5. 

9. Ce chiffre vient du dialogue apocryphe de S. Anselme sur la Passion. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM 

rt gemitibus venit ad eum ut ipsum juvaret, el quidam guartio 
contra pectus gloriosissimae Virginis Mariae i la fortiter percussil 
(|iii)d eam ad terrain projecit, et subito ille, ut dicunl aliqui. non 
amplius visus est ab illa hora : quia vero non cito ibat, fecerunl 
portare crucem usque ad lociun Galvariae, ti multae secutae mu- 
lieres eum sequebantur fientes, quibus Ghristus dixit : n Filiae 
Hierusàlem nolite flere super me. sed super vos ipsas il de '. quod 
(lies veniet, scilieet tempore Vespasiani et Tyti in destruetione 2 
Hierusàlem, et tune dabunt triginta Judaeos pro uno denario ». 

Ouum venerunt ad loeuin Galvariae, spoliaverunt eum nudurnet 14 r« 
extenderunt eum super crucem et affixerunt unani manum ex una 
parte, pro majori dolore ejus fregerunt euspides clavorum el. 
quum Christus fuit extensus supra crucem, in terra crucifigitur. 
Virgo Maria, eum audivit ietus martelli, dixit : « () misera, nunc 
gladius intrat cor meuin de quo prophetavit Symeon, Luc u : 
« Et tuam ipsius animam per Irnnsibit gladius > . et Jesum sic 
denudatum extenderunt super crueem, et clavum in profundo pal- 
mae unius fixerunt. et aliud brachium tantum fortiter traxerunt ut 
os et venae rumperentur et omnia apparerenl ossa juxta illud 
Psalm. (XXI, 18) Dinurneraoerunt omnia ossa etc. Et ita eum 
clavo perfora verunt. Postea cancellati cruribus utrumque pedem 
sub uno clavo perforaverunt, et crucem levaverunt interduos latro- 
nes quasi principis latronum, el cérte congrue est quod pro pecca- 
toribus moritur. \ i»lot<^ latitudinem magnae fiduciae ! nisi vellet 
nos pecipere, [non] tantum extendisset brachia sua: et, quum crux 
fuitelevata, tunebcata Virgo vidit filium suum, el venit ad pedes 
crucis el cecidit in terram, dicens : « O dies doloris, <» (lies tristi- 
tiae ! » et guttae sanguinis filii sui cadebant super caput ejus. et 
Ghristus videns matrem suam, plus dolebat de ea quam de pas- 
sione sua. Et ut mors illius melius apparerel. eum eo crucifîxerunt 
duos latrones, unum ad dexteram et alium ad sinistram. Notan- 
diim quod, quum quis ita confusibiliter moriebatur, erat consue- 
ludo. Judaeorum ut causam mortis suae scriberent ita ut omnibus 



i . Lut . XXIII, a8, ag 

••. Celte ail<liiii)n sur l.i destruction de Jérusalem etc. el loùs les détails <l>- lu cru- 
cifixion • i » ■ i suivent viennent du Dialogue apocryphe de SI Anselme que nou 
cite, p. aSl . 



498 PASSIO SECI7NDUM LEGEM 

transeuntibus legeretur et ideo Pylatus ad se excusandum, et 
Christuni deridendum, ailixit tabulam de oliva, in qua scriptum 
erat: Jésus Nazarenus rex Judaeorum. Ut multi diversarum linqua- 
rum possent intelligere scriptum, erat hebraice, graece et latine, et 
licet Pylatus posuerit istam tabulam in derisionem, et causae 
mortis Christi ostensionem, tamen monstrabat quod maie judica- 
verat euni propter haec quattuor quae scripsit. Prinium, quod 
Jésus idem est quod Salvator. Secundum verbum Nazarenus idem 
est quod floridus. Tertium verbum est rex. Aliquis liberatur 
propter nobilitatem, sed Christus erat nobilissimus etc. Quartum 
verbum est Judaeorum. Nam aliquis [causa] liberatur affînitatis, 
14 v°. sed Christus fuit Judaeus et de génère regali : igitur [liberandus 
esset]. Hune titulum multi legerunt. quod prope civitatem erat 
locus ubi crucifixus est Christus. Videntes autem Pontifices dixe- 
runt Pylato : « Xoli scribere, rex Judaeorum. sed quod ipse dixit 
« Rex sum Judaeorum. » — Respondit Pylatus « Quod scripsi 
scT'ipsi ! ». Milites crucifixerunt eum et aeeeperunt vestimenta sua 
et fecerunt quattuor partes, unam propter militem. et tunica erat 
inconsutilis desuder contexta per totum. Et dicunt aliqui quod 
beata Yirgo Maria ei fecerat, dum erat puer et. cum cresceret. 
crescebat indumentum ad quantitatem corporis. Et de bac veste 
dixerunt. « Non scindamus sed etc.. ut adimplerentur Scripturae 
dicentes : « Partiti sunt vestimenta et super vestem meam mise- 
runt sorteni *».Et nota quodluserunt ad taxillos. Alii praetereun- 
tes, blasphemabant enm. dicentes. « Yak! qui destruis iemplum 
Dei etc. et in triduo etc. Si tu es etc.. » J sed noluit descendere de 
cruce quod sciebat hoc esse ex instinctu dyaboli, quod secundum 
Glossam 4 , erat super brachia crucis ut [arriperet] si esset defectus 
in eo :... Heu ! quomodo debemus timere in morte ! Dyabolus fuit 
in morte Christi qui sine peccato erat. Tertio a laicis dicitur : 
« Alios salvos facit, seipsum autem non potest salvare 5 . Quarto a 
latrone nequissimo pendente in cruce dicitur : « Si tu es Christus, 



1. JOANN.. XIX. 22, 24. 

2. PSALM., XXI, Ml. 

3. Mattii., XXVII, 4o. 

4. Glossa ordinaria, lib. Tobiae, VI, 2(Patr. Migne, (. CXIII. i>. 728). 

5. Mattii., XXVII, 43. 



PASSfO SECONDUM I.EGEM 

salvuiii te, lac et nos ». Hoc autem dicebal de sanitate et salute 
eorporis, sed non aniinac. Alius latro bonus, et cognoscens cul- 
pam suaiu. increpabat alium, dicens : « Neque tu finies Deum 
quod in eadem damnatione es : Nos quidem juste digna factis 
pecîpimus; istc autem nihil maie fecit»,et,conversus adChristum, 
recepil contritionem integram et fidem. O quam durum cor, qui 
non haberet contritionem! Tune dixit latro cum magna fide cl 
contritione : « Domine, mémento mei dam teneris i etc. Et cum 
lletu magno et contritione magna dixit : « Domine, non dico depo- 
nas me nunc in paradiso quod non sum dignus, sed quum ero in 
purgatorio, et ibi sim usque in die judicii, tune mémento mei ». — 
Ad quem Christus : (i Amen dico tibi, Iiodie meciim eris in Para- 
diso - ». Nunc videte quomodo ad modicam petitionem dédit ci 
paradisum. Tune Virgo .Maria ait: « O iili mi, latroni loquimini 15 i-. 
et mihi non, quae sum mater tua ! O fili, die aliquid mihi. et non 
decognosces ; matrem tuam ; moriar ego tecum ». ïunc Christus 
voluit eam consolari et sibi dixit : « Millier, cece filins tuus ' ». 
et postea dixit Johann i : « Ecce mater tua ». id est « Servies ei, 
et honora eam ». Tune audiens Maria : « Hélasse (sic) et qualisest 
consolatio illum habere filium piscatoris pro filio Creatoris ! O Iili 
mi, modo impleta est prophetia Symeonis, ut supra. Tune Christus 
oravit : « Pater, dimitte illis quod nesciunt etc. ». Quod videns 
Virgo Maria, oculis elevatis, vidit filium suum sanguinolentum, et 
pecipiebat guttas sanguinis lilii sui supra caput suum. « O Iili mi, 
tu oras pro persecutoribus tuis, quibus tanta bona fecisti in 
deserto. Aqua de petra [eos] adaquasti ei nunc sanguinem tuum 
effundunl super Patrem et super dolorosam matrem tuam ». 
Tune Christus incepit dicere « Helojy, Helojy, Lamazabatham* 
quod interpretantur etc. vel quasi diceret « Derelictus sum a dis- 
cipulis et parentibus meis ». Deinde, hora quasi nona, clamavil 
voce magna dicens : « Sitio T ». O Domine, quid sitis? Certe sitio* 



1,9. Li i . XXIII, o, \o, \s, p. 
;. Ip : decognosets. 

\- .ln\\\.. \l\. 96. 

5. Lcc, XXIII, 34. 

6. M vi in.. \\\ li. |6. 
7 . JOANN., \ I \ . -jS. 

commentaire de titio vieul de St Bernard ( Vitis mysUca) 



500 PASSIO SECUNDUM LEGEM 

redemptionem hominis et salutem. De siti clamât et de crace tacet. 
Tune acceperunt acetum ysopo iniponentes et posuerunt vinum 
cum felle mixtum ut ma jus fieret venenum, et ut creparet, et acetum 
per totum corpus diffunderetur. Cum gustassetnoluit bibere, unde 
impletum est illud Psalmi lxviii : In siti mea potaverunt me aceto ». 
Gonsuetudo Judaeorum erat ' : quum quis morte crucis puniretur, 
aliquae bonae dominae faciebant sibi poculum de optimo vino ut 
minus sentiret dolorem. Hanc consuetudinem serva verunt Christo, 
sed milites, ut glutones, illud biberunt, et loco illius dederunt 
vinum amarissimum. Tune ait Cliristus : « Consummatum est 2 , sci- 
licet : opus redemptionis Humanae Naturae etc. » — Virgo Maria : 
« O fili mi, nunc consummatae sunt tribulationes meae ! completi 
sunt dolores niei. Nunc vidua suni de fdio nieo. Perdidi consola- 
tionem meam, gaudium nieum et Deuni nieuni ». Et tune Cliristus 
claniavit voce magna : « In manus tuas, Domine*, etc. » et incli- 
nato capite versus eam. recipiens congerium a niatre sua, quasi 
15 \*. diceret : « Mater mea. ad Dominum » et sic emisit spiritum. Vide si 
potest plus facere pro te aut majus. Dilexit te usque ad morteni 
charissimam. Or (sic) cognosce. misera creatura, quantum sibi 
obligaris, et âge sibi gratias de tanto benelicio. Et ait virgo Maria : 
« O misera, o dolorosa, modo suni vidua de fdio meo ! O modo quid 
faciam? volebam portare vélum album, modo portabo nigrum, 
quod perdidi consolationem ». Mirum fuit quod virgo Maria non 
crepuit prae tristitia. et cecidit ad terrain quasi mortua. O cogi- 
tate, bonae gentes, qualis dolor fuit beatae Virgini Mariae ! Xune 
in ea impletum est illud Tlirenorum : « O vos omnes qui transitis 
per çiam videte si est dolor slcut dolor meus'' », id est. super ter- 
rain. Credo quod non, sed securae sunt statim consolationes ibi- 
dem, quod sol dimisit vestes albas et indutus est de nigro cum 
beata Virgine ; quod tenebrae factae sunt super uni versa m terrain 
usque ad horam nonam per très boras. Nunc elementa compatiun- 
tur suo Creatori ad designandum quod Sol justitiae moritur. 

i. Cette singulière coutume vient des Pastilles de N. de Lire in Matth., XXVII, 3{. 
Et dederunt (p. (}55), lequel dit avoir recueilli le l'ait « in quodamlibro Hebraico qui 
apud eos intitulatur liber Judicum ordinariorum. 

1. JOANN., XIX. 3û. 

3. Luc, XXIII, 46. 

4. Hierem., Thren., I, 12. 



PASSIO SECUNDUM LEGEM 301 

Petrae scissae sunt. Terra mota, et multà corpora sanctorum «jui 
dormierant, surrexerunt, et venerunt in sanctam civitatem, et 
apparuerunt multis, et vélum templi scissum e>i a summo asque 
deorsum, et Genturio conversus est ad Qdem Ghristi. dicens : 
« Vere filins Dei eratiste* » et Apostoli revertentes percutiebant 
corpora sua. et isti fructus passionis consolabantur beatam Virgi- 
nem, quod convertebatur ad fidem sui fîlii. Erant enim quattuor 
mulieres, scilicet Maria Magdalene, Gleophe, Maria Jacobi et 
Salome, et multae mulieres quae vénérant de Galilae cum Christo 
ministrantes, quae consolabant Virginem Mariam, quamvis uber- 
rime lièrent. Jiulaei autein. ne corpus Christi aut aliorum rema- 
nerent super crucem in sabbato, quod (lies solennis erat, convene- 
runt postprandium et fregerunt eorum crura. Cum autein venissent 
ad Jesuin. non fregerunt ejus crura ut veriliearetur illud Exo. 
xxiu « Os non comminuetur exeo », sed inde venerunt ad Christum 
dicentes : « Iste traditorest [non] mortuus. sed fingil se. Percutiatis 
euin ». — « Gerte dixerunt iusi : « Non faciemus ». — Tune quidam 
miles dix it : « Ho ! ho ! expectetur modicum : si non est mortuus iste 
proditor, ego bene faciam eum mori. Dueatis mibi ad euin » dixil. 
<[uod coecus erat. Et duxerunt eum ad crucem et lancea aperuit 16 r' 
latus ejus ti continuo exivil sanguis purus et aqua clarissima, fons 
vivus. l'ivulus et alius aquae, etmodica gutta sanguinis quae ceci- 
dit super oculos Longini ; recuperavit visum, sive reparavit, quo 
\ iso, conversus est ad Qdem Ghristi. Quod videns, Virgo Maria 
fuit valde consolata de dolore quem habuerat de filio su<». lune 
Joseph Abarimath[ia], nobilis decurio, qui erat notus in curia 
Pylati, petiit corpus Jesu Pylato, dicens. « Domine ego feci vobis 
tôt servitia. Peto vobis unam gratiam ul detis mihi corpus Jesu ». 
et Pylatus dubitabat si jam obiissel. Qui dixit ei : « Jam Qiortuus 
est ? ». — Et ait illi : « Ita. Domine. » — Pylatus : « lie ergo. » — 
Secutus* exercitum centurio, scilicet, capitaneus ei cum eo cen- 
tum hominum armorum, venit coram Pylato dicens : « O male- 
dieia hora et dies in qua natus sum . O ! quare non ^mii mortuus? » 
Dixil ei Pylatus : « Quid habes tu? » — Ait ille : « O Domine, nonne 
vidistis quomodo sol obscuratus est et nunc quod audistis terrae 



i Mai m . XXVII, :.j. 

•2. Ip. Secandam. . centarionis.. . capitanes 



502 PASSIO SECUNDUM I.KGEM 

înotum? ». — Postea dixit Pylatus : «Et ego maledictus executavi 
sententiam mortis contra Salvatorem meum et mundi et fdium 
Dei ! O maledicta mater, quae portavit me. quod feci sententiam 
de meo Creatore ! » — Et sic venerunt Joseph et Nichodemus, et 
deposuerunt eum de cruce, ponentesque in sepulchro, et Gantan- 
tes : « In exitu Israël de Egj'pto, domus Jacob etc. 1 . Et quum 
fuit depositum corpus de cruce. Virgo Maria osculabatur membra 
Ghristi, dicens : « O manus quae creasti mundum etc. ! quomodo 
maledicti Judaei te perforaverunt », et sic de aliis membris, et 
quando ad latus Domini aspexit, dixit : « O bonae gentes, dicit 
Virgo Maria, clamando fortiter, venite, venite ad portam paradisi ! 
Ecce porta per quam clausa est porta inferni et aperta est porta 
paradisi. venite et intrate ». Tune posuerunt eum in sepulchro 
novo inciso in lapide, involutum in syndone alba de lino. Est 
enim syndon pannus lineus albus in quo fuit sepultus. Ideo cor- 
poralia debent esse alba et munda de lino. Quo sepulto, Virgo 
Maria volebat secum manere usque ad resurrectionem ; sed fina- 
liter Maria Magdalena reduxit eam ad civitatem Hierusalem. 
Dicebant autem gentes : « O benedicta quae de tanto alto Castro 
cecidisti ! » Dicebat Maria : « O bonae gentes, vos non noscitis 
quia perdidi gaudium meum! » Et quum ingressa est domum, 
incepit flere et dicere : «O fili mi! Ego non comedam, neque 
bifoam quousque videam vos! » — Itaque, quodnisi fuisset spes 
resurrectionis, crepuisset Virgo Maria millefies. Ecce sepelitio 
corporis domini nostri Jesu Ghristi, et compléta est prophetia : 
Radix Jesse qui stas in signum populorum, ipsum gentes depreca- 
buntur, et erit sepulchrum ejus gloriosum, Ysa. XI 2 » — : Jesse 

erat pater David, et Ghristus erat per creationem , 3 ergo 

Ghristus passus est pro nobis salvandis. 



1. Psai... CXlll. 

2. Ysa. XI, io. 

3. Sous entendre : descendant de David. 



MORALITÉ 

MYSTÈRE ET FIGURE DE LA PASSION 

DE NOSTRE SEIGNEUR IESUS CHRIST 

Nommée Secundum legem débet mort. 



Et est à onze personnages : Deuotion, Nature humaine, Le Roy 
souuerain. La Daine débonnaire. L'Innocent. Noël. Moyse, sainl 
Jean-Baptiste, Symeon, Enuie, Le Gentil. 

A Lyon par Benoist Rigaud, s. d.. (vers i54o) in-8° de 88 p. chif- 
frées. Environ 2.200 vers. 

Bib. Nat., Réserve, f. i4(4'3Ô2 A). Idem. Ms. fr. 25,466. 



Dévotion explique le sujet dans un Prologue : 

Je suis devant '. devost populaire 

Qui desirez vosire salvation, 

Vous cognoissez qu'il esi 1res nécessaire 

Souvent avoir en recordation 

La tressacree et digne passion 

De l'Innocent avec nature uny. 

Duquel orrez la déclaration 

Quod secundum legem débet un, ri. 

Nature humaine « habillée en femme comme lépreuse » -' (fol. ;>. \ . v 
vient se plaindre au lloy Souverain qui lui déclare qu'un Innocent doit 
périr pour la sauver (fol. 9 v°). Cependant cet Innocent s'eotretienl 
tendrement avec sa mère, Dame Débonnaire, el pressent sa destinée : 

Les grans regretz que mon doulenl cœur porte! 
Le corps s'en va, mais le cœur vous demeure, 

1 M^. ■'."■. i'Mi : Jésus devant, mauvaise leçon, mais le Ms. permcl souvenl di • 
!<•> non-sens <l<- t'imprime très défectueux. 
Cf. !■! Passion de Greban, v. 1 '!',."> : 

Je vn\ ii mil- huma ine Nal u re 
j.i infecte par mon 9eul vice 



504 MORALITÉ : SECUNDDM t.EGEM HEBET MORI 

Ou autrement je voy ma joye morte. 

Car certain est que brief faut que je meure ; 

Ma bouche rit et mon doulent cœur pleure 

Pour les douleurs qui me sont a venir, 

Mon cœur, mon bien, m'amour. mon souvenir. 

LA DAME. 

Mon bel amy, vivez en espérance, 
Et n'attendez secours aucunement : 
Ne mettez point espoir en oubliance, 
Laissez soucy. vivez joyeusement. 
Mal me seroit de vostre absentement. 
Pour vostre mal trop doutante seroye '. 
Mon filz. mon tout, mon soûlas et ma joye. 

L'INNOCENT. 

Trop m'est amer vous servir en amours -. 

Mais ce qui doit advenir adviendra, (f. 10, v. 230). 

Nature humaine vient en effet conjurer la Dame débonnaire de lui 
sacrifier son fils, et, sur son refus, les entraine tous deux : 

A l'auditoire et la maison 

De Xoé. le naturel juge 

De la loy, sans plus de blason. 

Pause (fol. 11 v°). 

Xoé entend les deux parties, délibère longuement, et finit par donner 
gain de cause à Nature humaine qui emporte son « dictum » ou son arrêt. 
Mais la Dame de protester: 

Que mon lils meure, j'en appelle 
Devant le juge de la loy 
Escripter il est pardessus toy. 
C'est Moyse législateur, (fol. 26). 
« lc> faul une passée de sot ce temps pendant qu'il/, vont devant Moyse. » 

Moyse reçoit' la plainte de la Dame, a laquelle Nature oppose triom- 
phalement l'arrêt de Noé. (fol. 30 ». 



i. Imprimé : ''•"/' doutent je seray. 

2. Ip. : vostre service amoureux.- 



MORALITÉ : SECUNDUM t.EGEM DEBET MORI 505 

« Icy Moise lit tout hault ' une pièce dVseriture eseripte en parchemin signée et scellée qui 
est la sentence donnée en ladicte matière par Noé, juge de la loy do Nature, de laquelle pièce la 
teneur s'ensuit en prose . 

Après en avoir délibéré, Moise rappelle les prescriptions qu'il a jadis 
données dans YExode (XII. 6, 22) : l'aigneau pur qui devait être immolé 
chaque année à la Paque était la figure de cet Innocent, « de cest aigneau 

Immaculé, des autres le plus beau. 

Il rejette l'appel, remet copie de son arrêt à la Dame, et l'engage à ne 
plus solliciter d'autres juges, mais celle-ci s» 4 rend tout droit au tribunal 
de la loy de grâce. 

Passée de sot (foi. 40). 
Nouveaux débats devant les présidents de la loy de grâce, Symeon et 
Saint Jehan-Baptiste. L'arrêt lu par le président Saint Jehan est con- 
forme aux précédents ; donc, plus de recours qu'auprès du Roy Souve- 
rain à qui la Dame va demander « justice et grâce ». Nature humaine se 
promet de la devancer. 

Passée de sot (fol. 61). 
Nature humaine invoque la première le Roi qui lui promet qu'elle va 
être délivrée de ses maux (toi. 64 v°). La Dame et l'Innocent le supplient 
à leur tour à genoux, mais le Roi déclare à son fils qu'il est obligé d'ac- 
complir les prophéties et de consentir à sa mort. Dame débonnaire ne 
proteste plus, elle lui dit adieu : 

Ha ! mon entant, voici la départie, 

et elle accepte l'arrêt « en louant la bonté divine j> (fol. 71 r°). Aussitôt 
Nature humaine appelle ses suppôts : 

Venez, venez, Envie judaïcque, 

Et d'autre part, Gentil trucidateur, 

En besongne chascun de vous s'applique, 

Venez occire l'Innocent viatique. 

Il est jugé pour estre rédempteur 

Du genre humain, et le rendre tout franc; 

Tuez l'aigneau pour en avoir le sang, 

Sourdez sur cil qui veut nuyre aux inaistres. 

Et les reprent, tant soyent eaux et subtilz. 

Il ne mourra que par envie des prostrés 

Et des tirana du peuple des gentilz (fol. T. 



I. Ip. : en haut. 

32 



506 MORALITÉ : SECUNDUM LEGEM DEBET MORl 

Envie et Gentil sont divisés et commencent par faire assaut d'injures, 
mais ils se mettent d'accord pour ce supplice. Tous deux dépouillent 
l'Innocent, l'attachent à un pilier, et le flagellent à l'envi, sans que 
Nature humaine soit encore satisfaite (fol. 75). — Alors Gentil « crucifie 
l'Innocent en un arbre », dresse la croix avec Envie, et tous deux vont à 
la taverne jouer les dépouilles aux dés. Quand l'Innocent a expiré, Gentil 
revient pour le frapper de la lance (fol. 81). Cette fois, Nature humaine 
va pouvoir étancher sa soif (fol. 82), et « laver sa face et ses yeux ». 

Je meurs de soif auprès de la fontaine '. 
« Ici faut une passée de sot tandis qu'elle jecte son manteau noir » et se réjouit de sa 
guérison (fol. S3). 

Cependant Dévotion détache le corps de l'Innocent et le dépose dans 
le giron de la « Dame de pitié » qui commence une longue complainte 
(toi. 84). — Nature humaine vient la remercier de sa bonté, et Dévotion 
conclut la pièce en félicitant Nature humaine de son salut, en expliquant 
les allégories et « figures », et en exhortant le peuple devocieux à 
penser toujours : 

Au mystère de la vraye passion (fol. 88). 



i. Le refrain mis au concours par Charles d'Orléans se rencontre souvent ailleurs, 
suivant une note que je dois encore à l'obligeante érudition de M. Em. Picot. — Cf. 
Montaiglon, Recueil, t. V, p. 262; L'Esperit trouble, fol. Bviu [Incipit : Du tout me 
mectz en vostre obéissance] ; B. de la S. des anciens textes français, 1875, p. 32, etc. 



TABLE DES MATIÈRES 



Paires 
Avant-Propos i 



LES PLUS ANCIENS MYSTÈRES DE LA PASSION 
ET LES POÈMES DES JONGLEURS. 



La Passion d'Autun. — La Passion Sainte -Geneviève. 

Les origines et la formation tardive du mystère de la Passion. — 
Les plaintes de la Vierge. — Les plus anciens drames de la 
Passion. — Les drames cycliques : le Paachspel de Maestricht 
et ses origines françaises. — Le rôle des puys et des Confré- 
ries : la Confrérie des douze apôtres d'Amiens, la Confrérie de 
la Passion de Nantes (1371) et la Confrérie de la Passion pari- 
sienne. — Les pommes de jongleurs et les mystères de la 
Bibliothèque Sainte-* ieneviève. — Le Roman de l'Annonciation 
Notre-Dame et la Nativité Sainte-Geneviève. — La légende 
dAnastasie. — La légende des charbons ardents transformés 
en roses. — Le Jeu des Trois Rois. — La légende du Semeur 
et la Vie de Jésus-Christ composée pour le duc de Berry en 
1380. — La Passion des Jongleurs et la version de lîeoffroi de 
Paris. — La légende de Judas et du poisson. — La légende «lu 
bois et des clous de la croix; la femme du forgeron. — La lé- 
gende de Judas et du chapon. — Les légendes de Véronique et 
de Sidonie. — La Passion dAutun. — Le mystère de la P 
sion Sainte-Geneviève. - Le récit des peines d'enfei par le 
Lazare, la légende de Malchus, le débat de Sainte-Eglise el de 
Synagogue. — La Passion de la Bibliothèque de Charles V et 
la Passion Sainte-I îeneviève 



508 TABLE DES MATIÈRES 

Pages 
La Passion bourguignonne de Semur. 

La Passion de Semur, imitation de la Passion Sainte-Geneviève. — 
Origine de la pièce, copiée très vraisemblablement à Semur-en- 
Auxois mais composée et jouée sur les bords de l'Yonne. — 
Analyse de la pièce. — La division actuelle en deux Journées. 
— Les sources de la 1" et de la 2 e Journée. — Les souvenirs 
de la Passion de Geoffroi de Paris, la légende de Judas et du 
chapon. — Le fèvre Nicodemus et sa femme. — Les imitations 
de la Passion Sainte-Geneviève : Madeleine et Véronique. — 
L'influence du dialogue apocryphe de Saint Anselme et des 
Meditationes Vitae Christi. — Discussion. — La scène de la 
crucifixion et le rôle de la Vierge dans la Passion de Semur et 
les drames postérieurs. — Le développement de la mise en 
scène et des rôles grotesques. — Les allusions aux chants de 
geste et le Rusticus. — La langue, la versification et le manus- 
crit. — La Passion de Semur reportée après la Passion Sainte- 
Geneviève; la transition aux grandes compositions dramatiques 
du xv" siècle 71* 

Passion de Semur (texte). 

Liste des personnages 121* 

Première Journée 3 

Seconde Journée 90 

Glossaire 191 



II 



LA THÉOLOGIE ET LE DÉVELOPPEMENT DU MYSTÈRE DE LA PASSION 

AU XV e SIÈCLE. 



Les sources théologiques. 

Les Postilles de Nicolas de Lire 206 

Les Meditationes Vitae Christi 243 

Les imitations françaises des Meditationes ; la Passion composée 
en 1398 pour Isabeau de Bavière, la Passion selon la sentence 
du philosophe Aristote et la grande scène d'Arnoul Greban. . . . 249 



TABLE DES MATIÈRES ÛU9 

l'ages 
La succession et le développement des mystères de la Passion. 

La Passion d'Arras imitée par Greban ; la scène des pigeons. — 
La Passion de Greban. — La Passion de Jean Michpl ; la légende 
inédite du Lazare. — Les deux Passions inédites de Valen- 
ciennes. — Influence persistante de la Passion d'Arras attri- 
buée à Mercadé. — La Passion d'Amboise et de Châteaudun.. 265 



III 



LES MYSTÈRES DU CENTRE ET DU MIDI. 

Les imitations de l'Evangile de Nicodème en vers provençaux. 

La Passion selon Gamaliel et la Vie de Jésus-Christ imprimée en 

1485 ; ses sources et ses réimpressions jusqu'au xix e siècle. . . 319 
Extraits 346 

La Passion d'Auvergne 357 

Les Mystères rouergats et leurs sources principales. 

La Passion Didot et la Passion selon Gamaliel 381 

Les sources diverses des Mystères rouergats. 

Le Procès de Déliai et la traduction française du Fr. Ferget 1 1481). 
— Les imitations : le Jugement général rouergat et le Juge- 
ment de Dieu inédit de Modane. — L'Ascension rouergate. . . . 411 

Le Jugement de Jésus et le Puits de Moïse de Dijon. 

Les sermonnaires du xv' siècle : le sermon de saint Vincent Ferrer 
sur lu Passion et son influence. — La Passion française du 
cordelicr J. de Lenda et le mystère italien da la Passion de 
Revello composé par le frère Simon, 14!)0. — Le sermon fran- 
çais : Secundum legem débet mori el !<■ Bermon joyeux de 



510 TABLE DES MATIÈRES 

Pages 
Nemo recueilli par Pierre Bercheur. — Les diverses éditions 
du sermon français Secundum legem débet mori et les imita- 
tions au théâtre : La Licentia Christi a Matre d 'A versa. — 
Le Jugement de Jésus rouergat et la Moralité nommée Seeun- 
dum legem débet mori de Jehan dAbundance. — La date ex- 
trême des mystères rouergats 433 

Conclusion 455 

Textes 459 

La Passion de J. de Lenda 461 

La Passion de Revello (1490) 464 

La Licentia Christi a Matre 464 

Passio secundum legem débet mori (Ioannis decimo nono) 469 

Moralité, mystère et figure de la Passion de Nostre Seigneur 

Iesus Christ nommée Secundum legem débet mori 503 

Table des Matières 507 

Additions et Corrections 511 



CORRECTIONS ET ADDITIONS 



Page 85, 1. 13. — La conjecture sur le nom de Xicodcntu.s, pris dans une acception 
comique, nous parait d'autant plus probable qu'un autre personnage de la Passion, 
Longin ou Longis a de même donné le mot populaire longis, lambin. — « Yostre 
grand longis » dit la Farce du Badin qui se loue, citée par Godefroy, V longis. 

PASSION DE SEMUR 

108, au lieu de qu'il, lire quil. 
287, au lieu de cest, lire c'est. 
397, supprimer la , après aboly. 
532, transporter le . après née. 

714, au lieu de de bien et de mal. leçon du ms., corriger de bien, de mal. 
1025, au lieu de noir, corriger noie ?'.' 
■107 i . ajouter une , après Jremist. 
1521, au lieu de seur, lire feur. 

1525, au lieu de sinterelles, lire sincerelles, cincer elles. 

1518, 1750, 1941, au lieu de eut, rétablir les graphies du ms., hut, /h/s/, etc. 
1961, au lieu de quesse, lire qu'esse. 
2459, au lieu de ils, lire il. 
3044, au lieu de en cheminé, lire encheminé . 
3695, au lieu de Car ainsin, lire Qu'ainsin. 
3726, au lieu de manteris, lire mauteris. 

3805, note, ajouter : cette graphie monchier à corriger en mont chier prouve 
que l'auteur, comme le copiste J. Floichot, employait souvent mont 
au lieu de moût. 
4237, au lieu de seul (J. du ms.), lire seus, rime joreulx. 
4354, au lieu de enchâssent, lire en chassent. 
4486, au lieu de an yre, lire anyre. 

4665, au lieu de nous ordons (1. du ms.), lire nous sordons. 
notes: au lieu de 4694-4696. ces trois vers ont la même rime. — Lire 4674- 
4676, et ajouter: même remarque pour les tercets suivants jusqu'au 
vers 4770. 
4845, au lieu de Dire, lire D'ire. 
4853, au lieu de lordure, lire laidure. 
4882 et 8178, au lieu de cintonal, lire cintoual. 
5099, au lieu de aler en guerre (1. du ms.), lire aler enquerre. 
5929, au lieu de e, strene, lire estrene. 
P. 130, v. 6426, au lieu de veul ge (1. du ms.), lire vull ge, rime gui ge. Cf. v. 5385. 
P. 133, v. G536, au lieu de toit, rétablir totz. 
P. 143, v. 7081-82, note 7081, remettre ces deux hémistiches sur la même ligue: 

amende rime avec pendre. 
P. 149, note 7438, au lieu «le l'sal.. lire l'sal.. XXI, 18. 
P. 162, v. 812V, au lieu de aiguë:, lire argue:. 

P. 164, v. S241 et p. 191, 192, au lieu de Jullat, Inlath, lire Eoilath. 
P. 163, v. 8710 et Glossaire, mot sanbeaulx : au lieu de la leçon du m- Qu'a tels 
pourpres et tels sanbraulx. corriger plus franchement : Qu'a tels 
troupes et tcl> eembeaulx. 
P. 173, v. 8755, au lieu de empler, corriger cmblcr. 
P. 175, v. 8837, au lieu de rcullez, lire cculles. 



P. 


4, 


v 


p. 


8, 


V. 


p. 


10, 


v. 


p. 


12, 


V, 


p 


15, 


V 


p. 


21, 


v 


p. 


22, 


V. 


p. 


30, 


V, 


p. 


30, 


V 


p. 


30, 


V. 


p. 


39, 


V 


p. 


49, 


V 


p. 


61, 


V 


p. 


65, 


V 


p. 


66, 


V 


p. 


76. 


V 


p. 


84. 


V 


p. 


89, 


V 


p. 


92, 


V 


p. 


95, 


V 


p. 


96, 


V, 


p. 


99, 


V 


p. 


99, 


V 


p. 


99, 


V 


p. 


103, 


V 


1'. 


120, 


V 



512 CORRECTIONS ET ADDITIONS 

Notes. — Supprimer : les notes des vers 1786, 1838, 3690, 7946 (On attendrait, etc.), 

7326, 8837. 9320. 
Ajouter: Ces 3, 4 vers riment ensemble après les vers 316, 351, 415, 452, 499, 1340, 1839, 

1979, 3568, 3856 et 64, 3568, 4131, 4533, 5407, 5607, 6509, 7209 7225, 7649, 

7689, 8472. 
Ajouter: Ce vers n'a pas de rime après les vers 196, 329, 353, 2043. 

Glossaire. — Après le mot reaulx, p. 201, supprimer : se rappeler: p. 203, vercy, 1, 2, 
lire bois au lieu de boir. 

P. 250, 1. 8, au lieu de Bibliothèque de Darmstadt, n» 18, lire Bibliothèque Grand-Ducale 

de Darmstadt, ancien n° 18, actuellement numéro 1699, cf. ch. I de 

ce livre. 
P. 251, 1. 2 et 3, au lieu de Tischendorff, p. 5o, lire p. iSi. 

P. 214, note 15 et p. 278, 1. 16, 17. Cette Pastille de Nicolas de Lire devait être particu- 
lièrement célèbre, car elle est également citée dans la Xativité de 

Rouen (1474). 
P. 293, 1. 24. — La Vie de Marie-Madeleine lonbtemps attribuée à Rabanus Maurus 

n'est pas de lui (Cf. Hist. littéraire de la France, t. 32, p. 96, note 1). 
P. 338, 1. 10, au lieu de le vieux poème Jrançais mis en prose, lire le vieux poème en 

prose. — Cf. p. 324-325. 
P. 339, 1. 6, au lieu de dans le poème français et dans les manuscrits, lire dans les 

manuscrits du poème 'rançais en prose (ou de la Passion selon 

Gamaliel). 
P. 342, ligne 1 et 343, ligne 4, item, au lieu de l'expression équivoque version en prose 

du poème français, lire comme précédemment le roman ou le poème 

en prose français. 



I.MP. BAHIHKRMARILIER, DIJON 



TABLE DES MATIÈRES 

DU TOME QUATORZIÈME 



PREMIER FASCICULE 

D' Zipfel. — Leçon inaugurale du Cours d'anatomie 
(15 novembre 1903) 



5 



F. Sagot. — Impressions archéologiques et pittoresques 
d'Outre-Manche (Angleterre, Ecosse et Pays de 
Galles) - 1 

IL Hauser. — Notes sur l'organisation du travail à Dijon 
et en Bourgogne au xvi e et dans la première moitié du 
xvn e siècle 190 

M. Pigeon. — Etude du sinistre survenu aux Docks de 
Bourgogne le 30 juin 1901 133 

P. Martin. — Bapport sur l'enseignement de la géométrie 

par la méthode de M. Méray L)0 

Publications des professeurs de l'Université de Dijon 
pendant l'année 1902-1903 203 



Bibliographie 

A. Ki.einci.aus/. - Les origines de l'ancienne France \ 
d xi" sieurs). La Renaissance de l'Etat ; La Royauté 
el la Principauté, par M. J. Flasch 209 

E. Chameaux. L'archéologie sur le terrain, par 

A/. Paul Jobard 2ir) 



DEUXIEME FASCICULE 

M. Stouff. — Un recueil de jurisprudence et de coutu- 
mes bourguignonnes du xiv c siècle 1 

G. Martin. — Essai sur la vente des vins (plus particuliè- 
rement des vins de Bourgogne) 27 

H. Duport. — Les nouveaux éléments de géométrie de 

M. Méray. Leur pénétration dans l'enseignement, i-xxvm 



FASCICULE TROIS ET QUATRE 

Emile Roy. — Les Mystères de la Passion en France du 
xiv e au xvi e siècle ; étude sur les sources et le clas- 
ment des Mystères de la Passion, accompagnée de 
textes inédits : La Passion d'Autun ; la Passion bour- 
guignonne de Semur ; la Passion d'Auvergne ; la 
Passion Secundum legem débet mori. (Deuxième 
partie) '. 



1. Cette première partie fait suite à la deuxième partie publiée, avec pagination 
spéciale, dans le tome XIII de la Revue et termine l'ouvrage de M. Roy. 



"VJniver8lttT 
BIBLIOTHECA 



© 



714 






La Bibliothèque 

Université d'Ottawa 

Echéance 



The Library 

University of Ottawa 

Date due 




30 MM 

no M Al $90 



CF 




a 3 90 3 o'0 2 3 27 'fj'T'b 



CE PQ 0513 
.R7 1904 V2 
COO ROY» EMILE. 
ACC# 1384608 



LE MYSTERE 



WBH 



HB 



vm 



I 



m 



gUSngS 

MME, 



■ 

IIS1 slSil 

shwSm 

■n 




KHHI 

3HRNIIiBKi& 

nHHH 




JBiiÉ 

iHlil HH 
BRH mm wffl 

îfflmsaK NBflBliHBfi EnS